mardi 24 août 2021

L’esprit algorithmique, la vessie et l’extinction des lanternes

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)


« Une idéologie est une sorte de virus de l’esprit qui circule dans les artères de la pensée et qui s’attaque au coeur même de la santé et de l’esprit sain, discrètement pour commencer, ici ou là, jusqu’à ce qu’il finisse par avoir raison d’eux. » Markus Gabriel


« Au langage du praticien intimidant par sa technicité, se mit à répondre le langage du gestionnaire intimidant par son opacité. Dorénavant armé d’un solide bagage  en matière de communication — à l’inverse du corps soignant, toujours formé par transmission et rompu à l’échange ordinaire —, le gestionnaire apprit à écouter sans entendre et à utiliser un langage visant à fabriquer l’adhésion. Que le communicant convainque sans savoir de quoi il parle, là est justement son talent. Ce fut aussi le talent dont dut faire preuve le gestionnaire. » Stéphane Velut


« La médiocratie est l’ordre en fonction duquel les métiers cèdent la place à des fonctions, les pratiques à des techniques, la compétence à de l’exécution. » Alain Deneault


« Les détenteurs du pouvoir, quels qu’ils soient, affirment toujours que la réalité est de leur côté, non en raison de l’exactitude de leurs affirmations mais parce qu’ils ont le pouvoir de donner une apparence de réalité à ces affirmations. » Edgar Cabanas et Eva Illouz


« On célèbre en paroles la différence alors que tout est pensé pour produire de l’identique. Un identique qui, c’est son essence, récuse donc hargneusement la différence. » Thierry Jobard



Il est tellement facile de tomber dans le piège ouvert sous nos pieds.

Nous croyons encore pouvoir, d’une lettre, infléchir le cours de l’histoire, en appeler à un peu d’humanité : nous sommes des soignants, nous recevons, contre vents et marées des gens en souffrance, alors, par pitié, ne venez pas nous interdire de le faire, ne serait-ce qu’au nom de la « continuité des soins » !

Erreur !

Erreur 404 !

Vous n’êtes pas sur le bon logiciel.

Vous n’êtes pas dans l’esprit algorithmique des décideurs et « communicants ».

Vous savez : ceux qui ont depuis pas mal d’années pris le pouvoir au sein des ARS, des Assurances maladies, des administrations plus ou moins haute, dans la direction des hôpitaux.

Je parle d’esprits algorithmiques pour ne pas les nommer penseurs, car la pensée n’est pas prévue dans leur formatage.

Ils sont ce qu’on en a fait : des monstres qui savent calculer, causer en terme de pertes et profits, de bénéfices et de risques.

Ils savent calculer selon les algorithmes injectés dans leur cerveau dans de « grandes écoles » où tout se résume à des relations commerciales, des discours publicitaire dont l’efficacité doit être prouvée.

À défaut, ils dégagent sans autre état d’âme et leur trou dans l’eau des administratifs autorisés est très vite comblé par un même, formaté comme eux.

Ils tiennent aux amphétamines, soutiennent que c’est l’homme qui doit faire preuve de flexibilité et non le système qui l’entoure.

Ainsi comme le pied doit se faire à la chaussure conçue selon les algorithmes du « pied moyen », l’homme doit se plier aux contraintes du système que les plus rusés, cyniques, corrompus lui imposent.

Il faut lire Markus Gabriel. C’est impératif si nous voulons mieux comprendre à qui nous avons affaire.

Car pas plus qu’il soit possible de discuter avec son ordinateur, il semble bien compliqué de faire entendre langage humain à des hommes déjà passés au post-humanisme dénué de toute pensée personnelle.

Nous voici devant le mur.

Ce n’est pas une mince affaire. Les relais ont été placés un peu partout depuis si longtemps qu’ils y ont pris racine.

Stéphane Velut, dans « L’hôpital, une nouvelle industrie - Le langage comme symptôme » décrit par le menu cette lente érosion et intrusion des « communicants » au service du seul dogme libéral dans les hôpitaux.

On pourrait faire la même description sans appel de cet « entrisme » délétère de la « médiocratie » ailleurs évoquée par Alain Deneault.

De partout ils entrent, avec leurs dogmes libéraux, proclament le règne absolu du « développement personnel » comme une entrée joyeuse en happycratie (voir à ce sujet les livres de Eva Illouz et Thierry Jobard).

Ils ont pour seul refrain la gloire de la réussite individuelle, se moquent des plus faibles, n’ont jamais de mots assez durs pour stigmatiser les exclus, responsables, selon leur bible ultra libérale à la sauce Friedman, de leur propre déchéance.

Nous avons un exemple de ce type d’individu avec celui qui considère qu’il y a dans une gare « ceux qui sont quelque chose et ceux qui ne sont rien ».

On les retrouve partout, à tous les postes de commande. Ils brillent par leur médiocrité, leur inculture, leur arrogance au service des plus riches dont ils cirent les bottes du haut de leur administration.

Ils ont fait l’ENA, ce temple de la conformité.

Ils cultivent partout une pandémie de bêtise, poussent les moins critiques à de fumeuses théories du complot.

Ils sont trop bête pour ça, dirait Barbara Stiegler.

Ils ne sont capables que de se cramponner à leur bréviaire du bon serviteur de l’Etat de non droit.

Ils s’assoient sur toutes les règles communes, sur les droits de l’homme, sur les lois et règles qu’ils apprennent à contourner sans vergogne.


Ecrire ou tenter de faire entendre raison à ces gens là revient à se poster devant son ordinateur récalcitrant en le priant de bien vouloir fonctionner.

Vous avez déjà écrit à votre ordinateur qui ne veut plus marcher ?

Non, car si vous avez encore un peu de jugeote, vous vous contenterez de vous en débarrasser pour en acquérir un qui corresponde mieux à vos besoins.

