mercredi 21 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 5

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




C’est patient travail de fourmi que rester à distance du bruit et de la fureur du monde⁠1

C’est patient travail que de rester dans l’ombre, de fuir les projecteurs des prétendus « réseaux sociaux », la lumière de ces indigents qui prétendent tout savoir sur tout au nom d’une expertise qu’ils n’ont pas.

Mais c’est là que nous pouvons, dans cette ombre où nous sommes bien plus nombreux qu’il n’y paraît, reconstruire ce qui a été laborieusement et systématiquement démoli.

Notre humanité passe par ces moments où le tricot s’érige en geste politique dans un rire goguenard.

C’est là, dans ces parenthèses imposées à l’attirance des écrans, au flot roulant d’informations qui n’ont pour toute existence que la distraction des choses essentielles que sont nos vies communes.

Tellement communes qu’elles pourraient passer aux yeux des «  bien-en-cour » pour bien peu sérieuses.

D’ailleurs, contrairement à toutes les autres manifestations, voici qu’autour des tricoteuses, aucune force de police ne se précipite et qu’il n’est nul besoin de décaration en préfecture pour occuper amicalement terrasses et arrières salles de cafés.

La contestation vraie ne paie pas de mine, mais elle répand son message dans les profondeurs.

Ce pourrait être la force tectonique dont nous pourrions avoir besoin pour avancer, construire le monde à taille humaine auquel nous ne cessons d’aspirer.


(4 décembre 2022 - 1 - 9h32)


*


Sous pluie battante, découvre avec effarement qu’Amazone le prédateur était présent au salon des maires et des collectivités locales pour y défendre ses solutions et services !

Bé voilà : on détruit tous les services publics et qui ramène sa fraise ?


Les élus présents auraient-ils émis la moindre protestation ?

L’histoire ne le dit pas.

L’histoire n’a rien à dire là : la liquidation de l’humain dans leur monde poursuit ses basses oeuvres en toute impunité.


Vive le tricot et nos communes libres à créer partout pour nous libérer de leur univers putride !


(4 décembre 2022 — 2 — 18h10)


Xavier Lainé



1 « Le sombre travail qui consiste à déterrer les faits, à les documenter, à les contextualiser, produit-il du contenu suffisamment captivant pour avoir une

quelconque influence sur le cours des choses et notre vie publique ? Oui, et cela même si leurs auteurs ne sont pas invités chez Cyril Hanouna.


Vous ne les verrez pas souvent sur les plateaux de télé «bollorisés», ni même, sans doute, sur les autres chaînes d’info, s’écharper et décrire un monde politique de «tous pourris» à coups d’anathèmes. Ils

n’ont pas le temps. Quand sonne l’Heure des pros, eux sont sur le terrain pour déterminer ce qui est pourri, comment, pourquoi et qui ne l’est pas. Ils travaillent pour la nuance et le discernement, c’est-à-dire pour la vérité. Un ou deux d’entre eux auront peut-être de beaux succès de librairie, mais leur compte Twitter est bien moins pourvu de followers

que les polémistes qui animent les controverses cathodiques et numériques. Leurs salaires, leurs droits d’auteur et leurs piges n’arrivent pas à la cheville des cachets de ceux qui ont pour métier de faire l’opinion chez Hanouna. »


Thomas Legrand, Libération du 3 décembre 2022

mardi 20 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 4

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Une pluie froide engourdit les prémisses de l’aube.

Mes yeux se posent, encore chargés de sommeil, sur l’écran.

Errements et bêtise au programme de l’aurore.

Quels mots dire qui n’ajoute rien à cette immense confusion des esprits ?


(3 décembre 2022 - 1 - 5h44)


*


Je ne brille pas sous la pluie.

Je ne brille pas comme une étoile.

Je n’en revendique pas même la petite lumière scintillante, dans le noir d’un matin sans gloire.

Je ne brille pas.

Je ne veux briller ni dans mon ciel, ni dans le vôtre.

Je suis cette pluie froide sur l’échine d’un matin doux.

Je suis la caresse du vent sur les ultimes feuilles de l’automne.

Je dépose, à la sortie de mes rêves, d’une main hésitante, les maigres mots qui me traversent.

Sans prétention, non, sans prétention.

Ne me demandez pas d’aller devant, avec la certitude d’une raison que je ne possède pas.

