jeudi 6 octobre 2022

Je vous écris de très loin 20

 




Pour rien au monde je n’aurais laissé de côté la célébration.

Tant de fastes, n’est-ce pas ?

Entendez-vous ?

Non, vous n’entendez pas le long cri.

Ce long cri qui montait en menace de grève générale.

Celui des « dépossédés » au profit des fastes.

Que voulez-vous que me fasse la mort d’une vieille reine

D’une vieille reine parvenue assez loin pour ne pouvoir faire autre chose que mourir.

Mais les fastes, ha ! Les fastes.

La démonstration de richesse tandis qu’on crève dans les bas-fond de Londres et d’ailleurs.

Pour rien au monde je n’aurais manqué ça !

D’ailleurs, m’en aurait-on laissé le choix ?

Pas un écran, pas un journal, pas une page, pas un moment sans les fastes.

Qu’importe qu’on meure en Iran à vingt ans.

Qu’importe qu’on crève en Méditerranée, par faim et soif, ou noyade.

Qu’importe qu’on meure sous les coups de la soldatesque russe.

Ha ! Les fastes et la pompe !

Que m’importe la mort d’une vieille reine décatie et sa succession incapable de déplacer un encrier par elle-même !

Que m’importe !

Car on meurt devant ma porte tous les jours.

Tous les jours on subit la violence des riches qui se rendent en grande pompe à l’enterrement d’une vieille reine qui ne pouvait que mourir.

Au moins là, devant cette porte mystérieuse, nous sommes égaux.

Mais pas tout à fait.

Il y a mort et Mort en ce monde, comme il y a poète et Poète.

Il y a ceux qui s’habituent à la pompe et aux fastes.

Ceux qui savent les cirer, les pompes des puissants, en amusant la galerie des dépossédés.

Et puis ceux qui ne sont « rien », on vous l’a dit et répété.

On vous le fait bien sentir : les riens ne sont rien.


Xavier Lainé


21 septembre 2022 (1)

mercredi 5 octobre 2022

Je vous écris de très loin 19

 




J’errais dans les travées du musée.

Si belles oeuvres exposées qui disent Rome et sa splendeur passée !

Mais toujours que des hommes derrière le pinceau.

Toujours que des hommes, des hommes avec leurs petits « h » prétentieux.


J’errais dans les travées du musée.

J’errais avec la contrariété d’avoir dû reporter à plus tard mon travail pour répondre aux caprices amoureux de l’instant.

Qu’est l’amour qui ne tient pas compte de ce que l’autre ressent ?

Qui fait comme si la contrariété de se savoir pris au piège d’un travail sans cesse remis à plus tard n’existait pas ?


On fait comme si.

On fait comme ça.

On ne fait pas d’histoire.

Bien assez de violence comme ça pour ne pas en rajouter.

On ronge son frein.

On se laisse bercer par les oeuvres magnifiques des hommes avec leur petit « h ».

On admire quand même l’art de rendre la lumière, les couleurs, l’ambiance des ruines d’un monde disparu.

On ne cesse d’ignorer ce qui se passe devant la porte.

On cherche dans le passé la beauté qu’on ne sait plus offrir.

Mais quel est le prix de la beauté ?

Est-ce le même prix que pour la liberté ?

Puisque tout s’achète et tout se vend.

Il suffirait de payer pour se refaire une virginité.

Il suffirait de payer pour vivre blanchi de tout soupçon.


Nous vivons l’ère du soupçon.

Vivre simplement n’est plus possible sous l’oeil de Big Brother.

Le moindre faux-pas est décrypté par les algorithmes et vendu au plus offrant.


Xavier Lainé


20 septembre 2022 (2)


mardi 4 octobre 2022

Je vous écris de très loin 18

 




De quel temps parler qui ne cesse de manquer.

De quelles pages qui demeurent blanche puisque temps se fait trop court.


Que dire encore lorsque gérer ses « affaires » relève de l’épreuve et du harcèlement administratif ?


Peut-être finalement tourner le dos pour aller chercher vie meilleure loin de ce monde en naufrage.

Puisqu’il semble qu’ici on ne cesse d’enfoncer les clous de la violence dans le cercueil du patriarcat.

L’homme, toujours lui, avec son petit « h » qui tente de se refaire une virginité à bas prix (et peut-être made in China ou Taiwan).


L’homme avec son petit « h » qui use et abuse des stigmatisation devant toutes faiblesses certes intolérables.

On enfonce le couteau dans la plaie mais on ne dit rien de la violence sociale et économique qui encourage toutes les autres.

On ne dit rien du règne absolu de la compétition dès le plus jeune âge.

On ne dit rien de la violence des genres étalées sur « Watch » au regard de tous.

On ne dit rien devant un ministre violeur demeuré à son poste.

On ne dit rien.

On ne condamne surtout pas le système qui mène hommes et femmes au bout de la survie.


Il ne s’agit pas de « cautionner ».

Il s’agit de comprendre.

Mais c’est vrai que comprendre est un mot difficile en pays d’idéologies absolues.

Qui pourrait se targuer de n’avoir jamais de faiblesse ?

Qui pourrait se vanter d’être resté impassible devant toutes formes de violences, genrées ou non ?

Qui ?


Xavier Lainé


20 septembre 2022 (1)


lundi 3 octobre 2022

Je vous écris de très loin 17

 




« L’homme est cet être qui voyage dans le temps pour mieux vivre l’instant, qui se tient ici et maintenant précisément parce qu’il vient de quelque part et se dirige vers un orient. » Cynthia Fleury & Antoine Fenoglio, Ce qui ne peut être volé, Charte du Verstohlen, éditions Tracts Gallimard, 2022


L’homme…

Que sais-je de lui avec son tout petit « h » ?

