mardi 10 mars 2026

Grotesque hypocrisie 22

 


Le délire se poursuit. La violence menace. Le pouvoir usurpé par des infantiles devient la marmite où macèrent tous les ingrédients d’une rupture de notre humanité.


Rien n’est innocent. Tout était tellement prévisible, dès l’instant où nous avons accepté d’être dépendants, de déléguer nos affaires à ceux qui nous caressaient dans le sens du poil par seul appétit de pouvoir et de fortune.

Nous avons ainsi vu certains qui briguaient nos suffrages toujours se retourner pour mieux nous matraquer et attaquer nos vies à grands coups de renoncement.

Où le débat démocratique semblait une ouverture humaniste, peu à peu, ils ont fermé portes et fenêtres jusqu’à ce qu’étouffant, nos contemporains cherchent à s’en échapper par tous les moyens.

La violence est devenue coutumière : on ne débat plus, on s’insulte.

Les bénéficiaires de ce recul d’humanité s’en frottent les mains.


Même plus besoin d’un dictateur, il suffit de couper le robinet de la feinte opulence, de laisser entrevoir aux enfants que nous sommes devenus, le risque de perdre en pouvoir de consommation.

On se bat dans les rayons pour un poste de télévision soldé, on en vient aux mains aux rond-points pour une tôle effleurée, on se maudit et on s’insulte sur les trottoirs pour des histoires insignifiantes.

Dans ce tumulte orchestré, il ne reste guère de place pour faire entendre la voix poétique de l’humanité.


Nous voici devant la tourmente : un système très élaboré qui a besoin de l’ignorance pour satisfaire à ses appétits de puissance et de fortune.

Répandre parmi les peuples l’immaturité nécessaire pour être de bons consommateurs sans autre objectif de vie que de répondre aux injonctions publicitaires.

Fi donc de tout esprit critique, de toute velléité d’indépendance et de libre pensée, ce qui compte, c’est que vous alliez gentiment faire vos courses, rendre à vos maîtres l’argent maigrement gagné à leur service.



Xavier Lainé

21 janvier 2026


lundi 9 mars 2026

Grotesque hypocrisie 21

 



Il fallait que j’écrive sur la ville, mais ça ne venait pas, que faire de ces mots jetés sinon tenter de leur trouver nouvel usage ?


En fait je ne sais pas, je ne sais plus si j’ai envie d’écrire sur ma ville ou sur une autre : tout est tellement loin !

Je m’interroge, ne sais dans quelle ville j’habite. Je ne cesse de m’en sentir exclu, prisonnier dans un ostracisme étrange, phénomène de rejet qui me fait bleus à l’âme.

Mon avenue est implacable, pas une ombre où se réfugier par gros temps de canicule.

Ma ville est implacable, posée en son berceau de collines, les oliviers ne font pas d’ombrage.

Ma ville n’est pas ma ville. Je n’y suis pas né ; n’y ai jamais passé enfance ; n’y garde aucun souvenir tendre. J’y vis comme un étranger, entre quatre murs et sous un toit, refuge tardif à mes mots en errance.

J’y suis toujours hésitant à m’y croire installé, ne cesse de la reconstruire et de l’imaginer.

Je vis dans une ville avec le coeur dans une autre sans savoir laquelle.

Il lui manque toujours quelque chose, ce je ne sais quoi qui m’y ferait sentir chez moi.

Je ne peux que rêver d’une ville où errer coeur et esprit chagrins, pour y trouver havre de paix et d’amour.

J’en ai sans doute trop traversé, des villes, en m’y posant pour un temps défini, jamais définitif,  toujours de passage, une vie d’errance et son lot de souvenirs.

Je suis là mi-présent mi-absent, posé entre ce qui me vient du dehors, ce qui me pose en dedans toujours interloqué.

Me vient l’image de mes pieds d’enfant dans le sable d’un lieu désertique et puis celle d’un homme bleu, juché sur son dromadaire, surgissant de nulle part, disparaissant aussitôt.

Ma ville rêvée n’existe pas, celle où je vis ne me contente pas, alors je fais avec ou sans, selon les bons ou mauvais plaisirs de l’âme




Xavier Lainé

20 janvier 2026


dimanche 8 mars 2026

Grotesque hypocrisie 20

 


Parfois il faut entreprendre un recyclage des mots, pour ne pas qu’ils se perdent.


Alors, pour m’y retrouver, je vais de plan en plan, plan-plan, pour ne pas perdre le fil.

