mardi 17 février 2026

Grotesque hypocrisie 1

 


Je me suis assis sur le seuil.

J’ai contemplé les nuées grises blotties dans les gelées d’un hiver retrouvé.

J’ai cherché des mots qui sachent se faire bouée pour les naufragés du siècle.

Ils sont si nombreux qu’il en faut des pages pour troubler un peu les tranquilles indifférences.


Je me suis assis sur le seuil.

J’ai marché dans le petit matin gris.

Que faire de ces mois qui se présentent, de ce temps qui m’emporte ?

Hier encore, je recevais, avant même voeux le jugement sur mes actes.

Il est si facile, ce jugement, lorsque la vie du juge est très au-dessus de cette vie ordinaire. 

Vie ordinaire qui tente d’être une vie, une petite flamme tremblante dans les tourmentes.


Je me suis assis sur le seuil.

Si peu avec qui partager mon souci de marcher debout, de résister aux ouragans déjà là, aux tremblements de terre qui ébranlent le fragile équilibre humain.


Je me suis assis sur le seuil.

L’esprit vide après une nuit blanche, mes yeux se posaient sur l’hésitant lever d’un soleil froid.


Je me suis assis sur le seuil.

J’ai ouvert les vannes aux mots qui en dedans sont lave ardente, flambeau de colère rentrée, explosion de volonté radieuse.

Vivons.

Vivons sans calcul ni trompette.

Vivons sans nous arrêter de marcher et d’apprendre.

Vivons puisque nous voici réveillés, assis sur le seuil d’un année qui, comme les précédentes, ira dans cette accélération du temps.



Xavier Lainé

1er janvier 2026


(Google/USA m'interdit l'accès à mes photographies pour une raison que j'ignore : preuve s'il en fallait encore une de la nocivité de notre dépendance à ces monstres sans figure) 


lundi 16 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 31

 





Sans aucune supériorité 

Sans aucun droit à ce titre

Nous sommes tous égaux

Pas un humain qui n’ait le droit

De considérer son semblable

Comme inférieur

Quelle que soit 

La couleur de sa peau

Le murmure de ses croyances

Sa manière d’aimer


Au dernier jour d’une année de génocides

Perpétrés par la lie de notre humanité

Avec le soutien des couards

Qui regardent leur bénéfice

Avant de voir qui ils tuent

Sous le joug de leur pouvoir


En ce dernier jour

Je voudrais réapprendre

À écrire mots d’espoir

Mais c’est difficile

Cette impression constante

De plonger ma plume dans le sang d’autrui

De nourrir poèmes

De la misère des autres

Confortablement assis

Derrière ma table de travail

Bien au chaud 

À l’orée de ma ville

Qui dort

Va et vient

Comme absente aux tragédies traversées



Xavier Lainé

31 décembre 2025


dimanche 15 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 30

 





Il est temps

Avant que l’an ne cède le pas

De revenir à la vie

De la défendre et la choyer

Au moins à la mémoire

De celles et ceux

Qui sont passés de vie à trépas

Sous le joug des misères

Sous le fardeau des exclusions


Il est temps

De sentir sous nos pieds

La terre qui frémit

Qui parfois soupire et s’agite

Pousse sa colère volcanique

Histoire de secouer

Les puces que nous sommes sur son dos

Incapables de nous accorder

Pour faire régner paix et amour


Il est temps

De ne plus nous séparer

Du monde vivant qui est le notre

Qui n’a rien à voir avec celui

Des tristes lignes

De ceux qui engrangent dividendes

Sur la misère du commun


Il est temps

De ne rien attendre 

Des sinistres individus

Qui se chamaillent pour être chefs

Oubliant qu’ils sont humains



Xavier Lainé

30 décembre 2025


samedi 14 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 29

 





Plutôt que souhaiter

Que pourrais-je faire

Plutôt que d’attendre

Comment agir


Plutôt que de tenter de suivre

Le courant de plus en plus fort

Qui nous entraine si loin

Qu’il devient impossible

De s’y retrouver

Sans perdre son âme


Ne rien envoyer en l’air

Qui ne soit impossible à réaliser

Certains iront encore

Souhaitant sans rien en croire

Argent bonheur et amour


Ceux-là qui se noient

Dans les idées communément partagées

Dans les croyances aveugles

En des forces indépendantes d’eux-mêmes

Viennent vous embrasser sous le gui

Puis rentrent chez eux

Sans rien changer à la routine


Ils ont bien bu et mangé

Ils se sont noyés un instant

Dans l’ivresse des lumières éphémères

Une fois retournés à leur solitude

Il ne reste rien des illusions de la veille

Rien non plus des rêves éveillés 

Ni des souhaits éperdus



Xavier Lainé

29 décembre 2025


vendredi 13 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 28

 





Les années passent 

On vit avec le rêve

Que la suivante ferait mieux

Si souvent en vain

En vain qu’on jette ses voeux

Sans que jamais ils ne se réalisent


Les années passent

L’âge gagne un peu la partie

Un peu seulement

Pas trop le temps de vieillir

Encore trop de choses à apprendre

De savoirs à découvrir

De mondes à bâtir


Les années passent

C’est exaspérant cette impression

De jeter les mots par la fenêtre

De les voir emportés par les vents

De les voir s’emporter

Devant les silences complices

De tant d’humains refusant de voir

Les tortures infligées à leurs semblables


Les années passent

Les convictions évoluent

Au fil des découvertes

Des rencontres et des livres lus

Humains nous tentons d’être

Toujours les mêmes

Jamais identiques

Chaque jour un peu plus vieux

Ce qui n’est pas toujours synonyme de sagesse



Xavier Lainé

28 décembre 2025