vendredi 11 mars 2022

La guerre, sans fin 9

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Le respect d’un même minimum vital devrait aller de soi pour tous : il n’en est rien, même dans le pays qui se targue d’être celui des Droits de l’homme puisque la disproportion entre le sort des riches et celui des autres se développe démesurément avec la complicité, même plus dissimulée, du pouvoir. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


De quoi puis-je être certain en écrivant, sinon qu’il m’est impossible de faire autrement.

À moins de tourner autour de mes pensées dans un silence pesant.


Mais

De quoi suis-je certain en donnant à lire ce que mes doigts répandent sur la page.

De quelle vérité serais-je détenteur qui mériterait d’être lue plus que d’autres ?

C’est un acte qui met en cause l’humilité, que de donner à lire ce qui vient, non comme vérité établie mais comme nécessité de dire, et à défaut de pouvoir le dire, l’écrire.


« Nous sommes en guerre », disaient-ils.

Nous y sommes et les mêmes qui hier nous enfermaient soufflent sur les braises ou se contentent d’ouvrir des couloirs humanitaires.

Que n’ont-ils réfléchi à l’histoire ?

À celle du « machin » comme disait un général, inventé pour les besoins de la guerre froide mais jamais remis en question depuis.

À celle de la bombe et de l’escalade de surarmement quelle implique en sacrifiant les besoins des peuples pour en « moderniser » la puissance.

Il fut un temps où les mêmes ou leurs semblables nous expliquaient qu’il fallait un « équilibre des forces ».

De quel équilibre s’agit-il aujourd’hui ?


Xavier Lainé


7 mars 2022


jeudi 10 mars 2022

La guerre, sans fin 8

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« Le politique recherche toujours le pouvoir et n’utilise le social que comme pansement, alors que le social ne veut que solidarité et partage. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


Hier on reposait la question : « faut-il continuer à soigner les récalcitrants aux vaccins ? ».

Aujourd’hui la question est journalistiquement posée de savoir si nous devons encore jouer les pièces de théâtre et de musique russes…

Peut-être, les mêmes imbéciles me demanderont de brûler sur le trottoir, là, en dessous de mon maigre drapeau de paix, tout ce que ma bibliothèque contient de littérature russe (mais pas ukrainienne)…

Avec de telles raisons obstruées, il est vrai, ne restera plus comme acte de citoyenneté que d’aller à l’hyper-marché s’enquérir des proses racistes et xénophobes des candidats autorisés.

Tout en montrant le grotesque Poutine d’un doigt vengeur.

Et les idiots qui forment le pansement social de leur monde malade, continueront à suivre le doigt de ces « experts » dépourvus de toutes sagesses, jusqu’à se fracasser sur le mur d’une terre limitée à sa propre existence.

Tout en niant qu’un problème se pose.


Ce que nous avons sous les yeux ne sont que symptômes d’une maladie qui ronge, à grand coups de pandémies, de misères semées, et, pour finir, de guerres dont les raisons et les discours sentent la naphtaline et le rance d’un temps que les peuples rejettent.

Rappelez-vous donc ce temps pas si lointain où, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, alors que l’impérialiste américain, si prompt à sortir le colt pour le génocide amérindien, faisait retentir le bruit de ses bottes autour de l’Irak, nous fûmes des milliers de par le monde à dire « we would prefer not to », comme autant de Bartleby, sans que nos voix, dans le « monde libre »conçu unilatéralement par Uncle Sam, ne soient entendues. 


Xavier Lainé


6-7 mars 2022


Filigranes 109

 




Depuis si longtemps désormais, la revue Filigranes me fait cet honneur : c'est comme un rayon de lumière au milieu des temps obscurs...

A découvrir dans le numéro 109 : 


De loin ou de près, pas nommer (extrait)



Je la vois, la liberté, elle est là avec son sein nu dans les fumées.

Elle a ce regard ardent, ce regard qui encourage et soutient.

Elle a.

Elle avait.

Je ne sais plus.

Dois-je nommer ce que je vis, ce que je vois ?

Je n’aurais jamais cru vivre ça.

On me somme de me soumettre.

À défaut, on m’interdit de poursuivre mon oeuvre.

Me voici enfermé entre mes murs.

Plus rien ne m’est autorisé.

Je ne me suis pas soumis.

Peut-être je vais mourir dans ce silence.

Mon trou dans l’eau se refermera sans un bruit.


Xavier LAINÉ

26 août 2021



Pour vous abonner, commander un numéro, participer, c'est ici :  Filigranes la revue

mercredi 9 mars 2022

La guerre, sans fin 7

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


On ne les croyait pas quand ils disaient : « nous sommes en guerre »

On ne les croyait pas car la veille ils considéraient ce qui était comme négligeable.

Ils ne savaient pas trop comment utiliser le symptôme pour tuer le malade.

Ils croyaient nous surprendre en semant l’angoisse du pire.

N’étant pas de notre monde, ils ne peuvent pas savoir que le pire est déjà vécu, en souffrances sociales, économiques, en errements psychologiques devant l’âpreté d’un monde qui ne fait jamais de cadeau.

En fait, nous n’avions pas besoin de les croire, car, intuitivement, nous savons qu’ils sont en guerre.

Même et surtout quand ils ne le disent pas.

