mardi 14 juillet 2026

Un mai plus tard 27

 


-27-


Il me faudrait fuir

Quitter cette ville et ce pays

Aller voir sous d’autres cieux

Si l’esprit se porte mieux qu’ici


Mais je ne trouve pas

Mais je ne trouve pas


Ils ont réussi les diables

À se répandre sous tous les horizons

Avec leurs maigres substances 

D’où l’humain sort défiguré


Alors je ne trouve pas

Alors je ne trouve pas


Où que vogue mon regard

Je ne vois que misère et douleur

Que cris sous les décombres

Soifs de vengeances longtemps distillées


Pas d’issue possible 

Pas d’issue possible


Sauf à ce qu’enfin ici comme ailleurs

Couvercle de certitudes et de servitudes

Enfin soit soulevé par amicales mains

Pour offrir à quiconque un bol d’air


Un bol d’air qui ne soit pas vicié

Un bol de liberté qui ne soit pas conditionné

Pour que ville et pays se fassent plus ouverts

À la démarche légère d’un vieux poète exilé



Xavier Lainé

27 mai 2026


lundi 13 juillet 2026

Un mai plus tard 26

 


-26-


Tout n’est plus que brouillard

Enfumage pour ne pas prendre position

Donc complicité avec les conséquences

D’un monde qui fut porté dès sa naissance

Par le crime les bûchers les génocides et l’esclavage

Et moi qui écrit

Il faudrait que je vous invite à regarder ailleurs

Mais pourquoi

Sinon pour avoir ma place au soleil éditorial

Pour que mes livres soient en tête de gondole

Pour avoir voix devant micros muselés

Pour une gloire éphémère

Il faudrait que je passe sous silence

La révolte qui me ronge

Devant la passivité soigneusement orchestrée

Par peur des représailles


Tout n’est que brouillard

Enfumage et complicité

Que vaut la littérature si elle ne dit rien

Des crimes commis au nom d’un système

Qui considère les profits

Plus importants que vies humaines

Alors pour avoir place

Au panthéon du marché du livre et de la poésie

Il faudrait parler d’autre chose

Ne pas évoquer la complicité

De certaines maisons bien en vogue

Avec les occupants d’hier

Qui considéraient comme terroriste

Tout ceux qui résistaient à l’indigne violence

Ma plume n’aurait rien à voir ni à dénoncer

À défaut elle n’a droit qu’au silence



Xavier Lainé

26 mai 2026


dimanche 12 juillet 2026

Un mai plus tard 25

 


-25-


On ne construit pas une maison

Sans en creuser de solides fondations

Sans chercher matériaux adéquats

Pour qu’elle vive et traverse les siècles

On ne construit pas


On ne construit pas une vie d’humain

Sans lui donner bases solides de connaissances

Qui offrent non pas un avenir radieux

Construit par d’autres dépossédants les uns

Mais un art de construire une vie

Des vies

Mille vies


C’est de mille vies solidaires

Dont nous avons besoin

Mille ou plus 

C’est comme on voudra

Mais refusant solitude absolue

Fondée dans le plomb

D’un lieu sans mémoire

D’un lieu sans partage

De savoirs faire 


On ne construit aucune vie

Sur l’égoïsme au dépends des autres

Sur la solitude érigée en gloire

Sur la cupidité montée en épingle

Comme si l’humain n’était qu’ego

Sans relation et sans amour


On ne construit rien 

Sur la destruction de ce qui nous fonde



Xavier Lainé

25 mai 2026


samedi 11 juillet 2026

Un mai plus tard 24

 




-24-


Ce qui défile en fils d’actualité

Jeunes femmes cherchant vieillards

Pour agrémenter leurs nuits solitaires

Gourous de toutes sortes

Affirmant péremptoires

Une litanie d’insanités

Contre tel ou tel

Membre en vue

D’une société 

Qui ne connaît que des individus

Dépourvus de toute pensée

Individus qu’on peut salir sans preuve

Mis en devoir de prouver

Qu’ils ne sont pas atteints

De la noirceur dont on les accuse

Tous ces « on »

Qui surfent dans l’espace virtuel

Dépourvus de toute histoire

Ignorants et fiers de l’être

Parfois même

Ignorants à part entière

Des candidats au pouvoir suprême

Qui s’indigent d’être trainés dans la boue

En juste retour de bâton

Et se vengent sans état d’âme

Menaçant quiconque pense

D’être fauteur de trouble

Car dans ce roman dystopique

Toute pensée est suspecte

De n’être pas ce qu’elle est

Mais autre chose

Faute d’être lue et comprise

Par la masse des illettrés médiatiques



Xavier Lainé

24 mai 2026


vendredi 10 juillet 2026

Un mai plus tard 23

 


-23-


On ne dit pas la censure

On la pratique

C’est toute la subtilité

En temps hypocrites


On

Mais qui sont ces « on »

Sinon gens assoiffés de pouvoir

Autoritaires en diable

Ne tolérant que leur propre parole


Bien sûr ils ne diront pas

Qu’un écrit ne leur convient pas

Ils n’en combattrons pas les termes

Ni les idées

Ils feront en sorte de le passer sous silence


Une censure pire que la censure

Un acte de piraterie qui ne se nomme pas

Qui veut se fondre dans une « normalité »

Normalité de l’ignorance

Normalité de la domination

Normalité du mépris


Car dans leur soif 

Les totalitaires qui contestent ce titre

Veulent se considérer comme « normaux »

Ils sont dans leur « normalité »

Comme tout un chacun

Mais eux ne reconnaissent pas celle des autres

Seule la leur compte

Ils sont seuls dans leur bunker idéologique

Toute personne étrangère à leur service devient terroriste



Xavier Lainé

23 mai 2026