vendredi 2 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 15

 


-15-


Désespérant de trouver fraicheur

On se terre entre les pages

On blottit les mots pour qu’il ne se dessèchent pas

Et pendant ce temps


Et pendant ce temps

Un président fait du jet ski 

Sur Méditerranée en flamme

Transformée en cimetière marin

Par lois iniques qui font distinction entre humains


Et pendant ce temps

Pendant qu’on meurt de chaud

Si nombreux qu’on n’ose plus

En afficher le nombre

Que forêts partent en fumée

Sous l’oeil épuisé des pompiers méprisés

Un maire est parti en vacances

Des ministres se taisent

Sans doute plus occupés 

À siroter leur champagne

Au bord de rutilantes piscines

Des malades se lamentent

Dans des chambres non climatisées

Eau sein d’hôpitaux de récente facture

Pendant ce temps

Pendant ce temps


Les dividendes s’accumulent

Dans les portefeuilles de ceux qui polluent

Rien à dire

Et si tu écris cette tragédie

On t’interdit l’accès aux réseaux prétendus sociaux



Xavier Lainé

15 août 2026


jeudi 1 octobre 2026

Dès l’aube larmes bues 14

 


-14-


Alors j’ai rêvé

Quand tout s’effondre autour

Il nous reste encore ça

Rêver


D’une infinie douceur

D’une tendresse rassurante

D’un moment suspendu

Aux lèvres d’un désir fou

D’un monde capable de musique et de poésie


J’ai rêvé

C’est un radeau où se réfugier

Dans les tempêtes provoquées

Par une lie d’humanité

Désormais si déconnectée 

Qu’elle ne sait plus rien imposer

D’autre que misères guerres

Famines et soif


*


Alors parfois 

J’ai les mots aussi pauvres que vous

Je ne trouve plus le chemin des poèmes

Qui sachent conter fleurette

Dans l’oreille de ma bien-aimée

Qui chuchote des mots d’amour

À l’ombre tendre des micocouliers


J’ai les mots pauvres

Pauvres et desséchés

Comme la terre que mes pieds foulent



Xavier Lainé

14 août 2026


mercredi 30 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 13



-13-


Je vous écris de la pénombre

Qui n’est pas liée à une éclipse

Mais bien à la nécessité de se prémunir

D’une chaleur excessive sur avenue sans un arbre


On s’en fout

Une chanteuse affirme ce mantra

Demain on s’en fout

Ce qui compte c’est l’instant

De prendre ce qui est bon

Sans souci du lendemain

Et du risque de déchanter


D’ailleurs le comportement néo-libéral

S’inscrit dans des petites choses du quotidien

Chacun son mug qu’il remplit avec conscience

Abandonnant même l’idée de remplir le pichet collectif

Chacun son ventilateur sans un regard pour le voisin 

Qui fond comme banquise au soleil

Chacun sa climatisation

Chacun

Chacun seul parmi ou contre tous

Seul


Triomphe d’une pensée qui fait de l’humain

Un être égoïste et solitaire

Méprisant tout ce qui vient

Se mettre en travers de son chemin


Triomphe d’un mode de vie

Qui fait de la terre un brasier

Et de l’indifférence une bible

Au risque de périr



Xavier Lainé

13 août 2026


mardi 29 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 12

 


-12-


Il y a des matins de vague douceur

L’esprit se prend à rêver qu’enfin

Mais qu’enfin quoi

Nul ne sait


Il y a de ces matins de vague à l’âme

De devoir encore et toujours poursuivre

L’ouvrage commencé qui ne finira jamais

Faute de temps

Faute de savoir


Il y a de ces matins sans envie

Où il ferait bon demeurer là

Passif et moitié endormi

Attendant quelque geste d’humanité

Au milieu du désert et des solitudes


Il en va de ces matins là

Las au bord du précipice

Où les fatigues engrangées serpentent

Au fond des gouffres d’amertume


Il en va de ces matins là

Des voix dans le poste causent

Des femmes violentées en Iran

Se taisent sur le peuple à l’agonie à Gaza

Causent encore des trains en surchauffe

En Allemagne ou ailleurs

Mais se taisent 

Sur le quotidien blafard

Des âmes fatiguées 

Bien cachées ici

Quelque part dans leurs passoires thermiques



Xavier Lainé

12 août 2026


lundi 28 septembre 2026

Dès l’aube larmes bues 11

 


-11-


J’allais par les routes

Pléthore de livres en ma besace

Parti à la rencontre

Des rares humains 

Encore dans cette quête

De connaissances jamais abouties

Jamais épuisées

Toujours à la recherche

De nouvelles formes d’écriture

De nouveaux approfondissements

De la pensée et de l’histoire


Humains

Là est la question

Question aux réponses

Toujours en souffrances


Humains

Grands singes parmi d’autres

Nous en distinguant par cette soif

Jamais assouvie de savoir

De comprendre

Et de nous en raconter

Des histoires

Jamais au dessus des êtres

Qui comme nous ont trouvé havre

Sur une terre accueillante

Nous devons réapprendre

À la partager

À la protéger

Car si vie pourrait être ailleurs

Ses conditions autres

Ne seraient peut-être pas à notre goût



Xavier Lainé

11 août 2026 (2)