jeudi 7 décembre 2023

Si étroit est le chemin 13

 




J’attendais autre chose de mon pays

Mais dois-je encore attendre quelque chose

Dès lors que ceux qui prétendent à l’intelligence

Finissent dans l’indigence de la pensée


J’attendais autre chose qui aurait été un exemple

Un visage souriant offert à un monde en flammes

On aurait pu voir dans mon pays toutes les cultures

Toutes les religions et toutes les philosophies

Marcher côté à côte pour appeler à la paix

Contre tous les racismes


C’était trop demander aux partis pris

Aux visions partielles et partiales

Aux visées martiales et commerciales

De leur monde sans avenir


Je me réveille matin

Honteux et meurtri une fois de plus


J’aurais aimé que mon pays montre un autre visage

Que celui imposé par des élites médiatiques

À la vision partisane et bornée de la réalité

J’aurais aimé


Toute ma vie j’ai lutté contre tous les racismes

Antisémitisme compris

Toute ma vie j’ai lutté contre toutes les xénophobies

Aujourd’hui je ne peux plus suivre

Une vision étriquée du monde et de l’humanité



Xavier Lainé

13 novembre 2023


mercredi 6 décembre 2023

Si étroit est le chemin 12

 




« Les cultures de la honte font preuve d'une puissance terrifiante pour écraser l'empathie et transformer les humains en monstres. » Jeremy Rifkin


Alors je ne dirai pas que j’ai honte

Non

Je me dirai « atterré »

C’est bien le terme

« Atterré »

Jeté à terre

Sidéré


Devant la persistance des crimes

Sans distinction ni proportion

(Mais quelle proportion dans la violence

Je vous demande un peu)

On massacre

Ce « on » a visage sombre

Qui s’appuie sur sa religion 

Pour justifier ses crimes


Les boucliers de la réaction se lèvent

Protestant contre un méfait

Pour mieux cacher leur complicité

Dans les crimes accompli 

Sur les ailes d’un « soutien sans condition »


Je n’irai pas manifester

Aux côtés des banalisateurs du mal

Coupables aujourd’hui comme hier

D’un racisme larvé



Xavier Lainé

12 novembre 2023


mardi 5 décembre 2023

Si étroit est le chemin 11

 




« Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants en portent la marque. » Jean Giono, Refus d’obéissance


Et pourtant ça dure

Ça se poursuit

Ça nous colle aux basques

Toujours ça se répète

Bien que nous disions

« Quelle connerie la guerre »


Et pourtant ça dure

Ça se reproduit à l’infini

En longs cortèges de misères

Fleuves de sang et de boue

Cris en écho tout autour de la terre

Bien que nous disions

« Plus jamais ça »


Ça dure

Ça se poursuit

Il s’en trouve toujours

Tenant pouvoir de main ferme

Pour jouer les boute-feux

Répandre toujours les larmes


C’est là

Avec les blessures et les morts

Qui ne peuvent plus rien dire

Sinon nous rappeler

Qu’il serait temps

De nous réveiller

De ne plus laisser notre sort

Entre mains sanglantes

De pouvoirs usurpés


Je suis de la génération

Qui ici du moins

N’aura pas connu

L’espace d’une vie

Les horreurs de la guerre

N’en ayant reçu 

Que les tristes récits

Pourtant me sens meurtri

À chaque corps tombé

Sous les ruines 

À chaque enfant blessé

Comme « dommages collatéraux »

De conflits non souhaités


Ça dure

Ça se reproduit sous nos yeux

Certes pas devant nos portes

Ou sur le toit de nos maisons

Alors certains s’en vont

Avec la certitude que plus jamais

Tandis qu’à chaque humain

Qui décède sous les coups 

Qui disparaît sous les bombes

C’est toute l’humanité qui saigne

Qui chancelle



Xavier Lainé

11 novembre 2023


lundi 4 décembre 2023

Si étroit est le chemin 10

 






« Par l'étonnement et le questionnement, l'homme va pouvoir enfin se libérer de l'emprise de certaines habitudes de pensée, convictions, théories reçues sans vérification, opinions, préjugés, décisions toutes faites, qui décrètent ce que sont le monde, les choses, les personnes, la connaissance, etc. L'homme, c'est, à chaque fois, un autre homme, une autre vie, une autre expérience. L’homme n'est pas, mais devient ; cela signifie qu'il se doit d'exister comme émergence de figures nouvelles, autres, du pensable et de l'agir ; qu'il existe dans son altération incessante. Cela est aussi valable sur le plan collectif. Une société qui n'engendrerait pas de nouvelles formes d'organisation signerait son propre arrêt de mort. » Marc-Alain Ouaknin


Je suis celui qui sait qu’il ne sait pas

Qu’il écrit pour répondre à un mouvement du dedans qu’il ne veut pas contrarier

Qu’il écrit certes, mais sans trop savoir quoi ni pourquoi et si possible n’importe comment

Histoire de brouiller les pistes, je suis celui qui ne se dit ni poète, ni écrivain, ni rien d’autre qu’existant

Etant de cette espèces, je ne cesse de devenir

Justement parce que je mesure le puits de mes ignorances

Qu’il me faut toujours creuser un peu plus loin

Dans ce que l’humain, en ses temps de splendeurs, sait créer de plus beau et même parfois sublime

Je ne peux donc que me désoler d’observer comment la pente glissante de la médiocrité nous conduit droit vers les précipices de la violence 

De la violence pour elle-même

De cette espèce de violence qui prend racine dans des ignorances abyssales

Alors je lis et j’apprends

Je m’organise comme je peux pour ne jamais m’arrêter d’apprendre

Juste pour ne pas sombrer, moi aussi, dans ce gouffre amer

Juste pour sauver le peu d’humanité dont chaque livre lu me gratifie

Pour sauver ce qui peut encore l’être dans un contexte où chacun s’imagine seul contre tous


*


« Pendant que de bons poètes, de vigoureux historiens gagnent laborieusement leur vie, le financier abêti paye magnifiquement les indécentes petites sottises de l'enfant gâté. » Charles Baudelaire


Ce qui change et ne change pas

Ce qui se transforme et ce qui demeure

En l’état de déliquescence

En l’état de perdition

Puisque les seconds

Ceux qui devraient être seconds

Permettant aux premiers

De poétiser et étudier en paix

Sont propulsés au devant de la scène

Pour le seul caprice

Des enfants gâtés de la bourgeoisie


Je sais que je ne sais pas

Que rien ne m’autorise 

Au moindre jugement péremptoire

Je sais que je ne sais pas

Je sais

Je vois

J’entends

Les longues complaintes

Les psalmodies de douleurs

Que génèrent les caprices

Des enfants gâtés de la bourgeoisie



Xavier Lainé

10 novembre 2023