mardi 24 février 2026

Grotesque hypocrisie 8

 


Et puis construire, nous savons, toujours nous remettre à l’ouvrage.

Sous les quolibets des incapables, qui ne savent que compter leurs billets, dans leurs corbeilles d’argent, mais ne savent rien faire pour se nourrir, s’habiller, se loger.

Sans nous ils ne sont rien sinon comptes en banques.


Sans nous ils ne sont rien.

Ils ont besoin de nous pour leur propre survie.

Mais ce dont ils rêvent, c’est de nous voir esclaves.


Ce dont ils rêvent, c’est de choisir parmi nous ceux qui seraient leurs serviteurs zélés, maniant le fouet et la carotte, pour mieux nous réduire au servage.

Ils nous imposent leurs manières de voir.

Ils répandent dans nos esprits le fiel de leur ostracisme.

Ils nous dévient de notre route qui est de bâtir.


C’est notre responsabilité, construire les cités où nos âmes pourraient vivre en paix, sans que nul n’en soit rejeté.

J’entends.

J’entends ici les quolibets devant nos rêves.

Ils ne savent faire que ça, se moquer et souiller tout ce qui n’est pas de leur monde.

Quiconque relève la tête, ils ont leurs services de désordre pour faire rentrer dans le rang les récalcitrants.

Ils légifèrent. 

Regardez les légiférer : toute loi votée en leur nom est contrainte pour les peuples, allègements pour leurs amis.

Leur monde est un monde par principe inégalitaire et sans foi ni loi.

Le plus fort a raison. C’est au nom de cette raison de domination qu’ils envahissent leurs voisins, génocident à tour de bras toute forme d’humanité, interdisent la propagation du savoir, de la poésie et du rêve.

Ils nous rêvent soumis, mais ne voient pas ce qui bouillonne dans nos têtes.



Xavier Lainé

7 janvier 2026


lundi 23 février 2026

Grotesque hypocrisie 7

 


Mais bien entendu, dans le chaos semé de mains de maîtres qui se croient tels, on tente de retomber sur nos pieds.

On se méfie des voeux pieux, des souhaits signifiés par pure forme, des formules toutes faites qui ne font plus sens en temps d’avarie généralisée.

Car se dont on a besoin que ne nous donnent plus les états constitués, c’est de nous serrer les uns contre les autres pour nous réchauffer les coeurs, pour redonner à nos esprits l’oxygène qui leur est indispensable.

Tandis que certains demandent à ChatGPT ce qu’ils doivent penser, d’autres reconstruisent une façon de vivre d’où notre humanité ne puisse pas être exclue.

C’est un travail quotidien.


Ne pas démordre de notre soif d’humanité.

Ne rien céder à cette folie qui voudrait que des machines se mettent à nous dicter nos actes.

Ne pas accepter cette soumission imposée insidieusement, qui ferait de nous les serviteurs d’un monde 2.0.

C’est une révolte intime, de ne pas marcher au pas accéléré d’une histoire non choisie et non désirée.

C’est un travail quotidien.


Observer avec rigueur les comportements qui nous plongent dans la violence.

Nous détourner des hostilités puissamment entretenues, des rhétoriques racistes et xénophobes qui établissent des hiérarchies entre frères humains.

Ne pas accepter de sombrer dans ce délire de possession que les malades de la finance véhiculent comme seul et unique horizon pour nos peuples désorientés.

C’est un travail quotidien.


Débusquer les vieilles figures sous les masques avenants des gendres idéaux.

Silencieusement fausser compagnie à cette lie de l’humanité.



Xavier Lainé

6 janvier 2026


dimanche 22 février 2026

Grotesque hypocrisie 6


 

Ils sont indignes mais ont l’aplomb de dire leur mot, qu’ils condamnent ou approuvent, ils devraient écouter ce qu’ils disent et l’appliquer pour eux-mêmes.

Ils dirigent le monde d’une main de fer vers l’abîme.

Ils nient toute autorité populaire au nom d’élections truquées.

Ils condamnent leurs peuples à la misère et à l’errance.

Ils tirent à bout portant sur des enfants sans défense.

Ils attaquent leurs voisins et se jugent légitimes à annexer le territoire des autres.


Mais…


Ils font vibrants discours pour condamner chez l’autre ce qu’eux-mêmes font.

Leur parole est de la même nature que les voeux formulés il y a si peu de temps.

Voeux qui s’envolent à peine prononcés et sombrent dans l’oubli.

On les prononce et on passe à autre chose.


Il est ainsi ce monde : il passe très facilement à autre chose.

