mercredi 19 juin 2024

Pas dire 26

 





Bien sûr ma mère

Ma chère mère désormais si âgée

Que parfois les mots lui en tombent

Puis se mélangent

Ou ne trouvent plus leur chemin


Alors la fête

Oui la fête

Mais ne pas dire ni écrire

Que la glorification des mères

Est une invention d’un Etat 

Qui souhaitait enfermer la femme

Dans ce rôle là

Tandis que l’homme

Devait partir à la guerre

Ou se soumettre à plus fort que lui


Ô mères de tous pays

Redressez-vous de cette misère

Levez-vous 

Réclamez la place de femme qui vous est due

Remettez-nous à notre place

Nous les hommes trop longtemps dominants


Bien sûr mères

Mais à côté de quelle vie

Qui ne vous honore qu’un jour

Et vous oublie le lendemain

Vous laissant si souvent seules

À vous dépatouiller 

Faisant le grand écart

Entre amour et devoir


Mais voici que tombe un message

Voici que j’oscille en effet

Entre larmes de joie

Perles de tristesse

Entre beauté de la terre

Tragédie de l’humanité


Car c’est encore tragédie

Que de veiller

En monde qui nous y pousse

Mais sans en prévoir la difficulté

Monde qui imagine l’homme immortel

Et ne fait rien ou si peu

Pour rendre sa vieillesse plus douce


*


C’est jour de fête à ce qu’il paraît

Jour de kilomètres à avaler

Pour simplement offrir

Un court instant de tendresse


On se prend à rêver 

De pouvoir demeurer 

Dans la contemplation 

D’une terre qui se fait belle


Quand l’humain n’en fait pas sa pitance

Elle sait se revêtir de ses merveilleux atours

Au nid piaillent les enfants de la mésange

On resterait bien là à les écouter



Xavier Lainé

26 mai 2024


mardi 18 juin 2024

Pas dire 25

 




Il faut peu de chose pour renforcer les digues

Juste un peu d’esprit

Un soupçon d’intelligence

Donc un meilleur accès au savoir


Car


On ne fait pas un pays intelligent

Sur les ruines de la connaissance


On ne fait pas un pays démocratique

Sur les ruines de l’esprit citoyen


Il faut fort peu de chose pour renforcer les digues

Il faut d’abord nommer ce qui vient

Appeler par son nom la philosophie qui en prépare la triste survenue

Oeuvrer sans cesse au partage respectueux dans le débat

Non celui qui se limite à dénoncer

Mais celui qui permet d’enrayer les peurs 

Qui sont à la source de toutes méconnaissances


Il faut peu de choses

Apprendre et ré-apprendre

À ouvrir un livre en quittant les écrans de la soumission

À réfléchir à ce qu’on lit

À ce qu’on dit

Apprendre à décrypter les failles des discours 

Nourris aux dogmes et vérités établies


Il faut peu de choses pour sauver notre humanité

Juste quitter les rives du profit sans limite

De la consommation sans modération

De la bêtise pandémique 

Délivrée aux heures de pointes

Dans des médias achetés et vendus aux maîtres d’un système


Il faut enfin dire le nom de ce système

Dévoiler les visages de ceux qui s’y enrichissent

Dénoncer la honte qu’ils infligent au nom même d’humanité


Il faut dire à quoi ces gens là travaillent

De quels fléaux ils sont les responsables

À quelles basses oeuvres ils consacrent leurs vies

Pour sauver leur unique et inique profit


Il faut dire

Ne plus se laisser museler

Faire taire la meute qui parle avec condescendance

À un peuple toujours considéré comme inculte


Il faut dire le nom de cette pente

Qui dans l’histoire a toujours mené au pire

Avec une apogée au XXème siècle

Sous les traits hideux des totalitarismes


La peur

La haine de l’autre et de soi

Le repli frileux et l’intolérance au différent

Sont les moteurs de cette infâme résurgence


Il faut peu de chose pour en enrayer le cours

Juste un petit effort d’humanité

Par l’extension du domaine de la culture et du savoir


*


Joli mois de mai

Te voici qui t’écoule

Sans barricades ni manifestations


Quelque chose s’est rompu 

Dans la joie de contester

D’appeler de nos voeux

Un autre monde


Tout est désormais canalisé

On va dans les meetings

Comme on va à la grand-messe

Écouter les prédicateurs

Nous dire que demain

Tout sera beaucoup mieux

Par la seule grâce de leur élection


Joli mois de mai

Qui sentait si bon

Les pavés descellés

Il ne reste pas grand chose

De notre propre pouvoir

À nous dresser devant les inopportuns


Aujourd’hui on nous dit

Qu’il suffirait de voter

Pour que le monde ait visage avenant

On nous fait oublier 

Notre pouvoir d’agir et de contester


Car il n’est pas de démocratie 

Sans peuple qui s’en saisit



Xavier Lainé

25 mai 2024


lundi 17 juin 2024

Pas dire 24

 




Qui sont ces gens qui

Un jour soufflent le chaud

Le lendemain le froid

Souffle toujours assorti

De lourdes menaces

Qui sont-ils donc



Xavier Lainé

24 mai 2024

dimanche 16 juin 2024

Pas dire 23

 





Ils sont les maîtres d’ouvrage de toutes les démolitions

Jeunes cons prétentieux qui arborent la finance en médaille

D’une gloire de pacotille que leur donnerait l’accès au « pouvoir »

Tristes individus qui font du passé table rase

Méprisent le peuple qui les a élus

Offrent primes et promotions à tous les lèche-bottes

Puis se retournent contre ceux qui les encensent

Comprimant un peu plus l’espace de liberté

En poussant à des lois mortifères

Qui se font couvercles hermétiques

Sur les vies déjà morcelées


Ils sont les maîtres d’ouvrage de toutes les destructions

Misérables formatés au moule d’un Etat en deuil

Dont la démocratie est depuis longtemps passée

En perte et profits (et surtout en profits)

Dans le bilan des copains et des coquins

Qui émargent à la corbeille en bâillant aux corneilles

Pauvres individus qui ne tiennent que par le costume

Qu’ils portent si bien ajusté qu’ils ne voient pas

Combien il est le symbole des pressions exercées

Sur un peuple blasé d’être toujours méprisé


Leur monde a un goût rance

Le goût salé du sang versé

Au nom de leurs pouvoirs et profits



Xavier Lainé

23 mai 2024