Je ne sais pas, je ne sais plus. Une grande lassitude m’envahit. On me dit qu’il faudrait du repos, mais je ne sais où le trouver dans la grande perturbation de ce monde.
Y aurait-il un havre sur cette terre, qui permette de s’y déposer sans le harcèlement constant des violences, étalées au grand jour, qui ne semblent n’ébranler que moi ou si peu, ou tant qui font comme si, non.
Je lis ; Géraldine Schwartz (Les amnésiques, éditions Champs, 2019) m’ouvre à cette dimension : tous ces gens qui marchent toujours avec le courant, qui jamais ne prenne de hauteur pour contester ce qui doit l’être.
Je lis, je constate avec elle : quelque chose à foiré dans notre « plus jamais ça », une tromperie immense qui d’une main nous soutenait, de l’autre libérait les criminels d’hier ou passait sous silence leurs crimes, au nom d’un conformisme aveugle.
Je lis, je regarde autour de moi cette gêne lorsque j’aborde ces graves sujets.
C’est dans cette gêne que les monstres puisent leur puissance.
Ils se coulent en douce dans notre vie quotidienne, triomphent dans nos silences, dans nos peurs de déranger un ordre qui toujours et depuis des siècles prospère dans le lit infâme des chasses aux sorcières.
L’autre qui n’a pas la même religion, pas la même philosophie, pas la même couleur, toujours accusé de tous les maux par ceux qui tirent les ficelles de la domination mâle blanche.
L’autre qu’on excommuniait hier, qu’on jette en prison aujourd’hui, qu’on laisse crever de faim dans les geôles de pays qui se prétendent démocratiques (en Angleterre aujourd’hui, comme hier Bobby Sands, des militants vont mourir de leur grève de la faim).
L’autre, juif ou musulman, qu’on accuse de toutes les tragédies, sans regarder le bras armé qui tient à grands coups de dividendes non partagés, l’arme du crime.
Et cette foule silencieuse qui passe devant les mains tremblantes de froid dans les rues où brillent rutilantes vitrines, qui feint d’ignorer qu’hier ce furent les mêmes crimes tolérés par les mêmes indifférences.
Je ne sais pas, je ne sais plus, ou j’en sais trop pour tolérer ce monde.
Xavier Lainé
10 janvier 2026