lundi 23 mars 2026

Âmes meurtries 3

 


Nous savons toujours reconstruire

Certains nomment ça la résilience

Pour qu’elle opère

Encore faut-il que rencontres aient lieues

Que mains se tendent même discrètement

Pour aider celui qui tombe


Et ils sont nombreux 

Ceux qui tombent

Que pouvoir et gloire terrassent

Qu’on accuse de ne pas savoir s’y prendre

Dans un monde qui ne soigne 

Que ses élites auto-proclamées


Alors je fais un choix

Celui de penser dans les sous-sol

De fuir la lumière

Où les ego boursouflés

Paradent avec tambours et trompettes

Ceux qui se voient en sauveurs suprêmes

Pauvres adultes mal dégrossis

Qui ne soignent qu’eux-mêmes

En prétendant sauver les autres

À grands chantiers n’offrant

Que belles façades 


Il y a les bâtisseurs de pyramides

Qui ne lorgnent que sur l’oeuvre achevée

Sans un mot sur ceux qui se sont crevés l’échine

Pour la beauté de l’art prétendu divin


Il y a ceux qui se disent d’un bord

Dont ils ne sont pas



Xavier Lainé

3 février 2026


dimanche 22 mars 2026

Âmes meurtries 2

 




-2-


Mais voilà

Nous sommes des graines

Nous sommes patients

Nous savons attendre le bon moment pour germer


Mais voilà

Jamais un peuple ne s’éteint tout à fait

Jamais le mouvement de la vie

Ne peut s’avouer vaincu


Mais voilà

Vous pourrez toujours dresser vos pipe-lines

Enfumer l’horizon

Détruire les espaces avec vos ordures


Mais voilà

Nous serons toujours là

Veillant au grain de la vie

Surveillant la croissance de nos enfants


Mais voilà

Vous leur en voulez 

À nos enfants

Car vous savez qu’ils ont compris

Les règles de votre enfer


Mais voilà

Toujours nous irons semant

Reconstruisant ce que vous aurez détruit

Sans relâche ni lassitude


Mais voilà

Vos ruines ne sont pas nôtres



Xavier Lainé

2 février 2026


samedi 21 mars 2026

Âmes meurtries 1

 




-1-


Je pose ça là

Histoire de poursuivre la marée

De mots qui se cherchent

Qui cherchent une issue

Un fragment d’humanité

À poursuivre inlassablement


Je pose ça là

Comprenne qui pourra

Mais moi

Marcher au pas cadencé de l’histoire

C’est pas trop ma passion

J’aurais plutôt tendance

À suivre les chemin creux

À contourner les foules

Et à écouter


Je pose ça là

Ce qui me revient toujours

Dans le silence glacé 

Ce sont les plaintes

Non pas les plaintes

Parce que voyez-vous

Ceux qui sont sous les décombres

Ne se plaignent pas

Ils tentent de survivre au désastre


Je pose ça là

Mes mots pour ne rien oublier

De cette misère que répandent

Une minorité d’entre nous

Dans un champ de larmes

Où ils espèrent nous enterrer



Xavier Lainé

1er février 2026



vendredi 20 mars 2026

Grotesque hypocrisie 32

 




J’ai pensé boucler ce mois des voeux avec la longue litanie des morts, à Gaza, au Rojava, en Syrie, au Soudan, au Congo, en Ethiopie…

J’ai pensé y ajouter la liste interminable des morts noyés en Méditerranée.

Et puis aussi celle des morts de froids dans notre pays si riche.

J’ai pensé.


Mais peut-être je pense trop, j’en dis trop.

J’ai l’art de me rendre antipathique ; c’est plus fort que moi, mais je ne supporte pas que vous puissiez vivre dans l’indifférence des massacres en cours qui ne sont que prémisses à ceux qui viendront demain et dont vous pourriez fort bien être victimes.

Comme moi, comme beaucoup d’autres car en régime barbare où seule la fortune d’une minorité compte, nul ne peut se dire à l’abri.

Nos Etats confiés en bien mauvaises mains ont largement de quoi nous détruire tous, sur la simple lubie d’en adulte demeuré enfant.


C’est sûr, je vous lasse, je vous désole.

Je ne trouve plus mots de poésie pour dresser digue contre les flots boueux qui menacent de nous submerger.

Certes, les autocrates locaux comme nationaux viendront vous faire état de leurs grands projets, parfois avec le rêve d’être pharaon mais pour dresser nos tombeaux sous les ruines de leur mégalomanie.

Mais la vie ?

