mercredi 7 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 20

 



-20-


C’est un peu comme si

Comme si tout un pays 

S’était mis à vivre à regret


Regret de ce qui fut

D’un temps révolu

D’une époque oubliée

Où la vie aurait été autre

Peut-être même meilleure


C’est un peu comme si

Comme si tout un pays

Se mettait à vivre avec regrets


Regrets d’une industrie disparue

D’un temps où travailler 

Était à portée de pas

Alors que désormais

Il faut faire cent kilomètre chaque jour

Pour aller travailler là-bas

De l’autre coté de la frontière

Pour un salaire meilleur certes

Mais avec si peu de temps de vivre

Qu’on se met à regretter


C’est un peu comme si

Comme si tout un pays

Pleurait un temps qui n’est plus


Les mots disent 

Ce que les yeux voient

Quelque chose d’un abandon

D’une impuissance fatale



Xavier Lainé

20 août 2026


mardi 6 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 19

 



-19-


Il fallait s’égarer un peu

Quitter les habitudes installées

Tourner le dos aux pesanteurs

D’un pays soumis au soleil de plomb


Il fallait se perdre

Se tromper

Regarder le Vercors

Comme l’envers d’un décor

Où allaient voitures et camions

En files continues

Frisant à chaque instant

Le risque d’un dérapage


Il fallait revenir sur le chemin

Retrouver les foules hagardes

Les visages fatigués par la route

Les attitudes soumises

Aux diktat des invisibles

Ces gens qui depuis leurs yacht

Se moquent pas mal de la Terre

Rient de voir humains réduits

À courir avec affolement

Vers un avenir tracé au cordeau

Des soumissions involontaires


Il fallait observer 

De n’avoir plus pris la route depuis longtemps

L’involution de ce monde

Le recul implacablement visible

Sous le joug des lois du marché

Comme si celui-là avait une quelconque importance

On a les croyances qu’on peut ou qu’on veut



Xavier Lainé

19 août 2026


lundi 5 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 18



-18-


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Les mots restaient en souffrance

C’est bien le mot

En souffrance

On ne voit jamais si bien son pays

Qu’en suivant les itinéraires balisés de péages

Ces chemins tout tracés

Où vont et viennent comme des ombres

Humains en déroute


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Ou plutôt la suivre

Comme on dévide un fil

Pour ne pas se perdre

Dans le labyrinthe

Où nous attend toujours quelque Minotaure

Tapi dans l’ombre

Ils existent les Minotaure

Ces monstres assoiffés d’argent

Qui te donnent ticket

Pour suivre le chemin qu’ils t’imposent

T’arrêter sur les aires

Où s’offrent à ton porte-monnaie

Les marchandises sans valeur

Qu’ils te font payer cher


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Découvrir au fil des haltes

La supercherie de ce monde

Qui te fait miroiter une liberté

Menottée aux barreaux des invisibles profits

Avec l’impossible rejet 

En des toilettes horriblement sales



Xavier Lainé

19 août 2026 (1)


dimanche 4 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 17



-17-


Comme bulles à la surface 

Remontent les souvenirs


Un portail gris d’école maternelle 

Sous un soleil torride

Dans un petite rue assommée de lumière

Un balcon donnant sur le port

Avec le mouvement des navires de pêche

Les murs de la vieille ville

Les ruelles étroites aux odeurs d’épices

Dans la pénombre 

Des tapis

Des cuivres

Des appels au sommet des minarets


Comme bulle à la surface

Remontent les souvenirs


Des granités dégustés

À la terrasse d’un café de fortune

Avec les vagues venues se briser

Sur les rochers de la digue

Des plages infinies de sable fin

Des ruines de villas romaines

Affleurant de la dune

Sous le souffle des vents

Une eau turquoise

Où l’enfant que j’étais plongeait 

Rêvant de franchir les mers

Pour des voyages vers l’inconnu


Comme bulle à la surface

Remontent les souvenirs



Xavier Lainé

17 août 2026


samedi 3 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 16



-16-


 Pas un instant sans devoir montrer patte blanche

Te rappeler de tes identifiants aux multiples visages

De codes tellement renouvelés

Que tu ne sais jamais lequel pourrait convenir


Te voici parvenu en cette dystopie

Où sans identifiants et codes d’accès

Tu es marginalisé et ostracisé


C’est pure folie

Ce monde n’est plus que pure folie

Qui te demande de prouver

Que tu n’es pas un robot

Pour accéder aux sites clefs

Qui te permettent de gérer 

Moindres faits et gestes

D’une vie quotidienne 

Devenue proie de prédateurs

Qui savent mieux que toi

Détourner les règles


Je fus d’un monde

Qui ne connaissais rien 

De ces misères imposées

Dans des cases informatisées

Qui t’obligent à te plier 

À leurs caprices les plus imbéciles


Les rois de la consommation 

Se frottent les mains

Devant ta mine déconfite

De ne pas savoir te dépatouiller

En ce territoire de l’absurde



Xavier Lainé

16 août 2026