mercredi 30 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 13



-13-


Je vous écris de la pénombre

Qui n’est pas liée à une éclipse

Mais bien à la nécessité de se prémunir

D’une chaleur excessive sur avenue sans un arbre


On s’en fout

Une chanteuse affirme ce mantra

Demain on s’en fout

Ce qui compte c’est l’instant

De prendre ce qui est bon

Sans souci du lendemain

Et du risque de déchanter


D’ailleurs le comportement néo-libéral

S’inscrit dans des petites choses du quotidien

Chacun son mug qu’il remplit avec conscience

Abandonnant même l’idée de remplir le pichet collectif

Chacun son ventilateur sans un regard pour le voisin 

Qui fond comme banquise au soleil

Chacun sa climatisation

Chacun

Chacun seul parmi ou contre tous

Seul


Triomphe d’une pensée qui fait de l’humain

Un être égoïste et solitaire

Méprisant tout ce qui vient

Se mettre en travers de son chemin


Triomphe d’un mode de vie

Qui fait de la terre un brasier

Et de l’indifférence une bible

Au risque de périr



Xavier Lainé

13 août 2026


mardi 29 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 12

 


-12-


Il y a des matins de vague douceur

L’esprit se prend à rêver qu’enfin

Mais qu’enfin quoi

Nul ne sait


Il y a de ces matins de vague à l’âme

De devoir encore et toujours poursuivre

L’ouvrage commencé qui ne finira jamais

Faute de temps

Faute de savoir


Il y a de ces matins sans envie

Où il ferait bon demeurer là

Passif et moitié endormi

Attendant quelque geste d’humanité

Au milieu du désert et des solitudes


Il en va de ces matins là

Las au bord du précipice

Où les fatigues engrangées serpentent

Au fond des gouffres d’amertume


Il en va de ces matins là

Des voix dans le poste causent

Des femmes violentées en Iran

Se taisent sur le peuple à l’agonie à Gaza

Causent encore des trains en surchauffe

En Allemagne ou ailleurs

Mais se taisent 

Sur le quotidien blafard

Des âmes fatiguées 

Bien cachées ici

Quelque part dans leurs passoires thermiques



Xavier Lainé

12 août 2026


lundi 28 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 11

 


-11-


J’allais par les routes

Pléthore de livres en ma besace

Parti à la rencontre

Des rares humains 

Encore dans cette quête

De connaissances jamais abouties

Jamais épuisées

Toujours à la recherche

De nouvelles formes d’écriture

De nouveaux approfondissements

De la pensée et de l’histoire


Humains

Là est la question

Question aux réponses

Toujours en souffrances


Humains

Grands singes parmi d’autres

Nous en distinguant par cette soif

Jamais assouvie de savoir

De comprendre

Et de nous en raconter

Des histoires

Jamais au dessus des êtres

Qui comme nous ont trouvé havre

Sur une terre accueillante

Nous devons réapprendre

À la partager

À la protéger

Car si vie pourrait être ailleurs

Ses conditions autres

Ne seraient peut-être pas à notre goût



Xavier Lainé

11 août 2026 (2)


dimanche 27 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 10

 


-10-


Pris dans la tourmente

Tu en oublies parfois l’histoire


Ce 8 Août 1945

Notre humanité a basculé

Un État fondé sur le colonialisme et le racisme

Balançait sur des populations innocentes

Les premières bombes nucléaires de l’histoire

Faisant de nous les témoins de ce passage

Vers un monde capable 

De faire disparaître notre humanité

Aux seules fins d’assoir le pouvoir

D’un système capable d’aller jusqu’au bout

De sa logique génocidaire


Hiroshima

Nagasaki

Et depuis cette longue nuit

Dans laquelle nous enfoncerons la terre

Oubliant les fondements

Qui la peuvent rendre invivable

Le meurtre et le crime

Devenus mode de gouvernement

Le climat déstabilisé du même coup

Pouvant à tout moment 

Nous faire basculer dans un monde inconnu


Mais peut-être serait-il temps

D’y basculer de nous mêmes

Sans attendre l’accumulation des catastrophes

Juste un peu d’humanité

Pourrait faire partie de la recette

Ouvrant d’autres perspectives 



Xavier Lainé

11 août 2026 (1)


samedi 26 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 9

 


-9-


Te dirai la lassitude

Non de devoir supporter 

Des températures hors normes

Non

Ça

Nous pouvions nous y attendre

Mais de voir tant de personnes

Pour qui le phénomène

Ne crée aucune angoisse particulière


*


Te dirai l’épuisement

Qui en touche tant

Qu’ils ne trouvent plus aucun repos

Dans leurs résidences en surchauffe


Te dirai aussi

Ce niveau d’inconscience

D’un édile parti en vacances

Quand tant d’autres sont cloués

Par l’indigence de leurs revenus

Cloués aussi derrière leurs volets clos

Tentant en vain de trouver fraicheur


Te dirai ce qui vient 

Dont nul ne sait plus vraiment

De quoi il en retournera

Sinon qu’à priori

Ce pourrait être l’expérience du pire

Et de la faim

Devant les rayons vides

Aux temples du commerce



Xavier Lainé

10 août 2026