samedi 24 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 8

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



On apprend même à devenir invisible.

On apprend à séjourner sur une île que nul ne voit.

Il suffit de ne rien dire.

On pose du silence sur la partition des maux.

On ne pousse même plus un soupir.

On regarde l’âge avancer sournois comme à son habitude.

On reste là, avec ses cartons de regrets, archivés dans l’ordre alphabétique.

On n’attend plus, on prend ce qui vient, et quand ça ne vient pas, on n’est même pas déçu.

La demeure s’établit à des hauteurs dont l’ascension est impossible, même aux plus doués pour l’escalade.

Quand on ouvre la bouche, c’est avec parcimonie, histoire de ne rien dévoiler de ce qui se trame au dedans, dessous, derrière.

On montre façade de vieillard : c’est bien pratique pour éviter toute envolée de jeunesse perdue à jamais.

La tâche du temps s’installe sur la peau des rêves enfuis.

Il reste à contempler le silence et la nuit qui s’étend, elle aussi, comme couverture sur les os usés d’avoir trop vécus.


(7 décembre 2022 — 1 — 4h59)


*


Crise d’ego.

Avec ou sans explosions purulentes.

Après Omo Sapiens Sapiens, Omo Moi-je Moi-je.


Chacun tout seul qui sait mieux que tous.

L’important c’est que ça brille.

Si possible pour le Moi-je qui parle.


Très nette envie de me terrer loin.

Ne plus apparaître en ces territoires où cette nouvelle espèce prolifère.

Pire que virus et bactéries.

Cette espèce se fout de tout :

- du sang enfoui sous les pelouses des stades du désert

- de la planète mise à feu et à sang par une poignée d’imposteurs de la même espèce

- de l’extinction rapide de la diversité du vivant.

Cette espèce se réjouit du triomphe de ses semblables.

Impose à ceux qui n’ont rien à voir avec les jeux du cirque, les cris et les sirènes de leur joie malsaine.


On me dira que j’exagère.

Qu’importe ?

Qu’un Moi-je publie sa vérité, vous irez l’encenser.


Comme je n’en suis pas et que peu à peu je réduis mon espace d’expression pour ne pas vous gêner, ne pas contribuer à la prolifération de l’espèce endémique sus-citée, peu m’importe d’être ou pas dans le sens du courant.

Il n’y a que les poissons morts qui ne le remontent jamais.


(7 décembre 2022 — 2 — 8h57)


*


Voilà que, comme prévu, je prends un peu d’avance pour faire mon relevé de compteur puisque ENEDIS ne m’enverra plus personne et que je dois faire leur travail pour les payer au juste prix (au juste prix de la dizaine de charognards qui s’engraissent sur le cadavre d’EDF)…

Comme prévu, impossible de trouver l’index qui leur convient.

Comme prévu me voilà contraint de franchir les étapes de la création d’un compte chez eux, alors que j’en avais un chez EDF qui fonctionnait très bien.

Comme prévu, les étapes me conduisent tout droit sur un compteur Linky dont je ne veux pas et que je ne les laisserai pas m’imposer.

Comme prévu en la « start-up nation », me voici en enfer.

Il ne me reste qu’à les appeler en espérant ne pas devoir y passer toute une journée, puisque, en « start-up nation », l’humain disparaît, laissant derrière lui un monde immonde.


Comme prévu…


(7 décembre 2022 — 3 — 18h42)


Xavier Lainé

vendredi 23 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 7

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Vivre en état de vacuité.

Dormir, demeurer devant la page l’esprit aussi blanc qu’elle.

Peut-être, finalement, ne plus écrire.

Assumer le retrait nécessaire pour ne pas se laisser embarquer en monde naufragé.


(6 décembre 2022 — 1 — 9h43)


*


C’est devant le vide abyssal des pensées qu’on peut mesurer l’anecdote de se croire humain.


On se chamaille ici pour des plans de circulation, des places de parking mais nul ne songe à remettre en cause la voiture comme seul univers onéreux.


On attache importance à l’enrobé des avenues, à la beauté des façades, mais on oublie que pour beaucoup, c’est survivre chaque jour qui importe.


