dimanche 13 mars 2022

La guerre, sans fin 11

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« J’ai peur que ce monde finisse dans les images et qu’il ne reste à la surface de la terre qu’un peu de substance trouble où l’on ne distinguera plus le corps de la fumée. » Bernard Noël, La langue d’Anna, éditions P.O.L, 1998


Peut-être ne restera que drapeau de Paix perché à ma fenêtre.

Peut-être seront-ils capables d’aller au bout de leur imagier.

Guerres, sang et misère partout.


Guerres, sang et misère partout qui ne suffiront pas.

À effacer la culpabilité des nantis.

Eux qui trouvent toujours justification au pire.


Mais ici même en quelles guerres sommes-nous mêlés ?

En quelles haines sommes-nous vautrés ?

Accueillant les uns et refusant les autres

Faisant le tri entre bons et mauvais citoyens

De quelles armes faisons-nous usage

En acceptant frontières sans cesse violées

Entre intelligence et mépris de classe ?


C’est vent mauvais qui agite mon humble drapeau de Paix.

Ondes maléfiques répandues de mains de maîtres dans les esprits engourdis et isolés.

De quels mots pourrais-je faire usage qui sachent dire le lent enfermement ?


De peurs viscérales et craintes justifiées, l’esprit ne sait plus à quelles ondes se vouer.

Nous marchons égarés, plus un bruit nous parvient de virus brandi hier en épouvantail justifiant la dépossession de nos vies.


Xavier Lainé


9 mars 2022


samedi 12 mars 2022

La guerre, sans fin 10

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« J’aime les situations qui font battre le coeur, et le silence qui permet alors d’entendre ce battement. » Bernard Noël, La langue d’Anna, éditions P.O.L, 1998


Or, justement, c’est ce silence qui est devenu impossible.

Deux ans qu’ils ne cessent de battre leurs casseroles pandémiques, qu’ils ne laissent plus la moindre parcelle de silence bercer les battements de nos coeurs.

Dans cette agitation permanente, bien difficile d’y voir clair, de prendre de la distance.

Voici qu’après la folie pandémique, vient la guerre.

S’ensuit cet abattement devant l’absurde apparente fatalité.

Et avec l’impossible distance qui permet de réfléchir.


Par exemple, me viennent à l’esprit deux questions :

- Depuis la disparition de l’Union soviétique avec la complicité de l’oncle Sam, qu’est-ce qui justifie encore de désigner la Russie en bouc émissaire du monde « occidental » ? Et, donc qu’est-ce qui justifie encore le machin dénommé OTAN ?

- Par ailleurs, et pour les mêmes raisons, de quel équilibre des forces peuvent encore parler les puissances détenant l’arsenal nucléaire ? Pourquoi donc ne ratifient-elles pas l’accord international d’interdiction de ces armes, puisque leur ennemi potentiel a disparu ? 


Nous en avons la preuve désormais, ce qui est sensé nous protéger peut s’avérer un danger.

Qu’un démiurge totalitaire s’empare des commandes et la terre peut disparaître à son tour.

Car les bombes ayant pulvérisé Hiroshima et Nagasaki réunis sont des bombinettes à côté des milliards déboursés pour « moderniser » un arsenal devenu inutile et dangereux.


Xavier Lainé


8 mars 2022


vendredi 11 mars 2022

La guerre, sans fin 9

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Le respect d’un même minimum vital devrait aller de soi pour tous : il n’en est rien, même dans le pays qui se targue d’être celui des Droits de l’homme puisque la disproportion entre le sort des riches et celui des autres se développe démesurément avec la complicité, même plus dissimulée, du pouvoir. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


De quoi puis-je être certain en écrivant, sinon qu’il m’est impossible de faire autrement.

À moins de tourner autour de mes pensées dans un silence pesant.


Mais

De quoi suis-je certain en donnant à lire ce que mes doigts répandent sur la page.

De quelle vérité serais-je détenteur qui mériterait d’être lue plus que d’autres ?

C’est un acte qui met en cause l’humilité, que de donner à lire ce qui vient, non comme vérité établie mais comme nécessité de dire, et à défaut de pouvoir le dire, l’écrire.


« Nous sommes en guerre », disaient-ils.

Nous y sommes et les mêmes qui hier nous enfermaient soufflent sur les braises ou se contentent d’ouvrir des couloirs humanitaires.

Que n’ont-ils réfléchi à l’histoire ?

À celle du « machin » comme disait un général, inventé pour les besoins de la guerre froide mais jamais remis en question depuis.

À celle de la bombe et de l’escalade de surarmement quelle implique en sacrifiant les besoins des peuples pour en « moderniser » la puissance.

Il fut un temps où les mêmes ou leurs semblables nous expliquaient qu’il fallait un « équilibre des forces ».

De quel équilibre s’agit-il aujourd’hui ?


Xavier Lainé


7 mars 2022


jeudi 10 mars 2022

La guerre, sans fin 8

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Le politique recherche toujours le pouvoir et n’utilise le social que comme pansement, alors que le social ne veut que solidarité et partage. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


Hier on reposait la question : « faut-il continuer à soigner les récalcitrants aux vaccins ? ».

Aujourd’hui la question est journalistiquement posée de savoir si nous devons encore jouer les pièces de théâtre et de musique russes…

Peut-être, les mêmes imbéciles me demanderont de brûler sur le trottoir, là, en dessous de mon maigre drapeau de paix, tout ce que ma bibliothèque contient de littérature russe (mais pas ukrainienne)…

Avec de telles raisons obstruées, il est vrai, ne restera plus comme acte de citoyenneté que d’aller à l’hyper-marché s’enquérir des proses racistes et xénophobes des candidats autorisés.

