vendredi 5 avril 2024

Folies 12

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



C’est tant pitié te voir dans la peine

Tant pitié que ces sentiments naufragés

Sur les récifs d’une vie non conforme


Car c’est pitié aussi que vie dans les clous

Vie dans les rails tous tracés par d’autres

Par peur d’assumer ses différences


C’est pitié

Peine et pitié

Peine et sourde colère


Car


Car tant qui font semblant de vivre

Qui rongent leur frein dans l’ordinaire

Et le banal de vies bien rangées


Tant qui ne diront jamais leur souffrance

De demeurer où ils sont alors qu’amour

Est parti sans laisser d’adresse


En ce monde hypocrite on est invité 

À vivre comme si le modèle dominant

Était celui que nous devrions suivre


Modèle étouffant pour le plus grand nombre

Qui tente d’en sortir à grand frais de tranquillisants

Tandis que d’autres sombrent avec le navire de leur coeur



Xavier Lainé

12 mars 2024


jeudi 4 avril 2024

Folies 11

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



Je ne sais pas 

Je ne sais plus

De quel monde je suis

De quel je devrais être


Quelque chose se refuse

Se craquèle

Se morcèle


Comme une paroi étanche 

Qui me laisse de ce côté-ci

L’âme en pente vers le vide


De l’autre côté 

On se déchire à belles dents

À savoir qui détient la clef

De toute poésie


C’est le mois des fous

Le mois des pluies et des pleurs

Et


Je ne sais pas ou plus

Où il plut de pleuvoir

De pleurer

D’être humains

Sans tourner autour

Sans se trouver beau 

Dans le miroir obscène

D’obscures divinités du verbe



Xavier Lainé

11 mars 2024


mercredi 3 avril 2024

Folies 10

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



Lorsque le surréalisme est sorti de la littérature pour envahir le réalisme, je ne me suis pas méfié, j’ai cru encore à un canular du mouvement Dada.

J’ai ouvert des yeux grands comme le monde, dirigeant mes pupilles dans tous les points de l’horizon chimérique, à la recherche d’un port, d’un seul lieu où il ferait bon surréaliser en paix.

Mais non, le surréel était partout, avait tout envahi sans que ses auteurs n’en aient conscience. Après tout, ce n’est que justice : être surréaliste échappe à la notion de conscience pure.

C’est dans le mouvement inconscient que plongent nos plumes : on tire un mot, un autre le suit en chantant, et ils s’en vont tous ainsi chatouillant le monde là où ça devrait lui faire mal.

Qu’un mot se fonde dans le décor, nous devrions lui faire un procès en bonne et due forme, pour ne rien céder au monde tel qu’il semble être et nous transformer en Alice plongeant dans son miroir déformant.

Or, voilà :  nul besoin de plonger, c’est le monde qui est déformé et nous submerge dans son immonde.

Je ne sais si j’en suis, des surréalistes, ni comment en être.

J’en ai retenu un projet de révolution qui bousculerait la bourgeoisie dans son appropriation de toutes les formes culturelles à son seul profit.

J’ai rêvé, lisant Breton et les autres, pétitionnant pour sauver son mur et sa maison, d’une littérature qui tende la main à ceux qui en sont exclus.

C’était sans doute totalement irréaliste à défaut d’être surréaliste.

Ou totalement surréaliste puisque le réel sordide tend sans cesse à nous rattraper par le bout de nos nausées.

Je ne sais de quels mots envahir ce monde là.

Je sais simplement qu’à Saint-Cirq-Lapopie, une maison fut au moins provisoirement sauvée du désastre et que je lui ai apporté mon soutien.

Mes mots qui sortent à gros bouillon se nourrissent de cette histoire là.

Je ne sais s’ils seront admis dans le cercle (mais l’extérieur du cercle en fait toujours partie).



Xavier Lainé

10 mars 2024


mardi 2 avril 2024

Folies 9

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)



Parfois derrière les larmes

Vient la tendresse

Puis derrière la tendresse

Les calmes rêves


Ton empreinte se pose là

Entre deux bras aimants

Doux souvenir 


Je me tais

Mes mots s’épuisent

Les nuées en emportent le soupir


Mes bras ne gardent que la douleur

Pourtant vous m’arrêtez

Pour me dire la fin de vos ivresses

Et je m’en veux

Moi qui m’en vais chaque jour

Ivre d’amour et de beauté

Me cognant aux murs du réel

Bien moins heureux 


*


Comment dire le vide et la violence

L’étrange vide des bras ballants

L’étrange violence qui gangrène tout

On ne sait plus vivre autrement

Il semble

On ne sait plus



Xavier Lainé

9 mars 2024


lundi 1 avril 2024

Folies 8

 



Image : Graphèmes enfantins- Xavier Lainé (avec l'accord de l'enfant)




À Michèle Durand


Tu vois que toi aussi

Tu en es arrivée à voir rouge

Du fond de cet enfermement


C’est toute la puissance de l’art

De l’esprit créateur

De l’esprit humain

Que de pouvoir s’évader

Des prisons où nous plongent

Les absurdes assoiffés de pouvoir


Ainsi donc tu as vu rouge

Avant de réparer d’or les fractures du temps


De bols en bols réparer la matière

Raccommoder les fractures imposées

En faire un chemin de lumière

Où les mots pourraient plonger

Dans une ultime liberté


Dans cette danse

Entre mots et matière

C’est de vie que le message cause


C’est de vie que femmes nous nourrissent

Lorsqu’elles viennent à pas feutrés

Nous ouvrir les portes créatives

D’une façon d’être au monde


*


À Virginie Besançon


Raccommoder la mémoire

Évoquer les visages sans les reconnaître

Coudre de coeurs en coeurs

Les liens qui nous font humains


Raccommoder

Oublier les murs de lamentations

En construire qui soient

De simple réparation


Tirer le fil 

Qui de vies à vies

Invite à la beauté 

Éphémère 

Comme toujours la beauté

Mais on s’en souvient


On tisse

On coud

On répare les âmes perdues

Les coeurs éperdus

Posés là 

À même la pierre


Ici même où les mots tournent sous les voûtes

Le temps se dépose en sédiments de souvenirs

Les plaies cherchent baumes de douceur

À l’abri des fragments 

L’âme y demeure silencieuse



Xavier Lainé

8 Mars 2024