samedi 3 juillet 2021

Inaudible

 




Je t’admire, moineau qui t’égosille par dessus les moteurs.

Ton chant tenace vient à ma rencontre en ce lieu désespéré.

Tu ne me vois pas.

Mon oreille est là, aux aguets.

Me parvient le vague murmure de conversations couvertes, elles par le fracas des véhicules sans âme.

De quelle vie parlons-nous ?


La mienne, comme tant d’autres, avance, le nez collé au guidon des nécessités absolues.

Ne pas flancher.

Tenir contre vents et marées.

Ne rien attendre de personne puisque désormais plus rien ne vient.

Me contenter, comme beaucoup, du miracle d’être encore vivant, chaque matin.

Quand viennent les élans de tendresse et d’insouciance, les mettre sous le boisseau pour ne pas trop rêver.

Puis revenir sur la page déposer quelque utopie nouvelle.

Sans laisser la naïveté me prendre et me conduire au naufrage.


Ils nous disent ainsi, mais ils se trompent : le devoir de survivre ne nous laisse pas le choix.

Une fois calculé le fragile équilibre qui permet de simplement ne pas finir trop dans le rouge de comptes sans cesse exsangue, il ne reste rien pour le plaisir.

Seul le plaisir d’écrire et de rêver demeure.

De tenter de répondre aux insultes et médisances en tous genres qui pleuvent aux moindres propos qui ne vont pas dans le sens du courant.

Abonné à la parole contraire inaudible, il faut en plus répondre aux injures.


Xavier Lainé


26 juin 2021


vendredi 2 juillet 2021

Sauver les communs

 




Ce n’est pas l’individu qui doit être sauvé, c’est sa relation aux communs.


Et le poète est celui qui, derrière le miroir sans tain de ses yeux et de son coeur, regarde, contemple.

Et ce qu’il voit parfois lui intime l’ordre d’intervenir mais il ne sait comment franchir la paroi de verre.

Il voit ce qui se déchire et qui geint.

Il voit ceux qui se noient dans les océans et sur les trottoirs de la vie.


Le poète est ce type qui appelle Alice au secours.

Pour qu’elle lui explique comment passer de l’autre côté du miroir.

Comment franchir cette barrière impalpable qui fait de lui un témoin du crime sans le moindre pouvoir d’arrêter le bras des assassins.

Le poète est celui qui demeure humain quand, de l’autre côté du miroir, on s’entretue pour trois sous.


Ce n’est pas l’individu qui doit être sauvé, c’est sa relation aux communs.


Je suis de cette espèce qui marche dans la rue.

De cette espèce qui voit et sent, mais que le miroir sans tain isole.

De cette espèce dont la main qui vole au secours de ses semblables se heurte aux murs de l’incompréhension.

De cette espèce qui n’a pas d’existence hors des communs.

De cette espèce que par un raccourci de l’histoire et de la philosophie on nomma communarde puis communiste.

De cette espèce qui ne cherche à rien imposer, mais se rend à l’évidence.

De cette espèce qui ne cesse dans sa tête de fabriquer des utopies en lieu et place des dystopies bien visibles.

Des utopies capables de lui faire franchir le miroir sans tain qui l’isole du monde et le laisse incompris sur le trottoir des effondrements.


Xavier Lainé


25 juin 2021


jeudi 1 juillet 2021

Textes en Résonance

 




Mes moyens ne m'avaient pas permis d'acquérir le beau livre édité chez Jacques Flament. J'ai pu enfin combler ce vide.

C'est du bel ouvrage, vraiment. Pas eu le temps de tout lire, mais ça vaut le détour. Et si j'écris ça, ce n'est pas parce que trois de mes textes y sont présents.

Mais parce que tant de belles plumes (sans compter ma modeste contribution) méritent d'être lues et relues, donnant vies littéraires à l'art photographique.

Merci donc à Jacques Flament pour ce merveilleux travail.

Pour commander l'ouvrage, c'est ici : Résonances 3/Editions Jacques Flament

mercredi 30 juin 2021

Lettre ouverte sur la paix à Monsieur le maire de Manosque (04) et ses conseillers municipaux (Suite 1)

 




Soyons honnête : en écrivant ma "Lettre ouverte sur la paix" ( Lettre ouverte sur la paix) je ne m'attendais ni à ce qu'elle soit publiée par ce qui ose s'appeler encore une presse locale, ni qu'elle suscite une grande attention du maire de Manosque et de ses conseillers.

Si les premiers ne m'ont pas déçu (à moins que, n'achetant jamais la presse locale, je n'ai pas vu passer l'écho qui aurait pu être donné à ma missive), Monsieur le maire m'a adressé une lettre datée du 21 juin 2021 et reçue ce mardi 29 juin. Je vous en livre ci-après la teneur qui nécessitera sans doute de ma part quelques mises au point en forme d'ouverture du débat. Je ne sais si les conseillers municipaux ont été mis au courant de ma lettre et de la réponse apportée.

Je vous laisse à votre lecture attentive et, bien évidemment, vos commentaires seront les bienvenus pour alimenter non la polémique mais le débat d'idée ouvert ici par un maire qui semble être attentif à ce que les citoyens de la ville lui font parvenir (et c'est déjà un petit miracle).

