dimanche 26 mai 2024

Pas dire 3

 





Pas dire 

Sinon dans l’entre-soi

Des gens déjà convaincus


Pas dire 

Ailleurs qu’en espaces confinés

Où ne se croisent qu’entre-soi


Pas dire

Ou seulement pour protester

Pas dire pas créer


Pas dire 

Parole contraire

Hors des zones autorisées


Pas dire

Pas prononcer mots qui fâchent

Pour ne pas blesser qui assume sa raison


Pas dire

Qu’on ne se reconnaît pas

Dans ce monde huilé


Pas dire

La honte de la pauvreté

La tragédie de la misère


Pas dire

Surtout pas

Ce qui rend malade


Pas dire

Pas prononcer mots maudits

En territoire de colère évacuée


Pas dire

La violence

Ni la volonté d’oubli


*


Mes yeux s’ouvrent

Sur ce qu’il ne faut pas

Cette femme partie acheter farine

Pour le gâteau d’anniversaire de son mari

Qui revient sur ses pas

Et contemple silencieuse

La ruine de son logement


A quoi bon la farine

Quand il ne reste que les larmes

Et le deuil permanent

En ce monde tenu de mains haineuses

Par les pires rejetons d’une espèce suicidaire


Mes yeux s’ouvrent

Mes oreilles entendent les plaintes

Constantes lancinantes 

Car chacun se heurte au mur

D’un monde qui ne sait plus vivre

Sans détruire la vie

Sans condamner qui dit

L’absurde tragédie



Xavier Lainé

3 mai 2024


samedi 25 mai 2024

Pas dire 2

 





C’est chose étrange que cette faiblesse

Cette faille et ce glissement


C’est chose étrange

Que les idées généreuses

Soient toujours travesties

Raillées et éliminées


Que parfois même 

Elles se mettent elles-mêmes

En situation de faiblesse

Sous les regards ironiques

Des rois de la domination

Et du profit sans partage


Alors on s’en va manifester

Mais toujours dans la dispersion

Chacun tirant couverture

Sur ses pieds qui ne réfléchissent

Pas plus loin que ses dogmes


Chacun y va de son idée

Chacun avance sa vérité

Tandis que les plus pauvres

Les plus concernés

S’en vont consternés


Chacun entonne son refrain

Sans rien écouter des paroles

Qui divergent parfois


*


Et tandis qu’ici on se chamaille

On se déchire et on s’étripe

Chacun convaincu d’avoir raison

Contre toutes autres convictions

À peine plus loin en toute logique

Un nettoyage ethnique évolue

Vers un génocide en bonne et due forme

Mais 

Chut

Il ne faut pas le dire

Sans être aussitôt suspecté


Il ne faut pas le dire

Ni l’écrire

Ni manifester son soutien

À celles et ceux de tous bords

Qui souffrent sous les mauvais coups

Des post-humains aveuglés

Par pouvoirs religions et profits


Il ne faut pas écrire

Ce qui se déroule sous nos yeux

Puisqu’il est admis en territoire gangrené

Qu’un humain n’en égale pas un autre

Que certains méritent attention

Tandis que d’autres seraient 

Quantités négligeables

Voire même regardés comme parias

Dont l’existence n’aurait aucune valeur

(Je n’invente rien ça a été dit et écrit)

Le mois des luttes commence sous l’influence de la nausée



Xavier Lainé

2 mai 2024


vendredi 24 mai 2024

Pas dire 1

 





C’est bien clair

Il ne se passe rien

Il vaut mieux ne causer

Que moustiques

Infimes détails sans intérêts

Plutôt que dire

La répression en marche


C’est bien clair

Ne pas dire

Obéir pour ne rien troubler

Des discours assénés

Comme ultimes vérités


Qu’on meure à Gaza n’a pas d’importance

Qu’ici le jeunesse s’embrase

Pour ne pas cautionner les génocides en cours

Vous n’en saurez rien


Ne rien dire

Faire silence 

Ne pas causer

C’est bien clair


La censure d’hier a pris nouveau visage

Sous le joug de la pensée unique

De la pensée inique

Qui proclame ce qu’il faut dire

Pour être existant en monde bien policé

En monde bien policier


*


Bien pluvieux

Bien plus vieux

Mais toujours là

Les anciens combattants

Les acharnés de la lutte

Mais bien plus vieux


Maigre foule 

Devant bourse du travail

Dont tant ignorent l’histoire

Ou ne font qu’égrener les noms

Des militants patients

Y défendant des droits

Toujours taillés en pièce


Demain les lieux seront vidés 

L’histoire sera bien vite oublié

De ce que certains nomment encore « place rouge »

En souvenir de temps où lutter

Pouvait encore changer quelque chose

Au quotidien bien ordinaire

Des ouvriers du fond des mines


Bien pluvieux

Bien plus vieux

On y vend du muguet

Oubliant l’églantine rouge

Brillant au panthéon

D’une histoire ouvrière tue


Nous vivons ce temps de confusion



Xavier Lainé

1er mai 2024