mardi 29 juin 2021

Atterrir

 




Je tente d’atterrir.

Je tente de me remettre de la colère.

Pas un mot de vrai qui se pose sur les heures.

Je voudrais être cette parole qui se pose là.

Cette parole qui dit ce que nul ne dit plus.

Que la misère et l’ignorance sont les mamelles.

Les mamelles où tètent les idées rances, les pensées avariées.


Bien sur la violence du propos dit ainsi.

Mais tellement abasourdi devant les insultes proférées, les appels au crime.

Tellement écoeuré de cette absence de retenue.

Les monstres sont lâchés dans l’arène, pour la plus grande joie des possédants.


J’hésite parfois à lâcher les brides de ma plume.

Elle pleure en secret plus souvent qu’à son tour.

Tant avant moi qui ont crié, chanté, clamé l’innocence des pauvres.

Tant qui auraient voulu d’un mot renverser le pouvoir abusif des tyrans.


Tant d’années sous le joug de l’impuissance qu’il faudrait désormais la force de Titan pour remonter la pente.

Il faudrait aller sous vos balcons fleuris, sur vos paliers en lambeaux clamer la parole contraire et la faire entendre.

À laisser médias sans état d’âme clamer leurs insanités, on vide l’humain de sa substance.

Qu’on vienne me parler des crimes du stalinisme viendrait bien sûr me contraindre à mettre dans la balance ceux du capitalisme.

Or un mort est un mort de trop quelque soit le camp qui l’exécute.

Un mort de trop pour la simple raison que nous nous laissons déposséder de notre langue contraire, de notre propos issu des communs.


Xavier Lainé


24 juin 2021 (2)


lundi 28 juin 2021

Las

 




Tandis que dehors le monde court à sa perte.

Que le pire s’annonce sous visage dé-diabolisé des cyniques.

Vous restiez l’oeil rivé sur vos écrans, regardant d’un air absent vos séries télévisées, poussant vos bonbons sur des grilles de jeux sans intérêt.

La maison brûle, menace ruine, vous regardez ailleurs.


La maison brûle, menace ruine, vous regardez ailleurs.

Le vieux militant s’affaisse contre un mur.

Il ferme les yeux ne pouvant croire en ce cauchemar.

Il voit les légions barbares s’avancer dans un silence pesant.

Il vous contemple dans vos jeux absurdes, vos yeux rivés sur vos séries.

Il se ronge de l’intérieur pour ne pas se mettre en colère furieuse.


Demain nous serons tous sous le glaive de nos actes.

Qu’un silence glacé accompagne nos errements ne fait qu’accroitre la douleur.

Douleur de devoir vivre devant ce triste spectacle.

Devant cette vision terrible de votre abandon aux griffes de vos maîtres.

L’esprit vide, vous allez, comme si de rien n’était.

La maison brûle mais vous regardez ailleurs.

La maison brûle mais vous fermez les yeux.

Vous annoncez votre fatigue de vivre, d’une vie réduite à peu de chose : le lit, la chaise, mais toujours un écran à la main.

Vous ne pouvez vous en passer.


Chaque jour nous fait faire un pas vers le chaos.

Comment arrêter la machine infernale ?

Comment cultiver l’esprit nécessaire au sursaut ?

Mes paupières tombent de lassitude.

J’avais cru un instant possible le cheminement des consciences.


Xavier Lainé


21 Juin 2021 (2)


dimanche 27 juin 2021

Victoires à la Pyrrhus

 




Lundi de pleurs, de larmes de crocodiles.

On se lamente. Ici et là, on persiste à oublier l’histoire.

On persiste à ne pas s’observer au miroir tendu par les abstentionnistes.


Pas plus tard qu’hier, me faisait rire au nez d’avouer aller voter.

Pas plus tard qu’aujourd’hui les mêmes ironisent encore.

Ils ne voient pas qu’ils signent leur propre défaite.


Bien sur au nom de l’anarchie, on peut refuser de participer.

On peut aussi baisser son froc devant la violence.

On peut tenir discours incohérent sous l’emprise des addictions.


On pourrait, au nom de l’anarchie, se mettre à penser plus loin, 

Plus loin que le bout de ses certitudes, de ses convictions 

De ses renoncements devant le chaos annoncé ?


Les pleutres s’avouaient déjà vaincus.

Ils avaient renoncé à toute lutte objective au nom de leur « pureté ».

Ils ne voyaient pas le gouffre ouvert sous leurs pieds.


Un temps gris, lourd et pesant ouvre la parenthèse du jour.

Tu me disais qu’on avait banalisé tous les extrêmes.

Je te disais que non, qu’il ne fallait pas être aussi simpliste.


Ils ont sciemment banalisé le pire pour un illusoire pouvoir.

En banalisant le pire, ils se sont certes maintenus un temps.

Puis est venu le temps des comptes et de la violence larvée.

Juste avant que ne se déchaine les monstres avinés, aveuglés.

Viendra alors le temps de l’oeil pour oeil, du dent pour dent.

De cette loi du talion jaillira le pire dans une guerre sans fin.


Xavier Lainé


21 juin 2021 (1)


samedi 26 juin 2021

Opinions/convictions 4

 




Je ne réponds à aucun appel qui n’entre en résonance avec mon âme.

Je ne réponds à rien d’autre que ce sentiment de devoir combattre, par les mots à défaut de savoir le faire par les actes, contre l’injustice flagrante d’être né en monde si peu cordial.

Monde si peu cordial qu’il laisse les pires gouverner ceux qui acceptent de se soumettre.

Dès cet instant mes mots cherchent la page, hésitent, se fraient un chemin que certains trouveront fort peu poétique, certes.

Fort peu poétique car il ne cherche pas la satisfaction de n’être lu que par une bourgeoisie qui se prétend « éclairée », qui a la prétention de parler au nom des « manants ».

