samedi 12 octobre 2024

À vue d'oiseau 15

 





Je te prête une de mes plumes

Tu me prêtes tes mains

À deux nous écrivons cette ballade volatile

En terrain d’anthropologie vue du ciel


Je te prête une de mes plumes

Je te chuchote mon chant à l’oreille

Il semble que tu en comprennes les subtilités

Que tu arrives à traduire dans ta langue

Ce que la mienne tente d’exprimer


Te voilà interprète de mon espèce

Tandis que moi je t’observe dans ton milieu

Y compris lorsque dans un trajet laborieux

(Pour ça nous avons de la chance nous autres

Il nous suffit d’aller en ligne droite)

Tu rejoins gens bien sympathiques

Que la même passion semble animer


Écrire


Sur ce point là au moins je vous envie

Vous avez tout de même bien plus de chance que nous

Vous pouvez laisser trace de votre passage

Autrement qu’en marquant votre territoire

J’envie votre capacité à dire

À exprimer des choses que parfois mon chant

Peine à décrire à signifier

Même si contre vos attentes

Mon chant sait se faire langue auprès de mes congénères



Xavier Lainé

15 septembre 2024


vendredi 11 octobre 2024

À vue d'oiseau 14

 





Dans ma confrérie volatile

Le bruit circule que chez les humains

Il existe un don d’empathie

Celui qui permet d’anticiper 

Et de se mettre à la place de


C’est avec cette histoire là

Que je me suis lancé dans cette folle équipée

Croyant découvrir chez vous

Des attentions existantes aussi dans mon espèce

Mais à une bien moindre mesure


C’est avec cette histoire là 

Que je vous contemple

Du haut d’un fil d’une gouttière

D’une branche ou d’un rebord de fenêtre

Avec un étonnement grandissant


On se fait des idées vous savez

Mais je vois bien qu’elles peuvent s’avérer

Pas tout à fait fausses

Pas tout à fait justes non plus

À vous regarder vivre


À vous regarder vivre

J’ai du mal à comprendre

Comment vous pouvez passer à côté

De certains de vos congénères assis par terre

Visiblement en extrême détresse

Et détourner votre regard sans tendre main secourable



Xavier Lainé

14 septembre 2024


jeudi 10 octobre 2024

À vue d'oiseau 13

 




Parfois vous êtes beaux

Alors mon plumage rayonne

De vous voir vivre dans l’entraide

Parfois seulement


Je me suis posé sur le fil juste devant ta fenêtre

Ce n’était que prémisses du jour

Et je t’ai vu endormi les lunettes sur le nez

Un livre à la main


C’est si beau spectacle que votre humanité

Lorsqu’elle sort de l’ordinaire convenu

Qu’elle explore des sentiers inexplorés

Qu’elle s’invente des modes de vie hors normes

C’est rare


Comme je vous l’ai entendu dire

« Tout ce qui est rare est cher »

Or à me rapprocher un peu plus

À écouter les sourdes plaintes

Il semble que ce ne soit pas vraiment le cas

Ou alors ce qui est considéré comme rare

Du fait d’être majoritairement partagé

Donc plus rare du tout

Vaut mieux que l’exception


À vue d’oiseau vous me posez donc d’innombrables questions

Sur le beau et l’intelligence

Sur la conscience aussi

Je ne sais pas si j’ai si bien fait d’accepter cette mission



Xavier Lainé

13 septembre 2024


mercredi 9 octobre 2024

À vue d'oiseau 12

 





Etranges créatures que vous êtes

Plus je vous observe

Marchant sur vos bitumes

Téléphones rivés à vos oreilles

Ou parlant seul à de mystérieux correspondants

Plus je vous trouve bizarres


Nous autres

Nous communiquons par la voie des airs

Comme vous en quelque sorte

Parfois d’ailleurs nous sommes contraints de nous égosiller

Pour nous faire entendre d’arbre en arbre

Dans le raffut que votre espèce génère


Je vous observe donc

Je vous vois dépendants de ces appareils en tous genres

Marchant avec fierté comme si vous dominiez le monde

Certes vous le dominez

Vous marquez comme toutes les espèces votre territoire

Pas seulement le vôtre d’ailleurs

Le nôtre aussi

Au point que certains d’entre nous s’éteignent

Mais avec vos écouteurs sur les oreilles

Vous n’entendez pas les soupirs agonisants


Vous savez pourtant les risques de ces comportements

Certains d’entre vous que vous nommez « chercheurs »

Dénoncent depuis longtemps les tempêtes à venir si rien ne change

Et rien ne change

Vous marchez parlez êtes festifs au bal des ivresses sans rien voir



Xavier Lainé

12 septembre 2024 (2)


mardi 8 octobre 2024

À vue d'oiseau 11

 




D’un coup je vous vois grise mine

Seriez-vous partisans de ce que vous nommez « réchauffement »

Que ça ne m’étonnerais qu’à moitié


Moi j’ai mes plumes qui me protègent

Tant que froid ne prend pas tournure sibérienne

Alors je vole ici et là et vous observe

Je prends des notes dans mon petit cerveau

Pour mieux comprendre si possible comment vous fonctionnez

Je dois avouer qu’au onzième jour de mes observations

Vous me laissez assez désappointé

Je ne m’attendais pas à vous voir si « embarqués »

Comme si vos vies n’étaient plus guidées que par mains extérieures

Comme si vous deviez aller avec empressement ici et là

Sans que ces déplacements revêtent la moindre cohérence


À vous suivre j’ai souvent le vertige

Mes ailes n’en peuvent plus de devoir aller ainsi

D’un point à un autre sans véritable sens

Vous êtes très nombreux à voyager seul dans ce que vous nommez « voiture »

Ces carapaces métalliques me semblent bien moins « humaines » que vos deux jambes

Mais elles semblent vous satisfaire car vous en prenez grand soin


Une fois les lumières éteintes derrière vos persiennes

Je rentre dans mon nid douillet 

Je tente de lisser mes plumes fatiguées

Dans ma tête c’est comme un maelström

Ça tourne et ça chavire sans vraiment comprendre



Xavier Lainé

12 septembre 2024 (1)



lundi 7 octobre 2024

À vue d'oiseau 10

 





Que la survie des vivants ne vous touche pas

Ne cesse de m’interroger

Certes vous pourriez nous reprocher d’en faire de même

Car du fond de notre vie d’oiseaux

Que nous importe qui vous êtes et ce que vous êtes

Sinon qu’en écoutant un peu vos incessants discours

Il semble que vous y soyez pour quelque chose

À la fonte de nos espèces

Il nous faut désormais nous équiper de patience

Pour trouver notre conjointe

Avec qui procréer et perpétuer notre espèce


Je vole de-ci

Je vole de-là

Toujours je vous vois sillonner la terre en tous sens

Puis-je vous demander sans être indiscret

Si vous savez exactement où vous allez ainsi

Je vous pose la question

Vous me regardez éberlués

Qu’un volatile de toutes les couleurs

Puisse tenter de s’adresser dans son langage

À vos esprits que

Il semble

Vous considérez supérieurs aux nôtres


Certes vous ne comprenez rien au langage des oiseaux

Mais moi non plus je ne comprenais rien au vôtre

Alors j’ai écouté aux portes

Écouté aux fenêtres pour décrypter vos langues

Aussi diverses que notre diversité animale



Xavier Lainé

11 septembre 2024