samedi 21 février 2026

Grotesque hypocrisie 5

 


J’ai pris un tour d’avance, un jour s’est défilé plus vite que prévu, les mots se sont tellement agités qu’il leur fallait une issue.

Pour une fois depuis fort longtemps, l’hiver se met à ressembler à ce qu’il fut, autrefois, mais il n’y a pas si longtemps.

Étranges facéties d’un climat rendu fou par les hommes à l’unisson, industriels et financiers déconnectés de leur nature, fanatique d’un progrès hors sol, de profits sans limites, méprisant la vie vivante et vibrante.

Avec un mois de retard, les températures se mirent en négatif, mais pas assez tôt pour qu’au moins les vains voeux soient figés.

Alors ils se sont envolés sans un regard sans l’espoir même de retomber et de se réaliser quelque part.


J’ai pris un tour d’avance : parfois les mots hésitent, parfois ils se précipitent sous les injonctions d’un monde en proie à la loi du plus fort.

Le Président du pays des droits de l’homme se mit à approuver que son semblable américain, en bonne tradition de son pays colonial, envahisse le petit Vénézuela, en enlève le président en exercice et s’arroge le droit de dire ce qui serait bon pour son peuple.

Ces mêmes pays occidentaux qui, hier, élaboraient sur les ruines fumantes de l’Allemagne les règles d’un droit international capable d’éviter que se renouvelle les crimes du nazisme, s’en affranchissent désormais, précipitant le monde dans une spirale de violence dont nul ne saurait prédire jusqu’où elle ira.


J’ai pris un tour d’avance : j’avais déjà écrit ici la nécessité de rompre avec l’esprit de domination qui est au soubassement de l’esprit colonial.

Je ne croyais pas, ou ne voulais pas y croire, en hésitant à émettre le moindre voeux, que tout irait si vite.

J’écrivais que le problème n’était pas Israël ou Gaza, mais cet esprit impérialiste, nourri de masculinisme et de suprémacisme blanc, dont le génocide en cours est le symptôme.

L’hiver commence seulement à montrer son nez, ici et là, ce n’est pas neige qui tombe mais bombes sur gens qui ne demandent qu’à vivre en paix.



Xavier Lainé

4 janvier 2025


vendredi 20 février 2026

Grotesque hypocrisie 4

 


On s’endort, on se réveille dans le fracas des bombes.

Parce que les années passent, mais comme on ne change pas les dirigeants d’hier, qui ne cessent de se reproduire à l’identique, toujours ils nous mènent les yeux bandés au bord du gouffre.

Si nous ne voulons pas sauter, ils nous poussent. Une vie pour eux n’a strictement aucune importance, seul le gain qu’ils amassent à longueur de crimes leur importe.


On s’endort, on se réveille avec la nausée.

Rien à voir avec la fête d’avant-hier, juste que nos rêves tournent au cauchemar.

Qui pourrait souhaiter encore bonheur et richesse à l’heure où le premier n’est plus que poudre aux yeux pour cacher les monstres qui se déploient en haut lieu, la deuxième une propriété privée entre les mains des mêmes.

Ceux-là font des discours sur la tolérance, pour mieux la piétiner.


On s’endort, on se réveille le corps douloureux.

C’est dur de vivre dans un monde en tel fragile équilibre qu’il menace toujours de tomber du côté de l’immonde.

Ce que furent les valeurs laborieusement élaborée depuis des siècles, les voilà foulées au pied, servant de paillasson.

Exit tout droit international, tout état de droit, toute justice qui protège les plus faible.

Nous voici au réveil devant ces territoires dévastés, ces peuples meurtris, enfants femmes et vieillards considérés comme danger pour les possédants au seul titre qu’ils refusent de se soumettre.

L’humanité, au réveil, n’est plus qu’un souvenir.

La loi du plus fort est devenue la règle, une règle sans règle, un vide abyssal où nous plongeons.

Le problème n’est pas à Gaza, au Soudan, en Somalie, en Ethiopie ou au Vénézuela, il est dans cette engeance sans foi ni loi, mais qui se réfugie derrière les croyances aveugles pour mieux mépriser l’humain qui sommeille devant son écran.