Je voudrais simplement traduire en mot la colère sourde de n’être jamais considéré comme citoyen libre et égal, quelle que soit la bonne ou mauvaise fortune.

Forts nombreux sont ceux qui font contre mauvaise fortune silence.

Pas bon coeur comme votre esprit l’avait tout de suite échafaudé, mais silence, pesant et souverain face au mépris des nantis de toutes sortes.

N’y voyez là aucune vindicte, juste cette vision de plus en plus claire que ne pourront être sauvés que ceux qui entreront dans la lutte pour leurs propres opinions du monde.

Non celles qui finissent en convictions mal ficelées dans des actes de congrès, dans des motions aussi vite oubliées qu’elles ont été prononcées.


Je fais partie de ceux qui n’ont jamais su se défendre.

Je fais partie de ceux qui ont toujours eu la naïveté de croire qu’il soit possible d’être responsable et honnête.

De ceux qui ont découverts à leurs dépends que selon le niveau de « responsabilité », il ne s’agissait plus de défendre ou débattre d’opinions, mais de préserver, quel qu’en soit le prix payé en naufrages des moins bien lotis, une « réputation », un « pouvoir ».


Xavier Lainé


19 juin 2021 (1)


vendredi 25 juin 2021

Triste époque

 




Le coeur ne se fait pas à l’horreur des dominations vulgaires.

Le coeur a besoin d’exulter, de s’enthousiasmer.


Triste époque, s’il en est encore une, qui nous laisse à sec.

Le bateau de nos rêves posé sur cales, le matin se fait douleur.


C’est douleur de vivre quand plus rien ne vient soutenir

Les pauvres hères laissés sur le bord du chemin.


Je voudrais être au bord de la Bidassoa avec les autres.

J’y voyage par la pensée, puis m’arrête au bas de mon escalier.

Une puissante fatigue me saisit de devoir vivre un nouveau jour.

Dehors n’est que brouhaha d’activités et de moteurs.

On dirait que nous sommes paralysés.

Que nous ne savons tirer aucune leçon.

Que chaque jour passe dans une indifférence coupable.


Mes mots se posent un instant sur mes lèvres.

Je rêve d’une infinie douceur qui viendrait m’emporter.

Le béton a gagné les âmes.

Le béton et l’armure qui nous laissent harassés.


À l’heure des bilans d’existence je marche chancelant.

Aucun vent frais pour soulager mes sueurs.

J’écoute les paroles insipides prononcés sur des rives d’ignorances.


Qu’avons nous raté pour en être à tant de bassesses ?

L’orage gronde au bord d’esprits trop las pour encore réagir.

La vie s’écoule qui ne laisse nulle place à l’espoir.

La vie s’est échouée sur des rives qui se font cimetières.


Xavier Lainé


18 Juin 2021


jeudi 24 juin 2021

Ne suis d'aucun pays

 




Alors tu vois je ne suis d’aucun pays.

Mes pas sont d’éternelles errances.

À défaut de voyager dans l’espace et le temps,

Je me déplace dans ma tête 

Et la terre se fait étroite.


Bien sur en l’été des torpeurs, 

Je suis là réfugié, derrière mes volets tirés.

Je tire des pages vierges la substance d’une pensée.

Je tire des pages noircies ma soif de connaissances.

J’ai vécu.


J’ai vécu sur des rives d’outre-mer.

J’ai vécu sans le savoir dans l’esprit des colonies.

Avec la naïveté de l’enfance, je ne vis rien de l’oppression.

Je garde les yeux ouverts sur le partage enfantin.

Mes billes étaient de verre, les vôtres, de terre.


J’ai vécu.

J’ai vécu un temps infiniment perdu,

Où les souvenirs d’enfance forgent un naïf idéal

D’hommes et de femmes et d’enfants qui se regardent

S’écoutent et se respectent.


J’ai vécu un temps perdu et jamais retrouvé.

J’ai cherché un peu partout les portes et les fenêtres ouvertes.

J’ai cherché dans l’amitié le ferment de nos grandeurs d’âme.

Je me suis tant de fois perdu.

Je me suis noyé sur des rives d’intolérance.

Mes yeux ne croient pas ce qu’ils voient.


Xavier Lainé


17 juin 2021


mercredi 23 juin 2021

De chagrin en chagrin

 




Je vais de chagrin en chagrin, suant de flaques en flaques,

Titubant dans la boue de l’histoire, ayant perdu ma boussole d’utopie.


Je vais clopin-clopant, bancal de la pensée, autodidacte hors sujet, 

Toujours à côté de la plaque qui cache si mal les égouts de la pensée.


Je m’en vais depuis toujours avec la tentation de vivre, non de survivre, 

Me cognant aux murs trop étroits d’un monde de calculs ignobles.


Je crie.

Je ne sais faire que ça, 

Je crie.


Sinon qu’avec le temps mon écrit parfois se perd.

Il s’égare dans les crissements tonitruants des pneus sur les avenues, 

Dans l’océan de bêtise que clament des médias que je n’écoute plus.

Incroyable le bruit que fait cette marée noire, 

lorsqu’elle trouve comme alliée un ignorance crasse.


J’écris.

Je ne sais faire que ça.

Ecrire.


Parfois en pure perte et sans savoir où déposer mon verbe, 

Ou ma verve qui jaillit aux fontaines de vie.

Une eau rouge sang coule au robinet des pages.

Une eau d’un rouge à peine atténué des gouttes de rosées

Que font les larmes lorsqu’elles surgissent à flots nourris.

Je m’en vais éperdu accoster aux rives de jours sans.

Plus grand chose à attendre, il ne me reste que l’ouvrage.


Xavier Lainé


16 juin 2021