Je ne possède rien en ce monde.

Tout ne m’est que prêté, à titre provisoire.

Je ne brille pas.

Mon esprit s’affole lorsque je vous regarde avancer dans les pleins feux d’une célébrité revendiquée.

Votre MOI est si bien affirmé que le mien s’enfouit six pieds sous terre dans l’espoir d’un printemps tendre où il pourrait émerger sans honte.


Je ne brille pas : je tente de survivre dans un monde qui ne brille pas plus que moi, d’un monde que j’aurais voulu tellement différent, d’un monde qui me place devant ma toute impuissance à le bâtir plus humain qu’il n’est.

Je ne brille pas.

Je ne veux pas briller.

Mes mots se font larmes de pluie sur un petit jour qui tarde à s’éveiller.

Je tente juste de survivre à mes propres erreurs d’appréciation, à mes échecs dont vous semblez avec chance être épargnés.

Je ne brille pas.

Si un seul jour je vous ai donné la triste impression de vouloir vous dominer par mon savoir si maigre et mon ego rafistolé, je vous remercie de bien vouloir me pardonner.


(3 décembre 2022 - 2 - 7h24⁠1


*


Ici on me dit : « Autrefois venait la guerre, puis les privations liées à celle-ci. » Certes.

À bien y regarder, ce que guerre cachait et cache toujours c’est celle-là, que les plus riches et les dominants mènent depuis toujours contre les plus pauvres et les dominés (ceux qui ne savent pas y faire).

De tous temps, ceux-là n’ont jamais cessé de se serrer la ceinture, travaillant pour les premiers en percevant aumône, le salariat n’étant qu’une des variantes de l’esclavage avec l’avantage de faire semblant d’être autre chose.

Ouvrir les yeux, parfois ça peut avoir du bon, non ?


(3 décembre 2022 - 3 - 12h26)


Xavier Lainé



1 (J’écrivais ceci après une brève incursion en l’espace des « réseaux sociaux » qui ne sont qu’une mosaïque d’individualité toutes plus certaines d’avoir un « message » à délivrer.

Je retourne en mon terrier d’ignorances multipliées.)

lundi 19 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 3

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Les sirènes marocaines ont envahi les rues.

Jeunes et moins jeunes brandissant leur drapeau national, déambulaient tous klaxons hurlants.

Un vent de folie tandis que je m’en allais quérir quelques fleurs.

Le vendeur s’approche, nos yeux se croisent : « Ne dites  rien, nous pensons la même chose ! »


Fonction d’oubli ou d’inconscience ?

Combien de morts sous les pelouses avant que la joie d’une victoire illusoire s’empare des foules ?

Combien de morts par instabilité climatique avant de comprendre la pure folie d’un stade climatisé au beau milieu d’un désert ?


(2 décembre 2022 — 1 — 8h49)


*


Les you-you n’effaceront pas le sang versé sur le sable du désert.


Je répète : —LES YOUYOUS N’EFFACERONT PAS LE SANG VERSE SUR LE SABLE DU DESERT—


(2 décembre 2022 — 2 — 15h45)


*


Quand le temps semble offrir un peu de répit, ce n’est qu’illusion.

Derrière sa latence, il y a toujours foule à qui répondre, prodiguer conseils, faire patienter…

Le temps est un traître qui ne lâche jamais sa proie !


(2 décembre 2022 — 3 — 16h01)


*


Une pause n’en est pas une.

Juste un soupir posé sur la partition d’une longue journée.

La poésie s’en échappe comme volutes de brumes de l’herbe gelée.


Ici on inaugure en bouquet d’artifice les « illuminations ».

On perd le symbole des choses dans une débauche de consommation.

On est sommé de consommer, d’ajouter une planète de plus à notre dépassement.


Je reviens entre deux à Edgar Morin.

Je n’ai pas d’explication à donner mais je puise en sa méthode de quoi réfléchir, quitte à me perdre dans les méandres informationnels du vivant.


Mes mains qui se posent au fil des jours sur tant de vies en souffrance, puisent au creuset du mystère un flot d’interrogations.

Je demeure chaque jour dans cette marée qui monte, puis me laisse sur le sable du crépuscule, épuisé mais si intrigué de ce que j’ai senti que le sommeil d’après en reste électrisé.