Son minuscule appendice qu’il brandit parfois comme un étendard.

Qui ne le rend que plus petit.

Toujours plus petit.


Réduire l’humain à ce petit « h ».

Voilà qui séduit le monde dominé et dominant.

C’est plus simple et moins encombrant.

Cet homme là, certes, voyage.

On le suit à la trace dans les cieux.

On le suit à la trace sur les mers.

Il occupe bientôt tout l’espace terrestre.


Jusqu’à y étouffer, il l’occupe.

Jusqu’à en crever.

Mais toujours avec son tout petit appendice,

Brandi comme un étendard

Pour dominer tout ce qui se soumet

À ses caprices de possession.


Cet homme là, avec son petit « h »

N’est que l’ombre de ce qu’il pourrait être,

L’ombre de ce qu’il saurait être,

Parfois sait,

Mais, vite, éteint les lumières

Pour caresser son petit appendice

Son tout petit « h »


Xavier Lainé


18 septembre 2022


dimanche 2 octobre 2022

Je vous écris de très loin 16

 




Je vis en ce pays.

Tellement libre pays qu’un auteur voit son livre censuré par un financier.

Voilà, nous y sommes.

J’ai déjà dit et écrit tout le mal qu’il fallait attendre, à confier le monde de l’édition aux margoulins du CAC 40.

Ça n’engage pas à grand chose : ce que j’écris est impubliable en pays soumis au pouvoir de la finance, mais de mon vivant, je n’éditerai plus rien en maisons détenues par les empereurs de la finance.

Ce pays fait du livre une « filière marchande », où poésie autorisée pérore en des « marchés » où ne vont que les « Poètes » eux-mêmes.

Ce pays où les mots n’ont plus de sens, où la parole est confisquée.

Ce pays qui a vendu son âme et son esprit.

Ce pays où on nomme littérature ce qui se vend au plus offrant le temps d’une « rentrée littéraire ».

Ce pays aux esprits téléguidés et façonnés par l’obsession des dividendes.


Alors je module.

Il en est qui : non !

Il en est qui résistent.

Encore et toujours

À l’invasion du « tout business »

Mais si rares

Si portion congrue

Si confidentiels


Alors l’écriture au fond du tiroir

C’est pas mal

L’écriture au fond du tiroir

Avec juste quelques scories déposées

Qui ne font pas le « buzz »

Qui ne bourdonnent pas

Aux oreilles du commerce

J’écris pour être lu, pas vendu.


Xavier Lainé


16-18 septembre 2022


samedi 1 octobre 2022

Je vous écris de très loin 15

 




Innombrables fragments échoués sur le sable

Mes mots frémissent encore entre deux vagues

J’écris :


« On attend.

On ne sait pas quoi, mais on attend.

Plus de surprise bonne ou mauvaise.

On les regarde passer, l’oeil blasé d’avoir été si souvent et longtemps bernés.

Que faire d’une vie lorsque les barrières toujours se referment ?

Il faudrait tant de force pour pousser les murs qui nous enferment ! »


*


« Tant que peuple s’amuse 

Il ne pense pas

Il ne pense pas à ses revenus amputés de frais de transports

À ses revenus amputés de frais d’énergie

À ses revenus laminés pour simplement se nourrir »


*


« J’ai dans les yeux ces tableaux de chasse et le visage bouffi d’ignorance des criminels qui prétendaient répandre leur « civilisation ».

Confusion.

Peut-on parler de « civilisation capitaliste » quand son esprit même se fonde dans l’exploitation sans limite de l’autre, non-humain comme humain au nom de l’accumulation des richesses ?

Peut-on parler de « civilisation » quand la guerre et la misère se font moteurs d’une histoire exterminant le vivant, les vivants dont nous sommes ? »


J’ai ces fragments arrachés, attachés à d’autres, impossibles à jeter.


Xavier Lainé


15 septembre 2022


vendredi 30 septembre 2022

Je vous écris de très loin 14

 




C’est un jour où le ciel pleure tout ce qu’il sait de larmes.

Enfin.


C’est un jour où devant la page les doigts restent collés à la fatigue de vivre.

Ils écrivent, histoire de ne pas céder au vertige de la page demeurée blanche.


C’est un jour où, d’épuisement, l’âme chancelle, se demande encore si elle aurait

Quelque chose à dire, à proclamer, à déposer sur ce chemin semé d’embuche.


Pourtant je vis.

Pourtant je m’émerveille que ce jour se lève  sur les palpitations d’un coeur

Je cherche dans les nuées l’ombre et la lumière.

Je prends à pleines mains les larmes qui s’égrainent

Larmes qui se rassemblent en troupeau égaré puis s’écoulent au long des avenues grises.


C’est un jour où il me faut chercher où me reposer enfin.

Je cherche une grange isolée assez loin de toute ville.

Pour y déposer mon ombre et mes mots en toute sérénité.


Car, je l’écrivais et l’écris encore :


Les livres sont mon refuge, mon havre de paix.

Je ne peux m’en détacher sans me déchirer l’âme.

Ils sont le ferment de toute écriture.

Les livres sont mon ivresse, mes amours, mes rêves et mes voyages.

Ma seule compagnie qui soit encore tolérable.

Tout le reste baigne dans tant d’hypocrisie que je ne saurais demeurer en ce monde sans indignation.


Xavier Lainé


14 septembre 2022