samedi 28 février 2026

Grotesque hypocrisie 12

 


Moi aussi je peux.

Je peux m’éloigner si loin que le bruit du monde, son fracas, ne vienne plus m’assourdir.

Passer quelques heures dans le froid, n’entendre plus que le clapotis des eaux, fermer les yeux et partir à la dérive, c’est comme une respiration.

Seul dans le froid glacial, courir et marcher, dans un espace sans âme qui vive, pour le seul plaisir de laisser l’esprit divaguer.

Puis errer entre les arbres, sentir l’odeur de l’humus, observer le soleil couchant et oublier.


Oublier cette froide tension imposée.

Oublier les trahisons, les lâchetés, les complicités.

Car j’ai beau prendre ce temps d’éloignement.

Le retour se fait toujours plus ou moins dans la douleur.

Car si, frères humains, nous nous y mettions tous, les infantiles ne pourraient plus nous mener au naufrage.

Car ils ne sont pas fous : ils sont ce dont un système bien établi a besoin pour faire marcher notre humanité au pas cadencé de leur histoire.

Tandis qu’on s’évertue à regarder les prétendus fous, d’autres tirent les marrons du feu.

Jamais autant de fortune n’aura été tirée de l’exploitation de la terre et des hommes.

Jamais un poignée d’individus sans foi ni loi, affranchis de toutes règles communes n’aura réussi cet exploit : s’enrichir comme jamais tandis que des pans entiers de notre humanité sont conduits à l’errance, au massacre, au tremblement de la misère.


Nul ne peut dire qu’il n’en sera pas la victime demain.

Nous ne pouvons plus nous demander d’où viendrait la nouvelle barbarie : elle est là sous nos yeux, dans la complicité de dirigeants agissants comme des gosses tyranniques et des tenanciers de la finance, cyniques et corrompus jusqu’à la moelle, dont la soif de richesse est le symptôme d’un système disjoncté.



Xavier Lainé

11 janvier 2026


vendredi 27 février 2026

Grotesque hypocrisie 11

 


Je ne sais pas, je ne sais plus. Une grande lassitude m’envahit. On me dit qu’il faudrait du repos, mais je ne sais où le trouver dans la grande perturbation de ce monde.

Y aurait-il un havre sur cette terre, qui permette de s’y déposer sans le harcèlement constant des violences, étalées au grand jour, qui ne semblent n’ébranler que moi ou si peu, ou tant qui font comme si, non.

Je lis ; Géraldine Schwartz (Les amnésiques, éditions Champs, 2019) m’ouvre à cette dimension : tous ces gens qui marchent toujours avec le courant, qui jamais ne prenne de hauteur pour contester ce qui doit l’être. 

Je lis, je constate avec elle : quelque chose à foiré dans notre « plus jamais ça », une tromperie immense qui d’une main nous soutenait, de l’autre libérait les criminels d’hier ou passait sous silence leurs crimes, au nom d’un conformisme aveugle.

Je lis, je regarde autour de moi cette gêne lorsque j’aborde ces graves sujets. 

C’est dans cette gêne que les monstres puisent leur puissance.

Ils se coulent en douce dans notre vie quotidienne, triomphent dans nos silences, dans nos peurs de déranger un ordre qui toujours et depuis des siècles prospère dans le lit infâme des chasses aux sorcières.

L’autre qui n’a pas la même religion, pas la même philosophie, pas la même couleur, toujours accusé de tous les maux par ceux qui tirent les ficelles de la domination mâle blanche.

L’autre qu’on excommuniait hier, qu’on jette en prison aujourd’hui, qu’on laisse crever de faim dans les geôles de pays qui se prétendent démocratiques (en Angleterre aujourd’hui, comme hier Bobby Sands, des militants vont mourir de leur grève de la faim).

L’autre, juif ou musulman, qu’on accuse de toutes les tragédies, sans regarder le bras armé qui tient à grands coups de dividendes non partagés, l’arme du crime.

Et cette foule silencieuse qui passe devant les mains tremblantes de froid dans les rues où brillent rutilantes vitrines, qui feint d’ignorer qu’hier ce furent les mêmes crimes tolérés par les mêmes indifférences.

Je ne sais pas, je ne sais plus, ou j’en sais trop pour tolérer ce monde.



Xavier Lainé

10 janvier 2026


jeudi 26 février 2026

Grotesque hypocrisie 10

 


Mais bien sur qu’on pourra épiloguer sans fin sur la folie des dirigeants du monde, mais que dire de celles et ceux qui les portent au pouvoir ?

