vendredi 18 mars 2022

La guerre, sans fin 16

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Notre société permet tout ce qui ne la dérange pas. Si ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui et s’il y a crise, c’est que l’intérêt immédiat des hommes du pouvoir est en contradiction avec les valeurs qui fondent leur pouvoir. Il leur faut, par exemple, favoriser la consommation, qui les enrichit, au détriment de la morale, qui les légitime. Pour la première fois, le pouvoir s’établit sur la confusion et non plus sur l’ordre. Il s’ensuit un mensonge généralisé, dont la langue est malade. » Bernard Noël, La pornographie, Editions Gallimard, 1990


La différence est de taille, mais ce qui sépare l’un de l’autre en terme de résultat, est bien mince.


Le dirigeant formé aux techniques du KGB :

Ne supporte aucune opposition ou contestation

Emprisonne toute personne se dressant sur son chemin

Ou pire commandite les crimes les plus odieux

Fomente les guerres les plus atroces au nom de la grandeur de son pays

Mais droit dans ses bottes assume ses origines


Le dirigeant formé aux techniques du néo-libéralisme

Ne supporte aucune contradiction ou contestation

Sans apparente violence use d’une sensure jouant sur les mots

Poussant toute personne ayant quelque chose à dire à l’autocensure

Lorsque l’opposition se répand sur le pavé

Il lui envoie sa maréchaussée

En éborgne, mutile ou met en détention provisoire

Au nom de « lois d’exception anti-terroristes »

Ce qui tout de suite invite les opposants à rester chez eux

Mais droit dans ses bottes vous affirme toujours agir pour « la défense de la démocratie ».

Et, bon enfant, vous le croyez sur parole.

Lui, use et abuse de votre crédulité.


Xavier Lainé


14 mars 2022


jeudi 17 mars 2022

La guerre, sans fin 15

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés



« La censure bâillonne. Elle réduit au silence. Mais elle ne violente pas la langue. Seul l’abus de langage la violente en la dénaturant. Le pouvoir bourgeois fonde son libéralisme sur l’absence de censure, mais il a constamment recours à l’abus de langage. Sa tolérance est le masque d’une violence autrement oppressive et efficace. L’abus de langage a un double effet ; il sauve l’apparence, et même en renforce le paraître, et il déplace si bien le lieu de la censure qu’on ne l’aperçoit plus. » Bernard Noël, L’outrage aux mots, Editions Gallimard, 1990


On dit mes propos moins poétiques que politiques.

Pour rappel :  Poésie, n.f. est emprunté (1370) au latin poesis « genre poétique », en particulier « oeuvre poétique, poème », lui-même  emprunté au grec poiêsis « création, fabrication », « action de composer des oeuvres poétiques », « genre poétique », « poème », dérivé de poiein : « faire », « fabriquer » mais également « causer », « agir » (Source :Dictionnaire historique de la langue française)


La question qui vient : est-ce que, limiter le sens du mot à la forme que prend l’expression poétique ne relèverait pas d’une forme de « sensure » (mot inventé par Bernard Noël pour exprimer les formes non avouées de censure sous le régime capitaliste libéral) ?

Nous y sommes tellement habitués, à cette déformation du langage qui fait qu’un mot prononcé perd toute signification, que tout discours selon l’agencement des mots peut signifier tout et son contraire.


Une façon très douce d’emberlificoter chacun dans l’incompréhension pour mieux détourner l’attention.

Là, bien sûr, vous vous dites : « mais qu’a-t-il dit vraiment ? »

Et tandis que le drapeau de l’incompréhension vous plonge dans l’expectative et le doute, les bonimenteurs peuvent agir à leur guise.

Saviez-vous que sous l’empire romain, les érudits se trouvaient parmi les esclaves ? Mais que, sous le régime esclavagiste capitaliste, apprendre à lire était interdit, tout noir qui était surpris à savoir lire pouvant être puni ?


Xavier Lainé


13 mars 2022


mercredi 16 mars 2022

La guerre, sans fin 14

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Mon correspondant de l’Assurance Maladie m’écrit :

« Les personnes résidant en Ukraine qui viennent se réfugier en France bénéficient d'un statut de « protection temporaire » et d'une  prise en charge immédiate de leurs frais de santé. A ce titre, elles ont vocation à se voir ouvrir rapidement à leur arrivée des droits à la protection maladie universelle ainsi qu'à la complémentaire santé solidaire. 

