vendredi 13 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 25

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



La bêtise aux commandes prend la parole.

Elle revendique la parole.

Elle la monopolise.


La bêtise aux commandes sait tout mieux que tous.

Alors elle pérore et se vante.

Elle gonfle le torse et parade.


La bêtise aux commandes revêt l’uniforme d’un général.

Elle marche au pas cadencé d’une histoire périmée.

Elle ne connaît que rythme à deux temps.


La bêtise aux commandes cause toujours et ne se tait jamais.

Elle s’insinue dans les esprits.

Elle les pervertit et les détourne.


La bêtise trouve toujours micro devant ses lèvres suffisantes.

La boursouflure est son univers.

Son monde est tissé d’ignorance crasse.


(24 décembre 2022 — 1 — 8h30)


*


On peut toujours souhaiter mille lumières, un once d’humanité, est-il possible d’y croire quand ce qui compte, c’est le défilé du commerce et la fausse réjouissance ?

24 décembre, je n’y arrive pas.

Je n’arrive pas à me réjouir.

Mes pensées vont à ceux qui hantent les rues de la misère.

Mes pensées vont aux kurdes assassinés hier, à tous les assassinés de la terre, assassinés pour être qui ils sont, donc différents des « normes  imposées ».

Mes pensées vont aux noyés de toutes nations et aux justes qui leur tendent la main.

Mes pensées vont à ceux qui perdent leur travail, qui se demandent à quoi rime le leur, une fois serrés les cordons d’une bourse toujours plus plate.

Je n’arrive pas à me réjouir devant l’iniquité d’un monde où règne l’injustice et le mépris.

D’un monde dont les dirigeants viendront avec le sourire souhaiter leurs voeux qui ne seront que mensonges et hypocrisies de moins en moins bien cachés.

Je n’y arrive pas.

J’ai beau tenter de m’en persuader, je n’y arrive pas.


(24 décembre 2022 — 2 — 10h35)


*


On me dira rabat-joie.

On criera au déserteur devant les petites joies de la vie.

On me dira.


Moi je vous regarderai.

Certes, enfants, je vois vos yeux briller.

Les miens ont perdu leur flamme depuis si longtemps.

Depuis si longtemps que je ne puis rien oublier.


Ni des chemins creux, ni des chausses-trappes.

Ni des larmes versées un peu partout qui brillent devant la flamme de mes bougies.

Je tente de surnager.

Je suis d’accord, il ne faut pas tout arrêter devant cette marée.

Mais, au risque de plomber l’ambiance, voilà, je ne puis oublier.


Je pense aux vies gâchées, aux vies parties.

J’y pense malgré tous mes efforts, je vous jure.


Je ne dirai rien de plus, en cette fête un peu attristée.


(24 décembre 2022 — 3 — 19h37)


Xavier Lainé


jeudi 12 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 24

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


J’arrive en haut de la page après déambulations matinales parmi les chiffres et les comptes.

J’arrive en haut de la page alors que plus le temps.

Le temps, toujours cet ennemi lorsque tu dois te partager non équitablement entre les nécessités alimentaires, la foi encore en ton « travail » (même si le terme ne me convient pas), et les impératifs familiaux à respecter quoi qu’il advienne.

J’arrive en haut de la page, c’est le matin, la fatigue est lancinante, une toux d’enfer te cloue sur la table.

Dehors, l’hiver est déjà aux abonnés absents.


(23 décembre 2022 — 1 — 8h49)


Xavier Lainé


mercredi 11 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 23

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Un petit jour clair salue son premier allongement.

Paradoxe d’entrer en hiver en préparant le printemps.

Hiver.

Y en aura-t-il vraiment un ?

Ce qui frappe, c’est l’indifférence à ces variations saisonnières qui inexorablement s’effacent.

Le humains vaquent, déconnectés du monde qui leur offre séjour.

Que cette inconscience puisse être suicidaire saute aux yeux !

Mais il ne faut pas le dire.

Il ne faut pas parler de ce qui fâche.

Il faut rentrer dans le rang et accepter l’idée même du suicide collectif.


… Et ne pas s’étonner que chacun, dans ce climat dégradé puisse se porter de plus en plus mal.


CHUT ! TAIS-TOI DONC, tu nous empêches de festoyer en rond !


(22 décembre 2022 — 1 — 8h46)


Xavier Lainé


mardi 10 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 22

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Parfois le temps te saisit et ne te lâche plus, particulièrement la nuit et le matin.

Parfois.

Pas souvent, mais parfois.

Alors la déambulation commence mal car tu sais que le temps devant toi fait état d’une minceur famélique.

Qu’il va être l’heure d’aller ouvrir ta porte, de poser tes mains sur les échines fourbues devant l’âtre où vacillent les fragiles flammes d’humanité.

