lundi 17 octobre 2022

Sans décrocher la lune 1

 


Photographie : XL-Dans la lune (Luke Jerram/Museum of the moon/Biennale Art & culture d'Aix en Provence 2022)


Si je savais

Je décrocherais la lune

Je décrocherais la lune pour vous voir

Pour vous voir un peu heureux

Un peu heureux d’être en ce monde

En ce monde revu de fond en comble

De fond en comble revu et amendé

Amendé pour ne pas revenir sur nos pas

Sur nos pas si hésitants parfois

Parfois à se poser l’un devant l’autre

Devant l’autre qui ne montre

Qui ne montre que ce qu’il veut montrer

Montrer derrière un masque de convenance


Si je savais

Je décrocherais la lune

Je vous prendrais par les pensées

Vous porterais sur des ailes de rêves

Vous retrousserais les manches

Pour ne pas les salir en vous mettant à l’oeuvre


Si je savais

Je décrocherais la lune

Une lune magique qui se poserait 

Sur vos têtes obscurcies par le temps

Qui toujours se fait lourd

Lourd de tous nos découragements


Si je savais

Je décrocherais la lune


Xavier Lainé


1er octobre 2022


Prévention des frimas politiques

 



Photographies : La fabrique des cols roulés - Xavier Lainé

On ne sait jamais ce qui advient d’un appel à repeindre le monde à nos couleurs.

Il suffi parfois d’un Etat qui refroidit l’ambiance, qui comprime nos vies.

Ou, tout simplement que nous ayons besoin d’un peu de chaleur humaine.

Et voilà qu’un rendez-vous pour la parole insoumise se fait école de tricot.

Mesdames, vous avez un talent fou !

Mes doigts gourds d’homme mal éduqué ont bien tenté.

Mais où vous accomplissiez dix rangs, mes mains de poète engourdies n’en tricotaient que deux.

Raison de plus pour nous convaincre que vous êtes le ferment d’un autre monde. (Ce que les femmes kurdes ont bien compris depuis longtemps :  Kurdistan, la guerre des filles - Arte 8 mars 2016

Rien n’empêche de repeindre le monde, les doigts occupés à préparer les cols roulés pour les frimas politiques à venir…


Xavier Lainé


17 Octobre 2022







dimanche 16 octobre 2022

Je vous écris de très loin 30

 




Dans la boue de l’histoire, ma nuit.

Cauchemar toujours que ces chemins creux, ces routes encombrées de débris.

Cauchemar que ces âmes errantes, ces corps faméliques pourrissant sous le ciel gris de l’histoire.


Ainsi se finira cet écrit des lointains.

Dans la boue d’un cauchemar sanglant.

Dans la boue de cette guerre de tous contre tous.

Où plus personne ne sait très bien pourquoi il se bat.

Mais il se bat quand même sans la mémoire de qui donna le coup d’envoi de ces nouvelles boucheries dont l’histoire est jalonnée.


On a dit que certains y allaient en chantant.

Pas si sûr, et beaucoup déchantèrent.


Alors au matin je vois mon député, au garde à vous devant drapeau, tandis qu’un galonné en décore en autre.

Je vois mon député avec juste raison saluer la mémoire des harkis, ces oubliés de l’histoire.

Mais il est vrai qu ‘un président l’a si bien formulé : la guerre d’Algérie ? « Une histoire d’amour » (Sic).


Mon cauchemar dépité se poursuit.

Qui sommes-nous frères humains pour encore nous étriper et en quel nom ?

Quel dieu cynique et corrompu nous dresse les uns contre les autres, dans ce cauchemar boueux qui berce l’entrée en automne.

Je ne quitte plus le crépuscule sombre, même si parfois lune me sourit.

Quant au sein même de nos maisons paisibles en apparence, s’immisce l’indifférence assassine.

Lorsque le moindre geste d’amour finit par être oublié, remisé aux nostalgiques souvenirs, il ne reste pas grand chose de notre humanité.


Xavier Lainé


30 septembre 2022


samedi 15 octobre 2022

Je vous écris de très loin 29

 




Plus je vous écris de loin et plus le monde dont nous sommes me revient comme un boomerang.

J’observe.

Je sais qu’il ne faut pas vous ranger tous dans le même casier d’indifférence.

Qu’un certain nombre, ici ou là, bâtissent des univers à leur mesure.

Petites gouttes d’eau face au tsunami prévisible des catastrophe.

Où il faudrait un grand fleuve de protestation et de révolte pour seulement préserver nos chances de rester en vie.


Mais pas de fleuve, juste de minuscules cours d’eau.

Le reste regarde venir le tsunami d’injustices et de misères, sans bouger.


C’est un jour de manifestation, celui où je vous écris de si loin.

C’est un jour où les convaincus sont allés manifester où la manifestation était prévue, déposé en préfecture et encadrée.

Ailleurs n’était que désert, silence et soumission.

Les militants se rassuraient : ils étaient nombreux, mais leurs cris n’arrivaient pas à rompre le mutisme assourdissant des soumis.


