mercredi 1 juillet 2026

Un mai plus tard 14

 


-14-


Tu gagnes combien

Combien tu vaux sur le marché du travail

Combien tu possèdes de maisons

D’amis sur les réseaux sociaux

Combien de tableaux tu gardes

Dans tes coffres aseptisés

Combien d’argent caché 

Dans tes comptes off shore

Combien de femmes dans ta vie

Combien d’enfants qui te suivent

Dans ce délire de cupidité


Tout s’écrit en lignes comptables

Dans les tableaux Excel 

D’une vie réduite en colonnes d’informations

Tu te dois d’entrer dans les bonnes cases

D’une productivité réduite

Aux savoirs d’une intelligence

Qui est dite artificielle

Qui l’est au demeurant

Mais à laquelle tu dois te soumettre

Ou à défaut te démettre


Pas de coeur ni d’esprit

Au royaume des cupides

Bien longtemps que ça dure

Mais nous voici au paroxysme

Qui réduit ton existence

À un badge porté avec ostentation

Tu n’existe pas pour qui tu es

Mais à la taille de ton costume

À ton appartenance au milieu fermé

D’une entreprise qui t’exploite



Xavier Lainé

14 mai 2026


mardi 30 juin 2026

Un mai plus tard 13

 


-13-


Pendant qu’ici on se répand

En litanies de plaintes

Gaza continue à saigner

Le Liban l’accompagne

Mais on vaque à nos affaires

On s’offusque vaguement

On trouve que c’est pas bien

Mais pas un geste qui vienne

Nous absoudre de nos complicités

Tacites ou réelles

Avec les criminels 


On se tait

On parle d’autre chose

On regarde ailleurs

Que pèse la vie 

Au Liban ou à Gaza

En Iran ou au Kurdistan

Face aux profits honteux

Planifiés pour raison de guerre

Pénurie organisée

De produits de première nécessité

Histoire d’en justifier les prix

Sans un regard pour les miséreux

Qui n’en peuvent plus


Les colonnes de chiffres

S’alignent en positif

Dans les cupides corbeilles

Où se négocient les fortunes

Sur le dos des pauvres gens

Qui n’en peuvent plus

Qui n’en peuvent mais



Xavier Lainé

13 mai 2026


lundi 29 juin 2026

Un mai plus tard 12

 


-12-


La cupidité érigée en règle de vie

Juvénal n’en reviendrait pas

Il n’écrirait pas seulement seize satires

Mais tout un volume amplifiant la dix-septième


Certes vous n’en avez rien à faire

De Juvénal comme des autres

Ça vous semble si loin

Si peu d’actualité

Et pourtant


Pourtant il suffit d’ouvrir les yeux

Pour voir en quelles turpitudes

Se vautrent une partie des gens de pouvoir

Qui ne cessent de favoriser leurs amis

En défaisant les maigres gains

De la plupart


Cupides pris au piège de leurs mensonges

Ils vont en légions de violence

Saluant les relents d’un  passé rance

Jusqu’à l’écoeurement

De toute personne un tant soit peu sensée


Ils usent et abusent de leur pouvoir médiatique

Pour répandre les pires mensonges

Ridiculisant science et connaissance

Pour mieux soumettre à leur délire

Peuples asservis devant les écrans de l’absurde


Certes Juvénal Plutarque ou Lucrèce

N’étaient pas confronté à cette marée

Ils devaient se contenter de ce que leurs yeux voyaient



Xavier Lainé

12 mai 2026


dimanche 28 juin 2026

Un mai plus tard 11

 


-11-


Si Juvénal revenait

Il devrait multiplier par cent ou par mille

Sa critique de la cupidité

(Satire VIII)


Il ne saurait aujourd’hui

Où donner de la tête

Tant la liste des cupides

Des obsédés du profit

Des avides de pouvoir

Tant à se multiplier


Juvénal nous parle 

D’un temps qu’on aurait pu croire 

Révolu mais qui ne l’est pas

Pas sûr que nous en finissions un jour

Avec cet outrage 


Car les symptômes s’aggravent

Multipliés par autant d’individus

Qui sacrifieraient leur vie

Pour un nombre d’audiences

Autour de leur petite personne


Que faire de ces gloires de pacotilles

Venues à longueur d’écran

Nous asséner leurs vérités

Pour simplement briller

Le temps d’une étoile filante

Et finir consumées

Dans l’oubli algorithmique


Juvénal peut revenir sans une ride



Xavier Lainé

11 mai 2026


samedi 27 juin 2026

Un mai plus tard 10

 


-10-


Nous héritons d’une immense responsabilité

Tout le problème est de le concevoir

D’y réfléchir 

D’élaborer ce qui serait un plan de sortie


Sous nos yeux se déroule

Le scénario prévisible

Sous nos yeux adolescents

Il y a plus de cinquante ans


Cinquante années de dépossession

De déconstruction laborieuse

De tout ce qui fut construit

Dans la sueur et les larmes

Et le sang parfois

Ou trop souvent


Combien de disparus à fond de mines

Combien massacrés sous le masque colonial

Combien jetés en des geôles infâmes

Qui croyaient pouvoir se révolter

Remplacer un monde sanglant

Par un autre qui reconnaisse

La dignité des hommes

Quelle que soit leur couleur de peau

Leur histoire

Leurs croyances


Notre monde blanc a tant de sang sur la conscience

Que certains voudraient l’absoudre

Sans sonder et tenter au moins

D’en réparer les outrages

De panser les plaies ouvertes



Xavier Lainé

10 mai 2026