On ne raisonne pas avec les cerveaux algorithmiques, on pense sans leur signifier nos intentions et on scie la branche sur laquelle ils sont assis pour les faire tomber aux oubliettes de l’histoire.

A défaut de couper le membre, la gangrène de la folie totalitaire ne peut que s’étendre et ronger peu à peu tout le corps social.

Il n’est qu’un vaccin à cette infection : il s’appelle école, une école restaurée dans sa vocation à éveiller curiosité, réflexion et esprit critique.

Comme ils se sont introduits aussi dans son administration, l’enjeu est rude dont nos enfants font la triste expérience dans la soumission au consumérisme et à la pensée dominante, dans l’humiliant et dégradant sentiment d’impuissance distillé à larges doses depuis quarante ans, par tous les pouvoirs, les pires ayant été ceux qui, de gauche, dans une victoire à la Pyrrhus se sont plié aux règles d’une démocratie malade sans évoquer même la nécessité de changer l’ordre des choses. Ce fut leur pire défaite, que bien sur les adversaires de classes ont affublés de l’apparence d’une victoire.

C’est l’humanité qui se noie et fait naufrage à accepter de prendre des vessies pour des lanternes.


Xavier Lainé


18-24 août 2021


Bibliographie

- Alain Deneault, La médiocratie, éditions Lux, 2016

- Stéphane Veut, L’hôpital, une nouvelle industrie, Tracts Gallimard n°12, 2020

- Edgar Cabanas & Eva Illouz, Happycratie, Premier Parallèle, 2018

- Thierry Jobard, Contre le développement personnel, Rue de l'échiquier, 

- Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie, Tracts Gallimard n°23, 2021

- Markus Gabriel, Pourquoi la pensée humaine est inégalable, éditions JC Lattès, 2019

- Thierry Jobard, Contre le développement personnel, éditions Rue de l’échiquier, 2021

lundi 23 août 2021

Pensées fragmentaires 3 : Lorsque tout n’est plus qu’éclat

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)



1. Et bien sur avec le soutien des médias du CAC 40, qui donc cherche à tirer bénéfice du soulèvement contre, de la résistance pour, des chamailleries infinies, grossies d'un flot d'insanités sur les pour, les contre, les hésitants ?

Le pervers narcissique aurait voulu jeter dans les bras de l'extrême droite les plus réticents qu'il n'aurait pas fait mieux.

A quelques mois de l'échéance présidentielle, on peut donc s'attendre à ce qu'il pousse les feux de sa perversité jusqu'au bout. Quitte à perdre, que ce soit pour porter à sa place plus pervers que lui et surtout, sauver les propriétaires médiatiques du CAC 40 qui ont tiré grand profit du COVID.

Et les imbéciles continueront à regarder le doigt tandis que le sage tentera encore de leur montrer la lune.

Tout ceci n'est plus seulement lassant, mais écoeurant : à se demander comment nous avons fait, en 1789, 1830, 1848, 1871, 1936, 1945 !

Vous ne pensez pas qu'il serait temps de faire usage du truc situé entre nos deux oreilles pour virer la clique qui ne cesse de nous manipuler ?

C'est dimanche, un petit vent frais avant la canicule annoncée, et la colère en dedans, je vous salue : continuez donc, le mur se rapproche !


2. ? Non, rien ! Vraiment rien ! 

Tant d'âneries répandues, tant de violences verbales, tant de comparaisons foireuses me semblent être la traduction (ou le symptôme) de quarante années de nivellement des esprits, de corrosion du sens critique, que rien, plus rien, nihil, je ravale mes colères, je fulmine dans le silence de mon antre poétique.

Continuez sans moi, je m'efface et prend de la hauteur, histoire de regarder de plus haut vers quel abîme l'immense majorité d'entre nous, hélas, dirige ses pas.

Ainsi va l'histoire que, parfois, on ne peut en ralentir au moins le cours.


Un léger gris souligne le ciel, martinets, mésanges et moineaux de ma génoise se font une grasse matinée. Je retourne au travail après une petite semaine de "vacance". Je m'interroge sur la place que pourraient encore avoir ici nos humanités.


3. Le charme du retrait et la perception du monde


Désormais, dire une parole contraire, c'est être voué aux gémonies des imbéciles. Alors pour marcher, penser, écrire du pas qui me convient sans risquer un flot de propos insultants par leur indigence et leur soumission, surtout en ces lieux où Big Brother veille, je n'écris plus rien.

Tous ceux qui écrivaient et qui sont adulés une fois six pieds sous terre n'allaient pas, dans des médias aux mains des capitalistes, donner des leçons au bon peuple considéré comme ignare par l'intelligentsia de leur époque.

Parfois, du fond d'un asile ou d'un bois, ils accomplissaient leurs oeuvres, sans même savoir qu'un jour ils seraient célèbres.

La gloire n'est pas dans l'immédiat d'un temps glauque. Il faut parfois savoir prendre de la distance, monter au sommet de la colline, contempler l'humanité en ses soubresauts pathétiques sous le joug des imbéciles dont l'esprit est réduit à un porte-feuille, pour écrire, paisible les mots décapants qui ne seront lus que bien plus tard, à titre d'oeuvre posthume.


4. J’écris et puis j’oublie


4 août 2020


Beyrouth : comme un horrible champignon qui s'élève au dessus du port, et puis les blessés par milliers, les morts...

Ainsi donc va ce monde qu'il ne laissera rien debout, semant ruine, larmes et deuils partout.

Mes pensées poétiques, qui sont de bien maigre secours vont aux amis libanais qui souffraient déjà de l'écroulement de ce monde. 

Quoi, toujours, de la souffrance ajoutée à la souffrance ?