Les tests de dépistage du COVID RT-PCR ou par détection antigénique réalisés au bénéfice de ces ressortissants sont intégralement pris en charge par l'assurance maladie obligatoire, y compris lorsqu'ils sont réalisés sans prescription médicale par des personnes ne disposant pas d'un schéma vaccinal complet. Cette prise en charge s'effectue sur présentation du document de la préfecture justifiant du bénéfice de la protection temporaire. »


Quel bel élan de solidarité ! Quel beau geste ! Quelle hypocrisie aussi !

Ne savez-vous point, Monsieur mon Correspondant de l’Assurance Maladie que les bombes qui pleuvent aujourd’hui sur l’Ukraine sont les mêmes qui tombaient hier sur la Syrie, rasant les villes d’Idleb ou Alep, et jetant sur les routes de l’exil des familles entières contraintes de franchir les mers au risque de s’y noyer ?

Quelle différence faites-vous donc, Monsieur mon Correspondant de l’Assurance Maladie entre pauvres gens qui prennent les chemins de l’exil ?

Qu’est-ce qui justifie à vos yeux que, victimes des mêmes bombes, les uns bénéficient d’une prise en charge immédiate par vos services tandis que les autres sont condamnés à l’errance perpétuelle sans un geste de votre part (car à ma connaissance je n’ai jamais reçu le moindre message m’informant que les « ressortissants de Syrie qui viennent se réfugier en France bénéficiaient d’un statut de protection temporaire » ?

J’ose espérer, Monsieur mon Correspondant de l’Assurance Maladie, qu’il n’est pas ici question de couleur de peau. Mais vous avouerez que je puisse me poser la question du substrat raciste qui anime votre louable intention.

Je souhaiterais donc, bien évidemment que les réfugiés soient traités avec la même sollicitude, quelle que soit leur origine.


Xavier Lainé


12 mars 2022


mardi 15 mars 2022

La guerre, sans fin 13

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« A cet instant, je comprends pourquoi il n’y a pas d’indignation possible à l’instant même où retentit le cri à la mort d’un humain que d’autres humains maltraitent : il n’y a que le saisissement froid de l’horreur, et cela ne parle ni ne se parle. Après vient la colère, la révolte, mais comment dirait-on ce cri ? » Bernard Noël, L’outrage aux mots, Editions Gallimard, 1990


Je voudrais crier, à en fracasser les oreilles de ces gens de pouvoir qui prétendent gouverner le monde en le livrant à sa perte.

Je voudrais crier, par delà le bruit des bombes, pousser un cri de détresse assez puissant pour que, de surprise, leur monde fasse enfin silence.

Que leurs médias cessent de colporter haine et mensonge.


Je voudrais crier assez fort pour que ceux qui ne veulent pas entendre se mettent à écouter.

Pour dire merci à ceux qui se mobilisent un peu partout pour dénoncer l’ignoble d’un temps qui ne tire aucune leçon du passé.

Ouvrir les yeux et les oreilles de celles et ceux qui ne veulent ni voir, ni entendre.


Car


Ce que nous voyons de nos yeux

Ce que nous entente dons de nos oreilles

C’est ce qui répond à une logique

Où chacun d’entre nous se retrouve seul

Face à lui-même sous le roulement incessant des propagandes.

Ce que nous avons sous les yeux

Ce sont gouvernants qui raisonnent

Sans apprendre des horreurs vécues

Aux siècles précédents


Xavier Lainé


11 mars 2022


lundi 14 mars 2022

La guerre, sans fin 12

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Les media ne dominent qu’en ignorant ce qui les conteste, et la poésie, du simple fait qu’elle existe, les conteste parce qu’elle représente la qualité quand ils n’ont souci que de quantité. Les media sont l’actualité, toute l’actualité, et la poésie se moque de ce temps-là.

De ce fait, la poésie est le foyer de résistance de la langue vivante contre la langue consommée, réduite, univoque. La poésie est cette vitalité de la langue sans avoir besoin de l’affirmer : elle l’est naturellement, en elle-même, par sa situation, car elle est sans cesse réactivée par ce qui l’anime, et qui est source, qui est originel. » Bernard Noël, L’espace du poème, éditions P.O.L, 1998


Les temps changent, la nature d’un système, sauf à y mettre un terme, ne change pas.

Plus la division nous gagne, plus ils triomphent.