Tu déambules quand même et tant pis pour le temps.

Car tu sais.

Tu sais que sans ces instants volés ou dans le silence de ton antre, avec le cliquetis de la pluie sur le vasistas, ta journée n’en serait que plus pitoyable.

Tu n’aurais plus rien à attendre que gestes machinaux quand tu t’y refuses.

De ce conflit entre toi et toi ne pourrait jaillir  qu’un inconfort pathogène et tu serais happé par le sort de tes « patients ».

Ecrire est ta respiration.

Tu en uses et abuses.

Tu n’écris pas pour autre chose que laisser trace de ta déambulation, de ta traversée d’un monde qui ne va résolument pas dans le sens voulu.

« Le royaume du grand cul par dessus tête », écrirait Julie d’Aiglemont⁠1.

La vie n’est que traversée : on pourrait rêver que ce soit voyage radieux, mais non, au terme de ton voyage, tu es bien obligé de constater que tu n’as jamais cessé d’essuyer les tempêtes.


(21 décembre 2022 — 1 — 8h10)


*


Une pluie continue

Les pieds gelés sur le sol pourtant sec

Le feu dans l’âtre qui ne sait aller tout doux

Tant les nuées en attisent la flamme


Je ne suis pour pas grand chose dans l’ordre ou le désordre des choses.

Que dit un corps qui se raidit ?

Puis le même qui peu à peu accepte de ne plus lutter contre la gravité ?


Je n’y suis pour rien dans l’abolition de vos plaintes.

J’enregistre juste vos moments de répits


(21 décembre 2022 — 2 — 9h54)


*


C’est qu’on n’envisage jamais les choses sous cet angle : un corps qui apprend.

Apprendre, pour nous, c’est purement intellectuel, notre état corporel est maintenu hors champs.


Les choses ne commencent à s’améliorer qu’à partir de l’instant où nous ne cherchons plus à diriger, que nous nous laissons aller à voguer sur nos sensations.

C’est à ce moment que nous commençons à apprendre.

Comme le petit enfant qui ouvre les yeux et commence à suivre du regard le sein qu’il désire, nous devons retrouver cette liberté de nous inventer vivants en mouvement.

C’est éminemment poïétique⁠2.


(21 décembre 2022 — 3 — 11h32)


Xavier Lainé



https://www.facebook.com/Daiglemont/about?locale=fr_FR

https://fr.wiktionary.org/wiki/poïétique

lundi 9 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 21

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



« De toutes les choses au monde, il n’y en a aucune qui abatte davantage l’esprit des hommes, et qui leur cause de plus sensibles déplaisirs, que la pauvreté ; soit qu’elle fasse manquer de commodités nécessaires à l’entretien de la vie, ou qu’elle soustraie celles qui servent à soutenir le rang et la dignité des conditions. Et bien qu’il n’y ait personne qui ne sache que les moyens se doivent acquérir par l’industrie et se conserver par le bon ménage ; toutefois, il est ordinaire à ceux qui se trouvent dans la disette de rejeter sur le mauvais gouvernement de l’Etat la faute de leur fainéantise et de leur prodigalité, comme si les malheurs du temps et les trop grandes exactions publiques étaient cause de leur misère particulière. Cependant les hommes doivent considérer, que non seulement ceux qui n’ont aucun patrimoine, sont obligés de travailler pour vivre, mais aussi de combattre pour avoir le moyen de travailler⁠1. »


Etonnant discours qui dit tout et son contraire.

On pourrait jouer au petit jeu des devinettes : ne regardez pas la note en bas de page et imaginez dans quelle bouche contemporaine on pourrait implanter un tel mépris des pauvres.


1642 - 2022 : le temps passe, les états d’esprit ne changent guère.


(20 décembre 2022 — 1 — 11h45)


*


Vous donnez votre langue au chat ?

Je le vois qui se lèche les babines (sauf que mon chat s’est carapaté depuis un moment déjà pour mourir seul quelque part).

Mais dans ma tête, j’ai tout un bestiaire que je peux sortir à volonté et selon les besoins.


Mon bestiaire, c’est comme mes voyages.

Si mon enfance fut nomade, depuis fort longtemps, les moyens s’amenuisant, voyager ne relève plus que du rêve.

Alors, il me suffit de fermer les yeux et me voici parti vers des horizons lointains.

A l’aide des livres lus, je peux m’intégrer aux Jivaros, aux incas (ou leurs descendants), aux tibétains sur les plateaux immenses de leur pays inaccessible aujourd’hui.

Je combats parfois aux côté des femmes kurdes, j’erre un moment dans la vieille ville de Sfax où mes pas d’enfant sont déjà allés, je retrouve l’empreinte de mes pieds sur les plages de Gabès, sur le Chott el Djerid. 

