Je me suis assis sur le seuil.
J’ai contemplé les nuées grises blotties dans les gelées d’un hiver retrouvé.
J’ai cherché des mots qui sachent se faire bouée pour les naufragés du siècle.
Ils sont si nombreux qu’il en faut des pages pour troubler un peu les tranquilles indifférences.
Je me suis assis sur le seuil.
J’ai marché dans le petit matin gris.
Que faire de ces mois qui se présentent, de ce temps qui m’emporte ?
Hier encore, je recevais, avant même voeux le jugement sur mes actes.
Il est si facile, ce jugement, lorsque la vie du juge est très au-dessus de cette vie ordinaire.
Vie ordinaire qui tente d’être une vie, une petite flamme tremblante dans les tourmentes.
Je me suis assis sur le seuil.
Si peu avec qui partager mon souci de marcher debout, de résister aux ouragans déjà là, aux tremblements de terre qui ébranlent le fragile équilibre humain.
Je me suis assis sur le seuil.
L’esprit vide après une nuit blanche, mes yeux se posaient sur l’hésitant lever d’un soleil froid.
Je me suis assis sur le seuil.
J’ai ouvert les vannes aux mots qui en dedans sont lave ardente, flambeau de colère rentrée, explosion de volonté radieuse.
Vivons.
Vivons sans calcul ni trompette.
Vivons sans nous arrêter de marcher et d’apprendre.
Vivons puisque nous voici réveillés, assis sur le seuil d’un année qui, comme les précédentes, ira dans cette accélération du temps.
Xavier Lainé
1er janvier 2026
(Google/USA m'interdit l'accès à mes photographies pour une raison que j'ignore : preuve s'il en fallait encore une de la nocivité de notre dépendance à ces monstres sans figure)



