vendredi 22 mai 2026

Blague à part 4

 


-4-


L’homme sans morale râlait

Devant la pompe 

Qui organisait les vases communicants

Entre son porte-feuille et celui des actionnaires


Des hommes sans morale pensait-il

Mais lui même ne se souciait guère 

Des raisons profondes du problème


L’homme sans morale

Fournissait les dividendes

D’autres hommes sans morale

Qui eux-mêmes soutenaient

Des dirigeants sans morale non plus

Qui bombardaient sans remords

Complexes pétroliers ou nucléaires

Universités et centres de recherche

Quartier résidentiel 

Envoyant femmes et enfants d’abord

Aux oubliettes de leur histoire


L’homme sans morale

Songeait que le monde était bien inconfortable

Qui rendait sa vie bien difficile

Mais jamais ne pensait que peut-être

S’il avait dit un mot 

Fait un geste

Qui serait de solidarité

Pour les bombardés

Ou de condamnation

Contre les assassins

Peut-être sa vie en serait sortie

Meilleure



Xavier Lainé

4 avril 2026


jeudi 21 mai 2026

Blague à part 3

 


-3-


Désorienté

Tout est fait pour

Tarissement des sources d’intelligence

Utilisation répétitive des fausses informations

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose »

Disaient les fascistes d’hier

Ils n’ont pas changé de rhétorique

Leur langage est le même

Mais ils accusent ceux qui pensent

D’être passéistes


Désorienté

Comme voulez-vous ne pas l’être

Alors que les informations

Relèvent plus de leur contraire

Que rien n’incite à l’analyse documentée

Qu’on vous mène par le bout des yeux

D’écrans insipides 

En images révoltantes

Au bord d’un gouffre amer

Où vous attendent tout au fond

Les crocodiles et les requins

Assoiffés de pouvoir et d’argent

Capables de tuer sans vergogne

Tout ce qui s’oppose à leur addiction


Désorienté

Ivres sur le chemin d’une humanité perdue

Car c’est cela qui se noue

La perte de notre humanité

C’est ceci qui nous motive encore

Ne pas laisser sombrer notre navire

Dans les eaux sombres d’une nouvelle barbarie



Xavier Lainé

3 avril 2026


mercredi 20 mai 2026

Blague à part 2

 



-2-


Mauvaises blagues et canulars

Pris pour argent comptant

Mais c’était vrai


Vrai que nous étions en train de plonger

Aux caniveaux de bassesse humaine

De propos racistes et xénophobes débridés

Lancés à vive allure

Sur les autoroutes médiatiques

Ivres de leur pouvoir 

Sur les cerveaux fatigués d’exister


Mauvaises blagues et canulars

Pris pour argent comptant

Mais c’était vrai


Vrai qu’on pouvait désormais

Tuer par pendaison

Quiconque s’opposait à un gouvernement

Ouvertement raciste et belliciste

Vrai


Vrai qu’ailleurs

En la plus grande nation du monde

Qui du moins se dit telle

Un homme pouvait éructer vingt minutes durant

(Que c’est long vingt minutes)

Ses contrevérités sans un mot

Pour en dénoncer la tyrannie


Vrai qu’ici

On cherchait à condamner

Toute parole venant au secours

D’un peuple condamné

À survivre dans ses décombres

Vrai


Ce n’était pas des blagues

Mais de sérieux poisons d’avril

Répandus comme fiel

Sur nos esprits hagards


Vrai


Hélas

Mille fois vrai


Et moi

Perdu dans ces brumes absurdes

L’esprit alourdi 

De mes nuits sans sommeil

Mes mains battaient la nuit

À la recherche d’une bouée

D’un lieu

D’une pensée

Capable encore de nous sauver du désastre


*


D’où que vienne le vent

Il n’apporte que sinistres nouvelles

Dont il faut taire les tensions

Pour ne pas se trouver accusé


Bientôt ils peupleront les prisons

Ceux qui debout tentaient de sauver

Le peu d’humanité qui demeure

Une fois l’explosion finale orchestrée

Il faut taire le nom des victimes 

Taire le nom des assassins



Xavier Lainé

2 avril 2026


mardi 19 mai 2026

Blague à part 1

 


-1-


On aurait aimé que ce soit une blague

Mais ce fut annoncé et adopté bien avant

Que poisson n’arrive 

Puis disparaisse devant les poisons


Écoutez donc

Écoutez

Vous n’entendrez pas un son

Pas un mot qui dise

Comment nommer

Le droit que s’arroge un Etat

De condamner à mort

Ceux qu’il nomme « terroristes »

Mais qui ne sont 

Qu’étrangers devenus

Sur leurs propres terres


Mes mots encore

Seront peut-être censurés

D’autres seront sensurés

Détournés de leur sens

Pour mieux accuser 

Celui qui les écrit

D’un antisémitisme qu’il exècre

Comme toute forme de racisme


Mes mots ne trouveront plus

La voie du poème

Pour parler d’un printemps triste

Où notre humanité se fourvoie

Dans un silence complice

Je ne saurai rien émettre d’autre

Que cri d’indignation



Xavier Lainé

1er avril 2026