Quand depuis près de cinquante ans, tu dis et écris, tu protestes et invites à réfléchir en pure perte, c’est que quelque chose est bancal dans l’espèce qui est la tienne.


(6 décembre 2022 — 2 — 10h18)


*


Mes carreaux à l’abandon (englués de pollution) forment une brume sur le regard solaire.

Vaguement monte la rumeur d’une ville vouée à la consommation.

Si peu s’y aventurent désormais que les ressources fondent comme neige au soleil.


Au milieu de ma forêt livresque, je tente de ramasser mes esprits demeurés dans le brouillard d’un matin endormi.

Dans la chaleur des amitiés livresques, je puise l’ivresse des mots déposés, mélangés au hasard des doigts malhabiles.


(6 décembre 2022 — 3 — 11h41)



Xavier Lainé

jeudi 22 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 6

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Les sangliers passent et repassent, se rient des barrières et des chasseurs aux aguets intermittents : il sont chez eux.


Nous ne sommes pas chez nous sur cette planète.

Elle nous a donné naissance, mais sans titre de propriété.

Alors nous les avons inventés, pour nous persuader que nous possédions la terre, l’air, les arbres, les plantes, les animaux et les insectes.

Nous n’arrivons pas à comprendre qu’ils ne font que nous tolérer sur un domaine qui ne leur appartient pas plus qu’à nous.

Que nous sommes invités à leur table bien que contribuant toujours à leur extinction massive.


Les sangliers passent et repassent, les loups s’aventurent au plus près des demeures et nous crions au scandale !


(5 décembre 2022 - 1 - 12h03)


*


Un loup « prélevé » ici, tout près.

Un loup… « prélevé » : qu’est à dire ?

Un loup quand tant d’humains font bien pire.

Bien sur, on peut s’attendrir sur l’agneau.

Mais sur le manque à gagner du berger ?

Car : que dire de l’agneau, sinon qu’il est un gagne pain avant d’être agneau.


MAIS


Nous voici déterminés à faire de cette terre notre « propriété privée ».

PRIVÉE DE QUOI ? 

— Je vous demande un peu !—

Privée de loups — privée de sangliers — privée d’humanité ?


(5 décembre 2022 — 2 — 18h28) 


*


La nuit commence tôt.

Parfois elle finit tôt, aussi.

Les yeux s’ouvrent et refusent de se refermer.

L’oeil rouge du réveil  égrène les heures et les minutes :

1h15

1h30

2h

2h45

3h

3h15

Puis plus rien sinon le réveil en sursaut mais en retard pour tout.


Et là, c’est là : quelle chance que le réveil, de son oeil rouge ne dise que les minutes et les heures, et pas les secondes !

PAS LES SECONDES, de grâce, pas elles !


(5 décembre 2022 — 3 — 18h32)


Xavier Lainé

mercredi 21 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 5

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




C’est patient travail de fourmi que rester à distance du bruit et de la fureur du monde⁠1

C’est patient travail que de rester dans l’ombre, de fuir les projecteurs des prétendus « réseaux sociaux », la lumière de ces indigents qui prétendent tout savoir sur tout au nom d’une expertise qu’ils n’ont pas.

Mais c’est là que nous pouvons, dans cette ombre où nous sommes bien plus nombreux qu’il n’y paraît, reconstruire ce qui a été laborieusement et systématiquement démoli.

Notre humanité passe par ces moments où le tricot s’érige en geste politique dans un rire goguenard.

C’est là, dans ces parenthèses imposées à l’attirance des écrans, au flot roulant d’informations qui n’ont pour toute existence que la distraction des choses essentielles que sont nos vies communes.

Tellement communes qu’elles pourraient passer aux yeux des «  bien-en-cour » pour bien peu sérieuses.

D’ailleurs, contrairement à toutes les autres manifestations, voici qu’autour des tricoteuses, aucune force de police ne se précipite et qu’il n’est nul besoin de décaration en préfecture pour occuper amicalement terrasses et arrières salles de cafés.

La contestation vraie ne paie pas de mine, mais elle répand son message dans les profondeurs.

