vendredi 14 octobre 2022

Je vous écris de très loin 28

 




On me dira défaitiste.

C’est possible.

Certains vont marcher.

Ils se rangent derrière la qualité d’un programme.

Ils auront raison.

Mais ça ne me suffit pas.


Je vais de mon pas tranquille par les avenues.

J’erre dans les ruelles obscures.

J’observe les mines fatiguées.

Je note les échines affaissées.


Il est terrible le bruit que fait un humain qui tombe.

Je reste sur ma faim :


Ceux qui font vibrants discours,

Brandissant merveilleuses banderole

Promettant monts et merveilles si je marche avec eux

Entendent-ils le bruit de ces centaines d’humains qui tombent ?


On peut toujours avoir jolies paroles bien enrobées.

On peut dans du miel attraper ceux qui aiment suivre.


Je n’ai jamais suivi.

Je me dois d’anticiper.

Car ce qui vient en noiera plus d’un qui ne saura nager.


Un programme à deux euro cinquante leur servirait-il de bouée ?

Même amoureusement construit d’âmes bienveillantes ?


Nous vivons dans cette violence extrême qui conduit ceux qui surnagent à adorer ceux qui leur tiennent la tête sous l’eau.

Jusqu’à expiration totale et sans appel.


Xavier Lainé


28 septembre 2022 (2)


jeudi 13 octobre 2022

Je vous écris de très loin 27

 




L’un est issu de l’autre, inéluctablement.

L’un ne va pas sans l’autre.

Car les tenants de l’un tirent profit de l’effondrement.

Tout se vend chez eux et tout s’achète.

L’humain dans leur monde n’est que variable d’ajustement.

Le vivant n’est que sujet, objet de leur exploitation.


« Exploitation »

C’est le mot.

On exploite jusqu’à la racine.

On rase forêts.

On retourne la terre jusqu’à la laisser vierge de toute vie possible.

Mais tout va bien : les profits sont saufs.


Que les cadavres s’amoncèlent un peu partout, ils n’en savent rien.

Ils survolent le monde dans leurs jets privés, sillonnent les mers sur leurs yacht rutilants.

Qu’importe pour eux que terre et mer soient désertées de toute vie ?


Vrai, le mot est vrai.

Il faut les nommer par leurs noms.

Car ils ont des noms les manipulateurs d’opinion, les faussaires d’informations.

Ils jouent le jeux d’autres qui ont aussi des noms.

Ils envoient rideau de fumée pour que vous, comme moi, ne voyions rien de la réalité sordide de leur monde de privilèges.


Ils vont dans leur boursouflure.

Obèses et cyniques.

Ils manipulent et tordent tout ce qui vit jusqu’à trépas.

Leur idéologie ne connaît que la destruction.

Ils en tirent même espèces sonnantes et trébuchantes.

Ils sont les fossoyeurs de toute vie.


Xavier Lainé


28 septembre 2022 (1)


mercredi 12 octobre 2022

Je vous écris de très loin 26

 




Quel joli résultat que voilà !


La guerre aux portes de l’Europe.

La misère partout.

Partout gens qui fuient pour tenter improbable survie.

Partout guerres et faim tandis qu’une poignée voyage en jet privé.

Que d’autres, minoritaires se prélassent sur leurs yacht.

Que l’ignorance répandue pire qu’une pandémie, porte ses fruits pourris.

Regardez donc le joli résultat, l’oeuvre dramatique écrite de mains scélérates !


La vermine fascistes, ha ! Le mufle hideux !

Hier en Hongrie, puis en Pologne.

Riez donc, braves gens, la Turquie vous salue !

Maintenant l’Italie qui renoue avec ses vieux schémas éculés.

Racisme partout, haine répandue sur les champs de consciences blanchies à la lessive médiatique !


Ici on ne regarde plus

On n’entends plus

On fait comme si le monde tournait rond

On refuse de voir le gouffre ouvert

On avance 

On attend

Quoi ?

Nul ne le saura jamais.


Ce qui est certain, c’est que ce qui vient en laissera plus d’un chagrin.

Mais il ne faut pas parler d’effondrement.

Il faut parler capitalisme.

C’est vrai.

Il faut en parler car les deux mots (les deux maux ?) finissent par être synonymes.


Xavier Lainé


26-28 septembre 2022


mardi 11 octobre 2022

Je vous écris de très loin 25

 




« Il est trop tard, Madame Cafard »

Il est trop tard.

Le réveil fait mal aux oreilles assourdies.


Un bruit permanent brouille les ondes.

Il pleut des informations comme jamais.

Nul ne sait plus démêler le vrai du faux.

On hurle au complot :

Il ne s’agit pour ceux qui en sont suspecté, 

Que d’accroître à l’infini leur bonne fortune.


« Nous jouissons d’une totale liberté parce que nous sommes des êtres doués d’un esprit. Ce qui ne signifie pas que nous n’appartenons pas, en quelque manière, au règne animal. Nous ne sommes ni de pures machines à copier des gènes, dans lesquelles on aurait implanté un cerveau, ni des anges fourvoyés dans un corps. Nous sommes vraiment ces êtres libres doués d’un esprit que nous pensons être depuis des siècles — et qui s’engagent aussi politiquement pour leurs libertés. » Markus Gabriel, Pourquoi je ne suis pas mon cerveau, éditions JC Lattès, 2017


Jouissons-nous de notre liberté totale ?

Sommes-nous si doués d’esprit qu’à tout prendre nous prenons son avatar pour vrai portrait ?

