dimanche 15 mars 2026

Grotesque hypocrisie 27

 


Et si…

Et si on se mettait vraiment au travail, ou plutôt, à l’oeuvre.

Non pour revendiquer chacun selon ses idées, mais pour créer un tronc commun indépendant de toute prétention de pouvoir.

Notre seul pouvoir ne vient pas des urnes, mais de nos compétences à créer, à changer nos vies pour en faire oeuvres d’art.

Contribuer, ce serait peut-être enfin se révéler comme citoyen d’une commune cause, d’une commune vie, d’une commune ville, non ?

Pour ça nous devons apprendre à ne rien attendre de celles et ceux qui ne lorgnent que le pouvoir quand il faudrait regarder la vie.

Quelle vie menons-nous ?

Aurions-nous le temps d’y songer ?

Ce privilège doit-il être réservé à quelques notables briguant suffrages ?

Question naïve : le pouvoir devrait-il échoir à ceux qui ont les moyens et le temps de s’y assoir, ou serait-il celui d’un peuple oeuvrant à sa vie commune ?


J’ai perdu le fil du poème dans un monde qui ne lui reconnaît aucune place.

On meurt dans ce monde pour rien, sous les coups de milices masquées.

Les foules se lèvent pour accompagner ces morts, que ne l’ont-elles faits pour empêcher les commanditaires d’accéder au siège suprême ?

Toujours cet attentisme dont une minorité profite pour nous déposséder de tout, faire de nous de grands enfants incapables d’affirmer nos rêves.


J’ai perdu le fil du poème.

Il s’est brisé sur les ruines de Gaza dont on voudrait m’interdire de parler.

Il fut un temps où les mêmes trouvaient en Hitler un gendre idéal !

C’était toujours mieux que le front populaire, disaient-ils.

Et ils ne dirent rien quand au nom de la pureté nationale on vint chercher leur voisin qui ne revint jamais.

Pour ceux qui ne sont jamais revenu, pourrions-nous être assez nombreux à contester un Etat qui récidive dans le crime et ceux qui par passivité lui donnent raison ?



Xavier Lainé

26 janvier 2026


samedi 14 mars 2026

Grotesque hypocrisie 26

 



Certes c’est sans doute plus commode, d’attendre un homme providentiel, ça évite de devoir penser.

Je lis que dans ma ville, la plupart des « citoyens » se déclarent non intéressés par les « affaires politiques ». C’est sans doute là aussi par commodité.

On attend que quelque chose se passe, on vide le mot « citoyen » de toute substance, le mot « démocratie » est réduit à une délégation de pouvoir.

On attend.


On attend, on contemple depuis son canapé la tournure tragique du monde, on se lamente, on dit qu’ils sont tous pourris.

Mais on les laisse faire. On attend qu’un sauveur suprême arrive qui, d’un coup de baguette magique règlerait tous nos problèmes.


Quand on attend pas, qu’on tente d’agir, de créer du commun (vous savez, ce truc qui n’est pas propre aux humains mais qu’ils ont développé depuis des millénaires ; ce truc que le monde néo-libéral, dans son indignité, sacrifie sur l’autel de l’individualisme), alors non seulement on se retrouve suspect, mais encore entre ceux qui défendent la cause commune surgissent des tensions, pas au nom des nécessaires débats d’opinion, mais parce qu’on craint que les passifs interprètent mal le travail commun.

Au nom du fascisme qui s’immisce au coeur des indifférences, on censure la parole qui pourrait en arrêter la marche.

On craint de ceux qui attendent leur courroux ou leur jalousie, peut-être.


Et la démocratie ?

Bien longtemps qu’elle a pris le large ou la poudre d’escampette, ne trouvant ni dans l’attentisme, ni dans la virulence son droit de séjour.

Car en autocratie parfaitement intégrée, ce qui compte c’est le pouvoir, et la reconnaissance des individus, pas la progression des idées.

Entre attentisme et flagornerie virulente, entre rejet de tout engagement et adhésion aveugle aux thèses politicienne y aurait-il une petite place pour la libre critique et la diffusion des savoirs ?



Xavier Lainé

25 janvier 2026


vendredi 13 mars 2026

Grotesque hypocrisie 25

 


Les orientations peuvent être louables, mais la démarche ? Vous y avez pensé à la démarche ?

Il y a ceux très surs d’eux qui se proclament candidats, parfois à leur propre succession tant ils sont fiers de leur oeuvre (la question n’est pas de savoir si cette fierté est justifiée ou non), et puis ceux qui oeuvrent à créer du commun, à faire converger des pensées différentes, parfois divergentes.

On me dira qu’il faut bien avoir des chefs, et pour beaucoup, hélas, le patriarcat n’est pas mort : ils ne se sont pas affranchis du père, alors ils sont prêts à en trouver des substituts dans la prestance d’un candidat.

