mardi 11 octobre 2022

Je vous écris de très loin 25

 




« Il est trop tard, Madame Cafard »

Il est trop tard.

Le réveil fait mal aux oreilles assourdies.


Un bruit permanent brouille les ondes.

Il pleut des informations comme jamais.

Nul ne sait plus démêler le vrai du faux.

On hurle au complot :

Il ne s’agit pour ceux qui en sont suspecté, 

Que d’accroître à l’infini leur bonne fortune.


« Nous jouissons d’une totale liberté parce que nous sommes des êtres doués d’un esprit. Ce qui ne signifie pas que nous n’appartenons pas, en quelque manière, au règne animal. Nous ne sommes ni de pures machines à copier des gènes, dans lesquelles on aurait implanté un cerveau, ni des anges fourvoyés dans un corps. Nous sommes vraiment ces êtres libres doués d’un esprit que nous pensons être depuis des siècles — et qui s’engagent aussi politiquement pour leurs libertés. » Markus Gabriel, Pourquoi je ne suis pas mon cerveau, éditions JC Lattès, 2017


Jouissons-nous de notre liberté totale ?

Sommes-nous si doués d’esprit qu’à tout prendre nous prenons son avatar pour vrai portrait ?

Ou sommes-nous réduits, à grands coups d’anxiolytique, de neuroleptiques et de CBD, à aller au jour le jour, comme des animaux sans lendemain ?

Réveillons-nous donc.

Notre vie n’est pas ce fac-similé, cet ersatz, cette pâle copie mal faite.

Notre vie n’est pas à laisser entre si mauvaises mains.

« Notre vie vaut bien mieux que leurs profits », osons-nous encore écrire sur les murs.

« Fin du moi, début du nous » proclament d’autres.

Vrai ?

On se prend au mot, ou les pieds dans le tapis de l’indigence et de la bêtise ?


Xavier Lainé


25 septembre 2022 (2)


lundi 10 octobre 2022

Je vous écris de très loin 24

 




Las du temps qui passe et laisse feuilles blanches tomber.

J’aurais dansé sous la pluie enfin venue.

J’aurais chanté aussi pour lui souhaiter bienvenue.

Bienvenue à saison qui se présente sous les feuillages d’or.


Plus loin vont femmes et hommes de courage

Protester ensemble contre l’ignoble dictature.

Ils ne rencontrent que violence, pluie de coups

Permanence des tortures pour leur soif de liberté.


Ici bonne bourgeoisie attend bien sagement

La docte parole d’écrivains

Venus vanter leurs oeuvres.


Ici, peuple ne sort plus

Peuple ne parle plus

Ne crie plus sa colère


Les forces de l’ordre ne sont pas où l’on croit.

Elles sont dans une manière de concevoir l’avenir

Dicté par politiciens dûment patentés.


Ici on fait la révolution dans de beaux programmes.

On attend toujours la parole divine

De l’intellectuel en vogue

De l’écrivain en vadrouille

De l’élu qui sait mieux que quiconque

Ce qu’il convient de penser.

Ici on se vautre.

On se vautre devant les « buzz » médiatiques.

On n’attend rien, on navigue au jugé.

On s’étonne des récifs.

On pleure dans le naufrage.


Xavier Lainé


25 septembre 2022 (1)


dimanche 9 octobre 2022

Je vous écris de très loin 23

 




Je déambulais dans une ville fêtant le livre et les « correspondances ».

J’avais le souvenir d’une époque où, dès le premier jour, la foule envahissait les rues.

C’était juste un souvenir.

Sur la première place, un public maigre attendait l’arrivée du dieu-auteur ; sur une autre, un public clairsemé écoutait religieusement une lecture émise d’une voix triste.

Tout ceci sans enthousiasme.

Mais peut-on encore, en un temps dominé par des édiles incultes, demander de l’enthousiasme pour ce qui relève de la curiosité pour la connaissance ?


*


Dites-moi.

Dites-moi que ce n’est qu’un mauvais cauchemar, de vivre dans ce monde perverti où seuls ont voix au chapitre les puissants et les corrompus.

Ce monde perverti qui monte les hommes contre les femmes, les femmes contre les hommes.