Ce pourrait être la force tectonique dont nous pourrions avoir besoin pour avancer, construire le monde à taille humaine auquel nous ne cessons d’aspirer.


(4 décembre 2022 - 1 - 9h32)


*


Sous pluie battante, découvre avec effarement qu’Amazone le prédateur était présent au salon des maires et des collectivités locales pour y défendre ses solutions et services !

Bé voilà : on détruit tous les services publics et qui ramène sa fraise ?


Les élus présents auraient-ils émis la moindre protestation ?

L’histoire ne le dit pas.

L’histoire n’a rien à dire là : la liquidation de l’humain dans leur monde poursuit ses basses oeuvres en toute impunité.


Vive le tricot et nos communes libres à créer partout pour nous libérer de leur univers putride !


(4 décembre 2022 — 2 — 18h10)


Xavier Lainé



1 « Le sombre travail qui consiste à déterrer les faits, à les documenter, à les contextualiser, produit-il du contenu suffisamment captivant pour avoir une

quelconque influence sur le cours des choses et notre vie publique ? Oui, et cela même si leurs auteurs ne sont pas invités chez Cyril Hanouna.


Vous ne les verrez pas souvent sur les plateaux de télé «bollorisés», ni même, sans doute, sur les autres chaînes d’info, s’écharper et décrire un monde politique de «tous pourris» à coups d’anathèmes. Ils

n’ont pas le temps. Quand sonne l’Heure des pros, eux sont sur le terrain pour déterminer ce qui est pourri, comment, pourquoi et qui ne l’est pas. Ils travaillent pour la nuance et le discernement, c’est-à-dire pour la vérité. Un ou deux d’entre eux auront peut-être de beaux succès de librairie, mais leur compte Twitter est bien moins pourvu de followers

que les polémistes qui animent les controverses cathodiques et numériques. Leurs salaires, leurs droits d’auteur et leurs piges n’arrivent pas à la cheville des cachets de ceux qui ont pour métier de faire l’opinion chez Hanouna. »


Thomas Legrand, Libération du 3 décembre 2022

mardi 20 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 4

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012



Une pluie froide engourdit les prémisses de l’aube.

Mes yeux se posent, encore chargés de sommeil, sur l’écran.

Errements et bêtise au programme de l’aurore.

Quels mots dire qui n’ajoute rien à cette immense confusion des esprits ?


(3 décembre 2022 - 1 - 5h44)


*


Je ne brille pas sous la pluie.

Je ne brille pas comme une étoile.

Je n’en revendique pas même la petite lumière scintillante, dans le noir d’un matin sans gloire.

Je ne brille pas.

Je ne veux briller ni dans mon ciel, ni dans le vôtre.

Je suis cette pluie froide sur l’échine d’un matin doux.

Je suis la caresse du vent sur les ultimes feuilles de l’automne.

Je dépose, à la sortie de mes rêves, d’une main hésitante, les maigres mots qui me traversent.

Sans prétention, non, sans prétention.

Ne me demandez pas d’aller devant, avec la certitude d’une raison que je ne possède pas.

Je ne possède rien en ce monde.

Tout ne m’est que prêté, à titre provisoire.

Je ne brille pas.

Mon esprit s’affole lorsque je vous regarde avancer dans les pleins feux d’une célébrité revendiquée.

Votre MOI est si bien affirmé que le mien s’enfouit six pieds sous terre dans l’espoir d’un printemps tendre où il pourrait émerger sans honte.


Je ne brille pas : je tente de survivre dans un monde qui ne brille pas plus que moi, d’un monde que j’aurais voulu tellement différent, d’un monde qui me place devant ma toute impuissance à le bâtir plus humain qu’il n’est.

Je ne brille pas.

Je ne veux pas briller.

Mes mots se font larmes de pluie sur un petit jour qui tarde à s’éveiller.

Je tente juste de survivre à mes propres erreurs d’appréciation, à mes échecs dont vous semblez avec chance être épargnés.

Je ne brille pas.

