mercredi 10 juillet 2024

Un goût amer 15

 





J’apporte ma pierre

Toute petite ma pierre

Avec l’espoir qu’elle fasse

À la surface du monde

Assez de cercles concentriques

Pour se traduire sur la rive

Par un tsunami de conscience


J’entends

J’entends tout un chacun dire

« Comment en sommes-nous arrivés là »

Comme si chacun sortait 

D’une longue période d’amnésie


Regardez

Regardez donc

Ce que la personnalisation d’un pouvoir

Sécrète de turpitudes

Ouvrant sous les pas de peuple trop confiant

Le gouffre ouvert par la lie de notre humanité

Pauvres esprits pervers 

Si prompts à se saisir de toutes opportunités

Pour assoir pouvoir personnel


Or ce qui nous fait humains

N’est pas triste refuge entre mains de fer

Mais mise à l’ouvrage commun

Création de liens


J’apporte ma pierre

Mon petit caillou au cairn

Sur le chemin de nos errances


*


Je suis allé vers vous

Et vous fûtes peu nombreux

À rejeter l’hypothèse

D’une autre monde

Que celui rance

Du rejet et de l’opprobre


Je suis allé vers vous

Au beau milieu des avenues

Sous les porches en travaux

Dans les décombres du vieux monde

Ce fut bonne surprise

De vous savoir indemne


Tant la gangrène nous ronge

Sous le masque de nos petits conforts étroits

Sous celui de nos loisirs étriqués

Du moins pour la maigre marge

Non encore affectée

Aux lignes de pertes et profits

De leur monde inculte


Car au fond c’est ça

Trop longtemps nous avons déserté

Nous n’avons plus trouvé les mots

Qui sachent dire

En quel monde nous aimerions grandir

Alors nous n’avons plus rien dit

Plus rien dit sinon « pouvoir d’achat »

Plus rien dit sinon « garder les acquis »

Tandis que les deux s’étiolaient 

Sous les yeux incrédules

Des quatre vingt treize pour cent

Qui n’entrent pas dans les catégories

D’une richesse réservée

À sept pour cent d’entre nous


Nous n’avons rien dit

Rien d’audible

Tandis qu’un mépris souverain

Régnait en maître absolu

Debout sur les urnes du désespoir


Je suis allé vers vous

Je ne vous ai rien demandé

Juste de ne pas oublier

Qu’au fond c’est vous qui détenez le pouvoir

De poursuivre ou non

L’oeuvre de démolition orchestrée

Dans les lieux d’une finance hors-sol



Xavier Lainé

15 juin 2024


Filigranes 114

 






Les caprices de la Poste s'étant épuisés, le numéro 114 de Filigranes est arrivé dans ma boite aux lettres (et, par acquis de conscience, en deux exemplaires)...

De numéro en numéro, c'est un peu comme si mes textes y réservaient leur place...

Un petit extrait pour vous mettre en appétit :

"Je ne cesse de crier 

Avertir

Supplier


Je ne sais ce que modes veulent dire

Quand la vie est si proche de basculer

Dans l’insupportable délire

D’un « progrès » mortifère


Toujours en moi-même je combats

La fonction discursive des dominations

Mes mots sont si faibles à chanter

À l’unisson des humiliés


Je pose mes mots

Chaque matin à jeun je les pose..."


Et, si vous voulez y participer ou vous abonner (ce qui serait une excellente idée et un beau cadeau à faire), c'est ici : Filigranes la revue


mardi 9 juillet 2024

Un goût amer 14

 





