Il n’est déjà plus temps d’écrire.
La page ne demeurera pas blanche mais…
J’irai par d’obscurs chemins m’occuper de tes souffrances dont tu fais porter responsabilité à d’autres.
Avec raison.
Nous vivons en ce système, c’est dans son essence que de faire souffrir puis de rejeter la faute sur d’autres que soi, sur d’autres que tortionnaires.
Le mot est fort, peut-être trop.
Mais en pays qui aurait les moyens de permettre à tous l’accès à la dignité de vivre, quel mot trouver pour nommer ceux qui poursuivent dans la voie ancestrale : une poignée qui s’enrichit, des millions qui mordent la poussière.
Je m’entends dire parfois que la vie ne fait pas de cadeaux.
C’est une erreur grossière : la vie nous fait le cadeau d’être vivants, d’être humains, donc de penser librement, d’écrire tout aussi librement, donc de contester ce qui est contestable.
Quel obligation avons-nous à supporter l’insupportable ?
Il n’est déjà plus temps d’écrire.
Je vole des minutes à la souffrance.
Hier vous pleuriez, madame, vous me disiez vouloir mourir.
Moi, je n’avais que mes deux mains et ma compassion, et puis mes mots, toujours maladroits.
Je vous ai vue lentement glisser dans cet enfer que mes congénères font vivre à leurs femmes, amies, épouses.
Je vous ai vu prises dans cette toile gluante de la soumission, de l’addiction.
Je vous ai vu ne plus savoir comment vous désengager de ce pétrin masculin.
Je n’avais que mes mains et ma compassion et puis mes mots, toujours plus maladroits.
Il n’est plus temps d’écrire.
Je vole quelques minutes pour achever la page du jour.
Xavier Lainé
16 janvier 2026
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