On peut comprendre, du moins si l’on considère que le moule dans lequel nous sommes tombés depuis cinquante ans, moule du consumérisme en divinité suprême et du caprice à satisfaire comme règle de vie, mais…

Mais on voit bien qu’à confier par des infantiles le pouvoir ou à ceux qui leur ressemblent, la pente du monde devient glissante.

De ce fascisme soft qui n’a confiance qu’en des chefs, tandis que les peuples s’entredévorent au nom de leurs désirs, que croyez-vous qu’il puisse sortir, sinon guerre et famine, colonisation et génocide établis en règle du droit international. 

C’est ce qu’on entend dans la bouche d’un ministre sioniste : la méthode employée à Gaza est bonne, elle peut être adoptée comme une règle : un peuple vous dérange ? Vous le taxez de terrorisme, vous lui réglez son compte en massacrant toute vie civile et l’affaire est bouclée.

D’autres qui furent à l’origine d’Auschwitz ne disaient pas pire !

Pas d’inquiétude je ne suis d’aucun bord sinon celui si faible de l’humain. Pas l’humain d’abord : l’humain comme vivant parmi les vivants sur une terre qui n’a pas besoin de lui pour persister et signer dans sa naturelle beauté.

L’humain qui a acquis potentielle pensée pour se situer dans l’ensemble du vivant et apprendre à faire usage de son intelligence des choses non pour dominer, corrompre ou détruire à son seul profit, mais pour grandir avec les vivants qui l’entourent et tenter de le devenir toujours plus, humain, même si la définition de cet état nous échappera sans doute toujours.

Je suis candidat à l’humanité bienveillante se nourrissant de sa diversité avec Erasme et Stefan Zweig, entre autres.



Xavier Lainé

24 janvier 2026


jeudi 12 mars 2026

Grotesque hypocrisie 24

 


Je n’arrive pas à me convaincre qu’il soit possible de traverser sans se mouiller, que les haines savamment entretenues, les invectives entre chefs d’Etat fort peu courtoises, les menaces permanentes d’un recours aux armes, puissent nous laisser sans séquelles.

Je le sens au-delà de le savoir : assister quasiment en direct à la mise à mort de peuples entiers ne me laisse pas sans craintes.

Comme si la mémoire de mes ancêtres se trouvait réactivée par l’ampleur des génocides.


Je me souviens adolescent être entré dans Oradour sur Glane, je l’ai déjà raconté, mais j’en suis resté troublé pour toujours.

J’en vois qui vont visiter Auschwitz, mais refusent de se prononcer quand le peuple palestinien à son tour est mis en péril.

On peut, mais, il me semble, ça devrait poser questions, non ?


C’est dit et répété par de nombreux historiens : on a reporté sur le dos du peuple palestinien la culpabilité européenne.

On peut toujours visiter et parler, mais, comme je l’ai déjà écrit, les crimes contre l’humanité ne datent pas de la seconde guerre mondiale : ils n’en ont été que l’apogée !

Que nos protégés sionistes reproduisent un schéma dont nombre d’entre eux ne sont pas revenus, voilà qui peut justifier une sidération.

D’autant que tout ce passe sous nos yeux, que nous ne pouvons pas ignorer les faits.


Alors bien évidemment certains ici faisant l’amalgame facile entre anti-sionisme et anti-sémitisme viendront peut-être criminaliser mes écrits. Ils en auraient bien la tentation.

Mais si nous considérons les langues arabes comme des langues sémitiques et donc les peuples qui les utilisent faisant partie du monde sémite, on pourrait anthropologiquement considérer que l’islamophobie serait un antisémitisme.

Ce que réfutent les sionistes majoritairement d’origine européenne.



Xavier Lainé

23 janvier 2026


mercredi 11 mars 2026

Grotesque hypocrisie 23

 


Je procédais à un interrogatoire en règle :

- Connaissez vous Erasme ?

- ???

- Avez-vous lu Stefan Zweig ?

- ???

Je me suis maudit de faire ainsi le pédant. 

Car vous ne connaissiez ni l’un ni l’autre, ni que l’autre avait écrit sur l’un en des temps où les nazis parvenaient au pouvoir.


Parfois je ferais mieux de me taire, plutôt que de montrer l’étendue du désastre.

Ce qui fait que des mômes éduqués en tyrans peuvent arriver jusqu’au pouvoir : cette méconnaissance et mon (notre ?) autocensure.


Ce siècle n’aura vécu pas plus d’une génération que l’horreur et la gangrène déjà en rongeait l’avenir.

Pourtant jamais autant de connaissance, de sciences et de savoirs ne furent mis à la disposition du plus grand nombre.

Mais non, les regards ne suivent que tristes séquences vidéos dans lesquelles des ignares vantent leur ignorance, très fiers de jouer les « influenceurs » sur des cerveaux serviles.


