lundi 24 avril 2023

Poésie/Tracts#2

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie


De quoi donc avez-vous peur


Regardez donc 

Ce que ce mot lourd de sens

Produit de recul et de repli


De quoi sont tissés vos jours


Allez-vous en regardant vos pieds

Allez-vous détournent votre regard

Lorsque misère s’y introduit


De quoi est faite votre vie


Derrière quels murs sont enfermées

Vos révoltes et colères

Vos imaginations 


De quoi donc seriez-vous capables


Si


Si vous alliez d’un pas guilleret

Suivre les chemins de traverses

Qui vous mènent et vous enivrent


Si


Si vous décidiez de vous en occuper

De votre vie si 

Si seulement vous en étiez 

Les maîtres incontestés









Insinuer la peur de l’inconnu

pour obtenir le consentement

serait-ce ça

la liberté ?










Anonyme XXI


2 avril 2023


dimanche 23 avril 2023

Poésie/Tracts#1

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie




C’est l’heure

L’heure de relever le gant

De quitter le petit confort

Du canapé devant la télé

Du livre de poésie sagement rangé

Sur l’étagère


C’est l’heure

L’heure où poésie se doit

D’abandonner les salons feutrés

D’un « printemps » qui ne vient

Qu’une fois par année

Puis revient au silence

Tandis que les discours grondent


C’est l’heure

L’heure de rejoindre

Par les mots semés

Sur des trottoirs d’avenir

Par ceux qui se lèvent

Et donnent de la voix


C’est l’heure

L’heure vous dis-je

D’une poésie qui gronde 

Avec le fleuve souterrain des colères

D’une poésie qui nous questionne








Quoi l’humain

Une marchandise cotée à la bourse de la médiocrité ?














Anonyme XXI


1er avril 2023


samedi 22 avril 2023

Poésie/Tracts (Anonyme XXI) - Préface

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie


C’est d’ailleurs parmi les manifestants que je rencontrais l’anonyme du XXIème siècle

Je suis d’accord, personne ne me croira, sur ce coup là.

C’est pourtant vrai.

De manifestation en protestation, le hasard nous porta sur le même chemin, côte à côte et unanimes à contester les décisions iniques d’un Etat aux abois.

Il m’affirmait écrire, mais sans trop savoir quoi faire de ce qu’il écrivait.

Comme beaucoup, son écriture était une écriture du silence, vouée à ne jamais paraître au ciel pur de la littérature bourgeoise.

Il se sentait d’ailleurs très mal à l’aise, bien que lecteur assidu de toutes formes littéraires, avec ce milieu qui brille plus par la juxtaposition des ego que par son penchant à l’oeuvre commune, celle qui s’écrit dans les souterrains où se terre la liberté d’expression.

Car nous en sommes là : la liberté erre dans les sous-sol de la République, puisque, au rez-de-chaussée, on frappe, on cogne, on éborgne et on mutile.


Prenant un café en terrasse, il me proposa un « marché » : sans faire de blague, il écrirait à partir du premier avril 2023, une série de poèmes à distribuer sous forme de tracts, pas plus de vingt chaque jour, répartis aléatoirement dans la ville, au fil des rencontres probables ou improbables.

En échange, je lui devais un café hebdomadaire avec lui-même, sans que nul ne puisse savoir qui il était.

Le marché fut ainsi conclu. Je lui fit part de ma volonté de publier ses textes sur mon blog. Il me demanda d’insister sur son anonymat. Je respecterai donc sa volonté.


Je vais donc depuis avec mes tracts à la main.

Mal foutus, mal imprimés, j’en distribue dix pour la première version.

Finalement je change.

Changement de présentation pour que ça fasse plus « tract ».

J’en imprime vingt de chaque sans savoir très bien comment les diffuser.

Ils restent dans mon sac.

Peut-être étais-je un peu présomptueux, m’engageant ainsi auprès de mon auteur anonyme.

Tout le monde s’en fout que la poésie gagne la rue.

Tout le monde s’en fout qu’elle marche aux côtés de ceux qui se rebellent.

Le poète est un anonyme parmi d’autres.

Rien ne le distingue.

Il ne sait d’ailleurs pas ce que ce serait, d’être poète.

Il ne sait pas.


Ne sachant pas, les poèmes, un à un, se déposent dans ma salle d’attente.

Ils sont en attente, patiemment, d’être lus…

À vous, lecteurs, de jouer avec.