Il est temps

Temps de lever les derniers obstacles

Temps de remettre en cause les bases nauséabondes

Qui nous mènent à l’impasse

Vous qui fricotez avec l’affront

Comme nous qui avons passé notre vie à le combattre


C’est un combat 

Pas seulement dans les discours

C’est un combat qui nous traverse

Qui doit renverser en nous-mêmes

Le si commode esprit de domination

Dont tout un système se nourrit

Jusqu’à pouvoir condamner la vie même

À la surface de notre vaisseau spatial

Vaisseau spécial

Dont nul ne saurait dire

Si en quelque point improbable de l’univers

Il saurait exister l’équivalent

Équivalent de toutes façons impossible à atteindre


Nous n’avons pas de véhicule de secours

Il nous faut apprendre à vivre ensemble et préserver celui-ci

Ou mourir comme des cons

De soif et de faim

De misère et de guerre

Tandis que les coffres de quelques-uns

Font une indigestion d’argent


Nous n’avons pas d’autre avenir

Que celui à construire

Ou à re-construire

Si nous ne voulons pas être la cause de notre disparition


N’en déplaise aux contempteurs de l’affront

Imbéciles ignorants de l’histoire et de nos balbutiements

Comme humains dont nul ne saurait encore définir les contours

Nous devons apprendre à vivre ensemble

Ou à mourir solitaires 

Noyés dans nos larmes de haine et de rancoeur



Xavier Lainé

14 juin 2024



lundi 8 juillet 2024

Un goût amer 13

 





Ce texte, écrit le 13 juin 2024, même si la situation a pu évoluer plus favorablement, me semble ne nécessiter, même aujourd’hui, 8 juillet de la même année, aucune correction.


Comment dire sans être mal compris, puisque les mots semblent prendre, depuis de longues années, la poudre d’escampette du sens ?

Comment dire mon désarrois d’entendre les mots de surprise quand tout contribuait au naufrage ?

Comment me réjouir (certes m’en réjouir, mais quand même pas vraiment) de ces sursauts promis : on ne m’y reprendra plus et demain j’irai voter ! ?

Je ne sais pas.


Me faut-il remonter le fil des pages ici consignées depuis 2007 et l’accession d’un petit agité aux fonctions suprêmes dans un pays mis à mal par ses prédécesseurs ?

Me faut-il réécrire ce que j’ai déjà écrit, certes jamais publié car impubliable en l’état d’un monde de l’édition asservi par la finance ?

Je n’ai cessé de crier à ma manière, de décrire sur ces milliers de pages le gouffre ouvert sous nos pieds !

Je n’ai jamais cessé de crier « casse-cou » aux inconséquents qui prenaient la menace électorale à la légère tout en laissant le ver s’introduire dans le fruit de nos vies !

Je n’ai jamais cessé…


Je n’ai jamais cessé.

On me l’a reproché.

On m’a dit que ma poésie avec son tour tragique devenait illisible.

Alors vous cessiez de me rendre visite, pour cause de tristesse.

Je ne l’étais pas.

Je me contentais d’ouvrir mes yeux et de sentir ce qui changeait, non dans le paysage politique du moment, mais dans les modes d’existence.

Ces petites choses qui, au quotidien, trahissent que le ver du fascisme est déjà là.

Alors mes mots et au fond de moi le désespoir de ne pas savoir faire entendre.


Qu’on me comprenne : je ne dis pas qu’il est trop tard.

Je me contente de dire qu’il est bien tard et que la tâche est ardue pour remonter la pente.

Car comme à son habitude dans l’histoire (pardonnez-moi de lire beaucoup), le fascisme fait son lit dans l’extension du domaine de la misère.

Quand je dis « misère », je ne dis pas seulement manque d’argent.

Il y a une misère pire que celle-ci : celle qui donne le sentiment de n’être jamais entendu, jamais cru, jamais écouté.

Il y a cette misère profonde qui fait d’un être un jouet entre les mains perverses de qui joue sur les mots en les dénaturant.

Il y a ce fascisme, sans petite mèche ni moustache, qui sait vous caresser dans le sens de vos misères, en vous faisant croire qu’il vous a entendu.

Mais c’est pour mieux vous manger, les enfants !

On cache les crocs acérés derrière un visage lisse, très bon chic bon genre (j’allais écrire « 

bon gendre »). 

Momentanément vous vous sentez heureux : quelqu’un vous a entendu.

Vous ne savez pas ce que les masques avenants peuvent cacher de haine au nom de la soif de pouvoir.