Ou sommes-nous réduits, à grands coups d’anxiolytique, de neuroleptiques et de CBD, à aller au jour le jour, comme des animaux sans lendemain ?

Réveillons-nous donc.

Notre vie n’est pas ce fac-similé, cet ersatz, cette pâle copie mal faite.

Notre vie n’est pas à laisser entre si mauvaises mains.

« Notre vie vaut bien mieux que leurs profits », osons-nous encore écrire sur les murs.

« Fin du moi, début du nous » proclament d’autres.

Vrai ?

On se prend au mot, ou les pieds dans le tapis de l’indigence et de la bêtise ?


Xavier Lainé


25 septembre 2022 (2)


lundi 10 octobre 2022

Je vous écris de très loin 24

 




Las du temps qui passe et laisse feuilles blanches tomber.

J’aurais dansé sous la pluie enfin venue.

J’aurais chanté aussi pour lui souhaiter bienvenue.

Bienvenue à saison qui se présente sous les feuillages d’or.


Plus loin vont femmes et hommes de courage

Protester ensemble contre l’ignoble dictature.

Ils ne rencontrent que violence, pluie de coups

Permanence des tortures pour leur soif de liberté.


Ici bonne bourgeoisie attend bien sagement

La docte parole d’écrivains

Venus vanter leurs oeuvres.


Ici, peuple ne sort plus

Peuple ne parle plus

Ne crie plus sa colère


Les forces de l’ordre ne sont pas où l’on croit.

Elles sont dans une manière de concevoir l’avenir

Dicté par politiciens dûment patentés.


Ici on fait la révolution dans de beaux programmes.

On attend toujours la parole divine

De l’intellectuel en vogue

De l’écrivain en vadrouille

De l’élu qui sait mieux que quiconque

Ce qu’il convient de penser.

Ici on se vautre.

On se vautre devant les « buzz » médiatiques.

On n’attend rien, on navigue au jugé.

On s’étonne des récifs.

On pleure dans le naufrage.


Xavier Lainé


25 septembre 2022 (1)


dimanche 9 octobre 2022

Je vous écris de très loin 23

 




Je déambulais dans une ville fêtant le livre et les « correspondances ».

J’avais le souvenir d’une époque où, dès le premier jour, la foule envahissait les rues.

C’était juste un souvenir.

Sur la première place, un public maigre attendait l’arrivée du dieu-auteur ; sur une autre, un public clairsemé écoutait religieusement une lecture émise d’une voix triste.

Tout ceci sans enthousiasme.

Mais peut-on encore, en un temps dominé par des édiles incultes, demander de l’enthousiasme pour ce qui relève de la curiosité pour la connaissance ?


*


Dites-moi.

Dites-moi que ce n’est qu’un mauvais cauchemar, de vivre dans ce monde perverti où seuls ont voix au chapitre les puissants et les corrompus.

Ce monde perverti qui monte les hommes contre les femmes, les femmes contre les hommes.

Qui fait de nous des jouets sur l’échiquier des plus riches.


Dites-moi que je vais m’en sortir, de ce mauvais cauchemar.

Que tout ça, toute cette indifférence, cette feinte nonchalance, cette manière de jouer les insouciants n’était qu’une triste farce.

Que mes rêves de beauté, de douceur, de tendresse et d’amour, n’étaient pas que vains rêves.

Vains rêves brisés dans le broyeur de ce cauchemar qu’est devenu ce monde sous la menace.


Dites-moi que ce n’est pas vrai.

Que nous n’avons pas confié le sort de notre humanité à ces vaniteux guerriers qui ne savent que la menace en guise de « bonne gouvernance ».

Dites-moi qu’on va s’en sortir de ce cauchemar de violence perpétuelle.


Xavier Lainé


23 septembre 2022


samedi 8 octobre 2022

Je vous écris de très loin 22

 




Le 22 septembre, aujourd’hui, j’aimerais pouvoir m’en foutre.

Puis rejoindre l’ami Georges dans son monde éternel.

Juste pour me reposer, pour retrouver une légèreté de vivre perdue depuis fort longtemps.

Car si notre pantin national parle de la fin de l’abondance et de l’insouciance, il serait temps qu’il atterrisse : c’est fait depuis longtemps.


Il y a vingt cinq ans, je pouvais encore faire travailler quelqu’un pour m’aider à entretenir ma maison.

Il y a vingt deux ans, je ne faisais plus travailler personne mais pouvais encore me permettre de partir en formation à mes frais et prendre des vacances (à la montagne de préférence même en hiver).

Il y a vingt ans, j’abandonnais l’idée de vacances en hiver à la montagne et réduisait mon budget formation à l’achat de livres.

Il y a quinze ans, je commençais à réduire le temps des vacances pour satisfaire aux exigences de consommation de ma famille.

Il y a dix ans je ne prenais plus que quelques semaines de vacances en profitant des ponts et jours fériés pour que ça tienne sans remarque désobligeante de ma banque.

Il y a cinq ans, je me mettais à regarder chaque matin la ligne rouge de mes comptes qui ne décollaient plus.

Et cette année ?

Cette année se passera sans vacances et sans sorties pour juste pouvoir encore satisfaire ma monstrueuse passion de la lecture.

Voilà.


Faut que je fasse un dessin ?

Faut que je fasse un joli petit poème qui parle de la pluie et du beau temps ?

Faut que j’aille écouter des « écrivains » parler de leur nombril d’écrivain sur des scènes dressées avec mes impôts qui ne cessent d’augmenter tandis que mon revenu baisse ?

Faut peut-être que j’envoie tout par dessus bord et que je m’en aille…


Xavier Lainé


22 septembre 2022