Qui fait de nous des jouets sur l’échiquier des plus riches.


Dites-moi que je vais m’en sortir, de ce mauvais cauchemar.

Que tout ça, toute cette indifférence, cette feinte nonchalance, cette manière de jouer les insouciants n’était qu’une triste farce.

Que mes rêves de beauté, de douceur, de tendresse et d’amour, n’étaient pas que vains rêves.

Vains rêves brisés dans le broyeur de ce cauchemar qu’est devenu ce monde sous la menace.


Dites-moi que ce n’est pas vrai.

Que nous n’avons pas confié le sort de notre humanité à ces vaniteux guerriers qui ne savent que la menace en guise de « bonne gouvernance ».

Dites-moi qu’on va s’en sortir de ce cauchemar de violence perpétuelle.


Xavier Lainé


23 septembre 2022


samedi 8 octobre 2022

Je vous écris de très loin 22

 




Le 22 septembre, aujourd’hui, j’aimerais pouvoir m’en foutre.

Puis rejoindre l’ami Georges dans son monde éternel.

Juste pour me reposer, pour retrouver une légèreté de vivre perdue depuis fort longtemps.

Car si notre pantin national parle de la fin de l’abondance et de l’insouciance, il serait temps qu’il atterrisse : c’est fait depuis longtemps.


Il y a vingt cinq ans, je pouvais encore faire travailler quelqu’un pour m’aider à entretenir ma maison.

Il y a vingt deux ans, je ne faisais plus travailler personne mais pouvais encore me permettre de partir en formation à mes frais et prendre des vacances (à la montagne de préférence même en hiver).

Il y a vingt ans, j’abandonnais l’idée de vacances en hiver à la montagne et réduisait mon budget formation à l’achat de livres.

Il y a quinze ans, je commençais à réduire le temps des vacances pour satisfaire aux exigences de consommation de ma famille.

Il y a dix ans je ne prenais plus que quelques semaines de vacances en profitant des ponts et jours fériés pour que ça tienne sans remarque désobligeante de ma banque.

Il y a cinq ans, je me mettais à regarder chaque matin la ligne rouge de mes comptes qui ne décollaient plus.

Et cette année ?

Cette année se passera sans vacances et sans sorties pour juste pouvoir encore satisfaire ma monstrueuse passion de la lecture.

Voilà.


Faut que je fasse un dessin ?

Faut que je fasse un joli petit poème qui parle de la pluie et du beau temps ?

Faut que j’aille écouter des « écrivains » parler de leur nombril d’écrivain sur des scènes dressées avec mes impôts qui ne cessent d’augmenter tandis que mon revenu baisse ?

Faut peut-être que j’envoie tout par dessus bord et que je m’en aille…


Xavier Lainé


22 septembre 2022


vendredi 7 octobre 2022

Je vous écris de très loin 21

 




Les riens ne sont rien.

Ils peuvent mourir sous les coups de police, en Iran et ailleurs. Ils ne sont rien.

Ils sont l’ombre d’un monde qui brille dans les ors fabriqués pour rien par les riens.

Mais radios, télévisions, médias internet et interlopes sont au chevet de la vieille décatie qui a cassé sa pipe.

Qu’importe la violence du monde, un vingt et un septembre ?

Que saurez-vous de cette journée déclarée journée mondiale de paix ?

Vous n’en saurez rien.

Tous les micros, toutes les caméras seront braqués sur les vrais responsables de toute violence : ceux qui s’enrichissent de la sueur et des larmes des dépossédés de tout.


De quelle paix parlons-nous ?

De la paix entre hommes et femmes dans un monde qui ne fait qu’exacerber les animosités de genre ?

Dans un monde qui ne cesse de dresser les uns contre les autres, jusqu’à l’excès ?

À quoi mène l’excès sinon à la faillite de tout dialogue, de toute compréhension, de toute forme de paix.


Je voudrais pouvoir en parler, mais ne le peux.

Dans un monde qui ne connaît que la violence de tous contre tous, de chacun contre tous, dans la concurrence effrénée et la compétition haineuse, il ne peut y avoir de paix.

