vendredi 12 mars 2021

Prendre soin 12 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




C’est un peu comme si, ne recevant que des gens qui ne vont pas bien, j’estimais que toute la population était malade.

C’est un peu comme si, considérant trois cent décès viraux en une journée sur une population de soixante sept millions d’âmes, je considérais que toute la population était contaminée.


Qui n’a pas joué ?

Joué à faire comme si.

Joué à faire comme ça.

Mais joué, triché avec les apparences fallacieuses.


Dans l’art des statistiques, on a le droit d’être sérieux.

Sérieux, c’est-à-dire, de les remettre à leur juste place : si je fais une étude statistique, c’est pour me prouver quelque chose.

J’émets une hypothèse et je vérifie si, statistiquement elle pourrait être vraie.

Alors je pose les questions qui induisent les réponses que j’attends.

Rien d’objectif à ma démarche.

Absolument rien.

Je ne fais que tenter de prouver que j’ai raison.


Que deux cent cinquante personnes entrent à l’hôpital, infectées par un virus, me voilà déjà ravi d’affirmer que j’avais donc raison d’enfermer tout le monde.

Sauf que c’est une question de regard : dans cette hypothèse, les soixante six millions neuf cent quatre vingt dix neuf mille sept cent cinquante restants (difficile à lire, n’est-ce pas ?) que j’enferme allaient bien avant d’être enfermés, la peur dans la tête et les tripes nouées de ne pas savoir ce que sera leur vie à la sortie.

« Primum non nocere » proclame Hypocrate. CQFD


Xavier Lainé


10 février 2021


jeudi 11 mars 2021

Prendre soin 11 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Ainsi, pris dans l’étau des injonctions contradictoires, des libertés surveillées, des privations de libertés essentielles.

Privés de tout contact humain simple, de toute étreinte, de tout baiser, je vous regarde errer l’oeil triste.

L’oeil puisque le reste est invisible.

Les mêmes nous masquent mais se battent contre voiles et burqas.

Mais peut-être, en leur religion de la sécurité absolue, en viendront-ils à nous proposer de sortir en scaphandre ?


Nous ne voyons plus rien que cet horizon bouché par leurs rodomontades et leurs autosatisfactions.

Et…


Lorsque nous regardons le ciel, nous ne voyons que sable de passage puis nuées d'orage pour le faire retomber.

Nous ne regardons plus rien des symboles et de leur puissance au plus profond de notre être.

Quelque chose là se montre de notre divorce avec la terre qui nous a donné naissance.

Nous regardons mais ne voyons pas et poursuivons tête baissée l'oeil rivé sur nos certitudes.

Le mur que nous heurtons nous fait mal, très mal, et nous n'avions pas mesuré que certains en avaient aussi fermé les issues possibles.

Dès lors pour nous remettre, non pour nous guérir, peut-être serait-il temps de réveiller nos âmes créatrices, hors des sentiers battus et des idées binaires convenues.


Binaires, cette forme de pensée héritée d’un positivisme éculé.

Vérité ici, erreur au-delà.

Ainsi vont les bourgeois en leurs instincts arrêtés.


Xavier Lainé


9 février 2021


mercredi 10 mars 2021

Prendre soin 10 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Il n’est de silence que parce qu’ils le font.

Ils ne disent rien de ce qui monte de colère rentrée, de douleurs impossibles à partager dans un monde qui t’enferme.

Les larmes au bord des yeux de ne pouvoir embrasser un fils, une petite-fille, de ne plus te laisser aller en amicales étreintes.

L’humain tissé d’affect sombre et se noie.


Te voici ligoté sur ton lit de souffrance.

Ils te proposent des techniques très élaborées, scientifiquement reconnues, car « randomisées ».

Ils t’attachent sur leur table.

Ils te connectent à leurs systèmes électroniques, te suivent pas à pas au travers de ta montre.

Ils prétendent surveiller tes « constantes » et de là te dire ce qui est bon pour toi ou pas.

