samedi 4 avril 2026

Élections municipales : nous voici englués

 


La glu a encore frappé. Saurions-nous nous tirer de l’épreuve ?

Le dilemme d’une ville moyenne, au pays du tourisme roi et des retraités fortunés cherchant leur résidence senior au soleil, est là.

Le résultat aussi.


Ce que les droites attardées, qui font le lit du Rassemblement National ne voient pas, c’est qu’on ne fait pas une ville humaine avec de grands projets alléchants.

On ne fait pas une ville où il fait bon vivre en ne satisfaisant que sa population moyenne supérieure engluée dans l’ignorance et l’arrogance (tout en se prétendant cultivée).


Le réveil sonne : il est douloureux quand même pour les gens sincèrement de gauche (celle de Gilles Deleuze : « Être de gauche c'est d'abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c'est l'inverse. »), mais il est une évidence que nous ne pouvons pas nier.

La France, plongée dans la glu néo-libérale se retrouve avec la gauche la plus pesante du monde : une gauche qui se réduit à un combat d’ego boursouflés qui se répandent sur les médias tenus de main ferme par les oligarques d’extrême droite, chacun convaincu d’avoir raison tandis que les autres sont dans l’erreur.

Pas un mot sur le système qui de génocides en esclavages, de misères répandues en guerres incessantes, cloue notre humanité au pilori d’une poignée d’individus qui ont fait sécession et n’existent qu’à la hauteur de leurs porte-feuilles d’actions, ou, quand on en parle, c’est presque en s’excusant d’être grossiers.


Quand il faudrait creuser les mémoires, astiquer les savoirs, les répandre d’esprits en esprits jusqu’à in-venter une humanité intelligente, que certains voudraient voir plier devant une IA incapable de s’inventer elle-même, on déserte, on fait des discours, et on incrimine l’autre, ce renégat, lui-même de gauche mais encore plus englué dans ce monde devenu immonde.

Nous avons sous les yeux l’art d’y jeter la poudre : pendant qu’on festoie, qu’importe qu’on crève en Méditerranée, au coin d’une rue froide, ou sous les bombes impérialistes.

Face aux difficultés de la vie, faute de s’en échapper pour prendre de la hauteur et réfléchir, il y a de forte chances qu’on s’enfonce.

Nous en sommes à ce stade où faute de voir et dénoncer clairement les tenants et aboutissants d’un monde-proie aux mains de la finance, on se laisse aller aux plus bas instincts, que plus aucune inhibition peut arrêter.

C’est notre quotidien : une bêtise absolue qui fait qu’on raye des noms sur une liste pour n’en laisser qu’un seul, parce qu’on est incapable de comprendre que l’homme seul, même avec les plus beaux projets n’est rien. Nous ne sommes humains que par la force collective que nous élaborons depuis la nuit des temps.

L’homme seul néo-libéral est un fantasme qui le rend esclave d’un monde artificiel dépourvu d’humanité.


Pour nous sortir de cette glu, pour désengluer notre liberté de ces faux-semblants petit-bourgeois, il n’est qu’une solution : travailler, travailler sans relâche à notre intelligence collective.

À défaut, il est bien clair que c’est le pire en l’homme qui fait son chemin : celui qui ne connaît de la relation à l’autre que la domination et donc un jour où l’autre la ruine.

Ruine patente car incapable de voir que tout ne tient pas dans un mono-rail, et qu’au contraire, les pansements posés, la Terre et le monde vivant n’ont que faire d’une espèce qui s’auto-satisfait en se suicidant.

Même les plus belles rues, pavées des meilleurs intentions, ne nous conduiront pas à notre résilience.

Les vivants que nous sommes, aussi sinon plus fragiles que toutes les autres espèces, ne sont rien dans cet univers dont nous ignorons beaucoup de ses ressorts.

Nous avons le choix : la fuite en avant en se voilant la face (ça, c’est fait, au lendemain d’une élection à la campagne entachée de profondes inégalités de traitement), ou de nous poser et réfléchir, cultiver une intelligence collective enrichie des apports de celles et ceux qui parmi nous peuvent éclairer le chemin, non en le pavant de vérités bien ficelées, mais en découvrant au fil du chemin que nous n’en détenons chacun qu’une infime parcelle, un semblant de celle-ci se formant de l’apport de milliers de nuées individuelles jusqu’à faire l’archipel capable de survivre à la catastrophe néo-libérale.


Le culte du chef établi en dieu vivant a fait son temps. Il suffit de lire un peu l’histoire dans ses développements les plus récents comme les plus lointains, pour le comprendre : pour construire les pyramides qu’on nous donne en modèle de ce qu’on nomme « civilisation », combien d’ouvriers morts ?

Ce que nous voyons apparaître dans notre petite ville moyenne, c’est ce suivisme ringard qui conduit les humains parfois, à avoir besoin d’un petit père des peuples pour se rassurer, au risque de ne jamais grandir.

