mercredi 8 avril 2026

Âmes meurtries 19

 


-19-


Lorsque je vois paraître

Le mot antifasciste

M’interroge sur ce qu’on dit

Sur ce qu’évoque le mot fasciste

Et l’évolution de son contenu


On manipule les mots

Trop souvent sans rien dire

Du masque qu’ils posent

Sur une réalité dangereuse

Violence des uns 

N’égale pas violence des autres

Mais persiste en un cycle sans fin


Alors

Que mettre derrière le mot

Sinon la nature même d’un système

Dont le mot est le prolongement naturel


Mais voilà que je me grille

Que mes mots ne trouveront 

Aucun havre où se déposer

Où être audible

Car il ne faut pas mélanger

Poésie et politique


C’est vrai aussi pour ce mot là

Politique

Qui ne recouvre désormais

Qu’intense manipulation

D’idées privatisées

Dégagées du monde réel

Où vont âmes en peine



Xavier Lainé

19 février 2026


mardi 7 avril 2026

Âmes meurtries 18

 


-18-


Il faut une poésie aseptisée

À défaut elle n’a pas droit d’existence

Une poésie qui parle

Mais pour ne rien dire

Sauf tourner autour

Du nombril du poète

De ses états d’âme

De ses émotions devant la beauté


Mais


On peut assister en direct

À l’effondrement d’un peuple

Sous les bombes

Au démembrement de ses enfants

Aux débris humains jonchant

Les rues défaites

Il ne faut pas poser de mots dessus

Mais détourner le regard 

Vers les beautés qui demeurent

Tant que les ignares assoiffés

De pouvoir et de sang

N’en auront pas privatisé

L’existence


On peut voir

Mais on doit cloitrer ses larmes

Sous la carapace des convenances

Et de l’impartialité

Qui n’est alors qu’une autre façon

De prendre parti 

D’être complice du crime

Sans vouloir se l’avouer



Xavier Lainé

18 février 2026


lundi 6 avril 2026

Âmes meurtries 17

 


-17-


Au risque d’être condamné

Je dis et répète

J’écris en lettres 

LE CAPITAL EST À L’ORIGINE DE TOUS NOS MAUX


Au risque d’être condamné et censuré

Par les tenants de la sensure

Par les bien-pensants de la neutralité politique

Toujours à géométrie variable

Je dis et écris

Que les génocides en cours

Sont la traduction sanglante

D’un système qui ne cesse de corrompre

Les humains qui se laissent appâter


Nous voici dans ce monde là

Une vie quelle qu’elle soit

N’a de valeur que si elle est blanche

Chrétienne et soumise au capital


Une vie n’en égale pas une autre

Mais il ne faut pas le dire

Et encore moins l’écrire


Une poésie embarquée n’a pas sa place

Elle se doit de parler d’autre chose

La poésie que les soumis aiment

Elle ne doit rien dire

Qui compromette la nature du monde

Sous le joug des saints profits

Dans les temples du commerce

Loin des regards détournés

Sous un voile de fumée 



Xavier Lainé

17 février 2026


dimanche 5 avril 2026

Âmes meurtries 16

 


-16-


Les règles du profit

Accomplies sur les dos courbés

Des soumis de toujours

Voilà la norme invisibilisée

Celle qu’il ne faut pas avouer

En parole ou en écrit

Au risque de s’atirer les foudres

De ceux qui tirent ficelles

Du profond silence orchestré


Les règles du profit

Celles qui construisent des armes

Tandis qu’à côté

Des enfants meurent de faim

Ou sous les décombres


Les règles du profit

Celles qui s’affranchissent 

De toute morale

De tout droit

Pour prospérer 

À l’ombre des coffres 

Dans des corbeilles boursières

Où se hurle le marché


Les règles du profit

Celles qui font de notre monde

Un désert invivable

Pour la seule gloire

D’une poignée d’inhumains


Les règles du profit

Celles qu’il ne faut pas toucher



Xavier Lainé

16 février 2026


samedi 4 avril 2026

Élections municipales : nous voici englués

 


La glu a encore frappé. Saurions-nous nous tirer de l’épreuve ?

Le dilemme d’une ville moyenne, au pays du tourisme roi et des retraités fortunés cherchant leur résidence senior au soleil, est là.

Le résultat aussi.


Ce que les droites attardées, qui font le lit du Rassemblement National ne voient pas, c’est qu’on ne fait pas une ville humaine avec de grands projets alléchants.

On ne fait pas une ville où il fait bon vivre en ne satisfaisant que sa population moyenne supérieure engluée dans l’ignorance et l’arrogance (tout en se prétendant cultivée).


Le réveil sonne : il est douloureux quand même pour les gens sincèrement de gauche (celle de Gilles Deleuze : « Être de gauche c'est d'abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c'est l'inverse. »), mais il est une évidence que nous ne pouvons pas nier.