Tout en montrant le grotesque Poutine d’un doigt vengeur.

Et les idiots qui forment le pansement social de leur monde malade, continueront à suivre le doigt de ces « experts » dépourvus de toutes sagesses, jusqu’à se fracasser sur le mur d’une terre limitée à sa propre existence.

Tout en niant qu’un problème se pose.


Ce que nous avons sous les yeux ne sont que symptômes d’une maladie qui ronge, à grand coups de pandémies, de misères semées, et, pour finir, de guerres dont les raisons et les discours sentent la naphtaline et le rance d’un temps que les peuples rejettent.

Rappelez-vous donc ce temps pas si lointain où, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, alors que l’impérialiste américain, si prompt à sortir le colt pour le génocide amérindien, faisait retentir le bruit de ses bottes autour de l’Irak, nous fûmes des milliers de par le monde à dire « we would prefer not to », comme autant de Bartleby, sans que nos voix, dans le « monde libre »conçu unilatéralement par Uncle Sam, ne soient entendues. 


Xavier Lainé


6-7 mars 2022


Filigranes 109

 




Depuis si longtemps désormais, la revue Filigranes me fait cet honneur : c'est comme un rayon de lumière au milieu des temps obscurs...

A découvrir dans le numéro 109 : 


De loin ou de près, pas nommer (extrait)



Je la vois, la liberté, elle est là avec son sein nu dans les fumées.

Elle a ce regard ardent, ce regard qui encourage et soutient.

Elle a.

Elle avait.

Je ne sais plus.

Dois-je nommer ce que je vis, ce que je vois ?

Je n’aurais jamais cru vivre ça.

On me somme de me soumettre.

À défaut, on m’interdit de poursuivre mon oeuvre.

Me voici enfermé entre mes murs.

Plus rien ne m’est autorisé.

Je ne me suis pas soumis.

Peut-être je vais mourir dans ce silence.

Mon trou dans l’eau se refermera sans un bruit.


Xavier LAINÉ

26 août 2021



Pour vous abonner, commander un numéro, participer, c'est ici :  Filigranes la revue

mercredi 9 mars 2022

La guerre, sans fin 7

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


On ne les croyait pas quand ils disaient : « nous sommes en guerre »

On ne les croyait pas car la veille ils considéraient ce qui était comme négligeable.

Ils ne savaient pas trop comment utiliser le symptôme pour tuer le malade.

Ils croyaient nous surprendre en semant l’angoisse du pire.

N’étant pas de notre monde, ils ne peuvent pas savoir que le pire est déjà vécu, en souffrances sociales, économiques, en errements psychologiques devant l’âpreté d’un monde qui ne fait jamais de cadeau.

En fait, nous n’avions pas besoin de les croire, car, intuitivement, nous savons qu’ils sont en guerre.

Même et surtout quand ils ne le disent pas.

Nous savons n’être que les variables d’ajustement d’une guerre qu’ils mènent contre la vie pour satisfaire à leur délire maladif de profit et de pouvoir.

Ils sont la tumeur.

Pandémies et guerres sont les symptômes de la maladie qui ronge leur propre système.


« Quand on démonétise le mot « révolution », c’est évidemment pour rendre impensable ce qu’il désignait. L’acte qui démonétise entraîne une ruine, et en effet une ruine est désormais au centre de la pensée — au centre du corps, ai-je envie de dire, parce que la ruine est contagieuse et que, se répandant, elle contamine l’organisme, c’est-à-dire l’ensemble des organes. » (Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020)


Leur guerre, qu’elle soit pandémique ou militaire, ne consiste qu’à monétiser nos rêves, nos utopies, nos fous désirs de vivre dans une relation non truquée, non calculée.

C’est folie, certes, mais sans cette folie, le monde et la planète se seraient déjà débarrassés de notre présence.


Xavier Lainé


6 mars 2022 (2)


mardi 8 mars 2022

La guerre, sans fin 6

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« D’un côté, l’insensé ; de l’autre, l’impensable, et partout l’inhumain. Le lavage des cerveaux est désormais pratiqué à une échelle industrielle : il est si visible qu’il passe inaperçu. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


Je cherche mes mots

Certains prétendent que c’est oeuvre inutile, de chercher des mots

De les prononcer aussi


Je cherche mes mots dans les nuées grises qui occupent mon ciel dominical.

Là-bas, dans l’hiver des plaines d’Europe centrale, une pluie de bombe, un déluge de feu.

Le même déluge qui réduisit en ruine Alep, Idleb, qui réduit en cendre le Yémen.

Le même.


Armes fourbies par les mêmes qui comptent leurs dollars sous les cieux avenants de leurs paradis fiscaux.

On me dit que les mots ne disent pas toujours ce que nos yeux voient, ce que nos coeurs sentent et c’est trop souvent vrai.

La poésie trop souvent détourne le regard, mais parfois aussi elle met les mots dans le plat avec les pieds de ses vers.

Et elle touille pour qu’en jaillissant simplement une étincelle d’humanité.


Les maîtres du monde (du moins qui se croient ainsi) nous ont accoutumés à douter des mots.

À douter, c’est ce qu’ils nous ont appris.

On ne les croyait pas, au début, quand ils disaient avec un accent pathétique : « nous sommes en guerre ».


Xavier Lainé


6 mars 2022 (1)