Si un seul jour je vous ai donné la triste impression de vouloir vous dominer par mon savoir si maigre et mon ego rafistolé, je vous remercie de bien vouloir me pardonner.


(3 décembre 2022 - 2 - 7h24⁠1


*


Ici on me dit : « Autrefois venait la guerre, puis les privations liées à celle-ci. » Certes.

À bien y regarder, ce que guerre cachait et cache toujours c’est celle-là, que les plus riches et les dominants mènent depuis toujours contre les plus pauvres et les dominés (ceux qui ne savent pas y faire).

De tous temps, ceux-là n’ont jamais cessé de se serrer la ceinture, travaillant pour les premiers en percevant aumône, le salariat n’étant qu’une des variantes de l’esclavage avec l’avantage de faire semblant d’être autre chose.

Ouvrir les yeux, parfois ça peut avoir du bon, non ?


(3 décembre 2022 - 3 - 12h26)


Xavier Lainé



1 (J’écrivais ceci après une brève incursion en l’espace des « réseaux sociaux » qui ne sont qu’une mosaïque d’individualité toutes plus certaines d’avoir un « message » à délivrer.

Je retourne en mon terrier d’ignorances multipliées.)

lundi 19 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 3

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Les sirènes marocaines ont envahi les rues.

Jeunes et moins jeunes brandissant leur drapeau national, déambulaient tous klaxons hurlants.

Un vent de folie tandis que je m’en allais quérir quelques fleurs.

Le vendeur s’approche, nos yeux se croisent : « Ne dites  rien, nous pensons la même chose ! »


Fonction d’oubli ou d’inconscience ?

Combien de morts sous les pelouses avant que la joie d’une victoire illusoire s’empare des foules ?

Combien de morts par instabilité climatique avant de comprendre la pure folie d’un stade climatisé au beau milieu d’un désert ?


(2 décembre 2022 — 1 — 8h49)


*


Les you-you n’effaceront pas le sang versé sur le sable du désert.


Je répète : —LES YOUYOUS N’EFFACERONT PAS LE SANG VERSE SUR LE SABLE DU DESERT—


(2 décembre 2022 — 2 — 15h45)


*


Quand le temps semble offrir un peu de répit, ce n’est qu’illusion.

Derrière sa latence, il y a toujours foule à qui répondre, prodiguer conseils, faire patienter…

Le temps est un traître qui ne lâche jamais sa proie !


(2 décembre 2022 — 3 — 16h01)


*


Une pause n’en est pas une.

Juste un soupir posé sur la partition d’une longue journée.

La poésie s’en échappe comme volutes de brumes de l’herbe gelée.


Ici on inaugure en bouquet d’artifice les « illuminations ».

On perd le symbole des choses dans une débauche de consommation.

On est sommé de consommer, d’ajouter une planète de plus à notre dépassement.


Je reviens entre deux à Edgar Morin.

Je n’ai pas d’explication à donner mais je puise en sa méthode de quoi réfléchir, quitte à me perdre dans les méandres informationnels du vivant.


Mes mains qui se posent au fil des jours sur tant de vies en souffrance, puisent au creuset du mystère un flot d’interrogations.

Je demeure chaque jour dans cette marée qui monte, puis me laisse sur le sable du crépuscule, épuisé mais si intrigué de ce que j’ai senti que le sommeil d’après en reste électrisé.


C’est peut-être cette mise en abîme devant l’insondable de la vie qui m’empêche de m’écrouler sous le poids des années accumulées.


(2 décembre 2022 - 4 - 19h06)


Xavier Lainé


dimanche 18 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 2

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Dans le vif du sujet


Au début était la seconde qui elle-même pouvait encore être divisée.

Puis vinrent les minutes qui signifièrent le commencement des notes prises et couchées sur le papier du temps.

L’heure s’en vint qui s’égrenèrent en semaines plus ou moins maussades.

Le mois s’imposa avec arrogance.

Les mots jonglaient avec la nuit.

La nuit étendait son domaine sur les esprits égarés.

Je demeurait silencieux en mon antre.

Les pages lues suivaient leur chemin au coeur de mes pensées.