Terriblement meurtri, ce soir.


4 août 2021


C'était hier. 

Que sont les promesses du gouvernement français devenues ? Ainsi vont les dirigeants de ce monde qu'ils saignent à blanc : ils se précipitent au chevet des morts et des blessés, font quelques beaux discours, puis s'en vont, fiers d'eux-mêmes et sans un regard. pour les sourdes plaintes qui demeurent puisque l'injustice du monde, ils en sont responsables.

Il nous reste, à nous, les pas encore tout à fait humains, à construire le monde que nous voulons sans eux, les dépourvois de toute humanité.

Notre monde n'a pas de frontières.

Notre monde ouvre grand les bras pour accueillir les déshérités, les privés de tout.

Notre monde construit pas à pas une grande symphonie d'amour qui ne sais pas compter.

Notre monde viendra, laissant les nihilistes et destructeurs de toutes obédiences où ils doivent être : dans les geôles de l'histoire.


5. Vivre courbés


Et tandis que munis du pass les soumis se réservent l'artificiel, dans les sous-sols et les sous-bois de défunte République, nous pouvons inventer un autre monde, un autre rapport à nous-mêmes et aux autres où l'humain sera roi, et la finance obsolète.


Xavier Lainé


Parfois, datés

vendredi 20 août 2021

Pensées fragmentaires 2 : L’oubli de soi n’est pas un altruisme

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)



1. Chacun pour soi et tout est perdu. De l'importance de réapprendre à vivre ensemble.


« Un professeur a donné un ballon à chaque élève, qui devait le gonfler, écrire son nom dessus et le lancer dans le couloir. Le professeur a ensuite mélangé tous les ballons. Les élèves ont eu 5 minutes pour trouver leur propre ballon. Malgré une recherche mouvementée, personne n'a trouvé son ballon. À ce moment-là, le professeur a dit aux étudiants de prendre le premier ballon qu'ils avaient trouvé et de le remettre à la personne dont le nom était écrit dessus. En 5 minutes, chacun avait son propre ballon.

Le professeur a dit aux étudiants: «Ces ballons sont comme le bonheur. Nous ne le trouverons jamais si tout le monde cherche le sien.  Mais si nous nous soucions du bonheur des autres ... nous trouverons le nôtre aussi. »


Dialogue


TR : Je vous cite : « Ces ballons sont comme le bonheur. Nous ne le trouverons jamais si tout le monde cherche le sien. Mais si nous nous soucions du bonheur des autres … »

C’est exactement pour cela que nous ne devons pas nous opposer aux vaccins contre cette pandémie, par le souci de l'autre, de nos ainés, de tous nos concitoyens, la vie est fragile et elle appartient à tous de la préserver, merci pour ce petit récit symbolique qui parle seul bien au-delà de votre position individualiste intenable malgré tout le respect que j'ai toujours eu pour vos écrits précédents.

XL : Excusez-moi mais je ne vous comprends pas. En quoi aurais-je une position individualiste ? Je ne cesse ici comme dans la vie (la vraie, pas le roman que certains s'inventent sous des noms d'emprunt) au contraire d'attirer l'attention sur le nécessaire soucis collectif.

Je ne cesse de dire qu'il ne s'agit pas d'être pour ou contre les vaccins, les masques ou je ne sais quoi : il s'agit de regarder en face dans quelle eau croupie le capitalisme nous fait vivre.

Il s'agit donc non de considérer les vaccins comme la seule issue mais aussi de commencer au moins à changer l'eau avant qu'il soit trop tard : cette position est bien plus collective que vous semblez le penser : arrêter les déforestations, en finir avec les élevages et cultures intensives, combattre et réduire toutes formes de pollutions, s'attaquer à la "pandémie" de pauvreté, refuser de continuer à enrichir cette poignée d'individus sans vergogne qui depuis un an et demi engrangent des profits honteux, en quoi serait-ce individualiste ?

J'observe que dans cette histoire, beaucoup de ceux qui se font vacciner pensent se protéger d'abord eux-mêmes, et refusent de voir la réalité en face : si rien n'est fait sur les sujets soulevés plus haut, demain vous verrez arriver bien d'autres bactéries et virus qui vous feront regretter celui-ci.

Je n'impose à personne de se faire ou non vacciner. Chacun doit pouvoir agir à sa guise selon les informations dont il dispose.

Je prétends que le vrai souci collectif est au-delà de ces misérables débats : c'est toute une philosophie de la vie en commun que les trans-humanistes au pouvoir nous imposent, en prétendant bien évidemment ne pas en déployer.

Leur seul but et de détourner l'attention sur le monde qu'ils nous préparent où les individus seront isolés, démunis, considérés comme des objets au service de leur capital.

Si vous considérez que défendre une autre philosophie de la vie et des communs que celle-ci est une opinion individualiste libre à vous, mais visiblement, nous ne sommes alors pas du même monde.

TR : Bonjour et merci pour votre réponse où je reconnais votre justesse habituelle d'analyse, je réagissais certainement un peu trop vivement à votre post abrupt qui m'apparaissait contradictoire avec celui de ce jour, je vous cite : : « Je ne refuse pas le vaccin : je refuse qu'au nom de mon choix je sois soumis à ou complice d'une discrimination liberticide... Ensuite libre à vous de vous disputer sur les détails lorsque l'essentiel est ailleurs, libre à vous d'accepter que votre poisson rouge soit vacciné et demeure dans une eau croupie. »

Votre réponse est éclairante et croyez bien que je partage cette vision collective mais celle-ci n'est pas celle de la foule qui aujourd'hui démunie de moyens de s'exprimer (voilà quelques décennies que les médias œuvrent efficacement à ce dénuement) réagit par la seule violence sur le terreau dangereux de l'ignorance et refuse pêle-mêle science et politique dans un rejet instinctif et aveugle. C'est aussi cela qui nous menace comme nous menace encore plus sûrement la catastrophe climatique que nous avons tous à des niveaux divers générée. Pour le reste rien n'a changé en ce monde d'un côté les puissants qui agrandissent chaque jour leur empire et de l'autre ceux qui tentent de survivre. Bien cordialement.

