mardi 8 octobre 2024

À vue d'oiseau 11

 




D’un coup je vous vois grise mine

Seriez-vous partisans de ce que vous nommez « réchauffement »

Que ça ne m’étonnerais qu’à moitié


Moi j’ai mes plumes qui me protègent

Tant que froid ne prend pas tournure sibérienne

Alors je vole ici et là et vous observe

Je prends des notes dans mon petit cerveau

Pour mieux comprendre si possible comment vous fonctionnez

Je dois avouer qu’au onzième jour de mes observations

Vous me laissez assez désappointé

Je ne m’attendais pas à vous voir si « embarqués »

Comme si vos vies n’étaient plus guidées que par mains extérieures

Comme si vous deviez aller avec empressement ici et là

Sans que ces déplacements revêtent la moindre cohérence


À vous suivre j’ai souvent le vertige

Mes ailes n’en peuvent plus de devoir aller ainsi

D’un point à un autre sans véritable sens

Vous êtes très nombreux à voyager seul dans ce que vous nommez « voiture »

Ces carapaces métalliques me semblent bien moins « humaines » que vos deux jambes

Mais elles semblent vous satisfaire car vous en prenez grand soin


Une fois les lumières éteintes derrière vos persiennes

Je rentre dans mon nid douillet 

Je tente de lisser mes plumes fatiguées

Dans ma tête c’est comme un maelström

Ça tourne et ça chavire sans vraiment comprendre



Xavier Lainé

12 septembre 2024 (1)



lundi 7 octobre 2024

À vue d'oiseau 10

 





Que la survie des vivants ne vous touche pas

Ne cesse de m’interroger

Certes vous pourriez nous reprocher d’en faire de même

Car du fond de notre vie d’oiseaux

Que nous importe qui vous êtes et ce que vous êtes

Sinon qu’en écoutant un peu vos incessants discours

Il semble que vous y soyez pour quelque chose

À la fonte de nos espèces

Il nous faut désormais nous équiper de patience

Pour trouver notre conjointe

Avec qui procréer et perpétuer notre espèce


Je vole de-ci

Je vole de-là

Toujours je vous vois sillonner la terre en tous sens

Puis-je vous demander sans être indiscret

Si vous savez exactement où vous allez ainsi

Je vous pose la question

Vous me regardez éberlués

Qu’un volatile de toutes les couleurs

Puisse tenter de s’adresser dans son langage

À vos esprits que

Il semble

Vous considérez supérieurs aux nôtres


Certes vous ne comprenez rien au langage des oiseaux

Mais moi non plus je ne comprenais rien au vôtre

Alors j’ai écouté aux portes

Écouté aux fenêtres pour décrypter vos langues

Aussi diverses que notre diversité animale



Xavier Lainé

11 septembre 2024


dimanche 6 octobre 2024

À vue d'oiseau 9

 





Merci de m’excuser

Je m’étais un peu envolé

Loin des humains et de leurs drôles de vies

Il me fallait prendre le temps 

De préparer un automne qui semble enfin se pointer

Avec son nez rouge des premiers frimas


Tandis que vous vaquez 

Que vous vous agitez en tous sens

Semblant défier toute nature et toutes saisons

Indifférent à la sécheresse

Comme à la violence des intempéries

Il me fallait renforcer mon nid

Mis à mal par les derniers orages

Qui en appellent d’autres

Peut-être plus violents encore


À vous regarder faire

C’est un peu comme si aucune pluie

Ne pouvait souiller votre plumage

Comme si les coulées de boue

N’étaient que fatalité 

Alors que construire son nid

Nécessite toute une étude préalable

Pour être certain que dame nature

Ne viendra pas d’un coup de vent 

En emporter les pailles et leur contenu


Ce qui à mes yeux revêt importance capitale

Pour vous semble être accessoire



Xavier Lainé

10 septembre 2024


samedi 5 octobre 2024

À vue d'oiseau 8

 





Je sais et vous aurez raison

Étant oiseau multicolore

Vous pourrez toujours m’accuser d’être « perché »

Surtout depuis que je me suis inscrit  dans cette étude

Des comportements de votre humanité


Et c’est bien vrai que je le suis perché

Vous devriez plus souvent me rejoindre là-haut

Sur les branches 

Sur les fils et murs 

Peut-être verriez-vous le monde avec un autre regard


Alors hier 

Un certain nombre d’entre vous 

Avaient décidé de descendre dans la rue

D’occuper les places

Clamant à juste raison il semble

Votre désaccord avec un déni de démocratie


Je me suis approché pour tenter de comprendre

Je vous ai longuement écouté

Je vous avoue avoir été singulièrement surpris

Qu’il faille en arriver à cette extrémité 

Pour que vous réalisiez que quelque chose ne va pas

Dans la constitution qui vous réunit

(Enfin qui devrait vous réunir

Ce qui semble être bien loin de la réalité

Une minorité d’entre vous domine certes

Les autres suivent et se soumettent

Et vous pensez encore faire « Nation »)



Xavier Lainé

8 septembre 2024


vendredi 4 octobre 2024

À vue d'oiseau 7

 





Que pourrais-je dire encore

Qui ne soient pas fadaises

Je vous vois comme certains de mes congénères

Empêtrés dans la glu

Collés à vos habitudes de conformité

Dont vous ne savez comment vous sortir


Que pourrais-je dire encore

Qui ne soient pas banalités

Tant de mes perchoirs en tous lieux

Je vous observe vaquer à vos occupations

Courir en tous sens à en perdre boussole

Vous croyant libres quand d’étranges individus

Dirigent vos pas vers le mur ou le précipice


Moi

L’oiseau multicolore

Chargé par mon peuple de vous observer

Je m’interroge vraiment sur votre santé mentale

Vous accomplissez des actes qui se retournent contre vous

Vous obéissez à d’obscures injonctions

Dont 

Du fil sur lequel je suis perché

Je ne distingue pas bien l’origine


Y aurait-il des voies occultes

Des messages cryptés qui programment vos cerveaux

En vous donnant l’illusion d’un libre arbitre

Dont il me saute aux yeux qu’il n’est qu’un leurre

Un mythe dont certains jouent pour mieux vous asservir



Xavier Lainé

7 septembre 2024


jeudi 3 octobre 2024

À vue d'oiseau 6

 





Il semble que vous autres

Qui vous proclamez humains

Aient l’art et la manière

De vous laisser piéger


De cet ilot au milieu de nulle part

Je vis tout à coup un long cortège de corbeaux

Se multiplier dans les cieux jusque là paisibles


Comme pour vos lieux de vie 

Qui vous rendent malade

Vous n’aviez rien vu venir


Il vous manque des ailes pour prendre de la hauteur

Pour ne plus vous laisser gruger

Tout intelligents que vous prétendez être


Il y a encore loin de la coupe aux lèvres

Et à chaque soubresaut de votre histoire

Je vous vois

Moi l’oiseau multicolore

Vous enfoncer un peu plus

Par peur de prendre votre envol


Nous autres nous savons qu’un jour ou l’autre

Il faut franchir le pas

Du bord du nid au vide qu’on appréhende

Que rien n’est sûr dans une vie d’oiseau

Alors autant prendre ce qui vient

Vous regarder faire et en tirer les leçons



Xavier Lainé

6 septembre 2024