Qu’importent les crimes commis devant les caméras, on regarde ça comme si c’était un jeu vidéo.

Nous voici tellement habitués à la violence, que plus grand chose ne nous émeut.

On regarde et puis on retourne à ses petites occupations sans un mot.


Il est vrai que les mêmes qui condamnent ou soutiennent la mise à mort du droit international nous ont habitués à faire attention à nos mots.

Il disent qu’il n’y a pas de censure, mais de fait, chacun se méfie des mots qu’il écrit.

Certains mots sont bannis ou vous ouvrent la porte des geôles de pays qui se disent libres, à condition que vous soyez nés du bon côté : celui de la fortune.



Xavier Lainé

5 janvier 2026


samedi 21 février 2026

Grotesque hypocrisie 5

 


J’ai pris un tour d’avance, un jour s’est défilé plus vite que prévu, les mots se sont tellement agités qu’il leur fallait une issue.

Pour une fois depuis fort longtemps, l’hiver se met à ressembler à ce qu’il fut, autrefois, mais il n’y a pas si longtemps.

Étranges facéties d’un climat rendu fou par les hommes à l’unisson, industriels et financiers déconnectés de leur nature, fanatique d’un progrès hors sol, de profits sans limites, méprisant la vie vivante et vibrante.

Avec un mois de retard, les températures se mirent en négatif, mais pas assez tôt pour qu’au moins les vains voeux soient figés.

Alors ils se sont envolés sans un regard sans l’espoir même de retomber et de se réaliser quelque part.


J’ai pris un tour d’avance : parfois les mots hésitent, parfois ils se précipitent sous les injonctions d’un monde en proie à la loi du plus fort.

Le Président du pays des droits de l’homme se mit à approuver que son semblable américain, en bonne tradition de son pays colonial, envahisse le petit Vénézuela, en enlève le président en exercice et s’arroge le droit de dire ce qui serait bon pour son peuple.

Ces mêmes pays occidentaux qui, hier, élaboraient sur les ruines fumantes de l’Allemagne les règles d’un droit international capable d’éviter que se renouvelle les crimes du nazisme, s’en affranchissent désormais, précipitant le monde dans une spirale de violence dont nul ne saurait prédire jusqu’où elle ira.


J’ai pris un tour d’avance : j’avais déjà écrit ici la nécessité de rompre avec l’esprit de domination qui est au soubassement de l’esprit colonial.

Je ne croyais pas, ou ne voulais pas y croire, en hésitant à émettre le moindre voeux, que tout irait si vite.

J’écrivais que le problème n’était pas Israël ou Gaza, mais cet esprit impérialiste, nourri de masculinisme et de suprémacisme blanc, dont le génocide en cours est le symptôme.

L’hiver commence seulement à montrer son nez, ici et là, ce n’est pas neige qui tombe mais bombes sur gens qui ne demandent qu’à vivre en paix.



Xavier Lainé

4 janvier 2025


vendredi 20 février 2026

Grotesque hypocrisie 4

 


On s’endort, on se réveille dans le fracas des bombes.

Parce que les années passent, mais comme on ne change pas les dirigeants d’hier, qui ne cessent de se reproduire à l’identique, toujours ils nous mènent les yeux bandés au bord du gouffre.

Si nous ne voulons pas sauter, ils nous poussent. Une vie pour eux n’a strictement aucune importance, seul le gain qu’ils amassent à longueur de crimes leur importe.


On s’endort, on se réveille avec la nausée.

Rien à voir avec la fête d’avant-hier, juste que nos rêves tournent au cauchemar.

Qui pourrait souhaiter encore bonheur et richesse à l’heure où le premier n’est plus que poudre aux yeux pour cacher les monstres qui se déploient en haut lieu, la deuxième une propriété privée entre les mains des mêmes.

Ceux-là font des discours sur la tolérance, pour mieux la piétiner.


On s’endort, on se réveille le corps douloureux.

C’est dur de vivre dans un monde en tel fragile équilibre qu’il menace toujours de tomber du côté de l’immonde.

Ce que furent les valeurs laborieusement élaborée depuis des siècles, les voilà foulées au pied, servant de paillasson.

Exit tout droit international, tout état de droit, toute justice qui protège les plus faible.

Nous voici au réveil devant ces territoires dévastés, ces peuples meurtris, enfants femmes et vieillards considérés comme danger pour les possédants au seul titre qu’ils refusent de se soumettre.

L’humanité, au réveil, n’est plus qu’un souvenir.