Xavier Lainé

3 janvier 2026


jeudi 19 février 2026

Grotesque hypocrisie 3

 


Par quoi commencer ? Les mots hésitent, les doigts se font malhabiles sur le clavier du jour. Le froid enfin est de retour. Certains s’en lamentent : ceux-là veulent de la neige artificielle pour skier et la chaleur pour vivre.

Nous en sommes à ce stade de dénaturation que plus rien des cycles de la nature ne trouve grâce à nos yeux.

Nous voulons tout et son contraire, mais si possible en préservant petit confort étriqué derrière grilles, grillages et barrières électriques.

Ne manquent plus que les miradors pour que chaque domicile se mette à ressembler à camp retranché.

Retranché de toute relation sociale dont il faudrait se méfier.


Sous haute protection, dans la croyance aux mythes de la surveillance absolue, de la prévision sans faille, on se satisfait d’avoir les moyens de.

Moyens de vivre dans immeuble ou résidence de standing, roulant véhicule rutilant, électrique comme promu par les gouvernants.

Mais réfléchir, ha, réfléchir à ce que veut dire ce mode de vie, voilà où le bât blesse.

Comment réfléchir lorsque nous sommes happés dans un cyclone d’informations toutes plus contradictoires, jusqu’au vertige.


Il fut un temps où l’on se regroupait autour de l’âtre pour lire, chanter, jouer, raconter des histoires d’un autre temps.

Les enfants écoutaient dans la danse des flammes les échos d’un monde qui façonnait leur imaginaire.

Entendez-moi bien : je ne suis pas dans le regret des temps passés. Je m’interroge simplement sur l’impact de la disparition de certaines transmissions et leur conséquence pour notre humanité.


Désormais l’écran est partout, il trône dans les salons, dans les chambres à coucher, dans les cuisines.

On s’endort dans son canapé bercé de ce flot audiovisuel, on fait l’amour devant l’écran allumé. L’écran qu’il soit télévisuel, informatique ou téléphonique occupe toute la place.



Xavier Lainé

3 janvier 2026


mercredi 18 février 2026

Grotesque hypocrisie 2

 

Mais voilà, c’était le premier jour et tandis que j’écrivais, j’apprenais cette interdiction diabolique.

Même les organisations humanitaires ne pourraient plus accéder à Gaza.

Nous n’étions que le premier jour, les voeux n’avaient pas eu le temps de se déposer que déjà les inhumains poursuivaient leur course infernale contre notre humanité profonde.


C’était le premier jour, j’affichais mon soutien aussi à ceux qui résistent un peu partout, de la Chine à l’Iran, contre toutes formes de dictatures.

Je recevais message haineux m’interdisant de parler de l’Iran auquel je ne comprendrais rien.

C’est sûr que je n’y comprends rien, que seules les victimes devraient pouvoir parler de ce qu’ils ressentent.

Mais voilà : les victimes, lorsqu’elles sont encore vivantes, n’ont pas droit de cité ni de parole en système médiatique verrouillé par les soutiens de toutes les dictatures, de tous les génocides, de tous les crimes de guerre ou contre l’humanité.

Alors je croyais de mon devoir d’écrire.

Nous n’étions que le premier jour, les voeux n’avaient pas eu le temps de refroidir que déjà le moindre geste d’humanité était interprété comme son contraire.

Parallèlement à l’avalanche des nouvelles affligeantes, je continuais à recevoir des voeux de santé, de prospérité et de bonheur (tiens d’ailleurs je n’ai reçu aucun voeu de paix) ; de mon côté, je demeurais silencieux sur le sujet, ne sachant plus trop que dire en telles circonstances.

Pouvais-je faire abstraction des nouvelles glaciales qui affluaient et, moi aussi, faire comme si, juste pour la forme, parce que c’est ainsi, que la tradition veut qu’on émette des voeux (mais le gui a disparu de nos symboles) ?