Me voilà, j’arrive avec mes milliers d’ouvrages lus, et autant empilés en attente de lecture, mais je n’ose plus ouvrir la bouche sans prendre le risque de paraître pour ce que je ne veux pas être, un pédant qui affirme son ego au-dessus de la mêlée.

La mêlée : nous y sommes, un imbécile peut y affirmer pendant soixante douze minutes les pires amalgames, mensonges, confusions, insultes, menaces sans que nul ne réagisse pour le faire taire.

Il semble même qu’on en rit dans les chaumières.

J’ai bien peur qu’on finisse par en pleurer tant l’individu, pour sa petite gloire personnelle est capable de mettre notre planète à feu et à sang.

Et nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.



Xavier Lainé

22 janvier 2026


mardi 10 mars 2026

Grotesque hypocrisie 22

 


Le délire se poursuit. La violence menace. Le pouvoir usurpé par des infantiles devient la marmite où macèrent tous les ingrédients d’une rupture de notre humanité.


Rien n’est innocent. Tout était tellement prévisible, dès l’instant où nous avons accepté d’être dépendants, de déléguer nos affaires à ceux qui nous caressaient dans le sens du poil par seul appétit de pouvoir et de fortune.

Nous avons ainsi vu certains qui briguaient nos suffrages toujours se retourner pour mieux nous matraquer et attaquer nos vies à grands coups de renoncement.

Où le débat démocratique semblait une ouverture humaniste, peu à peu, ils ont fermé portes et fenêtres jusqu’à ce qu’étouffant, nos contemporains cherchent à s’en échapper par tous les moyens.

La violence est devenue coutumière : on ne débat plus, on s’insulte.

Les bénéficiaires de ce recul d’humanité s’en frottent les mains.


Même plus besoin d’un dictateur, il suffit de couper le robinet de la feinte opulence, de laisser entrevoir aux enfants que nous sommes devenus, le risque de perdre en pouvoir de consommation.

On se bat dans les rayons pour un poste de télévision soldé, on en vient aux mains aux rond-points pour une tôle effleurée, on se maudit et on s’insulte sur les trottoirs pour des histoires insignifiantes.

Dans ce tumulte orchestré, il ne reste guère de place pour faire entendre la voix poétique de l’humanité.


Nous voici devant la tourmente : un système très élaboré qui a besoin de l’ignorance pour satisfaire à ses appétits de puissance et de fortune.

Répandre parmi les peuples l’immaturité nécessaire pour être de bons consommateurs sans autre objectif de vie que de répondre aux injonctions publicitaires.

Fi donc de tout esprit critique, de toute velléité d’indépendance et de libre pensée, ce qui compte, c’est que vous alliez gentiment faire vos courses, rendre à vos maîtres l’argent maigrement gagné à leur service.



Xavier Lainé

21 janvier 2026


lundi 9 mars 2026

Grotesque hypocrisie 21

 



Il fallait que j’écrive sur la ville, mais ça ne venait pas, que faire de ces mots jetés sinon tenter de leur trouver nouvel usage ?


En fait je ne sais pas, je ne sais plus si j’ai envie d’écrire sur ma ville ou sur une autre : tout est tellement loin !

Je m’interroge, ne sais dans quelle ville j’habite. Je ne cesse de m’en sentir exclu, prisonnier dans un ostracisme étrange, phénomène de rejet qui me fait bleus à l’âme.

Mon avenue est implacable, pas une ombre où se réfugier par gros temps de canicule.

Ma ville est implacable, posée en son berceau de collines, les oliviers ne font pas d’ombrage.

Ma ville n’est pas ma ville. Je n’y suis pas né ; n’y ai jamais passé enfance ; n’y garde aucun souvenir tendre. J’y vis comme un étranger, entre quatre murs et sous un toit, refuge tardif à mes mots en errance.

J’y suis toujours hésitant à m’y croire installé, ne cesse de la reconstruire et de l’imaginer.

Je vis dans une ville avec le coeur dans une autre sans savoir laquelle.

Il lui manque toujours quelque chose, ce je ne sais quoi qui m’y ferait sentir chez moi.

Je ne peux que rêver d’une ville où errer coeur et esprit chagrins, pour y trouver havre de paix et d’amour.

J’en ai sans doute trop traversé, des villes, en m’y posant pour un temps défini, jamais définitif,  toujours de passage, une vie d’errance et son lot de souvenirs.

Je suis là mi-présent mi-absent, posé entre ce qui me vient du dehors, ce qui me pose en dedans toujours interloqué.

Me vient l’image de mes pieds d’enfant dans le sable d’un lieu désertique et puis celle d’un homme bleu, juché sur son dromadaire, surgissant de nulle part, disparaissant aussitôt.

Ma ville rêvée n’existe pas, celle où je vis ne me contente pas, alors je fais avec ou sans, selon les bons ou mauvais plaisirs de l’âme




Xavier Lainé

20 janvier 2026