lundi 7 mars 2022

La guerre, sans fin 5

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Et mon drapeau de Paix sous le vent froid penche

Un jour à droite

Un jour à gauche

Il penche

Alors j’ouvre ma fenêtre et le redresse

Il lui faut un minimum de fierté

Tout de même

Qu’importent les nuées

Il me faut le tenir droit dans les tempêtes


Tandis que les russes en ont ras le Poutine

L’apprenti élyséen s’octroie la une de tous les journaux

Rares sont ceux qui résistent à sa propagande

Nous voici abreuvés d’un non évènement

Le briseur de rêves et de grèves

N’aura pas un mot pour les « dommages collatéraux »

Que sa police pendant cinq ans

Cinq ans de trop

Aura causé

En mains arrachées

En yeux éborgnés

En emprisonnement pour simple délits d’opinion


L’apprenti élyséen vient avec ses sinistres ministres

Au devant de la scène qu’ils occultent de leur stupidité

Comme si

Comme si de rien n’était

Mais avec le soutien de bonne bourgeoisie oligarchique

Mafieux comme ceux qui soutiennent Poutine contre son peuple

Mafieux qui grenouillent comme autant d’« Avida Dollar »


Xavier Lainé


5 mars 2022


dimanche 6 mars 2022

La guerre, sans fin 4

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Je lis ici et là que ce sont bouffons qui nous gouvernent, mais regardez les pauvres bouffons se tordre de douleur à cette comparaison !

Même pas capables de bouffonnerie.


Ils vont sur la tombe d’un général qui refusait l’ordre américain.

Tandis qu’eux ont confié à l’ordre américain l’art de nous défendre.

Tout le monde sait, pourtant, ce qu’il en est, de l’ordre américain.

Mais nul n’en conteste le bien ou mauvais fondé.


À côté de mon drapeau de Paix

J’aurais bien mis le drapeau ukrainien

Mais il m’aurait fallu y ajouter

Ceux de pays qui semblent inconnus

Aux stratèges du désordre mondial


Un drapeau pour le Tibet et pour les Ouïgours

Un drapeau pour les Kurdes

Un autre pour la Palestine


Il m’aurait fallu aussi

Ajouter celui des peuples opprimés

Sous la « protection » de l’ordre américain

Un drapeau pour le Chili et la plupart des pays d’Amérique latine

Un drapeau pour les amérindiens 

Un drapeau pour chaque pays d’Afrique d’où sont venus les esclaves d’Amérique


Il me faudrait pavoiser ma maison de milliers d’oriflammes comme milliers de cris poussés sous les bombes made in France, Russie, USA…

Je n’ai qu’un drapeau de Paix, minuscule et dérisoire, perché à ma fenêtre.


Xavier Lainé


4 mars 2022 (2)


samedi 5 mars 2022

La guerre, sans fin 3

 



Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Ce n’est pas simplement manque de temps, mais c’est rester sans voix.

J’observe ce monde et son art de l’hypocrisie poussée à l’extrême.

J’observe que, bien évidemment, « selon que vous serez riche ou misérable », mais aussi, selon que vous aurez telle ou telle couleur de peau,  telle ou telle religion, que vous occupez tel ou tel territoire, la solidarité ne sera pas la même.


Non que je fasse la fine bouche : tout élan de solidarité vient réchauffer mon vieux coeur qui n’en peut plus d’être encore de ce monde.

Mais quand même : savez-vous qu’on se noie encore un peu partout autour de la forteresse Europe des financiers et des goujats ?

Alors bien sur, la guerre sur ce territoire qu’ils rêvent bien propre, comme ils rêvent nos centres villes, nos vies tirées au cordeau de leurs ambitions démesurées, ça ne fait pas bien dans le paysage.

Alors ils lancent un élan plus solidaire que jamais.


Que ce soient les mêmes bombes qui assaillent Kiev, Idlib ou Alep ne semble pas effleurer les maniaques de l’information à direction variable.

Que n’ont-ils eu de mots si durs contre le fêlé terré en son palais du Kremlin quand il fallait défendre les populations civiles de Syrie, s’élevant contre leur dictateur !

En serions-nous là ?


Ils arborent, les cyniques, le drapeau ukrainien à leur boutonnière.