À quel dérèglement de la pensée faut-il rattacher de telles bévues ?


C’est là qu’on reste coi.

Que la pensée se heurte à l’iceberg des difficultés de compréhension et de traduction.

Surtout lorsque, le mal fait, on ne rencontre que des « Moi ? Non ! », comme si l’opération avait eu lieu par l’opération de quelque force obscure.

Comme si était inéluctable la réalisation de cette avidité du mâle blanc (mais parfois aussi d’autre couleur, mais peut-être est-ce par volonté de paraître plus blanc que blanc) au pouvoir et à la fortune.


On reste coi, on s’interroge : que faut-il penser d’un temps qui vire à l’absurde.

Un temps qu’on aurait pu croire débarrassé des spectres du passé.

Nous étions sortis blessés d’un vingtième siècle déployant une violence jamais vue dans l’histoire de l’humanité.

Avec ses millions de morts dans les tranchées, dans les camps, on aurait pu croire notre humanité capable de tirer les leçons.

Il semble que non.

Les voeux non encore refroidis, déjà les fantômes du passé hantent nos mémoires en longs cortèges de violences, de misères, de guerres et de génocides.


Puis désormais on tue presque à bout portant, sans même regarder qui on tue. Les tueurs sont aux ordres d’un chef d’état qui ne sait qu’éructer les discours rances d’un XXème siècle meurtrier.

On tue, presque à bout portant, Renee Nicole Good.

Dans le silence glacé de l’hiver des coeurs, on tue aux Etats-Unis comme à Gaza et comme partout, pour protéger un monde sorti de toute humanité.

Qu’importent que les âmes tuées soient emportées dans le linceul de leur innocence.



Xavier Lainé

9 janvier 2026


mercredi 25 février 2026

Grotesque hypocrisie 9

 


Il faudrait s’installer à écrire au fur et à mesure que viennent les idées.

Il faudrait ne pas les laisser s’enfuir devant le temps qui passe et les avale sans les recracher.

Il faudrait.


Il faudrait avoir le coeur et les bras assez grand pour étreindre toutes personnes en souffrance.

Peines de coeur, peines de vie, alimentées par une conception étriquée.

On étouffe sous les nécessités de l’apparence et de la raison.

On étouffe de ne pas savoir comment secouer ce joug sans blesser ceux, bien plus nombreux, qui font comme si tout allait bien.

Comme si la superficie valait mieux que la profondeur.


Alors on reste là avec nos sentiments sur les bras.

Les doigts et les lèvres ne trouvent que difficilement mots à dire, baume à déposer sur les plaies béantes, mais maquillées.

Car il ne faut pas dire nos déceptions devant nos vies chahutées par un monde non désiré.


Et puis regardons dans le rétroviseur : ce que nous ressentons aujourd’hui n’est pas nouveau.

Ce sentiment d’étouffer derrière les cloisons de vieilles croyances immuables, de nationalismes étroits, de langues érigées en barrières infranchissables, nous le partageons avec tant de celles et ceux qui nous ont précédés !

Cette impression de crever sous le poids des conformismes, ne nous est pas réservée !


Relisons Erasme et Stefan Zweig, par exemple (ils ne sont pas les seuls), et constatons  que notre humanité perd régulièrement le sens de l’humanisme ouvert à toutes les richesses que l’esprit humain est capable de produire.

Nous avons besoin de nous restituer dans cette évolution lente, de mesurer les pas minuscules que nous pouvons accomplir à échelle de vie humaine.



Xavier Lainé

8 janvier 2026


mardi 24 février 2026

Grotesque hypocrisie 8

 


Et puis construire, nous savons, toujours nous remettre à l’ouvrage.

Sous les quolibets des incapables, qui ne savent que compter leurs billets, dans leurs corbeilles d’argent, mais ne savent rien faire pour se nourrir, s’habiller, se loger.

Sans nous ils ne sont rien sinon comptes en banques.


Sans nous ils ne sont rien.

Ils ont besoin de nous pour leur propre survie.

Mais ce dont ils rêvent, c’est de nous voir esclaves.


Ce dont ils rêvent, c’est de choisir parmi nous ceux qui seraient leurs serviteurs zélés, maniant le fouet et la carotte, pour mieux nous réduire au servage.

Ils nous imposent leurs manières de voir.

Ils répandent dans nos esprits le fiel de leur ostracisme.

