jeudi 27 juin 2024

Un goût amer 3

 





Ce qu’il faut de lecture pour seulement penser un peu

Ce qu’il faut d’amour de la vie pour survivre en ce monde

Justement pour le plaisir de lire et de penser

Pour celui d’aimer dans la douceur d’un printemps pluvieux


C’est au milieu des pages que ta silhouette me guette

Ce que tu es

Ce que tu deviens

Ce que j’étais 

Regard aveuglé peut-être


Le monde nous abime

Nous plongeons en celui ouvert sous nos pas

C’est une règle désormais

De ne jamais combler les fissures

De laisser l’édifice humain 

Lentement se dissoudre

Dans la prétendue « intelligence artificielle »


À quoi bon penser puisque celle-ci pense pour nous

À quoi bon lire et réfléchir puisque l’écran cause

Nous éblouit et nous aveugle

En nous détournant de nos sens

En nous murant dans des certitudes qui n’en sont pas


Ce qu’il me faut de lecture pour survivre

Dans la tragédie d’un monde qui m’accable

Pour seulement ouvrir la maigre perspective

D’aimer encore y compris sous les bombes

Qui ne sauront désamorcer la mèche allumée de l’amour



Xavier Lainé

3 juin 2024


mercredi 26 juin 2024

Un goût amer 2

 






Je n’aurais pas voulu

Je veux

Je rêve de chavirer

D’être emporté par une vague amoureuse

De me laisser bercer du pépiement des mésanges

De rêver le nez en l’air regardant le manège des martinets

Dans le ciel du crépuscule


Je veux marcher sous l’orage

Te protéger comme je peux

De la pluie diluvienne

T’offrant un doux refuge

Entre mes bras ouverts


Je veux rêver les yeux ouverts

Rêver les yeux fermés

M’endormir dans ce monde en tragédie

Me réveiller le lendemain

Dans une houle profonde d’humanité retrouvée


Je te sais si fragile

Ami Amie Amante Amour

Traversant sous les mauvais coups

Ce temps où nos âmes pleurent


Alors pour un soir

Pour une nuit

J’ouvre mes bras aux étoiles

Qui voudront bien s’y blottir

Pour le seul plaisir de nos coeurs battant à tout rompre




Xavier Lainé

2 juin 2024


mardi 25 juin 2024

Un goût amer 1

 





J’aurais voulu

J’aurais voulu marquer le premier jour d’un nouveau mois

D’une autre empreinte que ce pessimisme objectif de la raison

Me laisser aller à l’optimisme du coeur

Celui qui bat dans l’étreinte éphémère

Dans l’amour un instant évoqué 

Qui finit noyé 

Toujours


J’aurais voulu

J’aurais voulu avancer sur un chemin radieux

Puisque soleil est de la partie

Hier soir dans la danse des lampions

Des voisins se rencontraient

Faisant briller une petite lueur d’humanité 

Dans l’herbe humide où s’en vont les chiens du quartier

Matin et soir se soulager de la compagnie des humains


J’aurais voulu

J’aurais voulu t’embrasser

J’aurais voulu t’embraser

Toi dont l’ombre ne quitte pas mes bras

Une fois mes yeux refermés sur l’abîme insondable

Où m’emportent mes rêves d’humanité

Ceux qui m’empêchent de vieillir

Tant que la tâche de grandir et d’apprendre 

Se doit encore d’être explorée


J’aurais voulu 

J’aurais voulu donc

Marquer du sceau du bonheur le chemin semé d’embûches

Que nous apprenions à tourner le dos

Aux fossoyeurs de toutes espèces

Qui nous gâchent le monde et la vie

À grand coups de leurs mentons autoritaires

Nous avons tant à apprendre

Tant à construire

Nous nous sentons trop souvent si seuls

Sur ce chemin étroit



Xavier Lainé

1er juin 2024


lundi 24 juin 2024

Pas dire 31

 





Mois de mai sans relief

Loin de toutes protestations visibles

Quand je dis visibles

C’est médias dominants n’en disent rien

C’est comme s’il ne se passait rien

Ou

Lorsqu’ils en parlent

C’est avec un ton méprisant

Accusant les « semeurs de troubles »

D’être des ennemis

Voire même des « terroristes »

Quelle horreur


Mois de mai sans relief

Il me fallait souligner

Cet interdit de dire

Cet interdit du dire

Qui est le propre du néo-totalitarisme

Celui promu par jeunes dirigeants

Très « comme il faut »

Dont les vieillards cacochymes

Aimeraient faire leur gendre

Coincés en costumes trois pièces

Formatés aux grandes écoles

De défunte République

Défunte « res publica »

Affaire commune oubliée

Sacrifiée sur l’autel du saint profit


*


Nous sommes pourtant les enfants du dire

Humains qui sans parole perdraient leur dignité

Paroles dites

Paroles tenues

Voilà le cauchemar des arrogants

Convaincus de tenir dans la poigne de leurs dogmes

L’alpha et l’omega d’un avenir sans


D’un avenir sans parole

Donc sans humanité

Avenir portes et fenêtres fermées

Où doivent demeurer enfermées

Les paroles contraires

Celles qui s’ourdissent au plus secret des coeurs

Car c’est encore de coeur qu’il s’agit

Qui se soulève de nausée

Au spectacle de ce qu’ils font

De notre si belle planète


Leur avenir est dans la destruction

Au triomphe de leur puissance

Dans la guerre généralisée de tous contre tous

De toutes contre toutes

De tous contre toutes

De toutes contre tous

C’est leur seul horizon


C’est ici que notre devoir est de flamme

Pour préserver la parole et le dire

Nommer

Nommer même l’innommable

Pour qu’un jour peut-être

Nous puissions nous glorifier

Du beau titre d’humains


*


En guise de post-face :


« On ne peut donc jamais dire : il n’y a rien à voir, il n’y a plus rien à voir. Pour savoir douter de ce que l’on voit, il faut savoir voir encore, voir malgré tout. Malgré la destruction, l’effacement de toute chose. Il faut savoir regarder comme regarde un archéologue. » Georges Didi-Huberman, Ecorces, Les éditions de minuit, 2011


« Nous avons peur.

Nous sommes à deux doigts de crier au barbare, aux tyran, et d’ajouter du bruit au bruit, étouffant sous un seau de chaux vive et de cendres les petites braises encore vivantes de l’esprit. » Camille de Toledo, Le hêtre et le bouleau, éditions du Seuil, 2009


« L’apathie, l’impassibilité, le non-lieu des sentiments et l’impuissance sous toutes ses formes, non seulement n’empêchent pas les relations des êtres, mais conduisent ces relations au crime, qui est la forme ultime et (si l’on peut dire) incandescente de l’insensibilité. » Maurice Blanchot, La communauté inavouable, Les éditions de minuit, 1983



Xavier Lainé

31 mai 2024