Je vous écris de très loin.

Je fais partie de ces gens qui ne vont plus où tout le monde va.

Je fais partie de ces gens qui s’installent à la terrasse d’un café histoire de refaire le monde avec ceux qui s’assoient à sa table.

Nous sortons parfois les mots qui fâchent.

Nous ne sommes pas d’accord sur tout.

Par exemple : moi je demeure convaincu qu’il nous faut agir par en bas mais qu’il nous faut aussi saisir toutes les opportunités de renforcer nos actions par en haut.

Qu’il ne faut rien concéder aux racistes en tous genres, y compris ceux qui avancent masqués.

Ça ne m’empêche pas d’échanger et parfois d’en aider à faire tomber leur masque. 


Xavier Lainé


29 septembre 2022


vendredi 14 octobre 2022

Je vous écris de très loin 28

 




On me dira défaitiste.

C’est possible.

Certains vont marcher.

Ils se rangent derrière la qualité d’un programme.

Ils auront raison.

Mais ça ne me suffit pas.


Je vais de mon pas tranquille par les avenues.

J’erre dans les ruelles obscures.

J’observe les mines fatiguées.

Je note les échines affaissées.


Il est terrible le bruit que fait un humain qui tombe.

Je reste sur ma faim :


Ceux qui font vibrants discours,

Brandissant merveilleuses banderole

Promettant monts et merveilles si je marche avec eux

Entendent-ils le bruit de ces centaines d’humains qui tombent ?


On peut toujours avoir jolies paroles bien enrobées.

On peut dans du miel attraper ceux qui aiment suivre.


Je n’ai jamais suivi.

Je me dois d’anticiper.

Car ce qui vient en noiera plus d’un qui ne saura nager.


Un programme à deux euro cinquante leur servirait-il de bouée ?

Même amoureusement construit d’âmes bienveillantes ?


Nous vivons dans cette violence extrême qui conduit ceux qui surnagent à adorer ceux qui leur tiennent la tête sous l’eau.

Jusqu’à expiration totale et sans appel.


Xavier Lainé


28 septembre 2022 (2)


jeudi 13 octobre 2022

Je vous écris de très loin 27

 




L’un est issu de l’autre, inéluctablement.

L’un ne va pas sans l’autre.

Car les tenants de l’un tirent profit de l’effondrement.

Tout se vend chez eux et tout s’achète.

L’humain dans leur monde n’est que variable d’ajustement.

Le vivant n’est que sujet, objet de leur exploitation.


« Exploitation »

C’est le mot.

On exploite jusqu’à la racine.

On rase forêts.

On retourne la terre jusqu’à la laisser vierge de toute vie possible.

Mais tout va bien : les profits sont saufs.


Que les cadavres s’amoncèlent un peu partout, ils n’en savent rien.

Ils survolent le monde dans leurs jets privés, sillonnent les mers sur leurs yacht rutilants.

Qu’importe pour eux que terre et mer soient désertées de toute vie ?


Vrai, le mot est vrai.

Il faut les nommer par leurs noms.

Car ils ont des noms les manipulateurs d’opinion, les faussaires d’informations.

Ils jouent le jeux d’autres qui ont aussi des noms.

Ils envoient rideau de fumée pour que vous, comme moi, ne voyions rien de la réalité sordide de leur monde de privilèges.


Ils vont dans leur boursouflure.

Obèses et cyniques.

Ils manipulent et tordent tout ce qui vit jusqu’à trépas.

Leur idéologie ne connaît que la destruction.

Ils en tirent même espèces sonnantes et trébuchantes.

Ils sont les fossoyeurs de toute vie.


Xavier Lainé


28 septembre 2022 (1)


mercredi 12 octobre 2022

Je vous écris de très loin 26

 




Quel joli résultat que voilà !


La guerre aux portes de l’Europe.

La misère partout.

Partout gens qui fuient pour tenter improbable survie.

Partout guerres et faim tandis qu’une poignée voyage en jet privé.

Que d’autres, minoritaires se prélassent sur leurs yacht.

Que l’ignorance répandue pire qu’une pandémie, porte ses fruits pourris.

Regardez donc le joli résultat, l’oeuvre dramatique écrite de mains scélérates !


La vermine fascistes, ha ! Le mufle hideux !

Hier en Hongrie, puis en Pologne.

Riez donc, braves gens, la Turquie vous salue !

Maintenant l’Italie qui renoue avec ses vieux schémas éculés.

Racisme partout, haine répandue sur les champs de consciences blanchies à la lessive médiatique !


Ici on ne regarde plus

On n’entends plus

On fait comme si le monde tournait rond

On refuse de voir le gouffre ouvert

On avance 

On attend

Quoi ?

Nul ne le saura jamais.


Ce qui est certain, c’est que ce qui vient en laissera plus d’un chagrin.

Mais il ne faut pas parler d’effondrement.

Il faut parler capitalisme.

C’est vrai.

Il faut en parler car les deux mots (les deux maux ?) finissent par être synonymes.


Xavier Lainé


26-28 septembre 2022