La France, plongée dans la glu néo-libérale se retrouve avec la gauche la plus pesante du monde : une gauche qui se réduit à un combat d’ego boursouflés qui se répandent sur les médias tenus de main ferme par les oligarques d’extrême droite, chacun convaincu d’avoir raison tandis que les autres sont dans l’erreur.

Pas un mot sur le système qui de génocides en esclavages, de misères répandues en guerres incessantes, cloue notre humanité au pilori d’une poignée d’individus qui ont fait sécession et n’existent qu’à la hauteur de leurs porte-feuilles d’actions, ou, quand on en parle, c’est presque en s’excusant d’être grossiers.


Quand il faudrait creuser les mémoires, astiquer les savoirs, les répandre d’esprits en esprits jusqu’à in-venter une humanité intelligente, que certains voudraient voir plier devant une IA incapable de s’inventer elle-même, on déserte, on fait des discours, et on incrimine l’autre, ce renégat, lui-même de gauche mais encore plus englué dans ce monde devenu immonde.

Nous avons sous les yeux l’art d’y jeter la poudre : pendant qu’on festoie, qu’importe qu’on crève en Méditerranée, au coin d’une rue froide, ou sous les bombes impérialistes.

Face aux difficultés de la vie, faute de s’en échapper pour prendre de la hauteur et réfléchir, il y a de forte chances qu’on s’enfonce.

Nous en sommes à ce stade où faute de voir et dénoncer clairement les tenants et aboutissants d’un monde-proie aux mains de la finance, on se laisse aller aux plus bas instincts, que plus aucune inhibition peut arrêter.

C’est notre quotidien : une bêtise absolue qui fait qu’on raye des noms sur une liste pour n’en laisser qu’un seul, parce qu’on est incapable de comprendre que l’homme seul, même avec les plus beaux projets n’est rien. Nous ne sommes humains que par la force collective que nous élaborons depuis la nuit des temps.

L’homme seul néo-libéral est un fantasme qui le rend esclave d’un monde artificiel dépourvu d’humanité.


Pour nous sortir de cette glu, pour désengluer notre liberté de ces faux-semblants petit-bourgeois, il n’est qu’une solution : travailler, travailler sans relâche à notre intelligence collective.

À défaut, il est bien clair que c’est le pire en l’homme qui fait son chemin : celui qui ne connaît de la relation à l’autre que la domination et donc un jour où l’autre la ruine.

Ruine patente car incapable de voir que tout ne tient pas dans un mono-rail, et qu’au contraire, les pansements posés, la Terre et le monde vivant n’ont que faire d’une espèce qui s’auto-satisfait en se suicidant.

Même les plus belles rues, pavées des meilleurs intentions, ne nous conduiront pas à notre résilience.

Les vivants que nous sommes, aussi sinon plus fragiles que toutes les autres espèces, ne sont rien dans cet univers dont nous ignorons beaucoup de ses ressorts.

Nous avons le choix : la fuite en avant en se voilant la face (ça, c’est fait, au lendemain d’une élection à la campagne entachée de profondes inégalités de traitement), ou de nous poser et réfléchir, cultiver une intelligence collective enrichie des apports de celles et ceux qui parmi nous peuvent éclairer le chemin, non en le pavant de vérités bien ficelées, mais en découvrant au fil du chemin que nous n’en détenons chacun qu’une infime parcelle, un semblant de celle-ci se formant de l’apport de milliers de nuées individuelles jusqu’à faire l’archipel capable de survivre à la catastrophe néo-libérale.


Le culte du chef établi en dieu vivant a fait son temps. Il suffit de lire un peu l’histoire dans ses développements les plus récents comme les plus lointains, pour le comprendre : pour construire les pyramides qu’on nous donne en modèle de ce qu’on nomme « civilisation », combien d’ouvriers morts ?

Ce que nous voyons apparaître dans notre petite ville moyenne, c’est ce suivisme ringard qui conduit les humains parfois, à avoir besoin d’un petit père des peuples pour se rassurer, au risque de ne jamais grandir.

Il n’est pas de sauveur suprême chantaient les communards sous le feu roulant des versaillais du capital.

À mort les penseurs libres et les diffuseurs du savoir, clame un ignoble président américain en mâchant son chewing-gum, le doigt sur le bouton qui éteindrait notre humanité pour longtemps.


Comprendrons-nous l’enjeu ? Lèverons-nous enfin le nez du guidon d’une actualité façonnée par des IA au service des mêmes ? Nous laisserons-nous entraîner jusqu’au massacre final ?

Penser n’est désormais plus un luxe mais une nécessité. À défaut nous continuerons à plonger dans la bêtise la plus gluante.



Xavier Lainé

Manosque, 16-26 mars 2026