mercredi 9 mars 2022

La guerre, sans fin 7

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


On ne les croyait pas quand ils disaient : « nous sommes en guerre »

On ne les croyait pas car la veille ils considéraient ce qui était comme négligeable.

Ils ne savaient pas trop comment utiliser le symptôme pour tuer le malade.

Ils croyaient nous surprendre en semant l’angoisse du pire.

N’étant pas de notre monde, ils ne peuvent pas savoir que le pire est déjà vécu, en souffrances sociales, économiques, en errements psychologiques devant l’âpreté d’un monde qui ne fait jamais de cadeau.

En fait, nous n’avions pas besoin de les croire, car, intuitivement, nous savons qu’ils sont en guerre.

Même et surtout quand ils ne le disent pas.

Nous savons n’être que les variables d’ajustement d’une guerre qu’ils mènent contre la vie pour satisfaire à leur délire maladif de profit et de pouvoir.

Ils sont la tumeur.

Pandémies et guerres sont les symptômes de la maladie qui ronge leur propre système.


« Quand on démonétise le mot « révolution », c’est évidemment pour rendre impensable ce qu’il désignait. L’acte qui démonétise entraîne une ruine, et en effet une ruine est désormais au centre de la pensée — au centre du corps, ai-je envie de dire, parce que la ruine est contagieuse et que, se répandant, elle contamine l’organisme, c’est-à-dire l’ensemble des organes. » (Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020)


Leur guerre, qu’elle soit pandémique ou militaire, ne consiste qu’à monétiser nos rêves, nos utopies, nos fous désirs de vivre dans une relation non truquée, non calculée.

C’est folie, certes, mais sans cette folie, le monde et la planète se seraient déjà débarrassés de notre présence.


Xavier Lainé


6 mars 2022 (2)


mardi 8 mars 2022

La guerre, sans fin 6

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


« D’un côté, l’insensé ; de l’autre, l’impensable, et partout l’inhumain. Le lavage des cerveaux est désormais pratiqué à une échelle industrielle : il est si visible qu’il passe inaperçu. » Bernard Noël & Michel Surya, sur le peu de Révolution, éditions La Nerthe, 2020


Je cherche mes mots

Certains prétendent que c’est oeuvre inutile, de chercher des mots

De les prononcer aussi


Je cherche mes mots dans les nuées grises qui occupent mon ciel dominical.

Là-bas, dans l’hiver des plaines d’Europe centrale, une pluie de bombe, un déluge de feu.

Le même déluge qui réduisit en ruine Alep, Idleb, qui réduit en cendre le Yémen.

Le même.


Armes fourbies par les mêmes qui comptent leurs dollars sous les cieux avenants de leurs paradis fiscaux.

On me dit que les mots ne disent pas toujours ce que nos yeux voient, ce que nos coeurs sentent et c’est trop souvent vrai.

La poésie trop souvent détourne le regard, mais parfois aussi elle met les mots dans le plat avec les pieds de ses vers.

Et elle touille pour qu’en jaillissant simplement une étincelle d’humanité.


Les maîtres du monde (du moins qui se croient ainsi) nous ont accoutumés à douter des mots.

À douter, c’est ce qu’ils nous ont appris.

On ne les croyait pas, au début, quand ils disaient avec un accent pathétique : « nous sommes en guerre ».


Xavier Lainé


6 mars 2022 (1)


lundi 7 mars 2022

La guerre, sans fin 5

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Et mon drapeau de Paix sous le vent froid penche

Un jour à droite

Un jour à gauche

Il penche

Alors j’ouvre ma fenêtre et le redresse

Il lui faut un minimum de fierté

Tout de même

Qu’importent les nuées

Il me faut le tenir droit dans les tempêtes


Tandis que les russes en ont ras le Poutine

L’apprenti élyséen s’octroie la une de tous les journaux

Rares sont ceux qui résistent à sa propagande

Nous voici abreuvés d’un non évènement

Le briseur de rêves et de grèves

N’aura pas un mot pour les « dommages collatéraux »

Que sa police pendant cinq ans

Cinq ans de trop

Aura causé

En mains arrachées

En yeux éborgnés

En emprisonnement pour simple délits d’opinion


L’apprenti élyséen vient avec ses sinistres ministres

Au devant de la scène qu’ils occultent de leur stupidité

Comme si

Comme si de rien n’était

Mais avec le soutien de bonne bourgeoisie oligarchique

Mafieux comme ceux qui soutiennent Poutine contre son peuple

Mafieux qui grenouillent comme autant d’« Avida Dollar »


Xavier Lainé


5 mars 2022


dimanche 6 mars 2022

La guerre, sans fin 4

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Je lis ici et là que ce sont bouffons qui nous gouvernent, mais regardez les pauvres bouffons se tordre de douleur à cette comparaison !

Même pas capables de bouffonnerie.


Ils vont sur la tombe d’un général qui refusait l’ordre américain.

Tandis qu’eux ont confié à l’ordre américain l’art de nous défendre.

Tout le monde sait, pourtant, ce qu’il en est, de l’ordre américain.

Mais nul n’en conteste le bien ou mauvais fondé.


À côté de mon drapeau de Paix

J’aurais bien mis le drapeau ukrainien

Mais il m’aurait fallu y ajouter

Ceux de pays qui semblent inconnus

Aux stratèges du désordre mondial


Un drapeau pour le Tibet et pour les Ouïgours

Un drapeau pour les Kurdes

Un autre pour la Palestine


Il m’aurait fallu aussi

Ajouter celui des peuples opprimés

Sous la « protection » de l’ordre américain

Un drapeau pour le Chili et la plupart des pays d’Amérique latine

Un drapeau pour les amérindiens 

Un drapeau pour chaque pays d’Afrique d’où sont venus les esclaves d’Amérique


Il me faudrait pavoiser ma maison de milliers d’oriflammes comme milliers de cris poussés sous les bombes made in France, Russie, USA…

Je n’ai qu’un drapeau de Paix, minuscule et dérisoire, perché à ma fenêtre.