Ils nous dévient de notre route qui est de bâtir.


C’est notre responsabilité, construire les cités où nos âmes pourraient vivre en paix, sans que nul n’en soit rejeté.

J’entends.

J’entends ici les quolibets devant nos rêves.

Ils ne savent faire que ça, se moquer et souiller tout ce qui n’est pas de leur monde.

Quiconque relève la tête, ils ont leurs services de désordre pour faire rentrer dans le rang les récalcitrants.

Ils légifèrent. 

Regardez les légiférer : toute loi votée en leur nom est contrainte pour les peuples, allègements pour leurs amis.

Leur monde est un monde par principe inégalitaire et sans foi ni loi.

Le plus fort a raison. C’est au nom de cette raison de domination qu’ils envahissent leurs voisins, génocident à tour de bras toute forme d’humanité, interdisent la propagation du savoir, de la poésie et du rêve.

Ils nous rêvent soumis, mais ne voient pas ce qui bouillonne dans nos têtes.



Xavier Lainé

7 janvier 2026


lundi 23 février 2026

Grotesque hypocrisie 7

 


Mais bien entendu, dans le chaos semé de mains de maîtres qui se croient tels, on tente de retomber sur nos pieds.

On se méfie des voeux pieux, des souhaits signifiés par pure forme, des formules toutes faites qui ne font plus sens en temps d’avarie généralisée.

Car se dont on a besoin que ne nous donnent plus les états constitués, c’est de nous serrer les uns contre les autres pour nous réchauffer les coeurs, pour redonner à nos esprits l’oxygène qui leur est indispensable.

Tandis que certains demandent à ChatGPT ce qu’ils doivent penser, d’autres reconstruisent une façon de vivre d’où notre humanité ne puisse pas être exclue.

C’est un travail quotidien.


Ne pas démordre de notre soif d’humanité.

Ne rien céder à cette folie qui voudrait que des machines se mettent à nous dicter nos actes.

Ne pas accepter cette soumission imposée insidieusement, qui ferait de nous les serviteurs d’un monde 2.0.

C’est une révolte intime, de ne pas marcher au pas accéléré d’une histoire non choisie et non désirée.

C’est un travail quotidien.


Observer avec rigueur les comportements qui nous plongent dans la violence.

Nous détourner des hostilités puissamment entretenues, des rhétoriques racistes et xénophobes qui établissent des hiérarchies entre frères humains.

Ne pas accepter de sombrer dans ce délire de possession que les malades de la finance véhiculent comme seul et unique horizon pour nos peuples désorientés.

C’est un travail quotidien.


Débusquer les vieilles figures sous les masques avenants des gendres idéaux.

Silencieusement fausser compagnie à cette lie de l’humanité.



Xavier Lainé

6 janvier 2026


dimanche 22 février 2026

Grotesque hypocrisie 6


 

Ils sont indignes mais ont l’aplomb de dire leur mot, qu’ils condamnent ou approuvent, ils devraient écouter ce qu’ils disent et l’appliquer pour eux-mêmes.

Ils dirigent le monde d’une main de fer vers l’abîme.

Ils nient toute autorité populaire au nom d’élections truquées.

Ils condamnent leurs peuples à la misère et à l’errance.

Ils tirent à bout portant sur des enfants sans défense.

Ils attaquent leurs voisins et se jugent légitimes à annexer le territoire des autres.


Mais…


Ils font vibrants discours pour condamner chez l’autre ce qu’eux-mêmes font.

Leur parole est de la même nature que les voeux formulés il y a si peu de temps.

Voeux qui s’envolent à peine prononcés et sombrent dans l’oubli.

On les prononce et on passe à autre chose.


Il est ainsi ce monde : il passe très facilement à autre chose.

Qu’importent les crimes commis devant les caméras, on regarde ça comme si c’était un jeu vidéo.

Nous voici tellement habitués à la violence, que plus grand chose ne nous émeut.

On regarde et puis on retourne à ses petites occupations sans un mot.


Il est vrai que les mêmes qui condamnent ou soutiennent la mise à mort du droit international nous ont habitués à faire attention à nos mots.

Il disent qu’il n’y a pas de censure, mais de fait, chacun se méfie des mots qu’il écrit.

Certains mots sont bannis ou vous ouvrent la porte des geôles de pays qui se disent libres, à condition que vous soyez nés du bon côté : celui de la fortune.



Xavier Lainé

5 janvier 2026