Il n’est pas de sauveur suprême chantaient les communards sous le feu roulant des versaillais du capital.

À mort les penseurs libres et les diffuseurs du savoir, clame un ignoble président américain en mâchant son chewing-gum, le doigt sur le bouton qui éteindrait notre humanité pour longtemps.


Comprendrons-nous l’enjeu ? Lèverons-nous enfin le nez du guidon d’une actualité façonnée par des IA au service des mêmes ? Nous laisserons-nous entraîner jusqu’au massacre final ?

Penser n’est désormais plus un luxe mais une nécessité. À défaut nous continuerons à plonger dans la bêtise la plus gluante.



Xavier Lainé

Manosque, 16-26 mars 2026


Âmes meurtries 15

 


-15-


Mais jamais ne remettent en question

L’aplomb de leurs maîtres

Les soumis de toujours

Jamais ne songent à regarder plus haut

Derrière les beaux discours huilés

L’horreur devenue tellement banale

Que tous vont 

Faisant semblant de ne rien voir

De ne rien entendre

De ne rien sentir

Sauf lorsque les vents mauvais

Se mettent à les toucher de près

Voir à faire effondrer

Laborieuses vies tenant à un fil

Celui du crédit à vie

Faute d’avoir de quoi la vivre


Mais jamais ne remettent en question

L’histoire infiniment racontée

À l’eau de rose du révisionnisme

Qui vante les mérites de Colomb

Puis du colonialisme encensé

Par églises enfermées

Dans les dogmes abscons

De divinités invisibles

Tandis que hiérarchie cléricale

Bénit armes et munitions

Qui viennent faucher jeunes vies

Avant même d’avoir écloses


Mais on y va toujours de mots et de discours

On y va toujours sans jamais compromettre

Les règles du système



Xavier Lainé

15 février 2026


vendredi 3 avril 2026

Âmes meurtries 14

 



-14-


À un monde imprévisible

Qui sera le fruit de notre ouvrage

Ils opposent la violence de leurs certitudes


Violence qui ne cesse de monter

Car toujours soufflent sur les braises

Les puissants et fiers d’eux-mêmes


Si loin

Si loin de la nature vivante

Qui jaillit sans que nul ne l’attende

Sur un caillou perdu dans l’univers

Juste parce que conditions favorables

S’y trouvent réunies


Notre humanité

Pauvre humanité

Si bien installée dans ses croyances

En des dieux

Qu’hommes de pouvoir sur terre

Représenteraient


Misérable croyance

Entretenue en cette église

Du saint capital

Dont les principaux évêques

Ne montrent jamais leur visage

Laissant croire en la fatalité

Ceux que le mystère intrigue


Alors ils s’inventent des romans

S’imaginent choses qui ne sont pas

Se fourvoient en infinis complots



Xavier Lainé

14 février 2026


jeudi 2 avril 2026

Âmes meurtries 13

 


-13-


Ainsi se prépare notre naufrage collectif

Car il s’agit bien de ça

Lorsque nous laissons les pillards

Faire des droits qui nous protègent

Chiffons de papier


Nous y sommes

Le sol chancelle sous nos pieds

Sans les garde-fous

Nous glisserons dans l’obscurité

À moins que


À moins que

Dans un sursaut d’intelligence

Nous arrêtions les prophètes de malheur

Dans leur acharnement

À effacer une part de notre humanité

Pour ne laisser sous leurs regards

Que celle qui leur convient

Si possible soumise 


L’heure de notre réveil sonne

Nous avons le choix

Laisser le monde comme proie

Sous le pouvoir des obscurantistes

Ou enfin nous ouvrir à notre dimension humaine


Il est l’heure

Nous ne pouvons plus nous en extraire

L’heure des choix

Celui de l’indifférence

De la couardise

Ou celle de travailler ensemble



Xavier Lainé

13 février 2026


mercredi 1 avril 2026

Âmes meurtries 12

 


-12-


Ainsi vogue notre humanité

En ses méconnaissances entretenues

Ignorance au pouvoir

Étalée avec jubilation

Par somptueux imbéciles

Marionnettes entre mains sales

De richissimes trafiquants

D’armes et de finances


Ainsi vogue notre humanité

En ses méconnaissances entretenues

Vers le gouffre ouvert sous ses pas

À grands coups d’indifférences

Au sinistre sort réservé

À ceux qui parmi elle

Se révoltent et refusent de plier


Ainsi vogue notre humanité

En ses méconnaissances entretenues

Sur l’océan tumultueux

Les tempêtes provoquées

En lames de fond des spéculations

Entre les mains sales

Des inhumains arrogants et cupides


Ainsi vogue notre humanité

Mais on l’invite à regarder ailleurs

À ne pas voir ce qui est

Dans l’essence même 

De prétendue civilisation

Qui peut torturer et piller

Violer et affamer

Sans l’ombre d’une émotion



Xavier Lainé

12 février 2026