mercredi 10 avril 2024

Folies 17

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




Tu vois

Je sais aussi rester silencieux

Regarder sans rien dire

La lente montée des énervements


Tu vois 

Nous avions cru en l’amour

Comme fleur immortelle

Mais si sèche qu’elle tombe en poussière


Tu vois

Je suis resté attentif malgré tout

Pour ne rien rompre du pacte

Avec parfois l’intention contraire


Tu vois

Je regarde autour de nous

Je me fais du mal à tenir

Le flambeau à bout de bras


Tu vois

Ce serait si simple de renouer

De tisser à nouveau le lien

Qui te relie à toi-même


Tu vois

Je reste là sur le chemin

Je ne te reconnais qu’à peine

Derrière tes gestes de colère



Xavier Lainé

17 mars 2024


mardi 9 avril 2024

Folies 16

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



Au total ne pas prendre pour sérieux ce qui ne l’est pas

Avant d’écrire il me faut chaque jour renouer le fil

Non avec ce qui précède où viendra 

Mais avec moi-même


Tremper ma plume en mon propre coeur

Suivre les méandres de mon âme indécise

Sans jamais pouvoir en découvrir les contours

Puisqu’elle vit et vibre en des abîmes

Où parfois nulle lumière ne lui parvient


Renouant le fil constater

Que trop souvent le monde ressemble

À des abysses profonds où vivent d’étranges créatures

Elles me frôlent 

Puis m’entraîne par le fond

Il me faut tourner les pages plus vite

Capter l’essentiel du texte

Pour couper le cordon qui me relie

À leur force prodigieuse qui me tire


Puis vite remonter à la surface respirer

Avant que de leurs tentacules gluants de conviction

Elles ne me reprennent et m’entraînent par le fond


Il me faut reconnaître que les instants de respiration

À la surface lisse où apparaît le ciel bleu

Se font de plus en plus brefs et rares

C’est pourtant dans la respiration qu’écrire prendrait un sens

Sans me donner la moindre permission d’avoir raison


*


Dis

Papa

C’est quand que tu seras écrivain


Faudrait d’abord savoir ce que c’est

Mon fils

Faudrait savoir

Et

Faute d’être « écrivain »

On peut rester « écrivant » toute une vie

Quelle importance


Pourtant ce serait bien

Papa

Que tu sois écrivain

J’en connais un 

Il est venu dans notre classe

Il était très fier de ce qu’il écrivait

Il nous a dit d’écrire comme lui

Il nous a montré


C’est bien mon fils

Que tu aies eu cette chance 

D’en rencontrer un

Ça m’est arrivé aussi

Mais

Je n’ai jamais su écrire comme eux

Alors au lieu d’être « écrivain »

Écrivant comme un écrivain

Je suis resté « écrivant »

Écrivant comme je peux



Xavier Lainé

16 mars 2024


lundi 8 avril 2024

Folies 15

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




Je ne comprends pas la prétention à faire métier d’écrivain

Je ne comprends pas comment l’écriture peut se banaliser au point d’être un travail

Et non une mise en oeuvre


Je ne comprends pas et ne sais pas

Si parfois il m’est arrivé de rêver gagner un peu ma vie en écrivant

Si je n’y suis jamais arrivé 

C’est que le mode d’emploi des relations nécessaires ne m’appartient pas


Je ne sais qu’écrire

Tant que les mots ne sont pas là, sous mes yeux

Couchés sur la feuille blanche 

Je ne vais pas bien

C’est comme si leur lave s’amoncelait sous le couvercle des contraintes

Jusqu’à faire mal


Aussi je suis mal à l’aise lorsque je suis des écrivains qui se proclament tels

Peut-être un peu d’envie d’en être moi aussi

Puisque depuis si longtemps le virus m’a pris et ne me lâche plus

Mais je ne me sens aucune prétention à être de ceux-là 

De ceux qui viennent devant les micros

Sur des scènes se livrer en spectacle

Doctes écrivains qui ont mot à dire à peu près sur tout


À la même place je ne saurais quoi dire

Peut-être même que je me lèverai et partirai

Jouer ce jeu ne me donnerait rien de plus

Qu’être en cette imposture 

Tous les écrivains seraient-ils des imposteurs qui s’ignorent ?



Xavier Lainé

15 mars 2024


dimanche 7 avril 2024

Folies 14

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




Mais


Ce n’est qu’un rêve

Tu le sais

En rêve tu peux toujours

T’imaginer riche et célèbre

Tu peux toujours

Te laisser endormir 

Par les flon-flons du bal

Incroyable brouhaha

D’où toute pensée semble absente

Qui n’est en fait que voile posé

Sur l’organisation délictueuse

D’un monde où tu n’es rien


Mais


Ce n’est qu’un rêve

Tu le sais

Un refuge pour ne pas perdre

Ta boussole intérieure

Puisque les champs magnétiques

Des apparences trompeuses

La font tourner en bourrique


Mais 

Ce n’est que mauvais rêve

Tu le sais

Si proche du cauchemar

Que tu voudrais t’en défaire



Xavier Lainé

14 mars 2024


samedi 6 avril 2024

Folies 13

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)





Je t’écrirai Je te le dis Je t’écrirai Je ne sais pas quels mots ni quels poèmes, si ce sera des vers ou de la prose Ce sera un fruit un doux fruit bien juteux capable d’atténuer toutes les misères de nourrir toutes les bouches affamées

Je t’écrirai Je volerai les mots à ceux qui les tiennent et ne veulent pas les lâcher Je leur ferai rendre ce qu’il sont pris histoire de partager un peu quelques lambeaux d’espérance posés entre deux phrases, dans le creux des oreilles attentives

Je t’écrirai Je t’écrirai des mots doux des mots tendres des mots d’amour sans flamme des mots qu’on ne dit pas des mots qu’on se contente de chuchoter des mots qui se font manèges où nous confier à l’ivresse d’exister de vivre et de nous retrouver dans une folle étreinte

Je t’écrirai c’est simple je t’écrirai Comme tu ne viendras pas je t’écrirai comme on se confie entre deux baisers des mots qui s’envolent des mots auxquels on ne pense pas qui ne survienne que dans le brasier d’aimer dans ce volcan cette lave ce fleuve de flamme et de sang

Je t’écrirai sur le mur blanc des mots en lettres de sang pour dire tout mon amour pour ce qui vit vibre s’émeut se fait chaque jour plus humain sans la prétention d’y arriver qui tente juste un pas dans ce sens aujourd’hui tant négligé

Je t’écrirai depuis cette prison qu’est le monde livré aux pires appétits aux voracités extrêmes des prédateurs ayant quitté notre humanité commune Je t’écrirai des mots qui bâtiraient un refuge où loger notre amour tremblant tendant la main à tous les autres qui chancellent 

Je t’écrirai depuis ce temps d’absence ce vide laissé par l’âpre conflit qu’est la survie sous les conditions d’une liberté contrôlée Je t’écrirai mais peut-être n’entendras-tu rien de mes mots en sourdine perdus dans le fracas des guerres et des conflits qui nous envahissent

Je t’écrirai pour passer le temps et t’attendre au cas où tu reviendrais sur tes pas Je t’attendrai les bras ouverts dans l’espoir qu’ils ne restent pas vides



Xavier Lainé

13 mars 2024