J’ai pris un tour d’avance, un jour s’est défilé plus vite que prévu, les mots se sont tellement agités qu’il leur fallait une issue.
Pour une fois depuis fort longtemps, l’hiver se met à ressembler à ce qu’il fut, autrefois, mais il n’y a pas si longtemps.
Étranges facéties d’un climat rendu fou par les hommes à l’unisson, industriels et financiers déconnectés de leur nature, fanatique d’un progrès hors sol, de profits sans limites, méprisant la vie vivante et vibrante.
Avec un mois de retard, les températures se mirent en négatif, mais pas assez tôt pour qu’au moins les vains voeux soient figés.
Alors ils se sont envolés sans un regard sans l’espoir même de retomber et de se réaliser quelque part.
J’ai pris un tour d’avance : parfois les mots hésitent, parfois ils se précipitent sous les injonctions d’un monde en proie à la loi du plus fort.
Le Président du pays des droits de l’homme se mit à approuver que son semblable américain, en bonne tradition de son pays colonial, envahisse le petit Vénézuela, en enlève le président en exercice et s’arroge le droit de dire ce qui serait bon pour son peuple.
Ces mêmes pays occidentaux qui, hier, élaboraient sur les ruines fumantes de l’Allemagne les règles d’un droit international capable d’éviter que se renouvelle les crimes du nazisme, s’en affranchissent désormais, précipitant le monde dans une spirale de violence dont nul ne saurait prédire jusqu’où elle ira.
J’ai pris un tour d’avance : j’avais déjà écrit ici la nécessité de rompre avec l’esprit de domination qui est au soubassement de l’esprit colonial.
Je ne croyais pas, ou ne voulais pas y croire, en hésitant à émettre le moindre voeux, que tout irait si vite.
J’écrivais que le problème n’était pas Israël ou Gaza, mais cet esprit impérialiste, nourri de masculinisme et de suprémacisme blanc, dont le génocide en cours est le symptôme.
L’hiver commence seulement à montrer son nez, ici et là, ce n’est pas neige qui tombe mais bombes sur gens qui ne demandent qu’à vivre en paix.
Xavier Lainé
4 janvier 2025