Ils la détruisent, mais pas pour eux, pour les autres, ceux qu’ils considèrent comme une sous-humanité indigne de leur considération, ceux qui « ne sont rien », voués à la peine et à la mort.


Que sont donc nos voeux devenus puisqu’en ce jour on continue à grands coups de génocides justifiés par des lignes financières aux cordons de leurs bourses ? Des voeux pieux, comme prévu, et qui dureront tant que nous ne nous serons pas réveillés de notre torpeur.

À défaut, certains viendront retourner leur veste, mais nul ne pourra dire qu’il ne savait pas.



Xavier Lainé

31 janvier 2026


jeudi 19 mars 2026

Grotesque hypocrisie 31

 



Bientôt un mois écoulé : que sont nos voeux devenus ?

Très vite le train-train, l’ordinaire d’une vie qui n’est trop souvent que survie et l’angoisse des lendemains toujours.

Quoi de neuf ? Rien sinon qu’à Gaza on continue d’exterminer un peuple au nom d’une idéologie centrée sur la Shoah, mais ignorante apparemment du devoir que celle-ci impose de ne pas reproduire les schémas qui l’ont autorisée.

Quoi sinon toujours moins pour l’immense majorité et toujours plus pour une infime proportion des humains ?

Quoi sinon le menton arrogant des immondes parvenus au pouvoir, qui ont oublié d’être des humains adultes, n’agissant qu’au grè de leurs pulsions et de leurs désirs, sans un regard pour les conséquences ?

Quoi ?


Quoi sinon un monde qui s’enfonce en d’immondes conflits au nom de divinités qui ne demandent rien, de textes religieux qui disent le contraire de ce qui est acté en leur nom ?

Quoi sinon paroles creuses, discours vains, mots détournés de leur sens pour satisfaire quelques ego candidats à leur propre succession ou rêvant d’être « grand vizirs à la place du grand vizir » ?

Quoi de cette majorité dépossédée, contrainte à pointer au chômage pour des clopinettes infâmes permettant tout juste de ne pas mourir de faim ?

Quoi ?


Quoi de ces voeux tardifs formulés à la va-vite sans y croire parce que le mois se termine et qu’il faut satisfaire à des traditions sans morale ?

Quoi, tandis que des femmes et des enfants pleurent, que d’autres meurent sous les décombres, et que j’écris des mots vains qui me font encore plus « écri-vain » ?

Quoi de la fatigue de clamer que nous pourrions oeuvrer ensemble à autre chose qu’à cette tragédie tandis que vie lentement s’écoule avec terme qui s’approche inexorablement sans que rien ne change vraiment ?

Quoi ?



Xavier Lainé

30 janvier 2026


mercredi 18 mars 2026

Grotesque hypocrisie 30

 


Car il en est ainsi : le fascisme ne vient pas par la grande porte, il pénètre peu à peu les esprits pour qu’ils trouvent normal ce qui ne l’est pas.

Le fascisme s’inscrit dans une stratégie au long cours qui se nourrit de toutes les indifférences.

Ça commence par l’indifférence à la misère qui se répand, aux pauvres gens morts de froid dans les rues d’un pays riche.

Ça continue par l’indifférence au sort des migrants qui fuient la misère et l’oppression dans leur pays (avec l’appui tacite ou politique du notre) et prennent le risque de finir noyés aux pieds des touristes.

Ça vient aussi dans la protestation ou le silence complice de ceux-là dont les vacances sont bousculées par les cadavres échoués devant leurs chaises longues.

Ça devient évidement lorsque la guerre montre son nez, à nos portes ou au-delà, chacun regardant les scènes d’atrocités sur son écran s’en en être ému plus que ça.

Ça devient réel dans le rejet de toute personne n’ayant pas la bonne religion, la bonne philosophie, le bon engagement.

Ça devient problématique lorsqu’on se réveille un matin avec le mufle hideux aux portes du pouvoir.


Nous en sommes là.

Nous en sommes las quand à force d’écrits et de poésie on a tenté quand même de monter des digues, de montrer la pente savonneuse des lois liberticides qui ne font qu’alimenter un peu plus le flot immonde.

Nous en sommes fatigués d’être si peu à clamer encore que ce jeu est dangereux, dans le silence glacé de médias désormais aux mains de la lie.

Nous sommes inquiets pour nos enfants pour qui nous nous sommes battus afin qu’ils vivent autre chose que ce bourbier.


Mais nous sommes trop souvent passés à côté en refusant de condamner le système qui porte en lui cette catastrophe.

C’est faute de dire son nom et de combattre pied à pied ses thuriféraires que les tragédies se répètent à l’infini de l’histoire.



Xavier Lainé

29 janvier 2026