Regardez donc l’art de nous monter les uns contre les autres.

Regardez avec quelle véhémence, chacun, croyant détenir « la » vérité, défend la sienne !


Les ferments des conflits sont ainsi semés.

Ils ne demandent qu’à croître en desséchant les coeurs.

En vidant les esprits de toute capacité critique.

Ne reste plus qu’aux médias à jouer leur rôle malsain : stimuler les pires penchants, lever les dernières inhibitions qui permettraient encore un peu de retenue.

Le pire lâché dans l’arène, ils s’amusent à ces jeux cruels.

L’humain réduit au rang de la pire espèce et tout autour du cirque, les « experts », dûment homologués, qui vocifèrent.

Tous les ingrédients réunis, il ne reste plus qu’à allumer la mèche.

La violence en appelant d’autres, les bombes peuvent pleuvoir sur les cibles innocentes dans l’indifférence générale.

Certains vont même jusqu’à prendre les armes.

Armes qu’ils n’auraient pas pris si les victimes n’avaient pas été blanches.


Xavier Lainé


10 mars 2022


dimanche 13 mars 2022

La guerre, sans fin 11

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« J’ai peur que ce monde finisse dans les images et qu’il ne reste à la surface de la terre qu’un peu de substance trouble où l’on ne distinguera plus le corps de la fumée. » Bernard Noël, La langue d’Anna, éditions P.O.L, 1998


Peut-être ne restera que drapeau de Paix perché à ma fenêtre.

Peut-être seront-ils capables d’aller au bout de leur imagier.

Guerres, sang et misère partout.


Guerres, sang et misère partout qui ne suffiront pas.

À effacer la culpabilité des nantis.

Eux qui trouvent toujours justification au pire.


Mais ici même en quelles guerres sommes-nous mêlés ?

En quelles haines sommes-nous vautrés ?

Accueillant les uns et refusant les autres

Faisant le tri entre bons et mauvais citoyens

De quelles armes faisons-nous usage

En acceptant frontières sans cesse violées

Entre intelligence et mépris de classe ?


C’est vent mauvais qui agite mon humble drapeau de Paix.

Ondes maléfiques répandues de mains de maîtres dans les esprits engourdis et isolés.

De quels mots pourrais-je faire usage qui sachent dire le lent enfermement ?


De peurs viscérales et craintes justifiées, l’esprit ne sait plus à quelles ondes se vouer.

Nous marchons égarés, plus un bruit nous parvient de virus brandi hier en épouvantail justifiant la dépossession de nos vies.


Xavier Lainé


9 mars 2022


samedi 12 mars 2022

La guerre, sans fin 10

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« J’aime les situations qui font battre le coeur, et le silence qui permet alors d’entendre ce battement. » Bernard Noël, La langue d’Anna, éditions P.O.L, 1998


Or, justement, c’est ce silence qui est devenu impossible.

Deux ans qu’ils ne cessent de battre leurs casseroles pandémiques, qu’ils ne laissent plus la moindre parcelle de silence bercer les battements de nos coeurs.

Dans cette agitation permanente, bien difficile d’y voir clair, de prendre de la distance.

Voici qu’après la folie pandémique, vient la guerre.

S’ensuit cet abattement devant l’absurde apparente fatalité.

Et avec l’impossible distance qui permet de réfléchir.


Par exemple, me viennent à l’esprit deux questions :

- Depuis la disparition de l’Union soviétique avec la complicité de l’oncle Sam, qu’est-ce qui justifie encore de désigner la Russie en bouc émissaire du monde « occidental » ? Et, donc qu’est-ce qui justifie encore le machin dénommé OTAN ?

- Par ailleurs, et pour les mêmes raisons, de quel équilibre des forces peuvent encore parler les puissances détenant l’arsenal nucléaire ? Pourquoi donc ne ratifient-elles pas l’accord international d’interdiction de ces armes, puisque leur ennemi potentiel a disparu ? 


Nous en avons la preuve désormais, ce qui est sensé nous protéger peut s’avérer un danger.

Qu’un démiurge totalitaire s’empare des commandes et la terre peut disparaître à son tour.

Car les bombes ayant pulvérisé Hiroshima et Nagasaki réunis sont des bombinettes à côté des milliards déboursés pour « moderniser » un arsenal devenu inutile et dangereux.


Xavier Lainé


8 mars 2022