Moi aussi je peux.
Je peux m’éloigner si loin que le bruit du monde, son fracas, ne vienne plus m’assourdir.
Passer quelques heures dans le froid, n’entendre plus que le clapotis des eaux, fermer les yeux et partir à la dérive, c’est comme une respiration.
Seul dans le froid glacial, courir et marcher, dans un espace sans âme qui vive, pour le seul plaisir de laisser l’esprit divaguer.
Puis errer entre les arbres, sentir l’odeur de l’humus, observer le soleil couchant et oublier.
Oublier cette froide tension imposée.
Oublier les trahisons, les lâchetés, les complicités.
Car j’ai beau prendre ce temps d’éloignement.
Le retour se fait toujours plus ou moins dans la douleur.
Car si, frères humains, nous nous y mettions tous, les infantiles ne pourraient plus nous mener au naufrage.
Car ils ne sont pas fous : ils sont ce dont un système bien établi a besoin pour faire marcher notre humanité au pas cadencé de leur histoire.
Tandis qu’on s’évertue à regarder les prétendus fous, d’autres tirent les marrons du feu.
Jamais autant de fortune n’aura été tirée de l’exploitation de la terre et des hommes.
Jamais un poignée d’individus sans foi ni loi, affranchis de toutes règles communes n’aura réussi cet exploit : s’enrichir comme jamais tandis que des pans entiers de notre humanité sont conduits à l’errance, au massacre, au tremblement de la misère.
Nul ne peut dire qu’il n’en sera pas la victime demain.
Nous ne pouvons plus nous demander d’où viendrait la nouvelle barbarie : elle est là sous nos yeux, dans la complicité de dirigeants agissants comme des gosses tyranniques et des tenanciers de la finance, cyniques et corrompus jusqu’à la moelle, dont la soif de richesse est le symptôme d’un système disjoncté.
Xavier Lainé
11 janvier 2026