vendredi 10 avril 2026

Âmes meurtries 21

 


-21-


À peine venus au monde

Nos enfants lisent sur leurs écrans

L’impérialisme de la consommation

Et nous 


Et nous pas mieux

Conditionnés jusque dans nos mots

Intégrant les termes mêmes du capital triomphant


« Attractif »

Il faut être « attractif »

Dites-vous dans une langue

Qui par ailleurs

Se proclame progressiste

Mais nous voilà rendu

À montrer bonne figure 

Sur le marché des attractions


Rien de plus pervers

Tandis qu’en Capitale des Gaules

Le mufle hideux manifeste

Sous haute protection policière

Rémunérée par nos impôts


Nous y arrivons

Au terme d’un voyage

Qui de plus jamais ça

Nous a conduit à tolérer

L’intolérable racisme

Puis la violence masquée

Qui vient maintenant 

Montrer son visage

Sous haute protection de l’Etat



Xavier Lainé

21 février 2026


jeudi 9 avril 2026

Âmes meurtries 20

 


-20-


D’avoir trop souvent été grugées

Trompées abusées

Les âmes en peine tournent le dos

Elles se cloitrent

Se détournent

Parfois se réfugient

Entre bras qui ne leur veulent

Pas toujours du bien


Mais attention

Il ne faut pas dire

Ce mal qui se répand

Qui ronge notre vie commune

Détruit notre humanité

Réduit en discours insipides

Toute volonté de dire le droit

De le faire respecter


Il ne faut pas dire

Ça ne fait pas très poésie

De tenter en vers sans queue ni tête

D’avouer être témoin

D’un temps qui ne l’a pas pris

De tirer les leçons du passé

Dont les plus sordides

Nous invitent à faire table rase


Nous voici ignorants de ce qui fut

Trainés dans la boue ignoble

D’un temps sans mémoire

Et donc sans avenir

Sinon la soumission au désordre

À la dépossession de tout



Xavier Lainé

20 février 2026


mercredi 8 avril 2026

Âmes meurtries 19

 


-19-


Lorsque je vois paraître

Le mot antifasciste

M’interroge sur ce qu’on dit

Sur ce qu’évoque le mot fasciste

Et l’évolution de son contenu


On manipule les mots

Trop souvent sans rien dire

Du masque qu’ils posent

Sur une réalité dangereuse

Violence des uns 

N’égale pas violence des autres

Mais persiste en un cycle sans fin


Alors

Que mettre derrière le mot

Sinon la nature même d’un système

Dont le mot est le prolongement naturel


Mais voilà que je me grille

Que mes mots ne trouveront 

Aucun havre où se déposer

Où être audible

Car il ne faut pas mélanger

Poésie et politique


C’est vrai aussi pour ce mot là

Politique

Qui ne recouvre désormais

Qu’intense manipulation

D’idées privatisées

Dégagées du monde réel

Où vont âmes en peine



Xavier Lainé

19 février 2026


mardi 7 avril 2026

Âmes meurtries 18

 


-18-


Il faut une poésie aseptisée

À défaut elle n’a pas droit d’existence

Une poésie qui parle

Mais pour ne rien dire

Sauf tourner autour

Du nombril du poète

De ses états d’âme

De ses émotions devant la beauté


Mais


On peut assister en direct

À l’effondrement d’un peuple

Sous les bombes

Au démembrement de ses enfants

Aux débris humains jonchant

Les rues défaites

Il ne faut pas poser de mots dessus

Mais détourner le regard 

Vers les beautés qui demeurent

Tant que les ignares assoiffés

De pouvoir et de sang

N’en auront pas privatisé

L’existence


On peut voir

Mais on doit cloitrer ses larmes

Sous la carapace des convenances

Et de l’impartialité

Qui n’est alors qu’une autre façon

De prendre parti 

D’être complice du crime

Sans vouloir se l’avouer



Xavier Lainé

18 février 2026


lundi 6 avril 2026

Âmes meurtries 17

 


-17-


Au risque d’être condamné

Je dis et répète

J’écris en lettres 

LE CAPITAL EST À L’ORIGINE DE TOUS NOS MAUX


Au risque d’être condamné et censuré

Par les tenants de la sensure

Par les bien-pensants de la neutralité politique

Toujours à géométrie variable

Je dis et écris

Que les génocides en cours

Sont la traduction sanglante

D’un système qui ne cesse de corrompre

Les humains qui se laissent appâter


Nous voici dans ce monde là

Une vie quelle qu’elle soit

N’a de valeur que si elle est blanche

Chrétienne et soumise au capital


Une vie n’en égale pas une autre

Mais il ne faut pas le dire

Et encore moins l’écrire


Une poésie embarquée n’a pas sa place

Elle se doit de parler d’autre chose

La poésie que les soumis aiment

Elle ne doit rien dire

Qui compromette la nature du monde

Sous le joug des saints profits

Dans les temples du commerce

Loin des regards détournés

Sous un voile de fumée 



Xavier Lainé

17 février 2026