XL 1 : Lorsqu'un pouvoir quelle que soit sa couleur, joue la carte de l'ignorance et de l'absence d'esprit critique auprès de son peuple, il peut être assuré de récolter ce qu'il a semé : une violence croissante douée d'un aveuglement souverain.

Lorsque, en plus, la sphère médiatique use et abuse de la désinformation massive au lieu de cultiver l'intelligence, celle-ci ne fait qu'allumer la mèche.

Nous assistons à cette apothéose du chaos, de la négentropie dominante. Les lumières se sont éteintes si tant est qu'elles furent un jour vraiment allumées.

Bien rares sont les périodes de l'histoire où un peuple apprend à se soulever contre l'obscurantisme.

Et comme ces périodes de l'histoire sont singulièrement tues dans les discours et dans les esprits, voici qu'un peuple se cogne contre les murs dressés par ceux qui tirent profit d'un système qui montre chaque jour un peu plus ses limites.

Que jaillira-t-il de cette apothéose de nihilisme ? Bien fort qui saurait le dire. Il semble que nous devions nous cogner encore un moment ou être aveuglés trop souvent.

Hélas, à qui prend le temps de regarder, il est clair que dans cette guerre des plus riches contre les plus pauvres, les premiers aient l'avantage de la finance, les deuxièmes ne sachant comment structurer leur nombre pour faire pencher la balance de leur côté.

Ce qui se joue ici va bien au-delà d'un problème vaccinal. Lorsque nous serons tous les gendarmes de nos voisins, vivre sera tout simplement impossible.

D'autres pays en ont fait la triste expérience dans l'histoire. Elle s'est traduite en triste camps où des milliers de catalogués parias ou sous-hommes étaient purement et simplement éliminés.

Il serait souhaitable que nous nous arrêtions avant de renouveler ce genre d'expérimentation qui ne pourrait être que pire compte tenu des moyens techniques aujourd'hui entre les mains des vulgaires apprentis sorciers.

Mais que vaut une parole de poète dans ce cirque ?

C'est juste une goutte d'eau dans l'incendie qui nous guette !

XL 2 : Excusez-moi : mais je reprends vos premiers propos. La citation n'était pas de moi, je l'ai simplement trouvée assez juste.

Cependant, parfois l'injustice des lois nécessite que nous nous y opposions.

Ce qui est injuste aujourd'hui, ce n'est pas l'existence d'un vaccin, ce sont les profits qui en sont tirés, et la tentative perverse d'en imposer l'inoculation par des restrictions de liberté contraires aux droits de l'homme.

Comme je l'ai écrit en effet, je n'ai rien contre les vaccins, je n'ai rien pour non plus, pour la simple raison du doute qui demeure quant à leur bienfondé comme seule solution au problème posé.

Que je me fasse ou pas vacciner ne regarde que moi, et je refuse qu'au nom de ma décision quelle qu'elle soit, on jette les bases d'un monde qui ne fonctionne plus selon les règles d'une solidarité essentielle, mais en discriminant l'autre, vacciné ou pas (la discrimination des vaccinés contre les non vaccinés est aussi coupable que son inverse). Cette querelle n'est qu'un moyen de plus au service du pouvoir : en semant la discorde entre nous, il peut à son aise continuer à détruire des années de luttes pour inventer un monde à taille humaine. Son véritable objectif étant celui-là : je déplore, sans doute comme vous que tant ici et dans la "vraie" vie, tombent dans ce piège.


Porte ouverte sur le vide


2. Avec le pass sanitaire, la porte semble bien ouverte vers le pire.

Un pas a été franchi qui nous met au ban de la démocratie.

Ne serait-ce par la division qui semble être l'objectif premier de ses inventeurs, division qui laisse entrevoir la violence comme faisant partie du quotidien de tous, les uns crachant sur les autres au prétexte de leur propre illusion de « conformité sociale ».

Le problème n'est pas tant de manifester mais d'inventer les outils qui permettraient à tout un peuple de mieux comprendre les enjeux : la philosophie de ceux qui gouvernent consiste à exiger de nous une adaptation à leur monde sans humanité, en laissant pourrir sur le bord de la route, ceux qui refuseront de plier.

En ceci, nous sommes devant la même philosophie qui sous-tendait les acteurs des horreurs du siècle dernier.


Xavier Lainé


Toujours sans date

mercredi 18 août 2021

Pensées fragmentaires 1 : pour ou contre la balle est toujours au centre

 


JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)


1. En situant le débat entre pour ou contre ceci ou cela, on évite de poser la question de la philosophie dans laquelle tout ceci s'inscrit.

Le pass sanitaire s'inscrit dans une philosophie qui nie l'humain comme être social, culturel : un monde de post-humains ou de trans-humains infantilisés suppléés par des machines.

Pouvons-nous espérer préserver encore un peu de notre humanité ? Notre humanité passe-t-elle par ces lieux de culture de masse qui augmentent le profit des mêmes et nivelle l'esprit du grand nombre ?

Il est temps, contrairement au BAC 2021 de réhabiliter les questions philosophiques comme moyens de préserver l'humain dans sa relation à lui-même, aux autres, à son environnement.


2. Si on laisse le terrain aux pour, aux contre, à ceux qui s'enveniment, qui n'ont que leur tarte à la crème à montrer, ceux qui ne cessent de se regarder dans le miroir déformant d'un média sans scrupule, en effet, tout semble désespéré.