La loi du plus fort est devenue la règle, une règle sans règle, un vide abyssal où nous plongeons.

Le problème n’est pas à Gaza, au Soudan, en Somalie, en Ethiopie ou au Vénézuela, il est dans cette engeance sans foi ni loi, mais qui se réfugie derrière les croyances aveugles pour mieux mépriser l’humain qui sommeille devant son écran.



Xavier Lainé

3 janvier 2026


jeudi 19 février 2026

Grotesque hypocrisie 3

 


Par quoi commencer ? Les mots hésitent, les doigts se font malhabiles sur le clavier du jour. Le froid enfin est de retour. Certains s’en lamentent : ceux-là veulent de la neige artificielle pour skier et la chaleur pour vivre.

Nous en sommes à ce stade de dénaturation que plus rien des cycles de la nature ne trouve grâce à nos yeux.

Nous voulons tout et son contraire, mais si possible en préservant petit confort étriqué derrière grilles, grillages et barrières électriques.

Ne manquent plus que les miradors pour que chaque domicile se mette à ressembler à camp retranché.

Retranché de toute relation sociale dont il faudrait se méfier.


Sous haute protection, dans la croyance aux mythes de la surveillance absolue, de la prévision sans faille, on se satisfait d’avoir les moyens de.

Moyens de vivre dans immeuble ou résidence de standing, roulant véhicule rutilant, électrique comme promu par les gouvernants.

Mais réfléchir, ha, réfléchir à ce que veut dire ce mode de vie, voilà où le bât blesse.

Comment réfléchir lorsque nous sommes happés dans un cyclone d’informations toutes plus contradictoires, jusqu’au vertige.


Il fut un temps où l’on se regroupait autour de l’âtre pour lire, chanter, jouer, raconter des histoires d’un autre temps.

Les enfants écoutaient dans la danse des flammes les échos d’un monde qui façonnait leur imaginaire.

Entendez-moi bien : je ne suis pas dans le regret des temps passés. Je m’interroge simplement sur l’impact de la disparition de certaines transmissions et leur conséquence pour notre humanité.


Désormais l’écran est partout, il trône dans les salons, dans les chambres à coucher, dans les cuisines.

On s’endort dans son canapé bercé de ce flot audiovisuel, on fait l’amour devant l’écran allumé. L’écran qu’il soit télévisuel, informatique ou téléphonique occupe toute la place.



Xavier Lainé

3 janvier 2026


mercredi 18 février 2026

Grotesque hypocrisie 2

 

Mais voilà, c’était le premier jour et tandis que j’écrivais, j’apprenais cette interdiction diabolique.

Même les organisations humanitaires ne pourraient plus accéder à Gaza.

Nous n’étions que le premier jour, les voeux n’avaient pas eu le temps de se déposer que déjà les inhumains poursuivaient leur course infernale contre notre humanité profonde.


C’était le premier jour, j’affichais mon soutien aussi à ceux qui résistent un peu partout, de la Chine à l’Iran, contre toutes formes de dictatures.

Je recevais message haineux m’interdisant de parler de l’Iran auquel je ne comprendrais rien.

C’est sûr que je n’y comprends rien, que seules les victimes devraient pouvoir parler de ce qu’ils ressentent.

Mais voilà : les victimes, lorsqu’elles sont encore vivantes, n’ont pas droit de cité ni de parole en système médiatique verrouillé par les soutiens de toutes les dictatures, de tous les génocides, de tous les crimes de guerre ou contre l’humanité.

Alors je croyais de mon devoir d’écrire.

Nous n’étions que le premier jour, les voeux n’avaient pas eu le temps de refroidir que déjà le moindre geste d’humanité était interprété comme son contraire.

Parallèlement à l’avalanche des nouvelles affligeantes, je continuais à recevoir des voeux de santé, de prospérité et de bonheur (tiens d’ailleurs je n’ai reçu aucun voeu de paix) ; de mon côté, je demeurais silencieux sur le sujet, ne sachant plus trop que dire en telles circonstances.

Pouvais-je faire abstraction des nouvelles glaciales qui affluaient et, moi aussi, faire comme si, juste pour la forme, parce que c’est ainsi, que la tradition veut qu’on émette des voeux (mais le gui a disparu de nos symboles) ?

Je restais muet, les voeux reçus, pas encore vraiment déposés ou refroidis, entraient en telle contradiction avec ce que mes yeux, mon coeur, mon cerveau, que sais-je, pouvaient percevoir que je restais de marbre, que je dansais d’un pied sur l’autre sans trop savoir que faire.



Xavier Lainé

2 janvier 2026