Que tu ne puisses plus toucher et embrasser, il ne leur vient pas à l’idée que ce puisse être source de tes maux.

Les algorithmes sont les chaînes modernes d’un esclavage sans nom.


Esclaves consentants, déniant ce qui est pour ne pas se faire mal d’avantage.

Te voici ligoté à la table de leurs informations parcellaires.

Il n'est même plus nécessaire de nous rendre esclaves, puisque nous nous imposons les chaines invisibles de la peur.

Il n'est même plus nécessaire de mettre des chars dans les rues pour installer une dictature, il suffit que l'ordre médical répande dans les têtes la peur invisible de divisions entières de potentielles maladies dont chacun, même bien portant pourrait être le "porteur sain".

Il n'est plus nécessaire ne nous jeter en prison puisque nous posons nous-mêmes barreaux sur nos vies sociales, affectives, émotionnelles, psychiques.


Xavier Lainé


8 février 2021


mardi 9 mars 2021

Prendre soin 9 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Rebelle. Sans doute faut-il l’être à moins d’accepter la domination sans partage comme une fatalité.

Le déni serait-il cause de nos maux ?

Nous vivons, certes, un peu comme nous pouvons.

Mais nous vivons.

Je vous vois vivre et je me retourne sur ma propre existence.

Je regarde en face mes révoltes improductives, mes rêves de société plus humaine si dogmatiquement formulés que je ne prenais même pas le temps de tenter de m’interroger.

C’est quoi être ou devenir humain ? Ce serait quoi, une société plus humaine ?

Remplacer un dogme par un autre et se laisser diriger par une « élite » qui se prétend « éclairée » ?

Folie ! Oui folie !

Folie de croire en des techniques toutes puissantes.

Folie de confier mon (notre) sort entre des mains sans regarder quel esprit se niche derrière.

Folie de se couler dans le moule bien conformiste d’un monde sans boussole, pour ne pas se poser plus de questions.

Folie de s’en poser sans cesse et de douter à chaque instant de toute affirmation de vérité.

Si folie il y a c'est de ne pas l'assumer, et de prétendre ainsi les autres.

Car sans, nous n'aurions aucune espèce d'espérance de grandir en humanité.

C'est ce que dénie la forme technique du capitalisme libéral totalitaire : la folie de croire encore en l'imprévisible, en une poétique de l'humain qui dépasse tous les calculs, tous les algorithmes.

Ce serait s'enfoncer dans le symptôme de notre mal-vie que de ne pas voir en face les monstres que nous avons laissés proliférer en lieu et place de saine politique.


Xavier Lainé


7 février 2021


lundi 8 mars 2021

Prendre soin 8 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Je n’ai rien vu venir.

Je ne suis pas le seul, certes, mais pour faire société je ne peux imaginer qu’elle puisse être indépendante de chacun de nos engagement ou dégagement.

Faire société, ce n’est pas une question de pouvoir, c’est une question de vivre ensemble, hors tout bénéfice escompté.

C’est prendre soin de soi, certes, mais sans oublier que je ne peux pas demeurer enfermé dans ce prendre soin comme une chose privée.

À défaut de sentir ma relation à l’autre, à tous les autres, mon « prendre soin » n’est qu’un bénéfice tiré à titre privé du rejet hors de toute humanité des plus précaires, des plus démunis.

Les écrans depuis cinquante ans nous habituent à leur chute.

Ils nous montrent les atrocités commises et nous habituent à nous défausser de toute responsabilité, de toute participation, même par défaut, aux crimes.

Tout, inexorablement est devenu commerce, recherche de rentabilité immédiate, jusqu’à spéculer sur nos potentielles maladies.

Tout en nous faisant croire en une improbable immortalité, la médecine dans son essence s’est vouée à faire de nos vies une marchandise.


Titulaires de vies dont nous ne maîtrisons aucun objet, le vaccin contre tout esprit critique inoculé dès notre plus jeune âge, nos défaites sont le sujet de leurs spéculations.