On peut toutefois y enfoncer des coins, agrandir des fissures par où chuchoter d'autres idées, où se laisser glisser dans le flux de pensées libérées de ce monde puant de conformité.

Il faut simplement se défaire de l'idée de plaire, ne prendre que ce qui donne une cohésion sans verser dans la stérilité de débats sans fondements.

Réhabiliter le philosophique à l'heure où les politiques, les médiatiques, les egotiques ne savent que compter leurs "likes" et gonfler le torse en s'imaginant que ce cirque aurait quelque chose à voir avec le monde réel, celui où on peut encore dire "je t'aime", où on peut s'étreindre et s'embrasser loin des manipulations de masse.

Si je séjourne encore parfois en ces lieux, c'est juste pour ça : introduire le ver de la non-conformité dans un monde glissant de stupide conformité.


3. Les capitalistes ont gagné en ceci que les gens qui se disent de gauche se mettent à raisonner (résonner ?) comme eux.

Je le dis, le répète, l'écris : il n'est pas de gauche sans réhabilitation de nos "humanités".

Le reste n'est qu'adaptation à un système qui ne connaît que les chiffres, l'absurdité du calcul.

Système ignorant de ce qu'est ou pourrait être la vie.


Xavier Lainé


Sans date, mais un jour certain

lundi 9 août 2021

Faut suivre (L’ordre et « l’obligation vaccinale » qui en est une sans en être une)

 






« Ne te laisse point prendre au tourbillon ; mais, dans tout élan, propose-toi le juste ; et, dans toute représentation, sauvegarde ta faculté de comprendre. » Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même.


Donc, si j’ai bien compris le mail reçu ce 6 août de l’ordre national des kinésithérapeutes (celui qui,  en 2020, nous obligeait à une fermeture non administrative de nos cabinets au mépris du nécessaire suivi et de l’accompagnement indispensable de nos patients en période traumatisante de confinement généralisé), la « vaccination obligatoire » (il semble pourtant que cette notion frise l’illégalité, surtout concernant des vaccins, qui n’en sont pas puisqu’il s’agit de thérapie génique, ne bénéficiant que d’une autorisation provisoire de mise sur le « marché » et donc relevant d’un stade encore expérimental), concerne « Tous les masseurs-kinésithérapeutes, salariés et libéraux, doivent être vaccinés contre le Covid-19, sauf contre-indication médicale reconnue. » 


Si j’ai bien compris, nous sommes dans l’attente d’un décret dont nul ne connaît encore la teneur mais qui « déterminera les conditions de vaccination contre le Covid-19 des masseurs-kinésithérapeutes » « et précisera les différents schémas vaccinaux ainsi que le nombre de doses requises pour chacun d’eux. » (Pourvu que ce ne soient pas les doses létales).

Ce décret dont nul ne connaît la teneur, sauf, semble-t-il, les zélés serviteurs du pouvoir qui « s’occupent » de la profession de masseur-kinésithérapeute, « fixera également les éléments permettant d’établir un certificat de statut vaccinal pour ces derniers et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d’identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il déterminera aussi les éléments permettant d’établir le résultat d’un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par le Covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par le Covid-19. »


Donc, si j’ai bien compris, nous sommes dans l’attente d’un décret qui nous dira si nous pouvons encore exercer notre métier demain.


Mais, car il y a un mais.


Il n’y a donc pas de décret mais « les masseurs-kinésithérapeutes établissent qu'ils satisfont à l’obligation vaccinale en présentant le certificat de statut vaccinal. Peut aussi être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement à la suite d’une contamination par le Covid-19. En revanche, avant la fin de validité de ce certificat, les masseurs-kinésithérapeutes concernés doivent présenter le certificat de statut vaccinal. »

Ceci sauf à présenter un « certificat médical de contre-indication qui peut comprendre le cas échéant une date de validité. Lorsque ce certificat médical comprend une date de fin, les dispositions relatives à l’obligation vaccinale devront donc être respectées par le masseur-kinésithérapeute. »


Mais on attend.


Mais :

« Ce sont les agences régionales de santé (ARS) compétentes qui accèdent aux données relatives à leur statut vaccinal avec le concours des organismes locaux d’assurance maladie. Lorsque les masseurs-kinésithérapeutes libéraux ne détiennent pas de certificat de statut vaccinal, elles doivent alors adresser à l’ARS compétente leur certificat de rétablissement ou le certificat médical de contre-indication. »

Donc, non contente d’agir depuis des années comme un employeur déguisé, l’assurance maladie sera en droit de faire de la délation auprès de l’ARS, sans respect du secret médical entourant les données en sa possession.

On touche là à l’ignoble.


Donc, pas de décret, mais tout de même déjà, toute la flicaillerie d’un système étatique de contrôle des soignants qui sont, il paraît, libéraux, mais qui, comme le canada dry n’en ont plus que vaguement l’allure, puisque ce qui prime pour encore pouvoir exercer, c’est la soumission à une obligation vaccinale obtenue en toute illégalité (ou du moins sans respecter la plupart des textes en vigueur concernant le libre arbitre des patients et soignants) et avec l’aval d’un Conseil Constitutionnel dont le président entre en plein conflit d’intérêt (son propre fils étant directeur de l’officine qui conseille notre inénarrable président en matière de politique vaccinale et se trouve « en même temps » être l’officine de lobbying de la société Pfizer).


Mais on attend les décrets, on attend. 

Enfin non, on n’attend pas, car :

« A compter du 7 août 2021 et jusqu’au 14 septembre 2021 inclus, les masseurs-kinésithérapeutes ne peuvent plus exercer leur activité s’ils ne sont pas en possession : d’un certificat de statut vaccinal ; ou d’un certificat de rétablissement suivi avant la fin de sa date de validité d’un certificat de statut vaccinal ; ou d’un certificat médical de contre-indication ; ou d’un justificatif de l’administration des doses de vaccins requises ; ou du résultat, pour sa durée de validité, de l’examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par le Covid-19.

