vendredi 9 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 22

 


-22-


Y aurait-il vie

Vraie vie

En lieux troublés


Ici et là

On chasse

On tire

On agonise


Il faut sortir

Passer les frontières

Pour découvrir vie autre

Que celle-ci

En pays replié sur lui-même

Pays qui ne sait plus

Vivre


Alors juste de l’autre coté

Tu peux errer au milieu des forêts préservées

Tandis qu’ici on arrose

On aplanit

On arrache

On se plaint de la chaleur

Sur bitumes et bétons multipliés


Ailleurs

Tu découvres le goût des autres

Pour une nature préservée

Où l’homme n’est qu’un invité

Vivant parmi d’autres vivants


Il suffit de franchir

La barrière des préjugés



Xavier Lainé

23 août 2026 (1)


jeudi 8 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 21

 


-21-


Puis plonger dans les bras de l’histoire

Chercher dans les rues et ruelles

Les traces d’un passé tiraillé

Entre ici et ailleurs

Entre deux identités

Deux langues

Danser d’un pied sur l’autre

Écouter


Écouter ces histoires

Que disent les mots à demi prononcés

Qui disent tout ou rien

Qui ne disent qu’à la condition

De savoir entendre 

Entre les mots dits

Maudits mots sans prétention

Ce que l’histoire a laissé

Comme empreinte indélébile

Au coeur des vies brisées


Ce que disent les vies éclatées

D’enfances en souffrance

De tortures infligées

Qui n’en avaient pas l’allure

Mais en portaient le sens

Laissant au fond du coeur 

La morsure de ne savoir

Comment exister


Vies brisées d’hier et d’aujourd’hui

Se rejoignent en gigantesque chaos

En chemins égarés et hagards

De n’avoir pas été assez aimés



Xavier Lainé

21 août 2026


mercredi 7 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 20

 



-20-


C’est un peu comme si

Comme si tout un pays 

S’était mis à vivre à regret


Regret de ce qui fut

D’un temps révolu

D’une époque oubliée

Où la vie aurait été autre

Peut-être même meilleure


C’est un peu comme si

Comme si tout un pays

Se mettait à vivre avec regrets


Regrets d’une industrie disparue

D’un temps où travailler 

Était à portée de pas

Alors que désormais

Il faut faire cent kilomètre chaque jour

Pour aller travailler là-bas

De l’autre coté de la frontière

Pour un salaire meilleur certes

Mais avec si peu de temps de vivre

Qu’on se met à regretter


C’est un peu comme si

Comme si tout un pays

Pleurait un temps qui n’est plus


Les mots disent 

Ce que les yeux voient

Quelque chose d’un abandon

D’une impuissance fatale



Xavier Lainé

20 août 2026


mardi 6 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 19

 



-19-


Il fallait s’égarer un peu

Quitter les habitudes installées

Tourner le dos aux pesanteurs

D’un pays soumis au soleil de plomb


Il fallait se perdre

Se tromper

Regarder le Vercors

Comme l’envers d’un décor

Où allaient voitures et camions

En files continues

Frisant à chaque instant

Le risque d’un dérapage


Il fallait revenir sur le chemin

Retrouver les foules hagardes

Les visages fatigués par la route

Les attitudes soumises

Aux diktat des invisibles

Ces gens qui depuis leurs yacht

Se moquent pas mal de la Terre

Rient de voir humains réduits

À courir avec affolement

Vers un avenir tracé au cordeau

Des soumissions involontaires


Il fallait observer 

De n’avoir plus pris la route depuis longtemps

L’involution de ce monde

Le recul implacablement visible

Sous le joug des lois du marché

Comme si celui-là avait une quelconque importance

On a les croyances qu’on peut ou qu’on veut



Xavier Lainé

19 août 2026


lundi 5 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 18



-18-


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Les mots restaient en souffrance

C’est bien le mot

En souffrance

On ne voit jamais si bien son pays

Qu’en suivant les itinéraires balisés de péages

Ces chemins tout tracés

Où vont et viennent comme des ombres

Humains en déroute


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Ou plutôt la suivre

Comme on dévide un fil

Pour ne pas se perdre

Dans le labyrinthe

Où nous attend toujours quelque Minotaure

Tapi dans l’ombre

Ils existent les Minotaure

Ces monstres assoiffés d’argent

Qui te donnent ticket

Pour suivre le chemin qu’ils t’imposent

T’arrêter sur les aires

Où s’offrent à ton porte-monnaie

Les marchandises sans valeur

Qu’ils te font payer cher


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Découvrir au fil des haltes

La supercherie de ce monde

Qui te fait miroiter une liberté

Menottée aux barreaux des invisibles profits

Avec l’impossible rejet 

En des toilettes horriblement sales



Xavier Lainé

19 août 2026 (1)