mardi 4 octobre 2022

Je vous écris de très loin 18

 




De quel temps parler qui ne cesse de manquer.

De quelles pages qui demeurent blanche puisque temps se fait trop court.


Que dire encore lorsque gérer ses « affaires » relève de l’épreuve et du harcèlement administratif ?


Peut-être finalement tourner le dos pour aller chercher vie meilleure loin de ce monde en naufrage.

Puisqu’il semble qu’ici on ne cesse d’enfoncer les clous de la violence dans le cercueil du patriarcat.

L’homme, toujours lui, avec son petit « h » qui tente de se refaire une virginité à bas prix (et peut-être made in China ou Taiwan).


L’homme avec son petit « h » qui use et abuse des stigmatisation devant toutes faiblesses certes intolérables.

On enfonce le couteau dans la plaie mais on ne dit rien de la violence sociale et économique qui encourage toutes les autres.

On ne dit rien du règne absolu de la compétition dès le plus jeune âge.

On ne dit rien de la violence des genres étalées sur « Watch » au regard de tous.

On ne dit rien devant un ministre violeur demeuré à son poste.

On ne dit rien.

On ne condamne surtout pas le système qui mène hommes et femmes au bout de la survie.


Il ne s’agit pas de « cautionner ».

Il s’agit de comprendre.

Mais c’est vrai que comprendre est un mot difficile en pays d’idéologies absolues.

Qui pourrait se targuer de n’avoir jamais de faiblesse ?

Qui pourrait se vanter d’être resté impassible devant toutes formes de violences, genrées ou non ?

Qui ?


Xavier Lainé


20 septembre 2022 (1)


lundi 3 octobre 2022

Je vous écris de très loin 17

 




« L’homme est cet être qui voyage dans le temps pour mieux vivre l’instant, qui se tient ici et maintenant précisément parce qu’il vient de quelque part et se dirige vers un orient. » Cynthia Fleury & Antoine Fenoglio, Ce qui ne peut être volé, Charte du Verstohlen, éditions Tracts Gallimard, 2022


L’homme…

Que sais-je de lui avec son tout petit « h » ?

Son minuscule appendice qu’il brandit parfois comme un étendard.

Qui ne le rend que plus petit.

Toujours plus petit.


Réduire l’humain à ce petit « h ».

Voilà qui séduit le monde dominé et dominant.

C’est plus simple et moins encombrant.

Cet homme là, certes, voyage.

On le suit à la trace dans les cieux.

On le suit à la trace sur les mers.

Il occupe bientôt tout l’espace terrestre.


Jusqu’à y étouffer, il l’occupe.

Jusqu’à en crever.

Mais toujours avec son tout petit appendice,

Brandi comme un étendard

Pour dominer tout ce qui se soumet

À ses caprices de possession.


Cet homme là, avec son petit « h »

N’est que l’ombre de ce qu’il pourrait être,

L’ombre de ce qu’il saurait être,

Parfois sait,

Mais, vite, éteint les lumières

Pour caresser son petit appendice

Son tout petit « h »


Xavier Lainé


18 septembre 2022


dimanche 2 octobre 2022

Je vous écris de très loin 16

 




Je vis en ce pays.

Tellement libre pays qu’un auteur voit son livre censuré par un financier.

Voilà, nous y sommes.

J’ai déjà dit et écrit tout le mal qu’il fallait attendre, à confier le monde de l’édition aux margoulins du CAC 40.

Ça n’engage pas à grand chose : ce que j’écris est impubliable en pays soumis au pouvoir de la finance, mais de mon vivant, je n’éditerai plus rien en maisons détenues par les empereurs de la finance.

Ce pays fait du livre une « filière marchande », où poésie autorisée pérore en des « marchés » où ne vont que les « Poètes » eux-mêmes.

Ce pays où les mots n’ont plus de sens, où la parole est confisquée.

Ce pays qui a vendu son âme et son esprit.

Ce pays où on nomme littérature ce qui se vend au plus offrant le temps d’une « rentrée littéraire ».

Ce pays aux esprits téléguidés et façonnés par l’obsession des dividendes.


Alors je module.

Il en est qui : non !

Il en est qui résistent.

Encore et toujours

À l’invasion du « tout business »

Mais si rares

Si portion congrue

Si confidentiels


Alors l’écriture au fond du tiroir

C’est pas mal

L’écriture au fond du tiroir

Avec juste quelques scories déposées

Qui ne font pas le « buzz »

Qui ne bourdonnent pas

Aux oreilles du commerce

J’écris pour être lu, pas vendu.


Xavier Lainé


16-18 septembre 2022


samedi 1 octobre 2022

Je vous écris de très loin 15

 




Innombrables fragments échoués sur le sable

Mes mots frémissent encore entre deux vagues

J’écris :


« On attend.

On ne sait pas quoi, mais on attend.

Plus de surprise bonne ou mauvaise.

On les regarde passer, l’oeil blasé d’avoir été si souvent et longtemps bernés.

Que faire d’une vie lorsque les barrières toujours se referment ?

