Je lis Adania Shibli
Je lis Etgar Keret
Je lis
Et puis j’écris
Je me demande quoi écrire encore
Devant ce sentiment d’impuissance qui domine
J’écris à l’écoute des paroles creuses prononcées
Par des hommes de pouvoir
Qui ne cessent de faire la preuve de leur propre impuissance
Qui ne cessent de nous enfoncer
De nous diminuer
De nous déposséder
Je lisais hier Adania
Je lis ce matin Etgar :
« C’est moi ou tout le monde semble être du côté des perdants ces derniers temps ? Pas seulement vous et moi, mais tout le monde. Les autres aussi. Les abrutis incultes que vous ne supportez pas.
Oui. Même ceux qui ont volé nos élections sans que nous puissions comprendre comment, et qui ensuite n’ont pu comprendre comment nous avons volé leurs élections. »
…
« Depuis quand le monde est-il devenu un jeu dans lequel tout le monde perd, ou du moins a l’impression de perdre ? Et pourquoi cela se produit-il maintenant, alors que nous sommes tous si impliqués, si influents et que nous n’hésitons pas à exprimer nos opinions avec force ? »
…
« Aucune de nos luttes n’arrive à son terme : les guerres ne sont pas gagnées, les résultats des élections sont sans cesse contestés. Même lorsqu’il s’agit d’une question scientifique objective et apparemment incontestable, comme déterminer les effets d’un vaccin contre la grippe sur notre organisme, nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord.
L’ancien jeu social s’est depuis longtemps transformé en bagarre, et nous sommes tous là, sur le terrain, à bousculer les joueurs de l’autre camp, à jurer et à cracher partout. Tant que le match est en cours, cracher et jurer semblent être devenus les sports les plus populaires pour nous tous.
Si nous parvenons à détacher nos yeux du tableau d’affichage pendant une minute et à nous concentrer sur les règles du jeu, nous découvrirons qu’alors que pendant que nous étions si occupés à vaincre nos adversaires, ces règles sont devenues méconnaissables. Et si nous ne prenons pas une pause pour nous mettre d’accord sur de nouvelles règles, nous continuerons tous à perdre. »
Je lis Adania et Etgar
Une forme de solidarité s’immisce entre nous
Un rêve apparaît
Qui serait que l’intelligence nous aide
Nous aide à dépasser les outrages
D’un temps qui nous fait toujours
Toutes et tous
Quelque soit notre bord
Notre condition
Nos opinions
Des perdants
Et si perdants sont
Suivez donc mon regard
Vers celles et ceux qui bénéficient du crime
Xavier Lainé
18 janvier 2024
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