jeudi 15 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 28



-28-


Puisque le temps m’est compté

Que j’ai passé plus de vie que ce qu’il m’en reste

Me voici devant mes responsabilités

Celles de léguer un monde ouvert

En lieu et place de celui reçu malgré moi


Un monde ouvert à la connaissance

À la curiosité qui n’est pas

Comme on me l’avait appris

Un si vilain défaut

Au contraire


Un monde ouvert aux autres

À toutes ces vies qui ne demandent qu’à croitre

À se multiplier dans l’ombre bienveillante

Que je saurai construire

Sous la seule impulsion de mon imagination


Un monde qui tende la main

Qui désapprenne à dresser frontières et barrières

Rejetant au-delà tous ceux qui ne nous ressemblent pas

Un monde qui ne campe pas

En ses postes frontières

Lorgnant sur le désert des Tartares

Avec la méfiance soupçonneuse des imbéciles


Un monde de portes ouvertes et de confiance

Capable de revoir sa copie si nécessaire

Au gré des expériences et des échecs

Qui sont un droit inaliénable

Si nous ne tentons pas

Nous serons devant l’échec de nos refus

Plus cuisant que celui de nos expériences



Xavier Lainé

28 août 2026


mercredi 14 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 27

 


-27-


Ne perd pas ton temps

Chaque seconde est précieuse

Chaque seconde perdue

À contempler l’oeil vide

Les salades exposées

Comme subtiles pensées

Chacun seul devant

L’écran des nullités

Orchestré de mains de maître

Quelque part 

Par quelque obscur horloger

Qui ne fut humain qu’une fois

Lors des calculs initiaux

Fondant les algorithmes 

Qui trient les propos

Selon une pertinence évaluée

Sans aucune pensée 


Ne perd pas ton temps

Chaque minute est une pépite

Qui te permet de trouver refuge

Entre les pages de milliards de livres

Légués par des maîtres en humanité

Bien plus éloquents 

Que les creux algorithmes

Qui décident pour toi

De ce que tu dois ou pas voir

Ou savoir


Ne perd pas ton temps

Chaque heure est un trésor

Qui te permet de penser par toi-même

Nourri de ces pépites qu’on appelle livres



Xavier Lainé

27 août 2026


mardi 13 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 26

 


-26-


Il existe pourtant des lieux d’humanité

Des lieux où vivre en franche amitié

Des maisons qui vibrent à la chaleur des âmes

Qui se chauffent au bois d’une poésie

Qui rend chaque geste à l’amour qui l’anime


Ils existent 

Ces lieux de coeurs ouverts

Où s’étreindre semble bien naturel

Et sans arrières pensées d’obscénités 

Il fait bon s’y assoir

Il fait doux s’y endormir


Ils existent sans tambours ni trompettes

Les livres s’y échangent 

Y sont nourritures pour les esprits curieux

On y échange autre chose

Que propos creux sur les dernières fadaises

Répandues comme lisier

Sur le monde du dehors


Ce sont lieu de repos

D’amour et de savoir

Ce sont lieux d’humanité retrouvée

Au mitan d’un monde en implosion

Lieux de ressources et d’espoir

Tandis qu’au dehors

Mugissent les souffles hideux

Qui font de notre humanité une loque

Courbée sous le joug des puissants

Qui ne le sont qu’à la hauteur

De la confiance qu’on leur fait

Mauvaise conscience s’entend



Xavier Lainé

26 août 2026


lundi 12 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 25

 


-25-


Bien évidemment 

Au premier orage

Tout le monde se réjouit

Tout rentre dans l’ordre immuable

On oublie


On oublie qu’hier 

On souffrait

Certains plus que d’autres

Certains même ne sont plus là

Mais on n’en a jamais parlé

C’était plus simple

Ça ne remettait rien en cause

De faire silence

Sur les milliers partis

On dira qu’ils étaient fragiles

On ne dira rien des raisons

De leur fragilité


On oublie

Au premier frais venu

L’humain dénaturé s’en fiche

Il se croit bien au-dessus

Des caprices du temps

Des soubresauts de sa planète

Croyant aveugle en des divinités

Qui le conduiraient vers d’autres mondes

Après avoir détruit celui-ci


Comme il était prévisible

L’ordinaire imbécile prend le dessus

Les mémoires se stérilisent

Sous l’effet soporifique des médias



Xavier Lainé

25 août 2026


dimanche 11 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 24

 



-24-


Comme des porcs ou des salauds

Nulle excuse pour ceux qui se croient en haut

Et se comporte ainsi

Comme des porcs et des salauds


Comme des porcs

C’est une insulte pour les cochons

Qui eux ne demandent

Comme nous autres

Qu’on dit être d’en bas

En bas de l’échelle

Mais si on le renverse

Voici que les salauds d’en haut

Se retrouvent cul par dessus tête

Tandis que les autres 

Que feront-ils les autres

Tellement habitués à jouer

Comme ceux d’en haut

Au risque de rendre la vie plus dure


On ne construit rien

En pays qui se vautre 

Qui accepte toutes les compromissions

Pour grappiller quelques minutes de survie


On ne construit rien

Lorsque chacun ne roule 

Que pour lui-même

Et refuse toute critique

Exclut ceux qui ne marchent pas

Au pas cadencé de cette histoire

Sordide histoire qui fait d’un pays

L’ombre de lui-même



Xavier Lainé

24 août 2026