Je m’étonne de ce qui traverse le temps en couches archéologiques posées les unes sur les autres, découvertes par hasard

Des humains vivaient là. On creuse. On excave.

Ici ils avançaient dans des rues effacées ; ailleurs ils finissaient en reliques anonymes enterrées

Il suffit alors d’un détail pour deviner qui ils furent, quels conflits en effacèrent la trace


Je vais au gré d’un plan, mais le temps d’avancer, de choisir mon chemin, quelque chose a été aboli.


Mes yeux voient la ville d’avant, celle d’après le séisme, la guerre ou les travaux, modernisation ou conflit.


Que reste-t-il de nos vies, sinon des fondations oubliées ?


Je vais en des villes rêvées ; en d’autres traversées et arpentées. En chacune mon coeur bat. Elles sont un peu de qui je suis, vivant en ce temps-ci, en un lieu où je pose mes bagages, un relais entre hier et aujourd’hui, une auberge temporaire où les mots se déposent eux aussi, en strates successives.


C’est un long chemin pour trouver un port d’attache d’où partir et où revenir, d’où contempler ce qui demeure et ce qui change, puis rêver que ce lieu de pierres et de bois, établi en ce temps, devienne point de convergence de rêves et d’utopies où s’élaborent des mondes, des passages, des andrones discrets entre aujourd’hui et demain, dans des rires enfantins.



Xavier Lainé

19 janvier 2026


samedi 7 mars 2026

Grotesque hypocrisie 19

 


Je dépose donc ici les décombres de ce qui aurait pu être, pages d’écriture torturées jusqu’à ne plus avoir de sens apparent.


Rompre avec l’affolement et m’assoir sur un banc. Regarder le mouvement brownien de la foule.

Ne pas céder au vertige des précipitations.


« Comment allez-vous », disent-ils.

 Je vais comme je peux, comme je vais en ville-monde ; et ma ville-monde s’en va, décentrée, déconcentrée.

Certes elle a un centre, mais la vie est ailleurs, hors les murs anciens où l’on ne vient que samedi pour trois courses et mille papotages.


Pour quelle ville mon coeur bât ?

Ma ville en a-t-elle un ?


Il me plaît de regarder ma ville respirer à pleins poumons.

Je l’imagine marcher au rythme de mes pas, me laissant libre de me perdre au long de ses artères.

Je m’y dépose, rarement m’y repose.

Elle se méfie de tout ce qui transite, de  tous ceux qui migrent d’ici à là, sans trop savoir où ils vont.


Sa bibliothèque ne rameute pas les foules.

En ses lieux de culture se retrouvent les mêmes, ceux qui ont codes d’accès, ou qui, un moment, se sont laissés happer par une culture qui n’est pas la leur.

Qui y dit culture ne parle que d’un type particulier dont les arcanes sont inaccessibles à quiconque ne parle ou pense en cette langue appauvrie dans le repli sur soi.


Le coeur de ma ville, s’il existe fond ici, s’émeut ailleurs, loin de mes rêves.



Xavier Lainé

18 janvier 2026


vendredi 6 mars 2026

Grotesque hypocrisie 18

 


La page du jour achevée, le bruit des mots se poursuit.

Un blanc, un mot, un blanc, un mot et la ligne qui se grise, la page qui se saoule, insatiable.

Pluie battante sur les rêves et les insomnies.

La bataille des chiffres nécessaires à la survie qui se bousculent comme foule à l’heure de pointe.

Le sommeil qui reprend entre deux pages, mais toujours avec en toile de fond bruits de bottes et de conflits, cris d’enfants sous les décombres, pleurs de femme violentées.

Pluie battante sur notre humanité meurtrie.


Pleurs battants devant l’indifférence ignoble de celles et ceux qui prétendent me représenter.

Je l’écris : ils ne sont pas mes délégués, je leur dénie de parler en mon nom.

Absurdes ivres de pouvoir et d’argent, votre parole n’est que souillure pour l’idée que je me fais de notre espoir d’humanité.

Vous qui jetez à la rue, en long cortège de misère, une foule hagarde qui ne pensait pas qu’une telle déchéance serait possible au pays des lumières et des droits de l’homme, votre bouche n’est qu’injure à l’histoire, vos lèvres ne prononcent que mensonges.

Pleurs battants, un peuple se lève, ses mollahs tirent dans la foule, alignant milliers de cadavres au nom de leur religion.