S'ils nous invitent à prendre soin, ce n'est pas pour remettre en cause ce qui nous rend malade, mais pour nous conformer à leurs objectifs de rentabilité.

Au fond, ils nous voient comme de potentiels malades, de simples lignes dans le calcul de leurs dividendes.

Que nous nous battions pour inventer nos vies en bonne santé, voilà qui nous rend déjà à leurs yeux coupables de rébellion.


Xavier Lainé


6 février 2021


dimanche 7 mars 2021

Prendre soin 7 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Que reste-t-il une fois nos vies dépouillées de tout espace de liberté ?

Une fois nos vies privées de tout geste d’affection, de toute relation humaine exempte de soupçons ?


Comme beaucoup je n’ai rien vu venir.

Mon attention allait à ce qui s’était passé, si peu de temps avant que je n’arrive en ce monde.

Je me revois entrer dans Oradour, en compagnie de mes grands-parents.

Je revois cet homme revivre l’atrocité, la plus violente atrocité.


Comment pouvions-nous deviner que le pire n’était pas encore atteint ?

Un pire insidieux et banal.

Un pire qui ne dit pas son nom, qui use d’un mot pour un autre, en dévie le sens au point de nous perdre dans des abîmes de perplexité.


Les « trente glorieuses », mes parents en ont bénéficié.

Ce fut un bénéfice, comme tout bénéfice, sans partage.

Un bénéfice qui a fait perdre de vue et étouffé toutes les atrocités passées.

Un bénéfice qui justifiait tout, y compris d’autres atrocités, commises loin d’ici mais de plus en plus montrées sur les écrans livides d’une vie par procuration.

Pour faire oublier les tragédies du passé qui se poursuivaient dans le présent, en mille lieux de part un monde pressé de consommer, ce monde prétendu libre nous a (m’a) fait miroiter l’aisance et le loisir, le bien être en pendant du bien avoir.

Ce monde nous a dessaisi de tout, y compris de nos mémoires. 

En faisant de tout commerce, de nos corps, de nos esprits, de notre bonne comme de notre mauvaise santé, il nous a fait perdre de vue ce que pourraient être nos vies si nous ne les perdions pas à courir après des mythes.

Celui de l’avoir et du bénéfice, celui du pouvoir et de la domination.


Xavier Lainé


5-6 février 2021


samedi 6 mars 2021

Prendre soin 6 (Nouveaux états chroniques de poésie - Volume 12 - Tome 2)

 




Une fois établi le principe d'impuissance comme norme de nos vies soumises, il nous reste si peu d'espace pour la respiration de nos esprits que nous étouffons à petit feu.

D'injonctions contradictoires en contraintes impensables encore hier, la liberté pleure toute les larmes de son corps.

Mais peut-être trouveront-ils encore dans ces larmes les preuves d'une contagion.

Puisque désormais ils ne prennent plus soin que d'eux-mêmes en n'écoutant que leurs borborygmes algorithmiques.


S’ils étaient les seuls !

Voici que ce nombrilisme atteint toutes les couches de la société.

On ne flatte plus que l’ego.

On se montre en photographie sous son meilleur jour.

On n’encense que soi.

On s’estime dépositaire d’une parole unique, inédite.


Ce « on » anonyme est le signe de ma grande confusion.

Un « je » bien senti devrait en prendre la place.

Mais alors je verserai peut-être dans le travers que je critique.


Elle est terrible cette image qui me vient d’individualités juxtaposées.

Individualités vues comme au travers d’un oeil de mouche.

Qui prétendent « communiquer » par écrans interposés, sans jamais se parler vraiment.

Chacun, comme moi, dépose là son message, bouteille à la mer dans un océan sans ports d’attaches ni îles refuges où se retrouver enfin pour de vrai.

Chacun cultive son pré carré, jalouse celui des autres, ne tolère aucune ingérence dans son mode de vie et de pensée.

Vivre sur ses gardes et inquiets serait le dernier cri de la mode.


Xavier Lainé


4 février 2021