jeudi 15 juillet 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 5

 



Le baiser - Théodore Géricault




Parfois nous sommes saisis d’abattement.

Tout est toujours trop grand pour notre maigre vie.

Théodore en son temps, comment se percevait-il en ce monde ?


Qui de l’histoire et de l’homme façonne l’autre ?


Nul ne saura jamais.


Trouverons-nous dans un tableau ces liens noués avec le temps.

Tableau comme photographies sont du temps arrêté.


Théodore apprend à peindre peu de temps après la grande tourmente.

Il assiste à l’installation de la dictature bourgeoise.

Un empereur en symbolise le triomphe.

Un cavalier vaillant, le sabre au clair sur sa monture cabrée, en dit long sur l’époque.


Je peux comprendre : je fus moi aussi fasciné par ce personnage sorti de mes livres d’histoire.

J’ai mis du temps à réaliser que la fable racontée était bien loin de la sombre réalité.

Tout un peuple, transi d’avoir été inquiété de fausses rumeurs, acceptait le joug qui prétendait tourner le dos au passé.

Il en préparait la résurgence.


Théodore peint ce qu’il voit.

Une académie, si elle veut demeurer, se doit de faire la cour aux princes.

Nous voici loin du chaos de la révolution.

Qui, comme toutes, sous le joug, revient à son point de départ.

Les mêmes se répètent en ne changeant que de forme.


Xavier Lainé


5 juillet 2021


mercredi 14 juillet 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 4

 



Le baiser - Théodore Géricault




Théodore.

Théodore vient de cette classe qui lentement en a érodé une autre.

Il vient de cette bourgeoisie qui a pris possession des terres et qui se voue au commerce ou à l’industrie balbutiante.

Théodore vient au monde trop tard pour connaître les premiers soubresauts d’une révolution.

Il grandit dans l’ascension d’un consul qui devient empereur autoproclamé (une autre façon de s’avouer dictateur, mais la mode n’en était pas encore venue).

Il apprend à peindre sous cet empire.


Il est de la classe qui vient de triompher.

Alors il peint ce qu’il voit.

Ce qu’il voit est militaire, puisque le tyran de la bourgeoisie les aime, ses cuirassiers, ses grognards.

Il les aime et les conduit d’un bout à l’autre de l’Europe comme d’autre le feront plus tard.

C’est toujours dans le sang que s’amusent les empereurs.

Ce que les tableaux ne disent pas. 

Ne disent pas tout de suite.


Il est donc à ce point de bascule, Théodore.

Un monde est parti au moment de sa naissance.

Un autre a surgit qui commence dans les tragédies.

Bien de quoi y perdre sa boussole.

Nous le savons bien puisque c’est ce que nous vivons.

Un monde tarde à s’effondrer, se cramponne et se raidit pour ne pas laisser la place à l’inconnu.

Un autre monde tarde lui à émerger.

Nous ne savons pas comment nous y prendre.


Xavier Lainé


4 juillet 2021


lundi 12 juillet 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 3

 



Le baiser - Théodore Géricault




Que réserve la vie à celui qui en est épris ?

Théodore n’en sait rien et moi non plus.

On vit, parfois emporté comme fétu dans le mouvement de l’histoire.

Ou on attend dans l’ombre que son immobilité soit rompue.


On attend, on s’inquiète de ne rien voir venir.

Il en était sans doute ainsi bien avant sa naissance.

Lui est venu dans la tourmente : la révolution n’avait que deux ans.

Nous en étions aux balbutiements, aux hésitations entre l’ancien monde et le nouveau.

Les aristocrates n’avaient pas encore lâché le morceau.

Les bourgeois s’appuyant sur un peuple affamé n’avaient pas encore succédé aux précédents.

Théodore est venu dans ce monde là : un monde pas encore tout à fait né.

C’était encore une grande mêlée dont nul ne savait de quoi elle allait accoucher.

La Bastille tombée : qu’en sut Théodore en ses premiers soupirs ?


C’est dur un berceau tissé d’incertitudes.

Le vieux monde d’apparence immuable, les fortunes construites sur la domination et le servage n’avaient pas encore rendu l’âme.

La rendraient-elles un jour ?

Il faudrait être devin ou artiste pour le savoir.

Le mouvement des âmes, les transmigrations d’un monde à un autre fomentent parfois de bien étranges destinées.

Un souffle de révolution se penchait sur le berceau incertain de Théodore.

Nul ne sait, en l’heure de sa naissance, vers quoi le monde tendrait.

Et le monde retenait son souffle devant cette tempête qui avait déjà soufflé ailleurs et qui atteignait les rivages de l’Europe par les côtes les plus rebelles et intempestives qui soient.


Xavier Lainé


3 juillet 2021



samedi 10 juillet 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 2

 



Le baiser - Théodore Géricault




Il en est ainsi de l’histoire qu’elle mijote longtemps.

Puis tout à coup les évènements se précipitent, se condensent .

Ce qui couvait depuis des siècles explose.

Les roches expulsées mettent un certain temps à retomber.

Tout n’est pas aussi simple que dans les discours convenus.


Théodore vit dans ces instants de convulsion.

Une contraction du temps et de la vie le saisit.

Ce temps et cette vie qui nous laissent pantois sur le seuil de lendemains indécis.

Il suit un roi qui avait chassé un empereur, qui lui-même avait chassé vaine tentative d’un pouvoir du peuple.

Il suit, comme beaucoup dans l’histoire suivent.

Bien peu précèdent, ou anticipent, car dans ce tourbillon bien difficile de savoir qui, du roi ou de l’empereur tiendra les rênes.