Nous savons n’être que les variables d’ajustement d’une guerre qu’ils mènent contre la vie pour satisfaire à leur délire maladif de profit et de pouvoir.

Ils sont la tumeur.

Pandémies et guerres sont les symptômes de la maladie qui ronge leur propre système.


« Quand on démonétise le mot « révolution », c’est évidemment pour rendre impensable ce qu’il désignait. L’acte qui démonétise entraîne une ruine, et en effet une ruine est désormais au centre de la pensée — au centre du corps, ai-je envie de dire, parce que la ruine est contagieuse et que, se répandant, elle contamine l’organisme, c’est-à-dire l’ensemble des organes. » (Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020)


Leur guerre, qu’elle soit pandémique ou militaire, ne consiste qu’à monétiser nos rêves, nos utopies, nos fous désirs de vivre dans une relation non truquée, non calculée.

C’est folie, certes, mais sans cette folie, le monde et la planète se seraient déjà débarrassés de notre présence.


Xavier Lainé


6 mars 2022 (2)


mardi 8 mars 2022

La guerre, sans fin 6

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« D’un côté, l’insensé ; de l’autre, l’impensable, et partout l’inhumain. Le lavage des cerveaux est désormais pratiqué à une échelle industrielle : il est si visible qu’il passe inaperçu. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


Je cherche mes mots

Certains prétendent que c’est oeuvre inutile, de chercher des mots

De les prononcer aussi


Je cherche mes mots dans les nuées grises qui occupent mon ciel dominical.

Là-bas, dans l’hiver des plaines d’Europe centrale, une pluie de bombe, un déluge de feu.

Le même déluge qui réduisit en ruine Alep, Idleb, qui réduit en cendre le Yémen.

Le même.


Armes fourbies par les mêmes qui comptent leurs dollars sous les cieux avenants de leurs paradis fiscaux.

On me dit que les mots ne disent pas toujours ce que nos yeux voient, ce que nos coeurs sentent et c’est trop souvent vrai.

La poésie trop souvent détourne le regard, mais parfois aussi elle met les mots dans le plat avec les pieds de ses vers.

Et elle touille pour qu’en jaillissant simplement une étincelle d’humanité.


Les maîtres du monde (du moins qui se croient ainsi) nous ont accoutumés à douter des mots.

À douter, c’est ce qu’ils nous ont appris.

On ne les croyait pas, au début, quand ils disaient avec un accent pathétique : « nous sommes en guerre ».


Xavier Lainé


6 mars 2022 (1)


lundi 7 mars 2022

La guerre, sans fin 5

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Et mon drapeau de Paix sous le vent froid penche

Un jour à droite

Un jour à gauche

Il penche

Alors j’ouvre ma fenêtre et le redresse

Il lui faut un minimum de fierté

Tout de même

Qu’importent les nuées

Il me faut le tenir droit dans les tempêtes


Tandis que les russes en ont ras le Poutine

L’apprenti élyséen s’octroie la une de tous les journaux

Rares sont ceux qui résistent à sa propagande

Nous voici abreuvés d’un non évènement

Le briseur de rêves et de grèves

N’aura pas un mot pour les « dommages collatéraux »

Que sa police pendant cinq ans

Cinq ans de trop

Aura causé

En mains arrachées

En yeux éborgnés

En emprisonnement pour simple délits d’opinion


L’apprenti élyséen vient avec ses sinistres ministres

Au devant de la scène qu’ils occultent de leur stupidité

Comme si

Comme si de rien n’était

Mais avec le soutien de bonne bourgeoisie oligarchique

Mafieux comme ceux qui soutiennent Poutine contre son peuple

Mafieux qui grenouillent comme autant d’« Avida Dollar »


Xavier Lainé


5 mars 2022


dimanche 6 mars 2022

La guerre, sans fin 4

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Je lis ici et là que ce sont bouffons qui nous gouvernent, mais regardez les pauvres bouffons se tordre de douleur à cette comparaison !

Même pas capables de bouffonnerie.


Ils vont sur la tombe d’un général qui refusait l’ordre américain.

Tandis qu’eux ont confié à l’ordre américain l’art de nous défendre.

Tout le monde sait, pourtant, ce qu’il en est, de l’ordre américain.

Mais nul n’en conteste le bien ou mauvais fondé.


À côté de mon drapeau de Paix

J’aurais bien mis le drapeau ukrainien

Mais il m’aurait fallu y ajouter

Ceux de pays qui semblent inconnus

Aux stratèges du désordre mondial


Un drapeau pour le Tibet et pour les Ouïgours

Un drapeau pour les Kurdes

Un autre pour la Palestine


Il m’aurait fallu aussi

Ajouter celui des peuples opprimés

Sous la « protection » de l’ordre américain

Un drapeau pour le Chili et la plupart des pays d’Amérique latine

Un drapeau pour les amérindiens 

Un drapeau pour chaque pays d’Afrique d’où sont venus les esclaves d’Amérique


Il me faudrait pavoiser ma maison de milliers d’oriflammes comme milliers de cris poussés sous les bombes made in France, Russie, USA…

Je n’ai qu’un drapeau de Paix, minuscule et dérisoire, perché à ma fenêtre.


Xavier Lainé


4 mars 2022 (2)