mardi 19 mai 2026

Blague à part 1

 


-1-


On aurait aimé que ce soit une blague

Mais ce fut annoncé et adopté bien avant

Que poisson n’arrive 

Puis disparaisse devant les poisons


Écoutez donc

Écoutez

Vous n’entendrez pas un son

Pas un mot qui dise

Comment nommer

Le droit que s’arroge un Etat

De condamner à mort

Ceux qu’il nomme « terroristes »

Mais qui ne sont 

Qu’étrangers devenus

Sur leurs propres terres


Mes mots encore

Seront peut-être censurés

D’autres seront sensurés

Détournés de leur sens

Pour mieux accuser 

Celui qui les écrit

D’un antisémitisme qu’il exècre

Comme toute forme de racisme


Mes mots ne trouveront plus

La voie du poème

Pour parler d’un printemps triste

Où notre humanité se fourvoie

Dans un silence complice

Je ne saurai rien émettre d’autre

Que cri d’indignation



Xavier Lainé

1er avril 2026


lundi 18 mai 2026

Enflammer la Terre 31

 


-31-


Au bout du bout

Laisserai en dépôt mon spleen

Cette nostalgie constante d’un temps méconnu

Où aller en insouciance pouvait encore être


Au bout du bout

Entre deux bourgeons éclos

Poserai mon chant

Qui dira encore de mois en mois

Toute la misère d’être humain

Parmi d’autres qui en ignorent l’état


Au bout du bout

J’écraserai sur tes joues

Les larmes trop longtemps retenues

Je les boirai à chaudes lèvres

Histoire d’éponger les misères répandues


Au bout du bout

Sur les épaules de saison vivante

Je poserai mes baisers 

Tissés dans la lave du sang répandu


Au bout du bout

Ne dirai rien de ces misérables idéologues

Capables de légiférer le crime

Pour sauver leur peau 

De l’inhumaine condition

Semée par eux-mêmes


Au bout du bout

Je m’allongerai à l’ombre pâle

Des feuilles à peine écloses



Xavier Lainé

31 mars 2026


dimanche 17 mai 2026

Enflammer la Terre 30

 


-30-


Me souvenir

Pour cela coller post-its partout

Puis m’égarer dans ce labyrinthe 

Et oublier


Oublier qui je fus

Qui j’aurais pu être si


Ce si sonne un glas

Il l’a toujours sonné

Comme limite à l’ambition

Comme couvercle posé

Sur les épaules d’avenir


Oublier qui je fus

Qui j’aurais pu être si


Si parfois sous la menace

Je finissais par mettre mes désirs

Dans ma poche 

Par courber l’échine

Devant la tyrannie


Oublier qui je fus

Qui j’aurais pu être si


Les rêves sont toujours là

Mais

Il y a un si et un mais

Ainsi va la vie qui louvoie

Pour simplement se donner l’air

D’exister

De vivre



Xavier Lainé

30 mars 2026


samedi 16 mai 2026

Enflammer la Terre 29

 


-29-


C’est un peu comme si j’avais crevé un abcès

Et moi avec

Comme ballon de baudruche dégonflé

Épuisé devant les heures qui ne sont plus

Qui valsent au gré de décrets absurdes

Humains qui se veulent maîtres du temps

Maîtres du monde et de la nature

Au point d’en décider tournure et contenu


Il me fallait répondre

Ne pas me dérober

Être qui je dois être sans fioriture

Et tant pis si poésie n’en est pas

Si littérature disparaît entre les pages

Comme si jamais je ne devais en atteindre

La moindre ouverture


*


Les mots s’arrêtent avant même leur émission


La page 

Je la regarde

Mes yeux fatigués n’y voient plus rien

Que du blanc

Et non les mots contenus dedans


Comme le sculpteur

Il me faut être comme le sculpteur

Qui lit dans le bloc de marbre

La statue qu’il va en dégager

Il me faudrait ainsi voir en filigranes les mots tissés dans le trame du papier



Xavier Lainé

29 mars 2026


vendredi 15 mai 2026

Enflammer la Terre 28

 


-28-


Bien évidemment que je peux

Mettre une couverture sur l’horizon

Décider alors qu’il n’existe pas

Je peux aussi fermer les yeux 

Me proclamer aveugle

Considérant que le monde a disparu

Je peux même me croire seul

En ce monde peuplé d’inconnus

Qu’il me faudrait considérer 

Autrement qu’humains à l’égal de moi-même


Bien évidemment que je peux

Me voiler la face ou celle de ma femme

Pour devenir ou la rendre invisible

Aux yeux de tous dont il faudrait me méfier

C’est ainsi que tant vont qui nient les évidences


Mais je ne peux pas

Je ne veux pas

Je ne pense pas comme ça

Je veux vivre les yeux ouverts

Les oreilles dressées 

Pour entendre les cris

Des enfants enfouis

Sous les décombres atroces


Je ne saurais pas vivre

L’esprit tenu entre étaux

Comprimé dans la boite étroite

Des pensées convenues

Je ne saurais pas

Alors pardonnez-moi 

Permettez-moi de demeurer hors de ce temps



Xavier Lainé

28 mars 2026