C’est peut-être cette mise en abîme devant l’insondable de la vie qui m’empêche de m’écrouler sous le poids des années accumulées.


(2 décembre 2022 - 4 - 19h06)


Xavier Lainé


dimanche 18 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 2

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Dans le vif du sujet


Au début était la seconde qui elle-même pouvait encore être divisée.

Puis vinrent les minutes qui signifièrent le commencement des notes prises et couchées sur le papier du temps.

L’heure s’en vint qui s’égrenèrent en semaines plus ou moins maussades.

Le mois s’imposa avec arrogance.

Les mots jonglaient avec la nuit.

La nuit étendait son domaine sur les esprits égarés.

Je demeurait silencieux en mon antre.

Les pages lues suivaient leur chemin au coeur de mes pensées.

Je ne savais vers où diriger mes doigts sur le clavier de mes émotions souveraines.


Ce que je sais c’est que vous étiez là, attentifs à ce que mes lèvres allaient dire, aux mouvements qu’elles allaient vous inspirer, aux historiettes qu’elles allaient inventer pour vous épauler dans votre concentration.

C’est étrange d’avoir des lèvres qui disent et de ne pas supporter de s’entendre parler.

Toujours je descend cette pente : je n’ai rien à vous apprendre que vous ne sachiez déjà et ne détiens au fond de mon esprit aucune vérité établie.

Je ne suis que caisse de résonance d’un savoir qui circule.

Chacun avec sa vie en dépose un fragment qui ne fait pas toujours sens immédiat.


Je vais à l’envers du temps, étonné de la confiance que vous me faites.

Je m’avance vers un crépuscule.

Mes doigts écrivent encore des pages sans prétention.

Je me pose au revers d’un monde que j’exècre.

Je n’ai rien à voir ni à faire parmi les prétentieux qui se filment et profèrent leurs vérités trop souvent infondées.

Au terme de soixante années de vains combats, je ne peux que constater que l’héritage laissé à mes enfants n’a rien de glorieux.

Ce monde ne me ressemble pas.


Alors je me penche sur la terre.

Les herbes sont blanches de givre.

Un rayon de soleil les effleure.

Il en jaillit aussitôt des fumerolles de brume qui se diluent sous mes yeux dans les fragiles teintes de fin d’automne.


Qu’avons-nous fait de nos prétendues intelligences pour accepter la fin de ces magies vitales, en laisser, par quelque immondes désormais inhumains, programmer le grand désordre ?


(1er décembre 2022 — 1 — 6h30)


*


Les pins et le cèdre dans le parc voisin, jouent aux ombres chinoises dans le ciel nuageux.

Mon âme vogue en égale tristesse.

Que devient l’amour dans l’usure du temps ?

Blotti derrière mes mots, je guette, surpris, les bruits étouffés de la vie quotidienne qui reprend en cohortes de bouchons.

Il me faut lever le nez de la page avec regrets, engager la course contre la montre qui fait que vingt quatre heures ne sont jamais suffisantes à éponger ma soif.


(1er décembre 2022 — 2 — 7h40)


*


« P… M’offre deux gâteaux à prendre dans les douze jours, pour mon anniversaire », dit-elle l’oeil rivé de gourmandise sur l’écran de son téléphone.

«  Ha ! Et A… m’offre une tarte à aller chercher aujourd’hui… J’irai dans la matinée ! »

Lui : « Feraient mieux de tout faire payer moins cher tout le temps ! » (Mais sa voix intérieure dit autre chose : « Donc tu vas prendre la voiture, dépenser de l’essence pour aller chercher la tarte gratuite offerte par A… !)


Consumérisme inconscient quand tu nous tient !


(1er décembre 2022 — 3 — 8h39)


*


À pied d’oeuvre.

Attendre que dans un grincement la porte s’ouvre, sur le défilé des douleurs.

Le feu dans l’âtre pour donner un parfum d’humanité à la souffrance des vivants.

Le journée ne fait pas que commencer : elle poursuit sa route.


(1er décembre 2022 — 4 — 9h01)


*


Je lisais dans tes yeux clair toute la profondeur de la douceur féminine.

Ton corps disait autre chose, une autre histoire, toute tissée de douleurs.

Mes mains tentaient de t’offrir un impensable accord.

Je m’étonnais de ne pas voir passer le temps.

Il ne m’est resté que ton regard.

