samedi 21 mars 2026

Âmes meurtries 1

 




-1-


Je pose ça là

Histoire de poursuivre la marée

De mots qui se cherchent

Qui cherchent une issue

Un fragment d’humanité

À poursuivre inlassablement


Je pose ça là

Comprenne qui pourra

Mais moi

Marcher au pas cadencé de l’histoire

C’est pas trop ma passion

J’aurais plutôt tendance

À suivre les chemin creux

À contourner les foules

Et à écouter


Je pose ça là

Ce qui me revient toujours

Dans le silence glacé 

Ce sont les plaintes

Non pas les plaintes

Parce que voyez-vous

Ceux qui sont sous les décombres

Ne se plaignent pas

Ils tentent de survivre au désastre


Je pose ça là

Mes mots pour ne rien oublier

De cette misère que répandent

Une minorité d’entre nous

Dans un champ de larmes

Où ils espèrent nous enterrer



Xavier Lainé

1er février 2026



vendredi 20 mars 2026

Grotesque hypocrisie 32

 




J’ai pensé boucler ce mois des voeux avec la longue litanie des morts, à Gaza, au Rojava, en Syrie, au Soudan, au Congo, en Ethiopie…

J’ai pensé y ajouter la liste interminable des morts noyés en Méditerranée.

Et puis aussi celle des morts de froids dans notre pays si riche.

J’ai pensé.


Mais peut-être je pense trop, j’en dis trop.

J’ai l’art de me rendre antipathique ; c’est plus fort que moi, mais je ne supporte pas que vous puissiez vivre dans l’indifférence des massacres en cours qui ne sont que prémisses à ceux qui viendront demain et dont vous pourriez fort bien être victimes.

Comme moi, comme beaucoup d’autres car en régime barbare où seule la fortune d’une minorité compte, nul ne peut se dire à l’abri.

Nos Etats confiés en bien mauvaises mains ont largement de quoi nous détruire tous, sur la simple lubie d’en adulte demeuré enfant.


C’est sûr, je vous lasse, je vous désole.

Je ne trouve plus mots de poésie pour dresser digue contre les flots boueux qui menacent de nous submerger.

Certes, les autocrates locaux comme nationaux viendront vous faire état de leurs grands projets, parfois avec le rêve d’être pharaon mais pour dresser nos tombeaux sous les ruines de leur mégalomanie.

Mais la vie ?

Ils la détruisent, mais pas pour eux, pour les autres, ceux qu’ils considèrent comme une sous-humanité indigne de leur considération, ceux qui « ne sont rien », voués à la peine et à la mort.


Que sont donc nos voeux devenus puisqu’en ce jour on continue à grands coups de génocides justifiés par des lignes financières aux cordons de leurs bourses ? Des voeux pieux, comme prévu, et qui dureront tant que nous ne nous serons pas réveillés de notre torpeur.

À défaut, certains viendront retourner leur veste, mais nul ne pourra dire qu’il ne savait pas.



Xavier Lainé

31 janvier 2026


jeudi 19 mars 2026

Grotesque hypocrisie 31

 



Bientôt un mois écoulé : que sont nos voeux devenus ?

Très vite le train-train, l’ordinaire d’une vie qui n’est trop souvent que survie et l’angoisse des lendemains toujours.

Quoi de neuf ? Rien sinon qu’à Gaza on continue d’exterminer un peuple au nom d’une idéologie centrée sur la Shoah, mais ignorante apparemment du devoir que celle-ci impose de ne pas reproduire les schémas qui l’ont autorisée.

Quoi sinon toujours moins pour l’immense majorité et toujours plus pour une infime proportion des humains ?

Quoi sinon le menton arrogant des immondes parvenus au pouvoir, qui ont oublié d’être des humains adultes, n’agissant qu’au grè de leurs pulsions et de leurs désirs, sans un regard pour les conséquences ?

Quoi ?


Quoi sinon un monde qui s’enfonce en d’immondes conflits au nom de divinités qui ne demandent rien, de textes religieux qui disent le contraire de ce qui est acté en leur nom ?

Quoi sinon paroles creuses, discours vains, mots détournés de leur sens pour satisfaire quelques ego candidats à leur propre succession ou rêvant d’être « grand vizirs à la place du grand vizir » ?