Xavier Lainé


4 mars 2022 (2)


samedi 5 mars 2022

La guerre, sans fin 3

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Ce n’est pas simplement manque de temps, mais c’est rester sans voix.

J’observe ce monde et son art de l’hypocrisie poussée à l’extrême.

J’observe que, bien évidemment, « selon que vous serez riche ou misérable », mais aussi, selon que vous aurez telle ou telle couleur de peau,  telle ou telle religion, que vous occupez tel ou tel territoire, la solidarité ne sera pas la même.


Non que je fasse la fine bouche : tout élan de solidarité vient réchauffer mon vieux coeur qui n’en peut plus d’être encore de ce monde.

Mais quand même : savez-vous qu’on se noie encore un peu partout autour de la forteresse Europe des financiers et des goujats ?

Alors bien sur, la guerre sur ce territoire qu’ils rêvent bien propre, comme ils rêvent nos centres villes, nos vies tirées au cordeau de leurs ambitions démesurées, ça ne fait pas bien dans le paysage.

Alors ils lancent un élan plus solidaire que jamais.


Que ce soient les mêmes bombes qui assaillent Kiev, Idlib ou Alep ne semble pas effleurer les maniaques de l’information à direction variable.

Que n’ont-ils eu de mots si durs contre le fêlé terré en son palais du Kremlin quand il fallait défendre les populations civiles de Syrie, s’élevant contre leur dictateur !

En serions-nous là ?


Ils arborent, les cyniques, le drapeau ukrainien à leur boutonnière.

Ils sont tous « candidats » à des élections dont tout le monde sait qu’elles sont comme le « Canada dry » : elles ont la couleur de la démocratie, l’odeur et le goût de la démocratie mais elles ne sont pas la démocratie, juste un concours à l’ego surdimensionné qui saura triompher et dominer nos existences en nous distribuant les miettes.

Dois-je dire ici ma colère ?


Xavier Lainé


4 mars 2022 (1)


vendredi 4 mars 2022

La guerre, sans fin 2




Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés




Le génie parfois fait fausse route qui sème la mort et l’effroi.

Bons ou mauvais, la corde est mince qui les sépare.

C’est donc constante vigilance sur nous-mêmes à maintenir.

Ce que ne semblent pas avoir compris les maîtres du monde.


Tandis que les images me parviennent de ruines et de cendres, je redresse mon maigre drapeau.

Maigre effort que d’afficher paix à ma fenêtre, piètre élan solidaire à l’instant où là-bas on meurt.

Enfer de feu et de sang, voici que les vieux monstres qui sommeillaient se réveillent.

La pandémie de violence et de haine, latente sous le couvercle des sombres décisions virales, borde nos jours de ses âcres fumées.


Bien entendu ils y vont, les hypocrites, de leurs couplets de sanctions économiques.

Que peuvent bien avoir à faire, les victimes « collatérales » du crime contre l’humanité commis, de savoir quelques oligarques privés de leur coussin de devise déposés dans les coffres d’une Europe sans envergure ?

Sans envergure, je dis, même si certains se trouvent ravis de son réveil face à l’absurde d’où elle est née.

L’Europe des financiers se réveille : le meurtre est trop évident et pourrait les entacher comme celui des victimes du passé.

Ceux-là, quand ils disent « plus jamais ça », c’est juste pour que le sang n’éclabousse pas trop le vernis de leurs façades.

Ils poussent des cris d’orfraie devant l’invasion et les civils contraints à l’exil après avoir armé le bras des assassins, justifié en sous-main la folie furieuse d’un démiurge en mal de domination, un mâle en rut perpétuel qui brandit le sexe de ses armes pour mieux museler son peuple.

Me voici devant ces tristes déchirements : je n’ai que mots et larmes.


Xavier Lainé


2 mars 2022


jeudi 3 mars 2022

La guerre, sans fin 1

 


Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Etrange matin où, seul à ta fenêtre, bien avant le jour, tu déployais ton minuscule drapeau de Paix, faisant de ta maison son ambassade.

Etrange matin où tu te réveilles dans les douleurs et la fatigue de devoir aborder jour de plus sous le joug qui s’appesantit.


Il te faudrait te secouer, t’ébrouer dans l’aube pâle d’un printemps trop vite arrivé.

C’est temps d’orage parmi les hommes qui se déploie en nuées de larmes non loin de ta porte.


Tu aurais rêvé d’un autre siècle, d’un qui tendrait vers l’amour, effacerait les peines.

Tu aurais rêvé d’un frisson de tendresse, passant sur l’échine d’un monde enfin réconcilié.


Tu sembles avoir bel et bien perdu la partie.

Rien de pire que sort confié à tyranniques engeances.

Ivres de leur pouvoir et de leur fortune, elles n’hésitent plus à semer la mort pour sauver leur fortune.

Tu contemples le gouffre ouvert sous nos pieds.

Rien ne justifie l’usage d’une telle force.

Sinon le cynisme d’ouvrir un peu plus les plaies béantes d’une humanité aux abois.


C’est le premier jour d’un mois qui s’ouvre sous la menace.

L’homme est capable de la plus grande beauté, du plus grand génie, mais quand il se perd entre les griffes de la cruauté aveugle, aucune espèce, même la plus sauvage ne saurait lui faire de l’ombre.

Le crime est le versant sombre du génie.


Xavier Lainé


1er mars 2022