lundi 5 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 18



-18-


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Les mots restaient en souffrance

C’est bien le mot

En souffrance

On ne voit jamais si bien son pays

Qu’en suivant les itinéraires balisés de péages

Ces chemins tout tracés

Où vont et viennent comme des ombres

Humains en déroute


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Ou plutôt la suivre

Comme on dévide un fil

Pour ne pas se perdre

Dans le labyrinthe

Où nous attend toujours quelque Minotaure

Tapi dans l’ombre

Ils existent les Minotaure

Ces monstres assoiffés d’argent

Qui te donnent ticket

Pour suivre le chemin qu’ils t’imposent

T’arrêter sur les aires

Où s’offrent à ton porte-monnaie

Les marchandises sans valeur

Qu’ils te font payer cher


Il fallait se lever tôt et prendre la route

Découvrir au fil des haltes

La supercherie de ce monde

Qui te fait miroiter une liberté

Menottée aux barreaux des invisibles profits

Avec l’impossible rejet 

En des toilettes horriblement sales



Xavier Lainé

19 août 2026 (1)


dimanche 4 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 17



-17-


Comme bulles à la surface 

Remontent les souvenirs


Un portail gris d’école maternelle 

Sous un soleil torride

Dans un petite rue assommée de lumière

Un balcon donnant sur le port

Avec le mouvement des navires de pêche

Les murs de la vieille ville

Les ruelles étroites aux odeurs d’épices

Dans la pénombre 

Des tapis

Des cuivres

Des appels au sommet des minarets


Comme bulle à la surface

Remontent les souvenirs


Des granités dégustés

À la terrasse d’un café de fortune

Avec les vagues venues se briser

Sur les rochers de la digue

Des plages infinies de sable fin

Des ruines de villas romaines

Affleurant de la dune

Sous le souffle des vents

Une eau turquoise

Où l’enfant que j’étais plongeait 

Rêvant de franchir les mers

Pour des voyages vers l’inconnu


Comme bulle à la surface

Remontent les souvenirs



Xavier Lainé

17 août 2026


samedi 3 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 16



-16-


 Pas un instant sans devoir montrer patte blanche

Te rappeler de tes identifiants aux multiples visages

De codes tellement renouvelés

Que tu ne sais jamais lequel pourrait convenir


Te voici parvenu en cette dystopie

Où sans identifiants et codes d’accès

Tu es marginalisé et ostracisé


C’est pure folie

Ce monde n’est plus que pure folie

Qui te demande de prouver

Que tu n’es pas un robot

Pour accéder aux sites clefs

Qui te permettent de gérer 

Moindres faits et gestes

D’une vie quotidienne 

Devenue proie de prédateurs

Qui savent mieux que toi

Détourner les règles


Je fus d’un monde

Qui ne connaissais rien 

De ces misères imposées

Dans des cases informatisées

Qui t’obligent à te plier 

À leurs caprices les plus imbéciles


Les rois de la consommation 

Se frottent les mains

Devant ta mine déconfite

De ne pas savoir te dépatouiller

En ce territoire de l’absurde



Xavier Lainé

16 août 2026


vendredi 2 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 15

 


-15-


Désespérant de trouver fraicheur

On se terre entre les pages

On blottit les mots pour qu’il ne se dessèchent pas

Et pendant ce temps


Et pendant ce temps

Un président fait du jet ski 

Sur Méditerranée en flamme

Transformée en cimetière marin

Par lois iniques qui font distinction entre humains


Et pendant ce temps

Pendant qu’on meurt de chaud

Si nombreux qu’on n’ose plus

En afficher le nombre

Que forêts partent en fumée

Sous l’oeil épuisé des pompiers méprisés

Un maire est parti en vacances

Des ministres se taisent

Sans doute plus occupés 

À siroter leur champagne

Au bord de rutilantes piscines

Des malades se lamentent

Dans des chambres non climatisées

Eau sein d’hôpitaux de récente facture

Pendant ce temps

Pendant ce temps


Les dividendes s’accumulent

Dans les portefeuilles de ceux qui polluent

Rien à dire

Et si tu écris cette tragédie

On t’interdit l’accès aux réseaux prétendus sociaux



Xavier Lainé

15 août 2026


jeudi 1 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 14

 


-14-


Alors j’ai rêvé

Quand tout s’effondre autour

Il nous reste encore ça

Rêver


D’une infinie douceur

D’une tendresse rassurante

D’un moment suspendu

Aux lèvres d’un désir fou

D’un monde capable de musique et de poésie


J’ai rêvé

C’est un radeau où se réfugier

Dans les tempêtes provoquées

Par une lie d’humanité

Désormais si déconnectée 

Qu’elle ne sait plus rien imposer

D’autre que misères guerres

Famines et soif


*


Alors parfois 

J’ai les mots aussi pauvres que vous

Je ne trouve plus le chemin des poèmes

Qui sachent conter fleurette

Dans l’oreille de ma bien-aimée

Qui chuchote des mots d’amour

À l’ombre tendre des micocouliers


J’ai les mots pauvres

Pauvres et desséchés

Comme la terre que mes pieds foulent



Xavier Lainé

14 août 2026