Manosque, 19 avril 2023


Xavier Lainé


vendredi 21 avril 2023

Poésie/Tracts (Anonyme XXI) - Avant-Propos

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie



C’était un jour de puissante manifestation.

La foule, après déambulation dans les rues de la ville, s’était rassemblée sur l’esplanade de la poste (dite esplanade François Mitterrand).

Dans le coin le plus reculé, une statue et la foule qui lui tournait le dos.


Elle n’avait jamais attiré mon attention, sauf ce jour là.

Une tête, couverte d’un voile, sauf la bouche, et une grosse main posée qui semble maintenir le linge ou le soulever pour ne laisser place qu’à la bouche.


J’y retournais bien plus tard.

J’observais l’objet sous toutes les coutures.

Je lui trouvais une symbolique d’actualité : je vous couvre les yeux et le nez mais vous laisse libre les lèvres.

À vous donc de dire ce que vous voulez mais sans rien dire du monde que vous ne pouvez ni voir, ni sentir.


Que l’auteur de ce monument ne m’en veuille pas de cette interprétation.

Car, à force d’en faire le tour, je découvrais, au dos de la sculpture, gravé, le nom du sculpteur : Céleste.

Je cherchais sur internet quelque chose le concernant.

Je découvrais que son oeuvre s’intitulait « Levée de rideau ».

J’en avais donc détourné le sens, avec mon regard d’aujourd’hui.


Il ne semble pas que cet artiste ait eu d’autres oeuvres exposées ainsi.

La sienne, qui prend une expression si différente aujourd’hui, est posée là, au coin de cet espace excentré de la ville, si peu fréquenté que nul ne prend garde à l’existence de ce monument.

Signe d’un temps où, si le rideau parfois se lève, c’est pour aussitôt retomber sur les regards accaparés par d’autres écrans.

Un signe des temps qui va donc accompagner l’oeuvre anonyme à venir.


18 avril 2023


Xavier Lainé


jeudi 20 avril 2023

Une ode au retrait 30

 




Pour répondre au silence il n’est que le silence

S’ils ne veulent rien retirer de leur certitudes

Le mieux et de nous retirer de leur immonde


Bien sûr la colère et la révolte

En point d’orgue d’un schisme mondial

Entre ceux qui ne sont rien 

Ceux qui s’estiment gratin

Qui ne sont que lie de toute humanité


Pour répondre au silence il n’est que silence

Pour répondre au mépris sage retrait

Car ils ne sont rien 

Ceux qui s’imaginent tout


(31 mars 2023 — 1 — 4h17)


*


La nuit persiste

Ce serait heure douce

À couler en tendre retraite

Pour y réinventer le monde


La nuit insiste

Les rêves se sont envolés

Par la porte ouverte 

Sur un printemps ardent

Bien trop ardent


Il faut être au chevet des êtres

Pour mieux mesurer la lente érosion

Sous les vents contraires

D’un monde qui ne cesse d’agoniser

D’un monde qui ne cesse d’agonir

Toute trace de vie

Toute envie d’humanité


La nuit envahit tout

Sous les fumées lacrymogènes

Sous les grenades 

La pluie des matraques

Il ne reste que la nuit

Ou le retrait 

Pour trouver respiration


(31 mars 2023 — 2 — 6h09)


*


Avant les mauvaises blagues

Ou après

C’est selon

Car il semble désormais

Que chaque jour est le premier

Que jamais ça ne s’arrête


Avant les mauvaises blagues donc

Observer le jour qui se lève

La rumeur de la rue qui monte

La vie qui s’écoule

Indifférente à tout


(31 mars 2023 — 3 — 7h43)


*


Au seuil du printemps

Nous voici

Nous sommes en train de nous noyer

Nous savons qui nous enfonce

Quelqu’un nous tend une perche 

Mais nous appelons au secours

Celle qui reste sur la rive et contemple la scène

Sans faire un geste

Refusant de saisir la seconde

Nous surnageons jusqu’au bord

Car l’individu en survie 

Déploie une force colossale


Nous voici sur la grève

Nous rentrons au bercail

Le premier

Qui nous tirait vers le fond

Se frotte les mains

De nous voir sains et saufs

Mais

Tout comptes faits

Nous remercions celle

Qui n’ayant rien fait savait

Les bénéfices qu’elle pourrait en tirer


Toute ressemblance avec des personnes ou des faits

N’est que pure coïncidence

Le printemps avance

Le roi est nu

Mais s’accroche à son trône


(31 mars 2023 — 4 — 8h35)