Je ne savais vers où diriger mes doigts sur le clavier de mes émotions souveraines.


Ce que je sais c’est que vous étiez là, attentifs à ce que mes lèvres allaient dire, aux mouvements qu’elles allaient vous inspirer, aux historiettes qu’elles allaient inventer pour vous épauler dans votre concentration.

C’est étrange d’avoir des lèvres qui disent et de ne pas supporter de s’entendre parler.

Toujours je descend cette pente : je n’ai rien à vous apprendre que vous ne sachiez déjà et ne détiens au fond de mon esprit aucune vérité établie.

Je ne suis que caisse de résonance d’un savoir qui circule.

Chacun avec sa vie en dépose un fragment qui ne fait pas toujours sens immédiat.


Je vais à l’envers du temps, étonné de la confiance que vous me faites.

Je m’avance vers un crépuscule.

Mes doigts écrivent encore des pages sans prétention.

Je me pose au revers d’un monde que j’exècre.

Je n’ai rien à voir ni à faire parmi les prétentieux qui se filment et profèrent leurs vérités trop souvent infondées.

Au terme de soixante années de vains combats, je ne peux que constater que l’héritage laissé à mes enfants n’a rien de glorieux.

Ce monde ne me ressemble pas.


Alors je me penche sur la terre.

Les herbes sont blanches de givre.

Un rayon de soleil les effleure.

Il en jaillit aussitôt des fumerolles de brume qui se diluent sous mes yeux dans les fragiles teintes de fin d’automne.


Qu’avons-nous fait de nos prétendues intelligences pour accepter la fin de ces magies vitales, en laisser, par quelque immondes désormais inhumains, programmer le grand désordre ?


(1er décembre 2022 — 1 — 6h30)


*


Les pins et le cèdre dans le parc voisin, jouent aux ombres chinoises dans le ciel nuageux.

Mon âme vogue en égale tristesse.

Que devient l’amour dans l’usure du temps ?

Blotti derrière mes mots, je guette, surpris, les bruits étouffés de la vie quotidienne qui reprend en cohortes de bouchons.

Il me faut lever le nez de la page avec regrets, engager la course contre la montre qui fait que vingt quatre heures ne sont jamais suffisantes à éponger ma soif.


(1er décembre 2022 — 2 — 7h40)


*


« P… M’offre deux gâteaux à prendre dans les douze jours, pour mon anniversaire », dit-elle l’oeil rivé de gourmandise sur l’écran de son téléphone.

«  Ha ! Et A… m’offre une tarte à aller chercher aujourd’hui… J’irai dans la matinée ! »

Lui : « Feraient mieux de tout faire payer moins cher tout le temps ! » (Mais sa voix intérieure dit autre chose : « Donc tu vas prendre la voiture, dépenser de l’essence pour aller chercher la tarte gratuite offerte par A… !)


Consumérisme inconscient quand tu nous tient !


(1er décembre 2022 — 3 — 8h39)


*


À pied d’oeuvre.

Attendre que dans un grincement la porte s’ouvre, sur le défilé des douleurs.

Le feu dans l’âtre pour donner un parfum d’humanité à la souffrance des vivants.

Le journée ne fait pas que commencer : elle poursuit sa route.


(1er décembre 2022 — 4 — 9h01)


*


Je lisais dans tes yeux clair toute la profondeur de la douceur féminine.

Ton corps disait autre chose, une autre histoire, toute tissée de douleurs.

Mes mains tentaient de t’offrir un impensable accord.

Je m’étonnais de ne pas voir passer le temps.

Il ne m’est resté que ton regard.

J’aurais voulu ouvrir mes bras où tu aurais pu te déposer, pour un fugitif instant suspendu entre nos deux êtres.


La suite est sans suite.

Étrange jeu de la mémoire qui me joue des tours.

D’un côté la tendre profondeur de tes yeux de cristal.

Puis après, le vide, ou la somptueuse indifférence.


Ainsi va notre humanité qu’il faille se satisfaire d’éphémères instants de grâce pour ne pas chanceler au-dessus du vide.


(1er décembre 2022 — 5 — 14h43)



Xavier Lainé