Car il en est ainsi : le fascisme ne vient pas par la grande porte, il pénètre peu à peu les esprits pour qu’ils trouvent normal ce qui ne l’est pas.
Le fascisme s’inscrit dans une stratégie au long cours qui se nourrit de toutes les indifférences.
Ça commence par l’indifférence à la misère qui se répand, aux pauvres gens morts de froid dans les rues d’un pays riche.
Ça continue par l’indifférence au sort des migrants qui fuient la misère et l’oppression dans leur pays (avec l’appui tacite ou politique du notre) et prennent le risque de finir noyés aux pieds des touristes.
Ça vient aussi dans la protestation ou le silence complice de ceux-là dont les vacances sont bousculées par les cadavres échoués devant leurs chaises longues.
Ça devient évidement lorsque la guerre montre son nez, à nos portes ou au-delà, chacun regardant les scènes d’atrocités sur son écran s’en en être ému plus que ça.
Ça devient réel dans le rejet de toute personne n’ayant pas la bonne religion, la bonne philosophie, le bon engagement.
Ça devient problématique lorsqu’on se réveille un matin avec le mufle hideux aux portes du pouvoir.
Nous en sommes là.
Nous en sommes las quand à force d’écrits et de poésie on a tenté quand même de monter des digues, de montrer la pente savonneuse des lois liberticides qui ne font qu’alimenter un peu plus le flot immonde.
Nous en sommes fatigués d’être si peu à clamer encore que ce jeu est dangereux, dans le silence glacé de médias désormais aux mains de la lie.
Nous sommes inquiets pour nos enfants pour qui nous nous sommes battus afin qu’ils vivent autre chose que ce bourbier.
Mais nous sommes trop souvent passés à côté en refusant de condamner le système qui porte en lui cette catastrophe.
C’est faute de dire son nom et de combattre pied à pied ses thuriféraires que les tragédies se répètent à l’infini de l’histoire.
Xavier Lainé
29 janvier 2026