J’erre  entre deux eaux turquoises au large de la Catalogne.

Je lance ma ligne de pêche entre deux îles grecques.


Puis je reviens.

Mes pas montent rejoindre le siège offert par les racines du grand chêne.

Je m’y blottis un instant et le monde alors me semble plus respirable.


(20 décembre 2022 — 2 — 15h12)


*


C’est délicat d’avancer la tête dans un hall de gare !

Heureusement, il semble que les trains tardent à y entrer !


Avec ces résonances particulières de calebasse, le crâne ne permet pas la plus grande lucidité.

Et chaque rendez-vous devient une épreuve qui cogne aux parois, dans l’espérance que tout va s’arrêter bientôt.


Mais impossible, voyez-vous, de déclarer forfait sans reporter les soins sine die dans un agenda qui ressemble à un métro à l’heure de pointe.


(20 décembre 2022 — 3 — 18h01)


Xavier Lainé



1 Thomas Hobbes, Du Citoyen, XII - IX

dimanche 8 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 20

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



C’est ça qu’ils veulent !

Qui ILS ?

Je dois les citer tous ?

Ou seulement les principaux ?

ILS ont des noms.

ILS ont des visages.

ILS ont femmes et enfants.

ILS dorment dans leur lit le soir.

Leur lit sur un yacht, dans un jet privé, dans des hôtels et des résidences de luxe.

ILS existent mais on ne vous les montre jamais.

ILS tirent les ficelles d’un monde de plus en plus abject.


Je suis désolé.

Je voudrais pouvoir parler d’autre chose.

Mais autre chose, ce serait quoi ?

Les préparatifs de Noël, par exemple ?

Je crains de ne pas pouvoir.

DE NE PAS POUVOIR, quand je vous regarde vous précipiter faire vos achats.


QUOI, NOËL, CE SERAIT CE HOLD-UP ?


Mon Noël à moi bât tout au fond de mon coeur.

Il n’a rien à faire des tiroirs caisses.

Il ne connaît que lumières et élans partagés.


C’est ça qu’ils veulent.

Notre désorientation devant l’ignoble étalé sur la pelouse de stades sanglants.

Notre écoeurement devant leurs pitoyables gesticulations.

Elles visent à nous faire croire qu’ils ont encore quelque chose à voir avec notre humanité.

ERREUR ! GRAVE ERREUR !


(19 décembre 2022 — 1 — 17h14)


*


Ayant fait eux-même sécession d’avec toute humanité, ils voudraient nous en déposséder, nous aussi.


(19 décembre 2022 — 2 — 18h03)


*


Ne pas confondre un maigre sac avec un sac à maigre.


Ils nous rongeaient l’âme jusqu’à la moelle.

Mais j’ignorais que l’âme était un os à moelle.


(Faut bien délirer un peu)


(19 décembre 2022 — 3 — 21h25)


Xavier Lainé


samedi 7 janvier 2023

Poéthique (une déambulation) 19

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Il y a des enfants terribles, des enfants qui jamais ne se soumettent.

Ils créent ce qu’ils ont envie, vont de leur pas d’enfant sur le chemin de la vie.

Ils nous en font baver, parfois, les enfants terribles.

Mais aussi ils savent nous faire sourire.


On s’y repose, aux enfants terribles.

On y tricote et on refait le monde.

Juste pour le plaisir de le refaire.

Ne pas céder à la morosité générale.


Les enfants terribles nous ouvrent leur parenthèse d’humour.

Ils ont le regard lucide de la jeunesse sur un monde qui ne leur cède rien.

Qui ne leur ouvre aucune porte sinon celle donnant sur le vide.

Alors ils créent les passerelles et les ponts.

Ils sautent en riant par dessus les murs, scient les barreaux de prisons volontaires où nous enferme le système de la consommation.

Ils n’ont pas un sou, mais une imagination qui déborde.

Le vieil homme fatigué les regarde avec attention.

Un sourire de connivence s’ébauche en signe de complicité.

L’un arrive au terme, les autres ne font qu’ouvrir le chemin.

Le bien que peut faire au vieil homme fatigué de s’assoir un instant pour rêver.

Car c’est bien de rêve dont nous avons besoin.

De rêve comme des ballons gonflés qui nous emporteraient loin de la tristesse instituée en mode de « gouvernance ».


Plus loin, faute d’écouter les attentes d’un peuple aux abois, on ne cesse de s’invectiver, sapant l’espoir.

La vie, savent-ils, les titulaires de pouvoir ce que tout un chacun voudrait pouvoir en attendre ?

Ils ne se posent même pas la question.

Ils vont au rythme de leur « programme »


(18 décembre 2022 — 1 — 19h04)


Xavier Lainé