dimanche 17 mai 2026

Enflammer la Terre 30

 


-30-


Me souvenir

Pour cela coller post-its partout

Puis m’égarer dans ce labyrinthe 

Et oublier


Oublier qui je fus

Qui j’aurais pu être si


Ce si sonne un glas

Il l’a toujours sonné

Comme limite à l’ambition

Comme couvercle posé

Sur les épaules d’avenir


Oublier qui je fus

Qui j’aurais pu être si


Si parfois sous la menace

Je finissais par mettre mes désirs

Dans ma poche 

Par courber l’échine

Devant la tyrannie


Oublier qui je fus

Qui j’aurais pu être si


Les rêves sont toujours là

Mais

Il y a un si et un mais

Ainsi va la vie qui louvoie

Pour simplement se donner l’air

D’exister

De vivre



Xavier Lainé

30 mars 2026


samedi 16 mai 2026

Enflammer la Terre 29

 


-29-


C’est un peu comme si j’avais crevé un abcès

Et moi avec

Comme ballon de baudruche dégonflé

Épuisé devant les heures qui ne sont plus

Qui valsent au gré de décrets absurdes

Humains qui se veulent maîtres du temps

Maîtres du monde et de la nature

Au point d’en décider tournure et contenu


Il me fallait répondre

Ne pas me dérober

Être qui je dois être sans fioriture

Et tant pis si poésie n’en est pas

Si littérature disparaît entre les pages

Comme si jamais je ne devais en atteindre

La moindre ouverture


*


Les mots s’arrêtent avant même leur émission


La page 

Je la regarde

Mes yeux fatigués n’y voient plus rien

Que du blanc

Et non les mots contenus dedans


Comme le sculpteur

Il me faut être comme le sculpteur

Qui lit dans le bloc de marbre

La statue qu’il va en dégager

Il me faudrait ainsi voir en filigranes les mots tissés dans le trame du papier



Xavier Lainé

29 mars 2026


vendredi 15 mai 2026

Enflammer la Terre 28

 


-28-


Bien évidemment que je peux

Mettre une couverture sur l’horizon

Décider alors qu’il n’existe pas

Je peux aussi fermer les yeux 

Me proclamer aveugle

Considérant que le monde a disparu

Je peux même me croire seul

En ce monde peuplé d’inconnus

Qu’il me faudrait considérer 

Autrement qu’humains à l’égal de moi-même


Bien évidemment que je peux

Me voiler la face ou celle de ma femme

Pour devenir ou la rendre invisible

Aux yeux de tous dont il faudrait me méfier

C’est ainsi que tant vont qui nient les évidences


Mais je ne peux pas

Je ne veux pas

Je ne pense pas comme ça

Je veux vivre les yeux ouverts

Les oreilles dressées 

Pour entendre les cris

Des enfants enfouis

Sous les décombres atroces


Je ne saurais pas vivre

L’esprit tenu entre étaux

Comprimé dans la boite étroite

Des pensées convenues

Je ne saurais pas

Alors pardonnez-moi 

Permettez-moi de demeurer hors de ce temps



Xavier Lainé

28 mars 2026


jeudi 14 mai 2026

Enflammer la Terre 27

 


-27-


Joie de voir jeunesse en révolte

Enfin je dirai

Joie de me retrouver avec celles et ceux

Qui soutiennent justes revendications

Dans un monde sans boussole


*


Mercredi 25 mars est à marquer d’une pierre blanche et noire

L’Organisation des Nations Unies a proclamé la traite des esclaves africains comme le crime le plus grave contre l’humanité

Trois pays ont voté contre : Israël, les Etats Unis et l’Argentine

Le pays des Droits de l’homme s’est abstenu


*


Ça ne fait pas un poème et pourtant

C’est au fondement de la « civilisation » dans laquelle nous baignons 

Comme poissons dans l’eau

Insouciants et aveuglés 

Par les néons consuméristes


Ça ne fait pas un poème et pourtant

Si nos yeux s’ouvrent

Nous verrons qu’aujourd’hui comme hier

Il en est parmi nous

Parfois parmi nos proches

Qui pensent encore

Qu’il existe parmi les humains

Certains qui seraient à considérer

Tandis que d’autres ne seraient rien

Pouvant être soumis comme autrefois

À l’abomination des chaines et des camps



Xavier Lainé

27 mars 2026


mercredi 13 mai 2026

Enflammer la Terre 26

 


-26-


Tant de misères et de pleurs

Tant de pluies froides

Sur les échines harassées


Tant de tristesses répandues

Comme marée noire

Sur nos avenirs en impasse


Et puis toi

Et puis toi

Et puis toi

Femmes aimées en secret

Pour ne pas vous déranger

Que je vois proies du plus grand désarroi

Devant hommes si sûr d’eux

Qui vous somment de trancher

Tandis qu’ils se penchent sur leurs écrans

Comme si de rien n’était


Comme si de rien n’était

Ce serait la litanie hypocrite

De ce monde mâle

Dont certains voudrait pérenniser l’emprise


Comme si de rien n’était

Ne rien voir des souffrances endurées

En journées par dix dans un seule

Pour que messieurs jouent

Sur leurs écrans d’inconscience


Comme si de rien n’était

Ils jouent à la guerre

Par écran interposé



Xavier Lainé

26 mars 2026