Sinon celle des armes et du sang, car c’est ainsi que se constituent les fastes dans le monde des hommes avec leur tout petit « h ».

On stigmatise la dérive de l’un pour mieux se taire sur la dérive de tous.

L’important est d’installer la discorde, d’encourager ce qui divise.

Pour que les fastes d’une monarchie honteuse puissent s’exprimer et qu’on puisse mourir au Kurdistan comme ailleurs dans l’indifférence des peuples asservis.


Xavier Lainé


21 septembre 2022 (2)


jeudi 6 octobre 2022

Je vous écris de très loin 20

 




Pour rien au monde je n’aurais laissé de côté la célébration.

Tant de fastes, n’est-ce pas ?

Entendez-vous ?

Non, vous n’entendez pas le long cri.

Ce long cri qui montait en menace de grève générale.

Celui des « dépossédés » au profit des fastes.

Que voulez-vous que me fasse la mort d’une vieille reine

D’une vieille reine parvenue assez loin pour ne pouvoir faire autre chose que mourir.

Mais les fastes, ha ! Les fastes.

La démonstration de richesse tandis qu’on crève dans les bas-fond de Londres et d’ailleurs.

Pour rien au monde je n’aurais manqué ça !

D’ailleurs, m’en aurait-on laissé le choix ?

Pas un écran, pas un journal, pas une page, pas un moment sans les fastes.

Qu’importe qu’on meure en Iran à vingt ans.

Qu’importe qu’on crève en Méditerranée, par faim et soif, ou noyade.

Qu’importe qu’on meure sous les coups de la soldatesque russe.

Ha ! Les fastes et la pompe !

Que m’importe la mort d’une vieille reine décatie et sa succession incapable de déplacer un encrier par elle-même !

Que m’importe !

Car on meurt devant ma porte tous les jours.

Tous les jours on subit la violence des riches qui se rendent en grande pompe à l’enterrement d’une vieille reine qui ne pouvait que mourir.

Au moins là, devant cette porte mystérieuse, nous sommes égaux.

Mais pas tout à fait.

Il y a mort et Mort en ce monde, comme il y a poète et Poète.

Il y a ceux qui s’habituent à la pompe et aux fastes.

Ceux qui savent les cirer, les pompes des puissants, en amusant la galerie des dépossédés.

Et puis ceux qui ne sont « rien », on vous l’a dit et répété.

On vous le fait bien sentir : les riens ne sont rien.


Xavier Lainé


21 septembre 2022 (1)

mercredi 5 octobre 2022

Je vous écris de très loin 19

 




J’errais dans les travées du musée.

Si belles oeuvres exposées qui disent Rome et sa splendeur passée !

Mais toujours que des hommes derrière le pinceau.

Toujours que des hommes, des hommes avec leurs petits « h » prétentieux.


J’errais dans les travées du musée.

J’errais avec la contrariété d’avoir dû reporter à plus tard mon travail pour répondre aux caprices amoureux de l’instant.

Qu’est l’amour qui ne tient pas compte de ce que l’autre ressent ?

Qui fait comme si la contrariété de se savoir pris au piège d’un travail sans cesse remis à plus tard n’existait pas ?


On fait comme si.

On fait comme ça.

On ne fait pas d’histoire.

Bien assez de violence comme ça pour ne pas en rajouter.

On ronge son frein.

On se laisse bercer par les oeuvres magnifiques des hommes avec leur petit « h ».

On admire quand même l’art de rendre la lumière, les couleurs, l’ambiance des ruines d’un monde disparu.

On ne cesse d’ignorer ce qui se passe devant la porte.

On cherche dans le passé la beauté qu’on ne sait plus offrir.

Mais quel est le prix de la beauté ?

Est-ce le même prix que pour la liberté ?

Puisque tout s’achète et tout se vend.

Il suffirait de payer pour se refaire une virginité.

Il suffirait de payer pour vivre blanchi de tout soupçon.


Nous vivons l’ère du soupçon.

Vivre simplement n’est plus possible sous l’oeil de Big Brother.

Le moindre faux-pas est décrypté par les algorithmes et vendu au plus offrant.


Xavier Lainé


20 septembre 2022 (2)