lundi 19 octobre 2026

Toujours l’amertume 1

 


-1-


Tout commence toujours avec des embrouilles

Sans doute est-ce travers du monde

Qu’il faille à chaque instant gérer conflits

Tenter d’endiguer haines tenaces


Nous vivons ça

Un siècle d’enfants piégés

Meurtris dans des familles déchirées


Toute tentative d’endiguer les dérives

S’avère tâche inhumaine

Tu ne sais

Quelle force encore trouver

Quels mots rassembler

Qui soient paroles d’amitié

À défaut de pouvoir être d’amour


Quelque chose ici est brisé

Ton âme s’en va

À la dérive de ces continents de misère

Qui envahissent nos âmes

Comme ceux de plastique

L’océan qu’on nomme

Pacifique


Pacifique

Tu tentes encore de l’être

Tu en suis les chemins escarpés

Parfois avec larmes de rage

Devant ton impuissance

À tempérer les ardeurs guerrières

Tu pleures en silence

Car même les larmes deviennent incomprises



Xavier Lainé

1er septembre 2026


dimanche 18 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 31



-31-


Mettre un terme

Poser un point

Mais qui ne soit pas final

Trouver un terme

Un thème

Un fil conducteur

Qui soit encore viable

Par temps couverts ou découverts

Par temps moroses

Si souvent

Moroses


Poser une limite

Une ligne à ne pas dépasser

Un horizon inatteignable

Où déposer les mots

Dans une urne défiant le temps

Défiant le flot

Des mots venus après

Après que terme soit atteint

Limites à ne pas

Franchir 

Pour ne pas se faire mal

Sans pour autant accepter

De s’adapter toujours

Jusqu’à l’insoutenable


Mes mots se déposent en couches successives

Ils abordent parfois

De façon inattendue

Les rives incertaines du livre

Dès lors ne sont plus mien

Se révèlent étranges étrangers



Xavier Lainé

31 août 2026


samedi 17 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 30



-30-


Bien sûr le frais endort les consciences

Si le chaud bouillant les avaient avachies


Faisons donc comme si 

Rien ne devait advenir

Continuons comme avant

Ou comme toujours


À voler au dessus des canopées

Les humains n’en connaissent plus rien 

Plus rien des ombrages

Ni des vies qu’elles abritent


L’humain vole au-dessus des vivants

Se croyant invincible voire immortel

Ignorant que la vie

Est un phénomène précaire

Qui lentement se façonne

En millénaires évolutifs


L’humain croit en un dieu

Qui le placerait à mille pieds

Du sol ingrat qui lui donna naissance

Sol pourtant si fertile

Que longtemps il fut impossible

De dénombrer les créatures

Nées de son humus


Bien sûr on se rendort

On a eu chaud

Très et trop chaud

Il est temps de redescendre sur terre

De vivre à hauteur d’herbe



Xavier Lainé

30 août 2026


vendredi 16 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 29

 


-29-


Je cherche un mode d’emploi

Qui permettrait d’avoir l’air réjoui

Quand le climat de plus en plus

Montre sa colère évidente et prévisible


Je cherche un mode d’emploi

Qui saurait me réjouir

Quand guerres et famines guettent

L’inattention de chaque pays


Je cherche un mode d’emploi

Qui ferait de poésie triste

Un moment de bonheur et de joie

Mais toujours ça retombe


Toujours ça retombe

Sous les mauvais coups

Dans l’indifférence courante

Aux malheurs des uns

Quoi font la fortune d’une poignée


Vous me dites

Qu’il faudrait faire quelque chose

C’est ce que je fais

J’écris

J’écris sans cesse et jusqu’au vertige

Dans l’espoir qu’un mot un seul 

Saurait réveiller la torpeur générale

Saurait ouvrir les vannes de curiosité

Les bibliothèques de sagesse et de pensée

L’esprit de solidarité

En lieu et place d’égoïsmes malsains

Le mode d’emploi est caché là 



Xavier Lainé

29 août 2026


jeudi 15 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 28



-28-


Puisque le temps m’est compté

Que j’ai passé plus de vie que ce qu’il m’en reste

Me voici devant mes responsabilités

Celles de léguer un monde ouvert

En lieu et place de celui reçu malgré moi


Un monde ouvert à la connaissance

À la curiosité qui n’est pas

Comme on me l’avait appris

Un si vilain défaut

Au contraire


Un monde ouvert aux autres

À toutes ces vies qui ne demandent qu’à croitre

À se multiplier dans l’ombre bienveillante

Que je saurai construire

Sous la seule impulsion de mon imagination


Un monde qui tende la main

Qui désapprenne à dresser frontières et barrières

Rejetant au-delà tous ceux qui ne nous ressemblent pas

Un monde qui ne campe pas

En ses postes frontières

Lorgnant sur le désert des Tartares

Avec la méfiance soupçonneuse des imbéciles


Un monde de portes ouvertes et de confiance

Capable de revoir sa copie si nécessaire

Au gré des expériences et des échecs

Qui sont un droit inaliénable

Si nous ne tentons pas

Nous serons devant l’échec de nos refus

Plus cuisant que celui de nos expériences



Xavier Lainé

28 août 2026