Xavier Lainé

30 juin 2021





mardi 29 juin 2021

Atterrir

 




Je tente d’atterrir.

Je tente de me remettre de la colère.

Pas un mot de vrai qui se pose sur les heures.

Je voudrais être cette parole qui se pose là.

Cette parole qui dit ce que nul ne dit plus.

Que la misère et l’ignorance sont les mamelles.

Les mamelles où tètent les idées rances, les pensées avariées.


Bien sur la violence du propos dit ainsi.

Mais tellement abasourdi devant les insultes proférées, les appels au crime.

Tellement écoeuré de cette absence de retenue.

Les monstres sont lâchés dans l’arène, pour la plus grande joie des possédants.


J’hésite parfois à lâcher les brides de ma plume.

Elle pleure en secret plus souvent qu’à son tour.

Tant avant moi qui ont crié, chanté, clamé l’innocence des pauvres.

Tant qui auraient voulu d’un mot renverser le pouvoir abusif des tyrans.


Tant d’années sous le joug de l’impuissance qu’il faudrait désormais la force de Titan pour remonter la pente.

Il faudrait aller sous vos balcons fleuris, sur vos paliers en lambeaux clamer la parole contraire et la faire entendre.

À laisser médias sans état d’âme clamer leurs insanités, on vide l’humain de sa substance.

Qu’on vienne me parler des crimes du stalinisme viendrait bien sûr me contraindre à mettre dans la balance ceux du capitalisme.

Or un mort est un mort de trop quelque soit le camp qui l’exécute.

Un mort de trop pour la simple raison que nous nous laissons déposséder de notre langue contraire, de notre propos issu des communs.


Xavier Lainé


24 juin 2021 (2)


lundi 28 juin 2021

Las

 




Tandis que dehors le monde court à sa perte.

Que le pire s’annonce sous visage dé-diabolisé des cyniques.

Vous restiez l’oeil rivé sur vos écrans, regardant d’un air absent vos séries télévisées, poussant vos bonbons sur des grilles de jeux sans intérêt.

La maison brûle, menace ruine, vous regardez ailleurs.


La maison brûle, menace ruine, vous regardez ailleurs.

Le vieux militant s’affaisse contre un mur.

Il ferme les yeux ne pouvant croire en ce cauchemar.

Il voit les légions barbares s’avancer dans un silence pesant.

Il vous contemple dans vos jeux absurdes, vos yeux rivés sur vos séries.

Il se ronge de l’intérieur pour ne pas se mettre en colère furieuse.


Demain nous serons tous sous le glaive de nos actes.

Qu’un silence glacé accompagne nos errements ne fait qu’accroitre la douleur.

Douleur de devoir vivre devant ce triste spectacle.

Devant cette vision terrible de votre abandon aux griffes de vos maîtres.

L’esprit vide, vous allez, comme si de rien n’était.

La maison brûle mais vous regardez ailleurs.

La maison brûle mais vous fermez les yeux.

Vous annoncez votre fatigue de vivre, d’une vie réduite à peu de chose : le lit, la chaise, mais toujours un écran à la main.

Vous ne pouvez vous en passer.


Chaque jour nous fait faire un pas vers le chaos.

Comment arrêter la machine infernale ?

Comment cultiver l’esprit nécessaire au sursaut ?

Mes paupières tombent de lassitude.

J’avais cru un instant possible le cheminement des consciences.


Xavier Lainé


21 Juin 2021 (2)


dimanche 27 juin 2021

Victoires à la Pyrrhus

 




Lundi de pleurs, de larmes de crocodiles.

On se lamente. Ici et là, on persiste à oublier l’histoire.

On persiste à ne pas s’observer au miroir tendu par les abstentionnistes.


Pas plus tard qu’hier, me faisait rire au nez d’avouer aller voter.

Pas plus tard qu’aujourd’hui les mêmes ironisent encore.

Ils ne voient pas qu’ils signent leur propre défaite.


Bien sur au nom de l’anarchie, on peut refuser de participer.

On peut aussi baisser son froc devant la violence.

On peut tenir discours incohérent sous l’emprise des addictions.


On pourrait, au nom de l’anarchie, se mettre à penser plus loin, 

Plus loin que le bout de ses certitudes, de ses convictions 

De ses renoncements devant le chaos annoncé ?


Les pleutres s’avouaient déjà vaincus.

Ils avaient renoncé à toute lutte objective au nom de leur « pureté ».

Ils ne voyaient pas le gouffre ouvert sous leurs pieds.


Un temps gris, lourd et pesant ouvre la parenthèse du jour.

Tu me disais qu’on avait banalisé tous les extrêmes.

Je te disais que non, qu’il ne fallait pas être aussi simpliste.


Ils ont sciemment banalisé le pire pour un illusoire pouvoir.

En banalisant le pire, ils se sont certes maintenus un temps.

Puis est venu le temps des comptes et de la violence larvée.

Juste avant que ne se déchaine les monstres avinés, aveuglés.

Viendra alors le temps de l’oeil pour oeil, du dent pour dent.

De cette loi du talion jaillira le pire dans une guerre sans fin.


Xavier Lainé


21 juin 2021 (1)