vendredi 4 septembre 2026

Ça brûle 18


 -18-


Alors je refuse

De parler d’autre chose

De regarder ailleurs

Même au nom de douce poésie


Mes mots prennent bec

Ma vie prend ombrage furieux

D’un monde que je n’ai cessé de combattre


Mes mots sont ancrés là

Dans les décombres et les corps engloutis

Dans cette mer où enfant j’aimais nager

Devenue cimetière pour tant d’âmes en fuite


Bien sûr vindicte

Y compris venant de ce bord

D’un échiquier qui cache bien mal

Ses furieuses envies de dominer


Les mêmes 

Les mêmes qui se disent gauche

Qui refusent que soit nommé

Le monde qui nous opprime

Même en citant Jean Jaurès

Il ne faut pas dire

L’alpha et l’omega

Qui conduit notre humanité

À sa ruine perpétuelle


Mes mots sont là

Ma vie se fait lasse

De voir se réaliser mes cauchemars

Dans la douleur de vivants qui ne demandaient qu’à vivre encore



Xavier Lainé

18 juillet 2026


jeudi 3 septembre 2026

Ça brûle 17

 



-17-


Me voilà passant nuit hallucinée

Me souvenant des années passées

Des années mortes d’une jeunesse

Qui rêvait d’enrayer la machine

L’indomptable machine

Qui ne cesse d’exploiter

Tout ce qui bouge et vit

Ne laissant derrière elle que déchets

Montagnes d’excréments

Qui se répandent comme marée noire

À la surface de nos espérances


Me voilà passant nuit hallucinée

Si maigre fraîcheur sur front fiévreux

Peau rejetant chaleur accumulée

Sueur jusqu’à rendre sommeil impossible

Repos illusoire tandis que dehors

On prépare noces inconscientes

Fêtes jusqu’à s’étourdir

Croyant échapper à la cuisson commune


Me voilà passant d’une nuit hallucinée

Pas un souffle pour attendrir les rêves

Alors j’écris ce qu’un monde

Fondé sur l’exploitation sans fin

Génère de misères et de douleurs

C’est donc bien ce monde

Qu’il nous faut remettre en question


On me dit qu’il vaut mieux

Parler d’autre chose

Les pieds dans les sabots 

D’une ville dont l’esprit semble fondu



Xavier Lainé

17 juillet 2026


mercredi 2 septembre 2026

Ça brûle 16

 


-16-


Mais peut-être mourir de chaud

Serait une situation plus enviable

Que mourir sous les bombes

À Gaza comme ailleurs


Gaza

Ils n’en disent plus rien

C’est vrai quoi

Ils y croient

À un cessez-le-feu

Ils ne voient rien

Des bombes qui continuent de tomber

Sur un peuple en survie


Soudan

N’en parlons pas

Afrique

Que dire de l’Afrique

Dans le silence médiatique


Comme on fait silence sur les périls climatiques

On fait silence sur les sévices tyranniques

On ne dit rien

Il ne faut rien en dire

Les poètes aident le peuple

À regarder ailleurs

En attendant l’extinction


En attendant l’extinction

Il faut jouer danser rire

Boire et se noyer dans l’ivresse

Mais ne pas dire

Comment tout ceci est symptôme



Xavier Lainé

16 juillet 2026


mardi 1 septembre 2026

Ça brûle 15

 


-15-


L’avantage d’émettre un cri de papier

C’est que contrairement à ce qui viendrait de la gorge

Il demeure

Il demeurera

Si toutefois quelqu’un un jour

Saurait s’en emparer


Car comment et que dire encore

Qui n’ait pas été dit et écrit

Prouvé et documenté


Sans doute un peu moins que beaucoup

La tempête caniculaire qui sévit 

Me laisse parfois hagard

La question se pose de survivre

De ne pas fondre trop tôt

Quand il reste tant à faire

Pour rendre notre humanité

Un peu plus responsable


Car nous avons une responsabilité

Et un choix

Remettre en cause le système 

Ou en sortir

Tourner le dos à ce qu’il engendre 

Et nous placer aux côté du monde vivant

Ou persister à écouter les sirènes de l’impuissance

Et assister à la lente et terrible agonie

Qui guette notre espèces


Nous ne sommes pas au-dessus de la mêlée

Nous en sommes les tenants et les aboutissants

À nous d’enfin prendre nos responsabilités



Xavier Lainé

15 juillet 2026


lundi 31 août 2026

Ça brûle 14

 


-14-


De quoi saurais-je de mes mots

Me faire l’écho 

Puisque tant de Bastilles restent à prendre

Que nous laissons debout

Tant de privilèges à faire tomber

Sans que nous osions toucher

Un cheveu de la tête des oppresseurs


De quoi saurais-je encore

De mes mots me faire l’écho

Quand depuis si longtemps nous disons

Nous tirons signal d’alarme

Sans être entendu ni compris

Parfois même rabroués

Comme gamins qui ne comprennent

Rien au monde rationnel

D’adultes campés sur leurs certitudes


De quoi encore serais-je capable

Pour faire entendre l’inaudible

Le cri silencieux des misères

Qui toujours étendent leur emprise

Parmi nous

Les humains encore digne de ce nom

Capables de nous émouvoir

Devant les larmes de rage

Lorsque vies ne sont plus que survies

Tandis qu’aux vitrines de l’immonde

On ose inviter encore

À consommer sans mesure

Jusqu’à extinction de notre espèce


Je renouvelle encore mon cri de papier



Xavier Lainé

14 juillet 2026