dimanche 6 septembre 2026

Ça brûle 20


 -20-


Page blanche restera blanche page blanche demeurera

Blanche page restera blanche plus blanche que

Blanche la page

Si blanche 

Car plus rien à dire


Plus rien à dire

Puisque dire tombe entre oreilles sourdes

Visiblement sourdes les oreilles

Alors page blanche 

Peut-être pour toujours blanche

Page blanche


Plus rien à écrire

Qui ne le fut déjà

Sans que pour autant

Moindre parcelle de révolte

N’apparaisse à son issue


À quoi bon donc

Puisque peuple de 89 semble avoir perdu sa boussole

Alors 

Page blanche

Ou noire de suie

Mouillée de larmes


Qu’on tue

Qu’on crève

Que morgues ne sachent plus

Que faire des cadavres

Ne semble pas émouvoir

Ni révolter

On assiste au spectacle de notre déchéance



Xavier Lainé

21 juillet 2026 (1)



samedi 5 septembre 2026

Ça brûle 19

 



-19-


Les nouveaux Huns sont passés

Ils ont semé derrière eux

Déserts et désolation


Les nouveaux Huns

Avec leurs empires de papier

Bâtis sur fortunes honteuses

Sont encore là


Ils ont brisé

Tout ce qu’humains avaient arraché

À la force de leurs protestations

Ils ont détruit

Tout ce que l’humain fut

En ces heures bénies

Où savoir aurait pu se répandre si


Si seulement la peur

N’avait pas joué son rôle

De triste conseillère

Faisant rentrer au nid

Quiconque aurait construit

Une pensée hors du chemin tracé

Par idéologies funestes


Avec le capital pour toute religion

Les nouveaux Huns

S’appuyant sur les dogmes

De sainte économie

Poursuivant de leurs matraques

Toute contestation véhémente

Poursuivent leurs basses oeuvres

Jusqu’à extinction d’eux-mêmes



Xavier Lainé

19 Juillet 2026


vendredi 4 septembre 2026

Ça brûle 18


 -18-


Alors je refuse

De parler d’autre chose

De regarder ailleurs

Même au nom de douce poésie


Mes mots prennent bec

Ma vie prend ombrage furieux

D’un monde que je n’ai cessé de combattre


Mes mots sont ancrés là

Dans les décombres et les corps engloutis

Dans cette mer où enfant j’aimais nager

Devenue cimetière pour tant d’âmes en fuite


Bien sûr vindicte

Y compris venant de ce bord

D’un échiquier qui cache bien mal

Ses furieuses envies de dominer


Les mêmes 

Les mêmes qui se disent gauche

Qui refusent que soit nommé

Le monde qui nous opprime

Même en citant Jean Jaurès

Il ne faut pas dire

L’alpha et l’omega

Qui conduit notre humanité

À sa ruine perpétuelle


Mes mots sont là

Ma vie se fait lasse

De voir se réaliser mes cauchemars

Dans la douleur de vivants qui ne demandaient qu’à vivre encore



Xavier Lainé

18 juillet 2026


jeudi 3 septembre 2026

Ça brûle 17

 



-17-


Me voilà passant nuit hallucinée

Me souvenant des années passées

Des années mortes d’une jeunesse

Qui rêvait d’enrayer la machine

L’indomptable machine

Qui ne cesse d’exploiter

Tout ce qui bouge et vit

Ne laissant derrière elle que déchets

Montagnes d’excréments

Qui se répandent comme marée noire

À la surface de nos espérances


Me voilà passant nuit hallucinée

Si maigre fraîcheur sur front fiévreux

Peau rejetant chaleur accumulée

Sueur jusqu’à rendre sommeil impossible

Repos illusoire tandis que dehors

On prépare noces inconscientes

Fêtes jusqu’à s’étourdir

Croyant échapper à la cuisson commune


Me voilà passant d’une nuit hallucinée

Pas un souffle pour attendrir les rêves

Alors j’écris ce qu’un monde

Fondé sur l’exploitation sans fin

Génère de misères et de douleurs

C’est donc bien ce monde

Qu’il nous faut remettre en question


On me dit qu’il vaut mieux

Parler d’autre chose

Les pieds dans les sabots 

D’une ville dont l’esprit semble fondu



Xavier Lainé

17 juillet 2026


mercredi 2 septembre 2026

Ça brûle 16

 


-16-


Mais peut-être mourir de chaud

Serait une situation plus enviable

Que mourir sous les bombes

À Gaza comme ailleurs


Gaza

Ils n’en disent plus rien

C’est vrai quoi

Ils y croient

À un cessez-le-feu

Ils ne voient rien

Des bombes qui continuent de tomber

Sur un peuple en survie


Soudan

N’en parlons pas

Afrique

Que dire de l’Afrique

Dans le silence médiatique


Comme on fait silence sur les périls climatiques

On fait silence sur les sévices tyranniques

On ne dit rien

Il ne faut rien en dire

Les poètes aident le peuple

À regarder ailleurs

En attendant l’extinction


En attendant l’extinction

Il faut jouer danser rire

Boire et se noyer dans l’ivresse

Mais ne pas dire

Comment tout ceci est symptôme



Xavier Lainé

16 juillet 2026