lundi 1 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 8

 




« En disant que c'était une voix nue, pour rendre compte de la tension aiguë dans laquelle elle me cloua sur place, il me semble que je devais mettre l'accent sur tout ce que le mot évoque très concrètement d'émoi soudain et de première alerte sensuelle : la voix était aussi — il était même singulier qu'on en doutât aussi peu sur d'aussi légers indices — celle d'une femme dévêtue, très exactement, d'une femme désœuvrée, l'esprit encore à peine en rumeur, qui vaque sans hâte à sa toilette. » Julien Gracq, La maison


C’est parfois un simple souffle

Qui porte une voix

Un sourire qui s’épanouit

Sur un visage inconnu

Un moment de douceur

Partagé devant une bière


C’est parfois ce simple souffle

Qui te fait aimer 

Être en vie pour encore un jour

Ou plus si affinité

Ce mot glissé en douce

Qui est signe de reconnaissance


C’est parfois ce petit souffle

Qui vient à ta rencontre

Alors que tu n’attends plus rien

Tant les tempêtes t’emportent

Te laissant vague à l’âme

Sur les rives détruites


C’est à cet endroit

Que les regards se croisent

Et se reconnaissent


*


« Seule une humiliation sans nom peut générer la barbarie inédite qui nous menace, et qui trop souvent nous atteint. Tel est le tragique ultracontemporain. » Olivier Abel, De l’humiliation


Est humiliante toute situation qui nous place devant notre impuissance.

Impuissance à changer le monde ne serait-ce que partiellement.

Impuissance à faire entendre nos suppliques.


Est humiliante une journée qui te vois te battre contre l’absurde.

Contre l’absurdité d’un temps qui ne croit plus ni au vivant ni en l’humain.

Contre l’absurdité qui ne fait confiance qu’en des automatisme algorithmiques.


C’est humiliant d’être incité, pour des principes d’économie qui n’ont rien à voir avec la santé publique, à réduire tes « cotations » donc ta disponibilité.

Car à quoi peut encore se rendre utile celui qui passe ses nuits à chercher comment encore joindre les deux bouts malgré un planning qui ne désemplit pas ?


C’est humiliant de vivre dans une société qui sans cesse te surveille.

Qui sans cesse te verbalise et te sermonne quand ses propres édiles se comportent en véritables mafieux.


C’est humiliant de devoir rendre des comptes à des administratifs qui ne savent rien de la douleur, rien de la souffrance, ni des pleurs d’humiliation.

C’est humiliant et à force ça te met dans la tête qu’après tout, si l’explosion de violence émerge, elle pourrait soulever le couvercle de cette humiliation permanente.


C’est humiliant d’être résolument non violent et d’avoir ces pensées qui te viennent devant l’absurde réalité d’un monde sans humanité.



Xavier Lainé

8 décembre 2023


dimanche 31 décembre 2023

Une aube se lève derrière les barreaux 7

 




Dès lors me suis cantonné au silence

Dans le tournis généré

Les actes de violence se multipliaient 

Me laissant stupéfait et muet


*


Qu’aurais-je encore à écrire

Qui ne l’ait pas encore été

Puisqu’à ce qu’il semble

Rien ne vient heurter 

Rien ne vient vous détourner

De ce chemin étrange

Où le seul objectif semble

Être de consommer


*


Je me suis réfugié dans le silence des pages

Refusant encore de participer à cette triste mascarade

Certains me parlaient d’amour

Prétendant qu’il serait notre rédempteur

Mais leur langue sonnait faux

Me laissait sur ma faim

Car du haut en bas de l’édifice

Les murs craquaient sous les assauts

D’une violence inouïe

D’où toute compassion était exclue

Mes mots demeurent dans leur petit coin de toile

Et pleurent sans un bruit



Xavier Lainé

7 décembre 2023


samedi 30 décembre 2023

Une aube se lève derrière les barreaux 6

 




« Célébrer la vie signifie la vivre ardemment avec d'autres. » Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise


Alors tu vois

Nul besoin de fausses allures festives

Juste deux bras qui s’ouvrent

Une infinie tendresse qui circule

Entre deux êtres silencieux


Il suffit d’un instant suspendu

D’un silence vibrant de douceur

Pour que d’un coup 

La tragédie du monde 

S’engage dans une trêve


Que lis-tu dans le ciel gris

D’un matin banal

Sinon cet élan

Qui nous fait vivants

Éternellement vivants


Nous sommes là

Posés à l’ombre des soupirs

Les tragédies se poursuivent

Sous les pouvoirs prétendus absolus

D’une fraction inhumaine


Comment expliquer 

Cette domination absurde

D’une infime minorité tyrannique

Sinon par le manque 

De bras ouverts sur l’avenir


Je ne cesse d’ouvrir les miens

Parfois une ombre s’y dépose


*


De bon matin le poste énumère les femmes violées

Entre dans les détails sordides de ce 7 octobre funeste

Mais


Mais sans un mot de pitié pour les civils de Gaza

Bombardés comme jamais


Comment peut-on

Sur une chaine de la radio publique

Prétendue consacrée à la culture

Être aussi partial

Partiel

Sans même un mot de compassion 

Pour ceux qui souffrent

D’un côté comme de l’autre


Aurions-nous atteint ce seuil

D’où toute espèce d’humanité est évacuée

Au nom d’intérêts économiques ou religieux

Il semble bien


La plaie ouverte

Nul ne saura jamais en panser la douleur

Tout pensée même devient piètre consolation



Xavier Lainé

6 décembre 2023


vendredi 29 décembre 2023

Une aube se lève derrière les barreaux 5

 




Dans mon temple du silence

Je sème des graines de rêve

Des graines d’humanité tendre

Dans mon temple du silence

Les mots germent par milliers

Ensemencent l’esprit le plus fourbu


Dans mon temple du silence

Perdu entre les pages 

Emporté par la tempête de mes rêves

Dans mon temple du silence

Je me blottis entre des bras imaginaires

Pour la seule douceur de m’y endormir


Dans mon temple du silence

Je tente de ne rien laisser filtrer

Des violences qui se font jour

Dans mon temple du silence

Je t’attends timide inconnu(e)

Pour construire une vie sans frontières


Dans mon temple du silence

Veillent sur nous la beauté d’un poème

L’émerveillement des mondes d’art et de littérature

Dans mon temple du silence

Je cultive une paix

Introuvable ailleurs



Xavier Lainé

5 décembre 2023