mardi 3 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 18

 





Garder mon calme 

Lire Franz Fanon et Francesca Albanese

Ou encore Edward Saïd

Pour ne pas perdre la boussole

Pour ne pas me laisser submerger

Par l’émotion devant le crime

Passé sous silence médiatique


Garder mon calme

Devant le triste spectacle

De mon pays défiguré

Où chacun vaque à ses emplettes

Au motif de tristes fêtes

Sans un regard pour les victimes

Tous ces enfants amputés et brûlés

Meurtris dans leur chair

D’être né du mauvais côté

Du racisme ordinaire

Dont nul ici ou si peu

S’offusquent encore


Garder mon calme

Pour ne pas me laisser happer

Par la colère immense

De vivre en pays trainé dans la boue

D’une tragique histoire

Qui se répète infiniment

Vingt mille morts de la Commune

Qui se lèvent et pleurent

Quand je tente de dormir

De trouver repos

Sans pouvoir arrêter

Le bruit des bottes et des armes



Xavier Lainé

18 décembre 2025


lundi 2 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 17

 





Il en faut un aplomb

Pour ouvertement faire le tri

Entre humains à sauver

Et ceux qu’on abandonne

Sous les bombes et les gravats


Il en faut un aplomb

Pour considérer au sein de notre humanité

Êtres à considérer 

Autres qui ne seraient « rien »

Tellement « rien »

Qu’on peut les réduire à misère

Sans l’once d’un remord


Il en faut un aplomb

Pour continuer à faire ronflants discours

Sur les droits de l’homme

Sur les droits internationaux

Qu’on applique uniquement

Aux ressortissants de l’occident blanc


Il en faut un aplomb

Pour nier se trouver complice

Du crime majeur contre l’humanité

Voire même de celui de génocide

Dans la mesure où les armes

Et celles du silence

Sont charges à preuve

De la culpabilité


Il en faut un aplomb

Pour se regarder encore dans la glace

Sans rougir d’avoir cautionné le crime



Xavier Lainé

17 décembre 2025


dimanche 1 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 16

 





Je reste là sous les nuées grises

Avec vague à l’âme 

Ils tirent


Ils tirent

Les aveuglés de haine

Les convaincus d’avoir raison

Con-vaincus débordant d’inhumanité

Ils tirent


Ils tirent

Aveuglés d’un temps qui ne sait

À quel tyran dévouer ses peines

Tandis que vont courbés

Ceux qui n’osent plus rien dire

De peur des coups et plaies

Qui tombent sur quiconque

Élève parole contraire


Il tirent

Un seul se lève 

Tente d’arrêter le bras des assassins

Mais ici on en tait le nom

Il n’est pas du bon bord de l’humanité

Du bord blanc pur

Du bord de bonne religion

Il se contente d’être humain

D’agir en humain

Il a tort

Aux yeux de ceux qui se taisent

De ceux qui crient haro

Sur toute personne qui se lève

Contre les tragédies orchestrées



Xavier Lainé

16 décembre 2025


samedi 31 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 15

 





Je puise à la source

Aux sources multiples

Où chacun qui y va de son ouvrage

Construit un patrimoine commun

Une oeuvre illimitée

Toujours inachevée


Un livre puis un autre

Chacun nourrissant le suivant

Dans une spirale continue

De connaissances à découvrir


Elle est là

La véritable fortune de notre humanité

Dans ce foisonnement d’oeuvres

Qui chacune sublime une langue

La donne en partage

En aide une autre à grandir


Elle est là notre humanité

Celle que les monstres blessent

À grand coup de guerres et de mensonges

Elle se révèle dans chaque oeuvre

Dans chaque langue

Qui n’existe qu’au contact d’une autre

Dans une ronde infinie


C’est ce que craignent le plus

Les étroits esprits nationalistes

Immobiles derrière leurs frontières

Voyant de l’autre côté ennemis fantasmés

Car il n’est pas d’humain sans échange et partage

Pas d’humanité sans cosmopolitisme de la pensée



Xavier Lainé

15 décembre 2025


vendredi 30 janvier 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 14

 





Faut avoir le courage de dire non

De dire ça suffit

De ne plus supporter

Qu’hommes se conduisent

Comme animaux en rut


Faut avoir le courage de rejeter

Le monde masculin

Qui montre ses muscles et son sexe

En symbole de fortune et de richesse

Multipliant guerres et violences


Je dis que j’en ai marre

Marre qu’il ne se passe pas de semaine

Sans qu’un de mes congénères tue

Sinon sa compagne ou ses enfants

L’autre le différent 

Qu’ils voient comme ennemis


Je dis que ça suffit

Qu’homme avec mes propres faiblesses

Je refuse de faire profil bas

Et de me taire devant l’absurde spectacle

D’hommes avinés méprisant leurs compagnes

Violentant les enfants

En particulier leurs filles



Je dis que j’en ai marre de vivre en ce monde glauque

En ce monde qui se tait et jamais ne condamne

La violence faite aux femmes et aux enfants

Qui justifie les génocides sans argument

Juste par un silence complice



Xavier Lainé

14 décembre 2025