A compter du 15 septembre 2021, les masseurs-kinésithérapeutes ne peuvent plus exercer leur activité s’ils ne sont pas en possession : d’un certificat de statut vaccinal ; ou d’un certificat de rétablissement suivi avant la fin de sa date de validité d’un certificat de statut vaccinal ; ou d’un certificat médical de contre-indication ; ou d’un justificatif de l’administration des doses de vaccins requises. »


Il est vrai que, selon l’ARS, les kinésithérapeutes étant trop nombreux, un tel écrémage par la sanction est sans doute bien venu (les patients qui m’appellent chaque jour en quête d’un rendez-vous improbable autant qu’in espéré apprécieront. Mais après tout, après avoir applaudi les soignants pendant deux mois, vaccinés, ils pourront applaudir les services gouvernementaux (auxquel l’ordre obéit avant même les décrets, il semble), nous obligeant, à l’encontre de son propre code de déontologie, de contraindre nos patients à se faire vacciner, voir à le faire nous-mêmes (en quelques heures de Visio-conférence, les kinésithérapeutes sont en effet habilités à le faire (les infirmières qui usent pendant quatre ans le fond de leurs culottes sur le banc de leur IFSI pour apprendre leur métier apprécieront sans doute).


« A compter du 15 septembre 2021 et jusqu’au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisés à exercer leur activité les masseurs-kinésithérapeutes qui, dans le cadre d’un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l’administration d’au moins une des doses requises, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l’examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par le Covid-19. »

Donc, si je comprends bien, tout intérêt à attendre patiemment le 15 septembre, et ne faire qu’une dose (quand on voit que même avec deux doses, la plupart de nos patients ne sont que très partiellement protégés, voilà qui augmente encore mes doutes quant au bien fondé de cette « politique vaccinale »).


Mais on attend les décrets, sauf que le 7 août, c’est aujourd’hui et que donc, il sera psychologiquement génial de travailler avec l’épée de Damoclès d’une dénonciation par l’assurance maladie auprès de l’ARS qui nous signifiera notre interdiction d’exercer. Patients, si vous nous sentez un. Peu tendus ou passablement préoccupés, donc un peu moins attentifs à vos difficultés, n’en soyez pas trop étonnés.


Le summum est atteint dans le paragraphe des « sanctions » : « Les ARS vérifient que les masseurs-kinésithérapeutes libéraux qui ne leur ont pas adressé les documents nécessaires pour justifier de leur obligation vaccinale ne méconnaissent pas leur interdiction d’exercer. »

« La méconnaissance de l’interdiction d’exercer est punie de l’amende de 135 euros prévue pour les contraventions de la quatrième classe. »

Donc finalement, une amende devient presque préférable au tracas de nos doutes concernant la validité et les effets possiblement indésirables des vaccins, voir même à leur inefficacité (voir l’avis du 3 août 2021 de la Direction Générale de la Santé, signé de Bernard Celli, Responsable de la « Task Force Vaccination » (sic) et Jérôme Salomon, indétrônable  Directeur général de la santé , reçu par mail qui attirait l’attention sur les échecs vaccinaux et disait en substance que « les cas d’échecs vaccinaux dits « graves » sont les échecs vaccinaux ayant entrainé une mise en jeu du pronostic vital ou ayant conduit au décès, ainsi que les hospitalisations qui ne sont pas dues à la surveillance en lien avec des comorbidités sans signes d’aggravation de la maladie. »)

Une blague circule : deux rats de laboratoire discutent. L’un dit à l’autre, « tu vas te faire vacciner toi ? » et l’autre répond, « non, j’attends qu’ils aient finis les essais sur les humains ». On croit rêver.


Mais, en bons geôliers de la start-up nation réduite à une paillasse de laboratoire pharmaceutique, « lorsque l’ARS constate qu’un masseur-kinésithérapeute (salarié ou libéral) ne peut plus exercer son activité depuis plus de trente jours puisqu’il ne remplit pas son obligation vaccinale, il en informe le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes. »

Et là quid ? Vous vivez vous sans pouvoir exercer votre métier donc sans rémunération pendant tout ce temps (car j’imagine que l’assurance maladie ne se contentera pas de faire de la délation, et qu’en bon employeur déguisé elle trouvera bien le moyen de faire encore des économies sur notre dos en suspendant le règlement des actes en tiers payant, à moins que nous décidions de faire payer chaque séance à tous nos patients, qui seront certainement ravis, du moins les plus démunis, de devoir mettre la main au porte-feuille).


On aurait pu attendre des syndicats professionnels de libéraux qu’à minima ils défendent la liberté de choix et d’exercice de leurs mandants. Il n’en est rien. Ils se taisent, voir même par leur participation aux URPS sous contrôle des ARS, participent à cette pitoyable mise au pas.


Bon, mais nous sommes déjà le 7 août, on attend les décrets, mais nous sommes déjà sous la menace si aimablement relayée par un ordre que nous n’avons jamais demandé, à la veille d’un joli week-end d’été : sans doute un élément de plus de la stratégie de torture psychologique expérimentée depuis mars 2020 qui semble chercher davantage à retarder l’explosion d’un peuple à bout de nerfs. Sauf que, comme le dit si bien Barbara Stiegler, concernant les supposés « complots », ils sont trop bêtes pour en être capables.

Ils semble bien qu’ils soient même trop idiots pour proposer, dans le contexte d’une crise sanitaire inédite, des stratégies cohérentes visant à régler le problème à sa source écologique, climatique, économique et sociale et qu’ils s’en tiennent à vacciner les poissons que nous sommes en nous laissant nager dans l’eau croupie de leur systèmes qui ne cesse de nier et détruire la vie.