Quoi de cette majorité dépossédée, contrainte à pointer au chômage pour des clopinettes infâmes permettant tout juste de ne pas mourir de faim ?

Quoi ?


Quoi de ces voeux tardifs formulés à la va-vite sans y croire parce que le mois se termine et qu’il faut satisfaire à des traditions sans morale ?

Quoi, tandis que des femmes et des enfants pleurent, que d’autres meurent sous les décombres, et que j’écris des mots vains qui me font encore plus « écri-vain » ?

Quoi de la fatigue de clamer que nous pourrions oeuvrer ensemble à autre chose qu’à cette tragédie tandis que vie lentement s’écoule avec terme qui s’approche inexorablement sans que rien ne change vraiment ?

Quoi ?



Xavier Lainé

30 janvier 2026


mercredi 18 mars 2026

Grotesque hypocrisie 30

 


Car il en est ainsi : le fascisme ne vient pas par la grande porte, il pénètre peu à peu les esprits pour qu’ils trouvent normal ce qui ne l’est pas.

Le fascisme s’inscrit dans une stratégie au long cours qui se nourrit de toutes les indifférences.

Ça commence par l’indifférence à la misère qui se répand, aux pauvres gens morts de froid dans les rues d’un pays riche.

Ça continue par l’indifférence au sort des migrants qui fuient la misère et l’oppression dans leur pays (avec l’appui tacite ou politique du notre) et prennent le risque de finir noyés aux pieds des touristes.

Ça vient aussi dans la protestation ou le silence complice de ceux-là dont les vacances sont bousculées par les cadavres échoués devant leurs chaises longues.

Ça devient évidement lorsque la guerre montre son nez, à nos portes ou au-delà, chacun regardant les scènes d’atrocités sur son écran s’en en être ému plus que ça.

Ça devient réel dans le rejet de toute personne n’ayant pas la bonne religion, la bonne philosophie, le bon engagement.

Ça devient problématique lorsqu’on se réveille un matin avec le mufle hideux aux portes du pouvoir.


Nous en sommes là.

Nous en sommes las quand à force d’écrits et de poésie on a tenté quand même de monter des digues, de montrer la pente savonneuse des lois liberticides qui ne font qu’alimenter un peu plus le flot immonde.

Nous en sommes fatigués d’être si peu à clamer encore que ce jeu est dangereux, dans le silence glacé de médias désormais aux mains de la lie.

Nous sommes inquiets pour nos enfants pour qui nous nous sommes battus afin qu’ils vivent autre chose que ce bourbier.


Mais nous sommes trop souvent passés à côté en refusant de condamner le système qui porte en lui cette catastrophe.

C’est faute de dire son nom et de combattre pied à pied ses thuriféraires que les tragédies se répètent à l’infini de l’histoire.



Xavier Lainé

29 janvier 2026


mardi 17 mars 2026

Grotesque hypocrisie 29

 



Il y a quatre vingt treize ans, Hitler accédait au pouvoir.

On sait désormais ce qui l’a aidé, ceux qui l’ont soutenu, qui par leur silence ou leur soumission à l’ordre ambiant, lui ont permis de devenir le tyran d’un siècle qui n’en était pas à son coup d’essai.

On sait désormais que ses élucubrations racistes n’était pas de ses propres idées : il s’était inspiré largement des lois Jim Crow entrées en vigueur dans les états du sud des Etats-Unis en 1877 et dont les règles ont perduré jusqu’en 1965.

Il n’avait rien inventé, on sait ce qu’il advint.


Il y a quatre vingt treize ans, le nazisme triomphait en Allemagne avec la complicité des plus grands financiers.

Il y a quelque chose de tragique à oublier que cette ascension était le résultat d’une première guerre mondiale relevant d’une boucherie à laquelle les peuples n’adhéraient pas.

Ils y allaient par logique de soumission.


Logique de soumission. La Boétie n’est jamais très loin.

On se soumet car on sait le poids des représailles en cas de contestation.

Ou encore, ce qui est une soumission résolument plus moderne : on se méfie de ce qu’on risque de perdre en cas d’insoumission.

On s’est endetté, souvent surendetté pour avoir son petit logement, on a tout juste de quoi se nourrir et prendre des loisirs à crédit. Ce peu acquis par conditionnement au consumérisme, il est bien naturel de ne pas vouloir le perdre. Alors on ne dit rien.

