dimanche 7 juin 2026

Blague à part 20

 


-20-


Puis toujours ce vague à l’âme

Cette poisse

Cette glu

Qui colle aux pensées

Qui du même coup manquent de légèreté


*


Il faudrait enfin en sortir

Mais

Mais jamais rien ne se passe

Comme si désormais

Il n’était pas d’autre place 

Que pour la résignation


Je vis dans ce pays là

Résigné

Replié sur ses insatisfactions

Se jetant entre mains avides

Qui ne travaillent que pour elles-mêmes

Faisant fi du commun


Les narcisses sont au pouvoir

La République des ego

Jongle avec les anonymes

Les laissant sur le bord de la route

Ils sont de plus en plus nombreux


Ils sont de plus en plus nombreux

Les laissés pour solde de tous comptes

Repliés devant médias comme lessiveuse

Pour les esprits réduits à la survie

Car bien difficile encore de se battre



Xavier Lainé

20 avril 2026


samedi 6 juin 2026

Blague à part 19

 


-19-


Comment être surpris

Qu’aux financiers les poches pleines

L’oeil rivé sur le maintien de leur fortune

Plus rien ne soit interdit


Depuis si longtemps ils y travaillent

À maintenir leurs fortunes

Dans l’avilissement du monde

L’abjecte domination des bourses pleines


Il leur faut l’ignorance

Donc la mainmise 

Sur tout ce qui pourrait la corrompre

Mettre à mal le système d’éducation

Ça

C’est fait

Acheter tout ce qui touche à l’information

Ça aussi

C’est fait

S’approprier le monde de l’édition

Voilà qui est fait


Certains jouent les saintes nitouches

Lorsque les dictateurs de la finance

Après cinquante ans de laminoir 

Amincissent encore la sphère de la culture

Dont ils ont pourtant largement profité

Aussi


Ne trouvaient rien à dire

Les saintes nitouches de la littérature

Lorsque misère et ignorance

Devinrent les mamelles nourricières

D’un peuple désorienté


Ne trouvaient terme à dire non plus

Lorsque parmi les humains

Certains mourraient de froid

Sur les trottoirs devant leurs portes

D’autres se noyaient en mer

Fuyant la misère orchestrée

Pour qu’ils puissent communiquer

Par écran interposé

Et se montrer en savants omniscients

Sur les scènes du livre privatisé et soumis


Ne trouvaient rien à dire non plus

À l’heure des génocides

Participaient même à la curée

Pour salir ceux que la mort d’un enfant

Sous la main criminelle d’où qu’elle vienne

Empêchait de dormir 

Appelait à clamer

Plus jamais

Plus jamais 

Dans un cri étouffé 

Par médias et éditions

Aux mains des immondes soutiens

Des crimes contre l’humanité


Étrange tempête

Dans le bocal des renvois d’ascenseurs

Je parle de ton livre

Tu parles du mien 

Dans ta chronique hebdomadaire

Des journaux à la mode


Étrange tempête

Quand depuis cinquante ans

Les mêmes se taisaient



Xavier Lainé

19 avril 2026


vendredi 5 juin 2026

Blague à part 18

 


-18-


Tu poses tes mots sur la page

Tu les donnes à lire

C’est comme s’ils tombaient

Dans un puits sans fond

Et sans faire de bruit

Comme s’ils n’avaient jamais existé

Comme s’ils s’étaient volatilisés

Au contact des lecteurs

Qui les avalent pourtant


Tu poses des mots sur des pages

Tu ne sais pas faire autrement

Sans eux tu n’aurais pas de vie

Ils sont ta boussole

Ta colonne vertébrale

Ton coeur battant

Ton esprit en mouvement perpétuel

Mais lorsqu’ils sont lus

Les voilà gobés par le silence


C’est un sentiment étrange

Que de toujours tomber à côté

Même si tu ne revendiques

Aucune célébrité

Que tes mots fassent si facilement

Un flop absolu

Te laisse assez pantois


Alors tu t’interroges

Peut-être faudrait-il répondre 

Au silence qui les accompagne

Par un silence en retour

Et ne plus écrire qu’une oeuvre sans conséquence



Xavier Lainé

18 avril 2026


jeudi 4 juin 2026

Blague à part 17

 


-17-


C’est comme si parmi nous

Certains ne savaient comment

Se débarrasser des carcans

D’un héritage dogmatique

Qui voyait toujours chez l’autre l’ennemi

L’adversaire de classe où il n’est pas


Comme si c’était impossibilité

D’observer l’orientation du monde

En une classe dominante étroite

Et une quantité d’individus

Déboussolés devant la tournure tragique

De cette prétendue civilisation

Qui ne cesse d’agoniser


Comme s’ił était impossible de lever les yeux

D’élever les pensées

De réfléchir posément

À l’objectif désormais commun

Qui serait d’en finir avec ce vieux monde


Comme s’ił était inconcevable

De soulever le couvercle qui nous étouffe

D’inventer une forme de vivre ensemble

Qui éveille notre créativité humaine

Au lieu de la laisser se détruire

Sous le joug implacable

Des malades du profit


De cette aveuglement nait l’illusion

Que chacun pourrait se sortir seul de l’ornière

Pour le plus grand bénéfice 

De ceux qu’on prétend combattre



Xavier Lainé

17 avril 2026