Xavier Lainé

7-9 août 2021



mardi 3 août 2021

Lettre ouverte sur la paix à Monsieur le maire de Manosque (04) et aux conseillers municipaux (Suite 2)

 




Rappel des épisodes précédents :

Dans sa séance du 21 mai 2021, Monsieur le maire de Manosque donnait lecture d'une motion soumise au conseil municipal par le Mouvement de la paix demandant que ledit conseil suggère au Président de la République la ratification par la France du Traité d'interdiction des armes nucléaires, entré en application en janvier 2021.

Cette motion, tombée dans un froid glacial des conseillers de tous bords, ne fut défendue par personne et, comme de bien entendu, rejetée.

Plus impressionné par le froid accueil réservé à cette initiative qu'à son rejet (hélas prévisible), j'écrivais une lettre ouverte à Monsieur le maire que vous retrouverez ici : Lettre ouverte à Monsieur le maire et ses conseillers municipaux

Bien entendu, cette lettre est tombée dans le puits sans fond et sans écho des médias locaux, plus prompts à établir la chronique des chiens écrasés qu'à débattre de questions philosophiques.

Toutefois, fin juin, à ma grande surprise, je reçus dans ma boite aux lettres une réponse assez personnelle et "technique" de Camille Galtier, Maire de Manosque, et me promettais d'y répondre. (Lettre ouverte à Monsieur le Maire et ses conseillers municipaux (suite 1))

Le temps étant ce qu'il est, c'est à dire fort peu élastique quoique relatif et inexistant, de procrastination en remise au lendemain, j'ai fini tout de même par écrire la réponse ci-après (postée le 27 juillet avec promesse de la rendre publique, j'ai attendu qu'elle soit sur son bureau pour la publier ici).


Lettre ouverte à Monsieur le maire (et aux conseillers municipaux ?)

Xavier Lainé



À Monsieur Camille Galtier
Maire de Manosque

Hôtel de Ville

Place de l’Hôtel de ville

04100 Manosque


Référence : Votre courrier du 21 juin 2021 référencé CG/HF/gr/2021/91


Manosque le 27 juillet 2021


Monsieur,


Je vous prie de bien vouloir m’excuser d’avoir tant tardé à vous répondre. Faisant partie de « vos administrés » au service de beaucoup d’autres dont les souffrances endurées, surtout en cette période étrange, me laissent que fort peu de temps, les journées sont résolument trop courtes.


Soyons clair : votre lettre m’a mis dans un certain embarras. Je ne suis pas un expert en joutes politiques et c’est tout à fait volontairement que ma lettre ouverte du 6 juin dernier cherchait à débattre philosophiquement et non techniquement ou économiquement du sujet de la Paix et du désarmement nucléaire.
Embarras : ma lettre vous était adressée, ainsi qu’aux conseillers municipaux. Votre « souci démocratique » vous aura-t-il poussé à leur communiquer mon propos ? Qu’en ont-ils pensé ? Vous ont-ils suggéré votre réponse « technique » à des questions qui, contrairement à ce que vous affirmez, concernent résolument le « bien-être de vos administrés » ? Peut-être pourrez-vous éclairer ma lanterne ?


Si je vous suis reconnaissant d’avoir soumis « démocratiquement » la motion du Mouvement de la paix à votre conseil municipal (qui, démocratiquement toujours, et si nous poussons la réflexion au sens étymologique des mots, n’est pas « votre » mais « notre » conseil municipal), si je vous suis tout aussi reconnaissant d’avoir lu ma missive et d’y avoir donné réponse (ce qui n’a pas été sans me surprendre en me laissant entrevoir que mon propos philosophique n’aura pas été totalement vain), je persiste à penser que le rôle d’un élu, quelle que soit sa place dans les institutions de l’Etat, n’est pas seulement d’administrer mais d’impulser une réflexion démocratique, y compris sur des sujets qui ne relèvent pas juridiquement de sa compétence mais qui posent des problèmes suffisamment graves pour la survie de l’humanité.
Je vous observe : il semble bien que le climat soit parmi vos préoccupations, ce qui est, en soi, louable. S’il en est ainsi, ne croyez-vous pas que la paix mériterait la même attention ?
Je ne peux pas m’empêcher de penser que vous devez bien avoir une opinion sur ces sujets, à moins de réduire votre rôle politicien à la portion congrue d’une « charge électorale » dépourvue de tout concept, de toute pensée.


Que ma philosophie ne soit pas la vôtre relève, comme vous le dite, de bonne démocratie. Encore faut-il avouer que nous en avons une et de quelle nature.
Je vais être précis : ma philosophie considère que les institutions sont oeuvres humaines qui n’ont rien d’immuables et conteste qu’un seul homme puisse avoir pouvoir de vie et de mort sur le misérable humain que je tente d’être.
Contrairement à ce que vous affirmez, même dans une constitution aussi contestable démocratiquement que la Vème République, un certain nombre de garde-fous existent qui ne laissent pas tout pouvoir au Président de la République en matière de défense nationale. S’il s’agit bien d’un « domaine réservé », ses décisions doivent être soumises à un conseil des ministres ainsi qu’à des parlements.
En « bonne démocratie » telle que vous semblez la souhaiter, il convient en effet que le pouvoir solitaire d’un homme soit à tout le moins « tempéré » par quelques contre-pouvoirs afin d’éviter toute dérive autoritaire.
Le pouvoir démocratique ne saurait être réduit à l’exercice solitaire d’un homme, fut-il le meilleur et le mieux intentionné, et ce à quelque niveau de l’Etat que ce soit.
Vous n’êtes pas, sauf votre respect, seul détenteur d’un pouvoir municipal, vous n’en êtes que le dépositaire le temps d’un mandat sous le regard d’un conseil municipal pluraliste et qui a pour devoir de tempérer vos ardeurs si nécessaire.