Il faut du temps pour qu’en dessous des rois et des empereurs, on arrête de suivre machinalement le courant.

Il faut du temps pour s’aventurer à le remonter pour aller boire à la source.


Une armée s’installe en conquérante et ne donne rien à manger et boire aux miséreux.

Une armée est au service de qui veut dominer, parfois en usurpant le sens du commun à son seul bénéfice.

Une armée prend et se venge.

Une armée se fait instrument aux mains des fossoyeurs de l’espérance.

L’espérance, elle, se baigne nue et naïve à la source de nos humanités.


Il faut du temps, des convulsions, des fièvres, des éruptions.

Le virus de la liberté se noie dans ces tourmentes.

Le virus de la liberté se trouve piétiné lorsque l’histoire perd la boussole.


Xavier Lainé


2 juillet 2021


vendredi 9 juillet 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 1

 


Le baiser - Théodore Géricault

Source photographique


J’entrais sur tes traces par la porte Aragon.

Je ne comprenais pas tout de suite que lui-même t’avais suivi.

Sur cette pente romantique d’un pathétique souvenir, j’inscrivais en lettres d’or la mémoire du temps passé.

Tu partais en grandes chevauchées à la poursuite d’un roi déchu.

Tu avançais dans les matins blêmes.

Tu ne savais plus, comme tant aujourd’hui, vers où diriger ton pinceau.

Une toile de sang régnait sur les pavés, les chemins creux, les plaines et les collines boueuses.

On s’enfonce si vite dès lors qu’on ne sait prendre hauteur.


Lorsque tout s’écroule, difficile de faire le bon choix.

Tellement plus aisé de suivre le premier venu.

Partir dans la moins bonne direction, avec le sentiment de bien faire.

Ainsi va Théodore dans les pas d’un roi en fuite devant un empereur en déroute.

Ainsi va Théodore à l’heure de ne plus peindre dans les chemins creux de nos défaites.

Nous avons été piégé par nos propres idées.

Ce que révolution soulève comme espoir se noie très vite dans le sang des réactions.

Quelque soit leur nom, les dominants ont bien vite fait d’accomplir le ménage.

Gare à ceux qui n’ont pas pris le bon chemin : celui indiqué par les pouvoirs.

Le mauvais, celui qui en conteste les idées.

Théodore s’en fout. Il a rejoint les mousquetaires du roi fuyant la colère de l’empereur.

Qu’importent au peuple Théodore et ceux qui l’accompagnent.

Une armée est toujours d’occupation.


Xavier Lainé


1er juillet 2021


jeudi 8 juillet 2021

Nunc nihil est

 




Nous voici devant les faits.

Un système se proclame démocratique.

Un peuple s’en détourne infirmant la pensée du système.

La boucle du néant se referme.

Elle ne cesse de se refermer.

Qu’on « positive » ne changera pas grand chose.

La boucle ne cesse de se refermer.

Avec la corde au cou des plus faibles devenus invisibles.

On ne vous montre rien du réel.

Il vous faut imaginer la vie comme elle n’est pas.

Il vous est interdit de voir votre auto-surveillance vouée aux algorithmes.

Pas un pas, pas une pensée, pas un mot qui ne tombe sous l’oeil.

Sous l’oeil goguenard des flics du système.


Nous voici parvenus au terme.

Terme qui est une ouverture opportune pour les tenants d’une post-humanité.

Au terme du nihilisme en vogue depuis des années, lentement introduit comme vaccin à tout esprit de révolte.

Vous voici malades dès la première injection mais vous trouvez la réaction normale, puisqu’on vous le dit.

Le terme du nihilisme est le voyage dans le vide et l’absurde.

C’est un astronaute porté comme héros de ce temps sous la surveillance constante des ingénieurs et techniciens.

Nous voici tous condamnés à être retenus par un fil à une vie sous contrôle, dans le vide abyssal d’une humanité détruite.


Nous arrivons au terme du voyage initiatique voulu par les démiurges algorithmiques.

D’un écran nous tirons méconnaissance absolue de nous-mêmes.


Xavier Lainé


30 juin 2021


mercredi 7 juillet 2021

Il n'est pas de sauveur suprême

 




Il est salutaire de ne plus croire au moindre sauveur suprême.

De ne rien attendre que tu n’aies construit de tes mains et intelligence.


Il est salutaire de ne plus prendre vessies des beaux discours,

Pour lanternes magiques qui te plongent un peu plus dans l’obscur.


Il est salutaire de ne plus suivre les idées des autres mais les tiennes.

De ne plus gober comme vérité des convictions surfaites.


Il est salutaire de te faire ta propre opinion sur toutes choses.

Sur toutes choses et même sur leur contraire pour ne pas stagner.


Il est salutaire de prendre le large, de ne pas marcher du pas imposé.

Pour ne pas tomber dans les précipices ouverts sous ton pas aveuglé.


Il est salutaire de ne pas prendre pour lumière ce qui n’est que projection

Sur le mur d’une caverne qui se fait geôle à qui refuse d’apprendre.


Il est salutaire donc de ne pas voter si tes opinions se trouvent bafouées

Lorsque l’urne s’ouvre sur le vide abyssal d’existences de misère.


Il est salutaire de mépriser ceux qui, du haut de leur pouvoir

Te traitent comme esclave, se moquent de ta pauvreté qu’ils affament.


Il est salutaire de ne plus aller où les panneaux te disent d’aller.

De refuser les publicités mensongères qui te promettent un autre avenir.


Il est salutaire de ne plus croire en un avenir radieux et lumineux

Lorsque depuis des années les promesses son si vite rangées et oubliées.



Xavier Lainé


29 juin 2021