vendredi 2 décembre 2022

Une infinie nostalgie 17

 




Le marais est tellement profond

Avec de la boue jusqu’à la surface

J’en connais qui plongent avec délectation

En ressortent tout crottés

Mais pensent que c’est pour leur bien


Fi de l’odeur infecte du lisier

On s’habitue à tout

Même au plus ignoble ragout


Il y a ceux qui ne cessent de le répandre

Y compris sur les idées les plus nobles

Et ceux qui

Pelle et râteau d’enfant à la main

Tentent encore de sauver

Leur petite plage de bonheur


Mais

Le marais est si profond

Et tout ce lisier qui s’y déverse

En rend l’odeur si infecte

Qu’à demeurer dans la proximité de ce monde

On finit pas le prendre pour cauchemar


Je ne sais pas 

Je me lève avec les larmes aux yeux

Mes rêves de beauté

Mes rêves de tendresse

Mes rêves de pensées généreuses

Les voici qui nagent le ventre en l’air


Xavier Lainé


18 novembre 2022


jeudi 1 décembre 2022

Une infinie nostalgie 16

 




Gris

Temps gris

Imprévu — il semble

Alors

Tu regardes ton écran de portable

Pour vérifier ce qu’ILS avaient envisagé

Mais non

« Beau temps »

Qu’ils disaient

Nous en sommes là

Que la fenêtre ouverte

Montre autre chose qu’un écran

Tu t’en vas croire l’écran

Non la couleur du ciel


Vertige

Vertige et stupéfaction

Nostalgie aussi

D’un temps de l’histoire

Où on faisait avec le temps réel

Non le fictif 


Vertige

Vertige de vivre en des temps de fictions

Qui supplantent la vraie vie


Ils marchent

Ils s’assoient à la table d’un bistrot

L’oeil rivé sur leur téléphone

Les doigts agiles à leurs SMS


Xavier Lainé


17 novembre 2022


mercredi 30 novembre 2022

Une infinie nostalgie 15

 




Le ver est dans le fruit

Bien difficile d’en empêcher la pourriture

C’est bien connu


Le ver 

C’est celui du petit fascisme ordinaire

Celui qui corrompt les esprits

À grand coup d’informations non fondées

De prétendues expertises

Qui ne sont qu’actes de complaisance


Ce ver est là

Il s’est insinué dans le fruit

Celui de la démocratie

Depuis si longtemps

Que nul n’y a prêté attention

Il y est entré avec des complicités

À qui par devant

Vous auriez donné 

Bon dieu sans confession


Ceux-là se proclamaient même « humanistes »

Qui insidieusement installaient la pourriture

Au sein même du fruit de notre humanité commune

Du chacun pour soi à l’exclusion de qui ne marche pas

Au pas cadencé d’une histoire éternellement tragique


Le ver est dans le fruit

Bien difficile d’en éviter la pourriture

C’est une affaire bien connue


Xavier Lainé


16 novembre 2022


mardi 29 novembre 2022

Une infinie nostalgie 14

 




En la grisaille du ciel

Tu puises l’état de tes sentiments

Ce que tu attends ne venant jamais

Tu ouvres tes bras au vide

Tu accueilles les soupirs du temps

Un vague à l’âme devenu commun


En la grisaille du ciel

Tu prends par la main

Chaque âme perdue

Sur les trottoirs glacés

Sous la pluie des bons sentiments

Tu rêves à l’extinction des misères


En la grisaille du ciel

La nostalgie t’emporte

Tu ne sais comment aimer encore

Ni si tu l’as su un jour

Tu te retournes sur tes pas

Si tes yeux ne voient rien

Des traces effacées

Ton âme elle se serre

Devant les ruines de tes rêves


En la grisaille du ciel

Tu poses mots sans queue ni tête

Tu livres la page à la folie de tes doigts

Sans savoir qui écrit sur le clavier du coeur

Sans rien connaître des yeux 

Posés qui s’écarquillent sans savoir


Xavier Lainé


15 novembre 2022


lundi 28 novembre 2022

Une infinie nostalgie 13

 




« Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir. » Blaise Pascal, Pensées


Nostalgie d’un temps où le vide n’était pas omniprésent

On pouvait marcher au bord des falaises

Sans qu’elles menacent ruine

On pouvait imaginer un autre monde

Sans que celui-ci ne vacille

Au plus près des abîmes ouverts par lui-même


Nostalgie surtout d’en voir tant

Qui posent paravents au-devant de leurs yeux

Pour ne rien voir de ce qui vient

De ce qui est ou fut comme preuve

Irréfutable preuve du naufrage qui dure

On vacille un instant sur le fil

Parfois on se rétablit

Parfois on tombe

Dans l’indifférence générale


Nostalgie d’un temps 

Où solidarité n’était pas un vain mot

Galvaudé au bas de pétitions quotidiennes

Juste avant d’oublier d’avoir déjà

Signé celle d’hier

Tant le mouvement du temps et de la vie

T’accapare sans te lâcher

Nostalgie d’un temps de révolutions

Dans des rues d’espérance bien réelles


Xavier Lainé


14 novembre 2022


dimanche 27 novembre 2022

Une infinie nostalgie 12

 




Peut-être

Peut-être nostalgie vient

De toutes les occasions manquées

De tout ce qui ne s’est jamais réalisé


Peut-être

Peut-être nostalgie est

Un malaise de riche

Qui peut encore imaginer


Peut-être

Peut-être nostalgie s’efface

Lorsque pris dans le piège des misères

Rien ne peut survenir


Peut-être

Peut-être nostalgie 

Demeure inutile

En un monde qui va de son pas aveuglé


Peut-être

Peut-être mieux vaut-il

N’en rien connaître

N’en rien rêver

Pour ne pas souffrir plus

Que les douleurs déjà imposées


Un navire accoste

Les rescapés à son bord

Ne peuvent rien regretter


Xavier Lainé


13 novembre 2022


Une infinie nostalgie 11

 




Armistice

Simulacre de paix qui permet à chaque belligérant

De faire les comptes des pertes et profits

Des profits surtout

Les pertes s’étalent

En longues files de soldats inconnus

Sur des stèles tristes et seules


Armistice

Simulacre de paix

Laissant derrière lui

Les gueules cassées tenter

De panser les plaies inguérissables

Aux misères de pleurer

Sur le sort des disparus

Des vies brisées


Mais toujours armistice

Simulacre de paix

Car la guerre se poursuit

Qui permet aux uns

De faire fortune

Sur le dos des autres

À qui seule la nostalgie

Demeure

D’un temps rêvé 

Qui n’arrive jamais


Armistice

Nous y sommes englués jusqu’à la nausée


Xavier Lainé


12 novembre 2022