C’est ainsi : je sais que cette conception des choses n’est certainement pas la vôtre. Votre courrier abonde plutôt dans le sens d’un conformisme étonnant compte-tenu de votre jeunesse. 

Le « si vis pacem para bellum » ou concept de « paix armée » est passablement écornée par les preuves historiques de son insuffisance philosophique. Même sur Wikipedia, qui n’est pas toujours une référence, Pierre Larousse est cité qui disait : « Cette maxime toute romaine est peu

philosophique... Il est paradoxal de dire que les gros bataillons assurent la paix. Les peuples sont de grands enfants : quand on a de si belles armes, il se trouve toujours des fous qui brûlent de les essayer ».

Cette conception des choses a été abondamment commentée, et son danger largement  abordé dans la littérature et les discours dans l’histoire, en particulier depuis l’invention de la bombe nucléaire et son usage au XXème siècle.
Etant le dépositaire pour le temps de votre mandat du « bien-être » des administrés, les citoyens sont en droit de vous demander selon quelle philosophie vous entendez y travailler. C’est une question fondamentale, bien plus fondamentale qu’un programme en forme de catalogue où sont énumérées les mesures concrètes que vous envisagez de prendre. Car il n’est d’action concrète qu’inscrite dans une pensée du monde.
La tentation serait grande de tomber dans le piège d’un économisme de bazar qui ne cesse de polluer les débats démocratiques depuis au moins quarante ans, du fait de la domination philosophique libérale dans tous les domaines de la société (étatique, médiatique, sociologique, et bien entendu économique). Cette hégémonie de la pensée porte en elle-même la ruine de tout esprit démocratique.


Je sais bien qu’en vous écrivant de la sorte, certains pourront juger ma prise de parole et l’affubler d’un « angélisme » que j’assumerai volontiers pour la bonne raison qu’aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire, ce ne sont jamais les catégories les plus vulnérables qui ont déclaré les guerres, mais bien les plus puissants, les premiers partant au front par obligation et parfois même se trouvant condamnés à mort lorsqu’ils osaient contester le bien fondé des conflits (rappelez-vous donc les « fusillés pour l’exemple » de 1914-1918).


Dans mon courrier je prenais la précaution de m’adresser aux femmes et aux hommes que vous êtes, non seulement aux élus dans leur fonction.
La question de l’abolition des armes nucléaires ne relèverait donc pas du « bien être » de vos concitoyens ?
Qui pourrait prétendre, comme vous semblez l’affirmer que ces armes nous « protègent » ? 

Regardez bien le monde comme il semble tourner, avec ses injustices économiques, sociales, climatiques : pensez-vous vraiment que, face à des populations affamées et n’ayant plus rien à perdre la seule réponse serait la « dissuasion nucléaire » ? 

Quid de ces armes si l’instabilité politique que certains pays enregistrent déjà venait à gagner nos pays qui se prétendent civilisés et que cet arsenal tombait entre des mains bien moins sympathiques que les dignes politiciens d’un système démocratique essoufflé ?


Vous me permettrez, pour conclure d’en revenir à Camus dans son « Discours sur la guillotine » qui écrivait : 

« Si la peur de la mort est une évidence, c’en est une autre que cette peur, si grande qu’elle soit, n’a jamais suffi à décourager les passions humaines.

[…]

Devant le crime, comment se définit notre civilisation ? La réponse est simple : depuis trente ans, les crimes d’Etat l’emportant de loin sur les crimes des individus. Je ne parle même pas des guerres, générales ou localisées, quoique le sang aussi soit un alcool, qui intoxique, à la longue, comme le plus chaleureux des vins. Il y a de moins en moins de condamnés de droit commun et de plus en plus de condamnés politiques. […] Ceux qui font couler le plus de sang sont les mêmes qui croient avoir le droit, la logique et l’histoire avec eux.

[…]

Les lois sanglantes, a-t-on dit, ensanglantent les mœurs. Mais il arrive un état d’ignominie, pour une société donnée où, malgré tous les désordres, les mœurs ne parviennent jamais à être aussi sanglantes que les lois. »


Ce sont ces questions qu’élus et citoyens nous avons le devoir de nous approprier et d’en débattre. À moins de considérer, comme votre philosophie semble vouloir l’admettre, qu’au nom des institutions et de la constitution, le débat démocratique est clos, ne concernant plus qu’un homme, seul, démiurge au nom du peuple.


Je vous renvoie en effet à votre citation du Général de Gaulle qui fut l’instigateur, à l’instant de son coup d’Etat contre l’OAS, en 1958, d’une constitution taillée à sa mesure : « Il n’y pas de politiques qui vaillent en dehors des réalités ».

Comme la notion même de réalité est parfaitement subjective et varie selon notre perception, vous admettrez peut-être que les questions posées dans mon courrier du 4 juin dernier, au regard du vôtre faisant « rappel technique sur les institutions et le rôle de chacun en leur sein », gardent toute leur validité et que le débat mérite d’être encore et toujours ouvert car il concerne nos vies et nos espérances.


Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter à la connaissance des conseillers municipaux la teneur de ma réponse à votre courrier.

Je garde l’espoir que cette correspondance puisse être le ferment d’un riche débat sur le sujet de la paix et du désarmement.

Car il est plus urgent que jamais de sensibiliser nos concitoyens à ces questions. Pour ce, je rendrai public mon courrier, comme le premier, bien évidemment.


En vous priant, d’agréer, Monsieur, l’expression de mes plus cordiales salutations.


Xavier Lainé