J’aurais voulu ouvrir mes bras où tu aurais pu te déposer, pour un fugitif instant suspendu entre nos deux êtres.


La suite est sans suite.

Étrange jeu de la mémoire qui me joue des tours.

D’un côté la tendre profondeur de tes yeux de cristal.

Puis après, le vide, ou la somptueuse indifférence.


Ainsi va notre humanité qu’il faille se satisfaire d’éphémères instants de grâce pour ne pas chanceler au-dessus du vide.


(1er décembre 2022 — 5 — 14h43)



Xavier Lainé


samedi 17 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 1

 


Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Préambules du mois d’avant


Comment vas-tu ?

Je vais.

Je ne sais pas trop où, mais je vais.

Je m’émerveille chaque matin de me réveiller vivant.

Je m’étonne chaque soir d’avoir traversé le jour sans m’écrouler.

Je vis.

Voyez-vous ?

Je vis.


(30 novembre 2022 — 1)


*


Comment vivez-vous ?

Mes yeux vous regardent.

Parfois je vous écris.

Je vous dis que j’aime ce que vous faites, ce que vous êtes.

Je le dis sans rien attendre en retour.

Puis retourne au silence que je n’aurais jamais du quitter.

Je retourne à mes pages qui n’attendent rien.

Qui se contentent d’être là, avec ces mots qui me traversent.

Ces mots que je ne peux étouffer sans m’étouffer moi-même.

Ces mots qui ne font pas littérature.

Ces mots dont je ne suis souvent même pas certain d’être l’auteur.


Je retourne à mon silence qui a appris à ne rien attendre.

Je n’ai pas l’ego qui convient.

Je ne sais rien vendre.

Je n’ai rien à vendre.

Juste tenter d’exister, sans rien attendre en retour.


(30 novembre 2022 — 2)

*


Boulangerie, pâtisserie et autres friandises.


Il fait froid dehors et si chaud dedans.

Puis le visage s’éclaire comme un signe de reconnaissance.

Je commande un gâteau pour demain.

Elle énumère toutes les variétés possibles .

Framboise citron, ce sera parfait.

Faut-il y ajouter un signe ?

« Bon anniversaire, oui ! »

Le visage se fait souriant : « Le vôtre ? »

« Bé non, pas le mien », raté.


Comme j’aime ce petit accent venu de l’Est, c’est comme une friandise posée sur le regard du matin.


(30 novembre 2022 — 3)



Xavier Lainé


vendredi 16 décembre 2022

Une infinie nostalgie 30

 




Parfois

La plume trempée

Dans l’encrier des nostalgies

Se produit comme un éblouissement

Alors je cligne un peu des yeux

Je fronce les sourcils

J’abandonne les doigts sur le clavier

Je laisse surgir ce qui veut

Livre ensuite cette avalanche 

À qui veut bien s’en emparer


On me dit ici ou là

Les mots de Kafka


« Ne dites pas que deux heures de vie valent vraiment plus que deux pages d’écriture »


Ça tombe comme ça tombe

Je n’écris pas

Je vogue à la surface d’un océan

Qui puise la force de ses vagues

Dans l’écriture des autres

Dans ce volcan de pensées

Déjà semé par d’autres coeurs

D’autres esprits

Bien plus fertiles que le mien


Je vis

Voyez-vous

Je vis (points de suspension)


Xavier Lainé


30 novembre 2022


jeudi 15 décembre 2022

Une infinie nostalgie 29

 




Ce furent d’abord les fous espoirs

Portés par un temps où tout semblait possible

Fougue de la jeunesse

Naïveté des engagements


On ne voit pas grand chose quand on a vingt ans

On imagine le monde

Et celui-ci devait aller à notre pas


On ne voit pas grand chose

On avance vers l’horizon

Sans savoir que c’est une ligne fictive

On ne voit rien des gouffres amers

Ouverts sous nos pas décidés


Puis le temps change

Les nuées s’accumulent

Où on avançait vers la liberté

Poussant toutes les portes

Détruisant tous les murs

On ne voit rien des issues qui se referment

Par derrière

Car leur monde fonctionne ainsi

Par derrière


Ces leurs qui brandissent des leurres

Histoire de nous faire trébucher

Sur les rochers et les racines

De nos naïves rêveries

Nous retournant ne reste que nostalgie


Xavier Lainé


29 novembre 2022