Je restais muet, les voeux reçus, pas encore vraiment déposés ou refroidis, entraient en telle contradiction avec ce que mes yeux, mon coeur, mon cerveau, que sais-je, pouvaient percevoir que je restais de marbre, que je dansais d’un pied sur l’autre sans trop savoir que faire.



Xavier Lainé

2 janvier 2026


mardi 17 février 2026

Grotesque hypocrisie 1

 


Je me suis assis sur le seuil.

J’ai contemplé les nuées grises blotties dans les gelées d’un hiver retrouvé.

J’ai cherché des mots qui sachent se faire bouée pour les naufragés du siècle.

Ils sont si nombreux qu’il en faut des pages pour troubler un peu les tranquilles indifférences.


Je me suis assis sur le seuil.

J’ai marché dans le petit matin gris.

Que faire de ces mois qui se présentent, de ce temps qui m’emporte ?

Hier encore, je recevais, avant même voeux le jugement sur mes actes.

Il est si facile, ce jugement, lorsque la vie du juge est très au-dessus de cette vie ordinaire. 

Vie ordinaire qui tente d’être une vie, une petite flamme tremblante dans les tourmentes.


Je me suis assis sur le seuil.

Si peu avec qui partager mon souci de marcher debout, de résister aux ouragans déjà là, aux tremblements de terre qui ébranlent le fragile équilibre humain.


Je me suis assis sur le seuil.

L’esprit vide après une nuit blanche, mes yeux se posaient sur l’hésitant lever d’un soleil froid.


Je me suis assis sur le seuil.

J’ai ouvert les vannes aux mots qui en dedans sont lave ardente, flambeau de colère rentrée, explosion de volonté radieuse.

Vivons.

Vivons sans calcul ni trompette.

Vivons sans nous arrêter de marcher et d’apprendre.

Vivons puisque nous voici réveillés, assis sur le seuil d’un année qui, comme les précédentes, ira dans cette accélération du temps.



Xavier Lainé

1er janvier 2026


(Google/USA m'interdit l'accès à mes photographies pour une raison que j'ignore : preuve s'il en fallait encore une de la nocivité de notre dépendance à ces monstres sans figure) 


lundi 16 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 31

 





Sans aucune supériorité 

Sans aucun droit à ce titre

Nous sommes tous égaux

Pas un humain qui n’ait le droit

De considérer son semblable

Comme inférieur

Quelle que soit 

La couleur de sa peau

Le murmure de ses croyances

Sa manière d’aimer


Au dernier jour d’une année de génocides

Perpétrés par la lie de notre humanité

Avec le soutien des couards

Qui regardent leur bénéfice

Avant de voir qui ils tuent

Sous le joug de leur pouvoir


En ce dernier jour

Je voudrais réapprendre

À écrire mots d’espoir

Mais c’est difficile

Cette impression constante

De plonger ma plume dans le sang d’autrui

De nourrir poèmes

De la misère des autres

Confortablement assis

Derrière ma table de travail

Bien au chaud 

À l’orée de ma ville

Qui dort

Va et vient

Comme absente aux tragédies traversées



Xavier Lainé

31 décembre 2025


dimanche 15 février 2026

Écrire pour ne pas vendre ton âme 30

 





Il est temps

Avant que l’an ne cède le pas

De revenir à la vie

De la défendre et la choyer

Au moins à la mémoire

De celles et ceux

Qui sont passés de vie à trépas

Sous le joug des misères

Sous le fardeau des exclusions


Il est temps

De sentir sous nos pieds

La terre qui frémit

Qui parfois soupire et s’agite

Pousse sa colère volcanique

Histoire de secouer

Les puces que nous sommes sur son dos

Incapables de nous accorder

Pour faire régner paix et amour


Il est temps

De ne plus nous séparer

Du monde vivant qui est le notre

Qui n’a rien à voir avec celui

Des tristes lignes

De ceux qui engrangent dividendes

Sur la misère du commun


Il est temps

De ne rien attendre 

Des sinistres individus

Qui se chamaillent pour être chefs

Oubliant qu’ils sont humains



Xavier Lainé

30 décembre 2025