Il fallait que j’écrive sur la ville, mais ça ne venait pas, que faire de ces mots jetés sinon tenter de leur trouver nouvel usage ?
En fait je ne sais pas, je ne sais plus si j’ai envie d’écrire sur ma ville ou sur une autre : tout est tellement loin !
Je m’interroge, ne sais dans quelle ville j’habite. Je ne cesse de m’en sentir exclu, prisonnier dans un ostracisme étrange, phénomène de rejet qui me fait bleus à l’âme.
Mon avenue est implacable, pas une ombre où se réfugier par gros temps de canicule.
Ma ville est implacable, posée en son berceau de collines, les oliviers ne font pas d’ombrage.
Ma ville n’est pas ma ville. Je n’y suis pas né ; n’y ai jamais passé enfance ; n’y garde aucun souvenir tendre. J’y vis comme un étranger, entre quatre murs et sous un toit, refuge tardif à mes mots en errance.
J’y suis toujours hésitant à m’y croire installé, ne cesse de la reconstruire et de l’imaginer.
Je vis dans une ville avec le coeur dans une autre sans savoir laquelle.
Il lui manque toujours quelque chose, ce je ne sais quoi qui m’y ferait sentir chez moi.
Je ne peux que rêver d’une ville où errer coeur et esprit chagrins, pour y trouver havre de paix et d’amour.
J’en ai sans doute trop traversé, des villes, en m’y posant pour un temps défini, jamais définitif, toujours de passage, une vie d’errance et son lot de souvenirs.
Je suis là mi-présent mi-absent, posé entre ce qui me vient du dehors, ce qui me pose en dedans toujours interloqué.
Me vient l’image de mes pieds d’enfant dans le sable d’un lieu désertique et puis celle d’un homme bleu, juché sur son dromadaire, surgissant de nulle part, disparaissant aussitôt.
Ma ville rêvée n’existe pas, celle où je vis ne me contente pas, alors je fais avec ou sans, selon les bons ou mauvais plaisirs de l’âme
Xavier Lainé
20 janvier 2026