lundi 14 octobre 2024

À vue d'oiseau 17

 





C’est un étrange comportement que le vôtre

Vous ne cessez de clamer la nécessité d’aller vite

D’en faire toujours plus en moins de temps

Vous causez de « rentabilité » de « productivité »

Mais chaque jour je survole vos files interminables

Vous y faites preuve d’une patience admirable

Mais je vous assure qu’avec mes deux ailes

Je vais bien plus vite que vous d’un point A à un point B

Sans parler des contraintes qui semblent être les vôtres

Contraintes que mon espèce volatile ne connaît pas

Du moins pas celles qui vous poussent à vous précipiter

Toutes sirènes hurlantes pour ne pas être en retard

Ce qui semble inévitable


Moi l’oiseau anthropologue

Je ne cesse de me poser des questions

Sur vos étranges migrations

Qui vous mènent de zones densément peuplées

En zones « touristiques » équivalentes

Sauf la mer ou la montagne à portée de balcon


Nous autres volatiles

Lorsque fatigue nous prend

Nous nous blottissons au fond du nid

Dans l’attente de jours meilleurs

Lorsque tel est le cas

Nous préparons activement les redoutables saisons

Où le froid envahit tout jusqu’en dessous de nos plumes

Ou celles encore pire où la chaleur nous laisse assoiffés

Une fois les rivières desséchées par vos soins



Xavier Lainé

18 septembre 2024


dimanche 13 octobre 2024

À vue d'oiseau 16

 





Mais voilà que mon prête-plume s’est mis en grève

Qu’il s’est inscrit aux abonnés absent de la page

Il s’en est suivi un long silence d’une journée

Elle m’est apparue sans fin


Que puis-je noter/observer sinon cette pléthore

Vous êtes si nombreux et vivez dans un bruit permanent

Il ne reste que fort peu d’espace pour nos chuchotement ailés

Je me noie dans cette exubérance

Comme vous sans doute

Au point de ne savoir comment vous en extraire

Rejoindre le silence qui n’en est pas un

Mais qui fait que nature en est une


Je vous suis devant vos écoles

Vous y déposez vos enfants

Parfois comme un paquet confié au portail automatique

Parfois avec un serrement de coeur

Je vous vois déposer un baiser tendre sur la joue qui s’enfuit

Comme nous vous avez tant à apprendre

Sinon que vos apprentissages durent bien plus longtemps

Que vous n’arrivez adultes que très tard

En vrai il semble qu’on puisse dire

Que vous naissez fortement prématurés

Tandis que notre gent ailée arrive assez vite à maturité

Avantage ou inconvénient je ne saurais dire

Mais comme nous autres je sens bien votre attachement

Que parfois vous cachez sous une carapace de fausse indifférence


Alors vous ne m’entendez pas mais perché sur le mur je pleure avec vous



Xavier Lainé

17 septembre 2024


samedi 12 octobre 2024

À vue d'oiseau 15

 





Je te prête une de mes plumes

Tu me prêtes tes mains

À deux nous écrivons cette ballade volatile

En terrain d’anthropologie vue du ciel


Je te prête une de mes plumes

Je te chuchote mon chant à l’oreille

Il semble que tu en comprennes les subtilités

Que tu arrives à traduire dans ta langue

Ce que la mienne tente d’exprimer


Te voilà interprète de mon espèce

Tandis que moi je t’observe dans ton milieu

Y compris lorsque dans un trajet laborieux

(Pour ça nous avons de la chance nous autres

Il nous suffit d’aller en ligne droite)

Tu rejoins gens bien sympathiques

Que la même passion semble animer


Écrire


Sur ce point là au moins je vous envie

Vous avez tout de même bien plus de chance que nous

Vous pouvez laisser trace de votre passage

Autrement qu’en marquant votre territoire

J’envie votre capacité à dire

À exprimer des choses que parfois mon chant

Peine à décrire à signifier

Même si contre vos attentes

Mon chant sait se faire langue auprès de mes congénères



Xavier Lainé

15 septembre 2024


vendredi 11 octobre 2024

À vue d'oiseau 14

 





Dans ma confrérie volatile

Le bruit circule que chez les humains

Il existe un don d’empathie

Celui qui permet d’anticiper 

Et de se mettre à la place de


C’est avec cette histoire là

Que je me suis lancé dans cette folle équipée

Croyant découvrir chez vous

Des attentions existantes aussi dans mon espèce

Mais à une bien moindre mesure


C’est avec cette histoire là 

Que je vous contemple

Du haut d’un fil d’une gouttière

D’une branche ou d’un rebord de fenêtre

Avec un étonnement grandissant


On se fait des idées vous savez

Mais je vois bien qu’elles peuvent s’avérer

Pas tout à fait fausses

Pas tout à fait justes non plus

À vous regarder vivre


À vous regarder vivre

J’ai du mal à comprendre

Comment vous pouvez passer à côté

De certains de vos congénères assis par terre

Visiblement en extrême détresse

Et détourner votre regard sans tendre main secourable



Xavier Lainé

14 septembre 2024


jeudi 10 octobre 2024

À vue d'oiseau 13

 




Parfois vous êtes beaux

Alors mon plumage rayonne

De vous voir vivre dans l’entraide

Parfois seulement


Je me suis posé sur le fil juste devant ta fenêtre

Ce n’était que prémisses du jour

Et je t’ai vu endormi les lunettes sur le nez

Un livre à la main


C’est si beau spectacle que votre humanité

Lorsqu’elle sort de l’ordinaire convenu

Qu’elle explore des sentiers inexplorés

Qu’elle s’invente des modes de vie hors normes

C’est rare


Comme je vous l’ai entendu dire

« Tout ce qui est rare est cher »

Or à me rapprocher un peu plus

À écouter les sourdes plaintes

Il semble que ce ne soit pas vraiment le cas

Ou alors ce qui est considéré comme rare

Du fait d’être majoritairement partagé

Donc plus rare du tout

Vaut mieux que l’exception


À vue d’oiseau vous me posez donc d’innombrables questions

Sur le beau et l’intelligence

Sur la conscience aussi

Je ne sais pas si j’ai si bien fait d’accepter cette mission



Xavier Lainé

13 septembre 2024


mercredi 9 octobre 2024

À vue d'oiseau 12

 





Etranges créatures que vous êtes

Plus je vous observe

Marchant sur vos bitumes

Téléphones rivés à vos oreilles

Ou parlant seul à de mystérieux correspondants

Plus je vous trouve bizarres


Nous autres

Nous communiquons par la voie des airs

Comme vous en quelque sorte

Parfois d’ailleurs nous sommes contraints de nous égosiller

Pour nous faire entendre d’arbre en arbre

Dans le raffut que votre espèce génère


Je vous observe donc

Je vous vois dépendants de ces appareils en tous genres

Marchant avec fierté comme si vous dominiez le monde

Certes vous le dominez

Vous marquez comme toutes les espèces votre territoire

Pas seulement le vôtre d’ailleurs

Le nôtre aussi

Au point que certains d’entre nous s’éteignent

Mais avec vos écouteurs sur les oreilles

Vous n’entendez pas les soupirs agonisants


Vous savez pourtant les risques de ces comportements

Certains d’entre vous que vous nommez « chercheurs »

Dénoncent depuis longtemps les tempêtes à venir si rien ne change

Et rien ne change

Vous marchez parlez êtes festifs au bal des ivresses sans rien voir



Xavier Lainé

12 septembre 2024 (2)