jeudi 21 mai 2026

Blague à part 3

 


-3-


Désorienté

Tout est fait pour

Tarissement des sources d’intelligence

Utilisation répétitive des fausses informations

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose »

Disaient les fascistes d’hier

Ils n’ont pas changé de rhétorique

Leur langage est le même

Mais ils accusent ceux qui pensent

D’être passéistes


Désorienté

Comme voulez-vous ne pas l’être

Alors que les informations

Relèvent plus de leur contraire

Que rien n’incite à l’analyse documentée

Qu’on vous mène par le bout des yeux

D’écrans insipides 

En images révoltantes

Au bord d’un gouffre amer

Où vous attendent tout au fond

Les crocodiles et les requins

Assoiffés de pouvoir et d’argent

Capables de tuer sans vergogne

Tout ce qui s’oppose à leur addiction


Désorienté

Ivres sur le chemin d’une humanité perdue

Car c’est cela qui se noue

La perte de notre humanité

C’est ceci qui nous motive encore

Ne pas laisser sombrer notre navire

Dans les eaux sombres d’une nouvelle barbarie



Xavier Lainé

3 avril 2026


mercredi 20 mai 2026

Blague à part 2

 



-2-


Mauvaises blagues et canulars

Pris pour argent comptant

Mais c’était vrai


Vrai que nous étions en train de plonger

Aux caniveaux de bassesse humaine

De propos racistes et xénophobes débridés

Lancés à vive allure

Sur les autoroutes médiatiques

Ivres de leur pouvoir 

Sur les cerveaux fatigués d’exister


Mauvaises blagues et canulars

Pris pour argent comptant

Mais c’était vrai


Vrai qu’on pouvait désormais

Tuer par pendaison

Quiconque s’opposait à un gouvernement

Ouvertement raciste et belliciste

Vrai


Vrai qu’ailleurs

En la plus grande nation du monde

Qui du moins se dit telle

Un homme pouvait éructer vingt minutes durant

(Que c’est long vingt minutes)

Ses contrevérités sans un mot

Pour en dénoncer la tyrannie


Vrai qu’ici

On cherchait à condamner

Toute parole venant au secours

D’un peuple condamné

À survivre dans ses décombres

Vrai


Ce n’était pas des blagues

Mais de sérieux poisons d’avril

Répandus comme fiel

Sur nos esprits hagards


Vrai


Hélas

Mille fois vrai


Et moi

Perdu dans ces brumes absurdes

L’esprit alourdi 

De mes nuits sans sommeil

Mes mains battaient la nuit

À la recherche d’une bouée

D’un lieu

D’une pensée

Capable encore de nous sauver du désastre


*


D’où que vienne le vent

Il n’apporte que sinistres nouvelles

Dont il faut taire les tensions

Pour ne pas se trouver accusé


Bientôt ils peupleront les prisons

Ceux qui debout tentaient de sauver

Le peu d’humanité qui demeure

Une fois l’explosion finale orchestrée

Il faut taire le nom des victimes 

Taire le nom des assassins



Xavier Lainé

2 avril 2026


mardi 19 mai 2026

Blague à part 1

 


-1-


On aurait aimé que ce soit une blague

Mais ce fut annoncé et adopté bien avant

Que poisson n’arrive 

Puis disparaisse devant les poisons


Écoutez donc

Écoutez

Vous n’entendrez pas un son

Pas un mot qui dise

Comment nommer

Le droit que s’arroge un Etat

De condamner à mort

Ceux qu’il nomme « terroristes »

Mais qui ne sont 

Qu’étrangers devenus

Sur leurs propres terres


Mes mots encore

Seront peut-être censurés

D’autres seront sensurés

Détournés de leur sens

Pour mieux accuser 

Celui qui les écrit

D’un antisémitisme qu’il exècre

Comme toute forme de racisme


Mes mots ne trouveront plus

La voie du poème

Pour parler d’un printemps triste

Où notre humanité se fourvoie

Dans un silence complice

Je ne saurai rien émettre d’autre

Que cri d’indignation



Xavier Lainé

1er avril 2026


lundi 18 mai 2026

Enflammer la Terre 31

 


-31-


Au bout du bout

Laisserai en dépôt mon spleen

Cette nostalgie constante d’un temps méconnu

Où aller en insouciance pouvait encore être


Au bout du bout

Entre deux bourgeons éclos

Poserai mon chant

Qui dira encore de mois en mois

Toute la misère d’être humain

Parmi d’autres qui en ignorent l’état


Au bout du bout

J’écraserai sur tes joues

Les larmes trop longtemps retenues

Je les boirai à chaudes lèvres

Histoire d’éponger les misères répandues


Au bout du bout

Sur les épaules de saison vivante

Je poserai mes baisers 

Tissés dans la lave du sang répandu


Au bout du bout

Ne dirai rien de ces misérables idéologues

Capables de légiférer le crime

Pour sauver leur peau 

De l’inhumaine condition

Semée par eux-mêmes


Au bout du bout

Je m’allongerai à l’ombre pâle

Des feuilles à peine écloses



Xavier Lainé

31 mars 2026