Car nous avons laissé le triste vers de l’ego ronger toute forme d’expression politique sans jamais inviter à réfléchir.

Qui sommes-nous derrière nos masques ?

Le jeu politique devient alors un sombre théâtre où il n’est plus jamais question du commun, mais seulement de l’accession au pouvoir et de l’art de s’y maintenir.

On finit par confier le sort du commun à n’importe qui du moment qu’il présente bien, qu’il galvanise par des discours enflammés mais creux, la foule des laissés pour compte.

Un jour, cette foule  se met à marcher au pas cadencés en tendant le bras, mais on continue à dire que c’est inattendu.


« Pour savoir, pour sentir vraiment à quel point le besoin du défilé, l'instinct de la soumission sont entrés dans la chair et le sang de la vie allemande, il faut avoir vécu en frère parmi ses mauvais garçons. » (Joseph Kessel, Allemagne 1932 - Unterwelt)


Comme il est écrit sur le mur, à la fin de la visite du camp des Milles : « ne rien faire, c’est laisser faire », là se situe l’engrenage maudit qui mène droit vers le pire.

Lorsqu’un président de la République considère que certains citoyens sont dignes d’intérêts tandis que d’autres ne sont rien (« Les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » est une petite phrase prononcée par Emmanuel Macron le 29 juin 2017, lors d’un discours dans le cadre de l’inauguration du campus de start-up Station F à Paris. Source : Wikipedia) la porte est ouverte sur cet engrenage.

Le plus étonnant c’est que nul n’ait tenu à rappeler à l’ignoble individu qu’au sein de notre humanité aucun humain n’est supérieur aux autres.

Rompre avec cette égalité nécessaire, c’est ouvrir la porte des camps.


Le vers était dans le fruit depuis si longtemps.

Comment peut-on affirmer être resté hors des élections et tout à coup se réveiller quand l’incendie gagne tout l’édifice.

En quel niveau d’immaturité sommes-nous tombés pour considérer notre devoir électoral comme accessoire pendant des années, puis tout à coup se réveiller tandis que le naufrage est là.


Bien évidemment, je rêve.

Je rêve que le 30 juin et le 7 juillet, ce pays retrouve figure humaine.

Mais…

Vous me voyez amer d’avoir vu s’approcher les récifs, d’avoir lancé les SOS sans que ceux-ci vous soient audibles.

Quelle vague nous permettra d’éviter l’éventration de la coque sur les récifs noirs du passé ?



Xavier Lainé

13 juin 2024


dimanche 7 juillet 2024

Un goût amer 12

 




À confondre prise de parti politique avec culture de l’ego surdimensionné  de quelques individus, la noyade est certaine.

Ceux-là n’ont cure du bien commun et serve de ce fait leurs propres intérêts.

C’est la vocation même de la constitution de cultiver cette dérive.

Le tout dans cette confusion vise à détourner les esprits du fond des problèmes.

Le système qui cultive cette dépossession du champ politique au profit de quelques « personnalités » montées en épingle par les médias « achetés » ne veut pas montrer son vrai visage.

Et son vrai visage est celui de l’abomination absolue du profit quelque soit la méthode pour l’accumuler.

Ce système là a sorti Hitler de sa médiocrité comme il sort aujourd’hui les misérables imbéciles d’extrême droite de la fange d’où ils ne devraient jamais sortir.

Nous voilà devant la véritable urgence, devant la réalité des problèmes à prendre à bras-le-corps si nous voulons sortir humainement de l’ornière.

À défaut nous nous enfoncerons dans la fange brune héritée d’un XXème siècle dont il semble que nous soyons incapables de tirer les leçons.

Le XXIème siècle est éclaboussée par le sang répandu au siècle dernier et qui continue de se  répandre, couvrant de ce voile tragique les yeux des noyés dans la folie médiatique.

Nous sommes passé des tyrans intronisés aux dictateurs de la pensée téléguidée.


Il faudrait savoir nous ressaisir avant que la tragédie nous emporte.



Xavier Lainé

12 juin 2024