Il faudrait tant de force pour pousser les murs qui nous enferment ! »


*


« Tant que peuple s’amuse 

Il ne pense pas

Il ne pense pas à ses revenus amputés de frais de transports

À ses revenus amputés de frais d’énergie

À ses revenus laminés pour simplement se nourrir »


*


« J’ai dans les yeux ces tableaux de chasse et le visage bouffi d’ignorance des criminels qui prétendaient répandre leur « civilisation ».

Confusion.

Peut-on parler de « civilisation capitaliste » quand son esprit même se fonde dans l’exploitation sans limite de l’autre, non-humain comme humain au nom de l’accumulation des richesses ?

Peut-on parler de « civilisation » quand la guerre et la misère se font moteurs d’une histoire exterminant le vivant, les vivants dont nous sommes ? »


J’ai ces fragments arrachés, attachés à d’autres, impossibles à jeter.


Xavier Lainé


15 septembre 2022


vendredi 30 septembre 2022

Je vous écris de très loin 14

 




C’est un jour où le ciel pleure tout ce qu’il sait de larmes.

Enfin.


C’est un jour où devant la page les doigts restent collés à la fatigue de vivre.

Ils écrivent, histoire de ne pas céder au vertige de la page demeurée blanche.


C’est un jour où, d’épuisement, l’âme chancelle, se demande encore si elle aurait

Quelque chose à dire, à proclamer, à déposer sur ce chemin semé d’embuche.


Pourtant je vis.

Pourtant je m’émerveille que ce jour se lève  sur les palpitations d’un coeur

Je cherche dans les nuées l’ombre et la lumière.

Je prends à pleines mains les larmes qui s’égrainent

Larmes qui se rassemblent en troupeau égaré puis s’écoulent au long des avenues grises.


C’est un jour où il me faut chercher où me reposer enfin.

Je cherche une grange isolée assez loin de toute ville.

Pour y déposer mon ombre et mes mots en toute sérénité.


Car, je l’écrivais et l’écris encore :


Les livres sont mon refuge, mon havre de paix.

Je ne peux m’en détacher sans me déchirer l’âme.

Ils sont le ferment de toute écriture.

Les livres sont mon ivresse, mes amours, mes rêves et mes voyages.

Ma seule compagnie qui soit encore tolérable.

Tout le reste baigne dans tant d’hypocrisie que je ne saurais demeurer en ce monde sans indignation.


Xavier Lainé


14 septembre 2022


jeudi 29 septembre 2022

Je vous écris de très loin 13

 




« Nous avons désacralisé la reconnaissance due au non-humain, en croyant sans doute, à tort, que cette ingratitude serait la marque due notre supériorité alors même qu’elle signe notre indignité. » Cynthia Fleury & Antoine Fenoglio, Ce qui ne peut être volé, Charte du Verstohlen, éditions Tracts Gallimard, 2022


Nous vivions dans une bulle de prétendue humanité.

Coupés de toutes racines nous reliant à la Terre et aux vivants.


J’ai devant les yeux le souvenir de ces tableaux de chasses.

Tuer plus qu’il n’en faut pour se nourrir.

Tuer tout ce qui bouge.

Tout ce qui est catalogué comme nuisible.

Faire un selfie devant le tas de cadavres.


Nous vivions dans cette bulle étroite.

Nous bâtissions des frontières, érigions des murs.

Nous fondions des « civilisations », des « pays », des « nations ».

C’était toujours moyen de nous situer « hors ».

Hors de nos semblables, vivants parmi les vivants.


C’était la porte ouverte aux crimes.

Ayant méprisé les non-humains, il nous restait à rabaisser certains parmi nous.

Certains pour leur couleur de peau.

Certains pour leur religion non conforme à nos canons occidentaux.

Certains parce que « primitifs » donc « sauvages » au regard de nos « civilités ».


J’ai dans les yeux le souvenir de ces tableaux de chasses.

Ici point de lions ou de panthères mais des humains.

Des humains noirs du Congo et d’ailleurs ; des humains « rouges » des Amériques ; des humains « jaunes » d’Asie.

J’ai dans les yeux tableaux de chasse et visages bouffis d’ignorance. 


Xavier Lainé


13 septembre 2022


mercredi 28 septembre 2022

Je vous écris de très loin 12

 




« Révolté par les absences de révolte, je suis, depuis toujours, certain d’une invention politique hors saison. Oui : qui pourrait s’en remettre à la mort pour clarifier les combats de guerres sempiternelles, ceux qui tuent dans l’anonymat de tous ? » Alain Jouffroy, C’est aujourd’hui toujours (1947-1998)


Révolté

Sidéré

Époustouflé


Que tant d’indignes décisions puissent être prises

Sans que réaction ne s’ensuive


C’est un temps à croire tous cerveaux réduits à EEG plat


Y aurait-il encore capacité de révolte et d’indignation ?


On peut dire, en haut lieu tout et n’importe quoi

On peut même tendre la main d’un bord à l’autre de l’échiquier

Aux partisans du pire et leur faire la courte-échelle


On peut aller de mépris en mépris

Sans voir le traquenard des divisions orchestrées


Tant que pauvres et moins pauvres se déchirent à belles dents

Le pouvoir demeure sauf

En particulier lorsqu’il détient beurre, argent du beurre et crémière avec


Révolté

Sidéré

Époustouflé


« Panem et circenses »

C’est l’emblème des édiles locaux et généraux


Xavier Lainé


12 septembre 2022