dimanche 8 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 23

 





On tentera de faire bonne figure

On jouera la même musique

Avec plein de bémols à la clef

On fera semblant d’être heureux

Mais


Mais comment être heureux

Lorsque tant de malheurs nous accablent

Qu’il est impossible de dégager nos pensées

Du plomb et des ruines répandus

Sur êtres qui ne demandaient rien

Seulement de vivre d’un petit bonheur


Un tout petit bonheur

Qui se partage en toute discrétion

Dont on fait maigre cadeau

À défaut de pouvoir faire mieux

Ou plus sereinement


Vous ne le sentez pas le malaise

Il se lit pourtant sur les visages

Jamais au grand jamais

N’avais vu tant de tristesse

Qu’en cette année

Troisième d’un génocide au grand jour

Sans que rien ne bouge vraiment

Tant la question n’est pas de savoir

Qui triomphe ou qui perd

Puisque c’est notre humanité

Qui se trouve humiliée

À chaque regard d’enfant perdu

Sous les tentes noyées 

Sur des rives de désespoir



Xavier Lainé

23 décembre 2025


samedi 7 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 22

 





Bien sur qu’il y aura des rires

Des rires en demi-teintes

Des rires jaunes

Des rires aux larmes

Sans trop savoir qui du rire ou des larmes

Sera premier


Bien sur qu’il y aura un côté fête

Même si l’arrière plan est plutôt maussade


Je vous ai suivie 

Pauvre femme en presque haillons

Vous vous étiez acheté un bouquet de fleur

Pour égayer votre intérieur

Lui donner un petit côté « Noël »

Malgré misère et solitude


Je vous ai regardée

Vous aussi

Assise seule au pied d’un platane

Devant la porte du « Marché de Noël »

Vous avez tiré de votre poche

Un bout de cigarette

L’avez allumée en tremblant

L’oeil au bord des larmes


Alors bien sûr

Il y aura des rires

Des rires en demi-teintes

Des rires jaunes

Des rires aux larmes

Sans trop savoir qui du rire ou des larmes

Sera premier



Xavier Lainé

22 décembre 2025


vendredi 6 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 21

 





C’est un triste solstice

Qui se penche sur la terre 

Et sur les humains qu’elle abrite


Triste solstice

Qui ne cesse de montrer

Qu’à trop tirer sur les ressources

Il semble bien qu’elles tarissent

Laissant misère soif et faim se répandre

Comme venin aux veines de l’humanité


Venin d’argent et de consommation

On erre dans la fourmilière des villes

On s’agite et on s’écharpe

On court en tous sens

Dans l’ivresse de fausses fêtes


C’est un triste solstice

Qui se penche sur les humains

Qui leur montre l’horizon troublé

Vers où vont leurs pas

Une fois défaits de leur humanité


Certains croient

Iront en églises demander à leur sauveur

D’absoudre leurs avanies

Puis retrouveront en sortant

Leurs avaries largement instruites

De leurs sempiternelles indifférences


C’est un triste solstice

Un hiver des coeurs 

Tandis qu’enfants meurent toujours



Xavier Lainé

21 décembre 2025


jeudi 5 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 20

 





Tandis que tes doigts cherchent

Sur le clavier des mots improbables

D’autres n’ont plus de mots ni de voix

Ils sont rayés de toute démographie

Enterrés sous les décombres d’une vie

Dont ils rêvaient autrement

Que sous les bombes et le silence


Tandis que tes doigts cherchent

Sur le clavier les maudits mots

Qui parfois fuient devant toi

Refusant de s’inscrire

Pour ne pas cautionner les silences complices

Tu te sens obligé d’écrire


Tandis que tes doigts cherchent

Ton cerveau n’en peut plus

Il est aussi blanc et gris que les nuées d’un jour

Qui ne sera plus de fête pour tant

Que tu ne saurais les dénombrer


Tandis que tes doigts s’agitent

Le temps de ces quelques minutes

Combien qui te ressemblent

Auront disparu à jamais

Sous les décombres d’un monde

Dont tu ne cesses de vomir les basses oeuvres


Tandis que tes doigts s’agitent

Que ton cerveau creuse une raison de dire

Une raison encore de crier

Avant ce qu’ils nomment trêve des confiseurs

La longue liste des disparus



Xavier Lainé

20 décembre 2025


mercredi 4 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 19

 





Mais voilà que parfois

Ça déborde

On te dit une chose

On fait autre chose

Mais toi tu attends

Une livraison qui ne vient pas

Une parole jamais tenue

Tu attends


Mais voilà que souvent

Ça déborde

Tu fais état de ton impatience

Dans ce monde sans

Sans qualité ni parole

Où un mot prononcé

Ne dit plus ce qu’il veut dire


Mais voilà que ça déborde

Ta colère gagne peu à peu

Sur le terrain de la patience

Tu te rêves ermite solitaire

Au tréfonds d’un bois profond

Pour ne plus rien subir

Des avanies d’un monde

Qui ne cesse de se détraquer


Au quotidien ils te livrent l’absurde

L’absurde de vaine attente

De stupides croyances

On cumule les mensonges

On se retrouve dans l’entre-soi

De religions devenues refuges

Comme elles l’ont toujours été



Xavier Lainé

19 décembre 2025