*


Que reste-t-il à la vie

Sinon aimer

Pour le simple bonheur d’aimer

D’avoir les pensées qui vagabondent

Rejoignent avec une infinie tendresse

Le coeur de l’autre

Rompre avec l’inquiétude du silence


Que reste-t-il à la vie

Sinon ces rares instants 

Suspendus à la tendresse

L’attente coeur battant

De ces moments de débordement

Entre des bras amis


Que reste-t-il à la vie

Que ne connaissent pas

Les cyniques et les corrompus

Les assoiffés de domination


Dites-moi

Que nous reste-t-il

Qu’ils ne puissent nous contester

Sinon d’aimer

Dans le silence d’une attente


(31 mars 2023 — 5 — 15h59)


*


Car au fond

De quoi avons nous besoin

Sinon d’amour et de temps pour le vivre


C’est ce qu’ils ne peuvent pas comprendre

Les acharnés du profit

Il leur faut peuple réduit en esclavage

Et se réserver la part belle d’une vie

Gagnée sur les échines fourbues


Le sort des esclaves enchaînés

Il semble bien que ceux-là même

Commencent à en secouer le joug

À y voir clair dans les manipulations

Qui les réduisent toujours plus

À n’être que l’ombre d’eux-mêmes


Alors

Le joug secoué

C’est de vivre et d’aimer

Dont la soif est immense


(31 mars 2023 — 6 — 17h04)


Xavier Lainé


mercredi 19 avril 2023

Une ode au retrait 29

 




Parfois 

Pour ne pas se laisser emprisonner

Dans les réactions à chaud

Il vaut mieux

En ce qui concerne

Les prétendus « humains »

Se cantonner à la fatalité

Ça vous évite la colère

Ou la rancoeur

Ou les cruelles déceptions


Que cette fatalité soit

N’est pas du au hasard

Les prétendus « humains »

Ont ceci de particulier

Qu’ils forgent eux-mêmes leur sort

Que pour leur confort

Ils invoquent les divinités

Ne change pas grand chose 

À justement oublier leur devoir

De se parfaire en humanité

Ils se révèlent au bout du compte

De la pire des espèces


Il faut parfois 

Avoir vécu toute une vie

Pour apprendre à ne plus rien attendre

Se contenter d’observer

En quels errements vont

Les obsédés d’eux-mêmes

Au point d’en oublier

Que si l’humanité est encore présente

Ce n’est pas un fait individuel

Mais bien une oeuvre collective

À défaut 

Elle aurait déjà disparue

Portée en pertes et profits

D’une planète 

Qui ne s’en trouverait que mieux


(30 mars 2023 — 1 — 15h31)


*


La rhétorique du fascisme revêt des visages divers

Elle peut parfois se muer en langage sirupeux

Poser sur son visage implacable

Le masque doucereux de la démocratie

Mais sous contrainte et dans « l’ordre »

C’est un discours qui tend à ne rien dire

Qui noie les idées dans un magma de non sens


La rhétorique du fascisme fait son nid

Dans la certitude d’un homme de pouvoir

De détenir à lui seul la vérité absolue

Traitant de « factieux » ou de « terroriste »

Toute idée contraire à son raisonnement abscons


La rhétorique du fascisme s’insinue 

Se faufile entre les mailles du filet

Où se relâchent nos vigilances

Une fois installée elle éclate au grand jour

Sous les lamentations du « on ne savait pas »

Mais elle loge avec délice au nid des discriminations

Elle progresse à grand pas sous le poids des armes

Elle se plaint d’une violence fomentée par elle-même

Quand tu te réveilles

Il est hélas parfois trop tard

Ceux qui pourraient te défendre étant éliminés

Il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer


(30 mars 2023 — 2 — 20h51)


Xavier Lainé


mardi 18 avril 2023

Une ode au retrait 28

 




Il n’est pire violence que l’extension de la misère

De celle-ci découle la rhétorique « sécuritaire »

Celle qui est à la base de tous les totalitarismes

De tous les fascismes


Il n’est pire violence que l’affirmation

D’une vérité tronquée

Pour ne rien dire de cette misère qui nous ronge

Qui pousse les êtres sans réflexion

Au vol et à la violence gratuite


(29 mars 2023 — 1 — 17h08)


*


On s’habitue au silence

À ce sentiment diffus

D’âmes en errance

Qui se croisent

Qui s’étreignent un instant

Puis s’en vont 

Suivant leur chemin d’âmes


(29 mars 2023 — 2 — 21h11)


Xavier Lainé