Pleurs battants, un faux cessez-le-feu aligne cadavres d’enfants et de prisonniers mutilés au nom d’une autre religion célébrant le même Dieu.

Honte, honte absolue d’être de ce monde là, de cette foule du samedi qui ira faire ses courses, courbée sur les caddies, aux temples du commerce.

Honte devant les regards désapprobateur, lorsque, keffieh autour du cou, j’arpente les rues de ma ville si propre et si belle qu’elle en a perdu son âme.

Les pitres se battent pour être au pouvoir, se vantent de leur action solitaire mais si peu solidaire.

Les suffisants se présentent à leur propre succession, sous les pleurs battants.



Xavier Lainé

17 janvier 2026


jeudi 5 mars 2026

Grotesque hypocrisie 17

 



Il n’est déjà plus temps d’écrire.

La page ne demeurera pas blanche mais…

J’irai par d’obscurs chemins m’occuper de tes souffrances dont tu fais porter responsabilité à d’autres.

Avec raison.

Nous vivons en ce système, c’est dans son essence que de faire souffrir puis de rejeter la faute sur d’autres que soi, sur d’autres que tortionnaires.

Le mot est fort, peut-être trop.

Mais en pays qui aurait les moyens de permettre à tous l’accès à la dignité de vivre, quel mot trouver pour nommer ceux qui poursuivent dans la voie ancestrale : une poignée qui s’enrichit, des millions qui mordent la poussière.

Je m’entends dire parfois que la vie ne fait pas de cadeaux.

C’est une erreur grossière : la vie nous fait le cadeau d’être vivants, d’être humains, donc de penser librement, d’écrire tout aussi librement, donc de contester ce qui est contestable.

Quel obligation avons-nous à supporter l’insupportable ?


Il n’est déjà plus temps d’écrire.

Je vole des minutes à la souffrance.

Hier vous pleuriez, madame, vous me disiez vouloir mourir.

Moi, je n’avais que mes deux mains et ma compassion, et puis mes mots, toujours maladroits.

Je vous ai vue lentement glisser dans cet enfer que mes congénères font vivre à leurs femmes, amies, épouses.

Je vous ai vu prises dans cette toile gluante de la soumission, de l’addiction.

Je vous ai vu ne plus savoir comment vous désengager de ce pétrin masculin.

Je n’avais que mes mains et ma compassion et puis mes mots, toujours plus maladroits.


Il n’est plus temps d’écrire.

Je vole quelques minutes pour achever la page du jour.



Xavier Lainé

16 janvier 2026


mercredi 4 mars 2026

Grotesque hypocrisie 16

 



Il faudrait pouvoir faire sécession, quitter le grotesque de ce monde pour bâtir d’autres utopies, loin de ces pitoyables rodomontades.

On le voit bien : un monde livré aux appétits du profit est une catastrophe pour l’humanité.

Il faudrait donc apprendre à en sortir.

Il faudrait inventer le droit qui saurait condamner le profit comme un crime contre l’humanité. Il faudrait.


On me dit à l’oreille qu’il ne faut pas dire ça, et encore moins l’écrire.

Que ce n’est pas comme ça qu’on se fait célèbre en monde délétère.

Qu’il vaut mieux passer la brosse à reluire dans le dos des puissants plutôt que donner coups de pieds rageurs dans la fourmilière médiatique.

Qu’il faut s’attribuer la gloire même si elle n’est pas justifiée.

C’est de gloire que se goinfrent les amnésiques et les couards.

Ils agitent leurs médailles trop rarement méritées, ils jouent des coudes pour apparaître au premier rang des photographies de groupe.

Ils aiment qu’on parlent d’eux et se considèrent les mieux placés pour le faire.


En ce monde de déchéance humaine, il faut se mettre sous les projecteurs et aligner monnaie pour s’acheter une place.

Il faut apparaître en tête de gondole des librairies, briguer les prix octroyés par les marchands d’esclave d’hier.

Ceux-là achètent tout, pour mieux en dévoyer le sens.

Ils arrivent même à se faire approuver par un inconscient collectif qui adopte ses standards, se met à faire pitreries de tout art.

On peut même en ces territoires de perdition, se dire contestataire mais en se vêtant des atours de bons bourgeois ventripotents.

On fait son petit tour de manif puis on rentre à la maison manger des hamburgers en regardant BFMTV ou CNews. On est content d’avoir été nombreux.

Ça n’a rien changé au schmilblick, mais on est heureux d’avoir assisté à la grand-messe.



Xavier Lainé

15 janvier 2026