Et puis on voit bien le sort réservé aux récalcitrants !


J’y reviendrai, c’est une longue histoire qui en elle-même contient les soumissions d’aujourd’hui.

J’ai vécu les débuts de ces temps néo-libéraux où militer ne trouvait plus aucune protection.

J’y ai laissé beaucoup.

J’ai bien compris pourquoi à l’époque, on me tournait le dos.



Xavier Lainé

28 janvier 2026


lundi 16 mars 2026

Grotesque hypocrisie 28

 


Tandis que ma prose s’étend, que les médias encensent un président infantile et pérorent à longueur d’antenne sur son conseil de la paix, à Gaza, on continue de mourir, si ce n’est sous les bombes, ce sera par la faim, le manque de soin, les maladies impossibles à soigner faute de structures hospitalières.

Nous voyons ça, nous ne pouvons pas ne pas le voir, sauf à détourner volontairement le regard.


On me dit que nous n’y pouvons rien, que c’est ainsi, que nous sommes impuissants.

Nous le sommes d’autant plus que nous détournons nos regards et que nous nous déclarons impuissants.

Comme autrefois, le jour où des comptes devant les tribunaux seront exigés, les impuissants sauront encore une fois retourner leur veste et s’autoproclamer « résistants ».

Est-ce la nature humaine ou la société individualiste qui veut ça ?


Je dis.

Je dis que le temps nécessaire à penser, lire, réfléchir, agir devrait être universellement récompensé.

Qu’apprendre à construire sa vie, non pas seul contre tous, mais avec le souci des autres, de tous les autres, une vie capable de développer une pensée critique, de n’accepter que l’acceptable et de rejeter l’injuste, l’inique et le corrompu, devrait être encouragé.

Car ce n’est pas temps perdu que de lire, réfléchir, rêver, imaginer la société dans laquelle nous aimerions vivre libre en respectant la liberté des autres.


Je dis.

On me dit dans les coulisses que tout ceci n’est que rêve inutile car irréalisable.

Or, n’est irréalisable que ce que nous n’avons pas rêvé et tenté de mettre en pratique.



Xavier Lainé

27 janvier 2026


dimanche 15 mars 2026

Grotesque hypocrisie 27

 


Et si…

Et si on se mettait vraiment au travail, ou plutôt, à l’oeuvre.

Non pour revendiquer chacun selon ses idées, mais pour créer un tronc commun indépendant de toute prétention de pouvoir.

Notre seul pouvoir ne vient pas des urnes, mais de nos compétences à créer, à changer nos vies pour en faire oeuvres d’art.

Contribuer, ce serait peut-être enfin se révéler comme citoyen d’une commune cause, d’une commune vie, d’une commune ville, non ?

Pour ça nous devons apprendre à ne rien attendre de celles et ceux qui ne lorgnent que le pouvoir quand il faudrait regarder la vie.

Quelle vie menons-nous ?

Aurions-nous le temps d’y songer ?

Ce privilège doit-il être réservé à quelques notables briguant suffrages ?

Question naïve : le pouvoir devrait-il échoir à ceux qui ont les moyens et le temps de s’y assoir, ou serait-il celui d’un peuple oeuvrant à sa vie commune ?


J’ai perdu le fil du poème dans un monde qui ne lui reconnaît aucune place.

On meurt dans ce monde pour rien, sous les coups de milices masquées.

Les foules se lèvent pour accompagner ces morts, que ne l’ont-elles faits pour empêcher les commanditaires d’accéder au siège suprême ?

Toujours cet attentisme dont une minorité profite pour nous déposséder de tout, faire de nous de grands enfants incapables d’affirmer nos rêves.


J’ai perdu le fil du poème.

Il s’est brisé sur les ruines de Gaza dont on voudrait m’interdire de parler.

Il fut un temps où les mêmes trouvaient en Hitler un gendre idéal !

C’était toujours mieux que le front populaire, disaient-ils.

Et ils ne dirent rien quand au nom de la pureté nationale on vint chercher leur voisin qui ne revint jamais.

Pour ceux qui ne sont jamais revenu, pourrions-nous être assez nombreux à contester un Etat qui récidive dans le crime et ceux qui par passivité lui donnent raison ?



Xavier Lainé

26 janvier 2026