Ils sont tous « candidats » à des élections dont tout le monde sait qu’elles sont comme le « Canada dry » : elles ont la couleur de la démocratie, l’odeur et le goût de la démocratie mais elles ne sont pas la démocratie, juste un concours à l’ego surdimensionné qui saura triompher et dominer nos existences en nous distribuant les miettes.

Dois-je dire ici ma colère ?


Xavier Lainé


4 mars 2022 (1)


vendredi 4 mars 2022

La guerre, sans fin 2




Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés




Le génie parfois fait fausse route qui sème la mort et l’effroi.

Bons ou mauvais, la corde est mince qui les sépare.

C’est donc constante vigilance sur nous-mêmes à maintenir.

Ce que ne semblent pas avoir compris les maîtres du monde.


Tandis que les images me parviennent de ruines et de cendres, je redresse mon maigre drapeau.

Maigre effort que d’afficher paix à ma fenêtre, piètre élan solidaire à l’instant où là-bas on meurt.

Enfer de feu et de sang, voici que les vieux monstres qui sommeillaient se réveillent.

La pandémie de violence et de haine, latente sous le couvercle des sombres décisions virales, borde nos jours de ses âcres fumées.


Bien entendu ils y vont, les hypocrites, de leurs couplets de sanctions économiques.

Que peuvent bien avoir à faire, les victimes « collatérales » du crime contre l’humanité commis, de savoir quelques oligarques privés de leur coussin de devise déposés dans les coffres d’une Europe sans envergure ?

Sans envergure, je dis, même si certains se trouvent ravis de son réveil face à l’absurde d’où elle est née.

L’Europe des financiers se réveille : le meurtre est trop évident et pourrait les entacher comme celui des victimes du passé.

Ceux-là, quand ils disent « plus jamais ça », c’est juste pour que le sang n’éclabousse pas trop le vernis de leurs façades.

Ils poussent des cris d’orfraie devant l’invasion et les civils contraints à l’exil après avoir armé le bras des assassins, justifié en sous-main la folie furieuse d’un démiurge en mal de domination, un mâle en rut perpétuel qui brandit le sexe de ses armes pour mieux museler son peuple.

Me voici devant ces tristes déchirements : je n’ai que mots et larmes.


Xavier Lainé


2 mars 2022


jeudi 3 mars 2022

La guerre, sans fin 1

 


Photographie, Xavier Lainé, tous droits réservés


Etrange matin où, seul à ta fenêtre, bien avant le jour, tu déployais ton minuscule drapeau de Paix, faisant de ta maison son ambassade.

Etrange matin où tu te réveilles dans les douleurs et la fatigue de devoir aborder jour de plus sous le joug qui s’appesantit.


Il te faudrait te secouer, t’ébrouer dans l’aube pâle d’un printemps trop vite arrivé.

C’est temps d’orage parmi les hommes qui se déploie en nuées de larmes non loin de ta porte.


Tu aurais rêvé d’un autre siècle, d’un qui tendrait vers l’amour, effacerait les peines.

Tu aurais rêvé d’un frisson de tendresse, passant sur l’échine d’un monde enfin réconcilié.


Tu sembles avoir bel et bien perdu la partie.

Rien de pire que sort confié à tyranniques engeances.

Ivres de leur pouvoir et de leur fortune, elles n’hésitent plus à semer la mort pour sauver leur fortune.

Tu contemples le gouffre ouvert sous nos pieds.

Rien ne justifie l’usage d’une telle force.

Sinon le cynisme d’ouvrir un peu plus les plaies béantes d’une humanité aux abois.


C’est le premier jour d’un mois qui s’ouvre sous la menace.

L’homme est capable de la plus grande beauté, du plus grand génie, mais quand il se perd entre les griffes de la cruauté aveugle, aucune espèce, même la plus sauvage ne saurait lui faire de l’ombre.

Le crime est le versant sombre du génie.


Xavier Lainé


1er mars 2022


mardi 8 février 2022

Saisir la perche, pousser la porte, changer l’eau

 


Liberté ! Photographie de Juan Conca (avec son aimable autorisation)


Je cherchais en vain, à part ces samedis qui se succèdent à être aux côtés de ceux qui se battent contre l’infamie de mesures despotiques, sans relâche, comment inviter à saisir la perche, ouvrir la porte entrebâillée et commencer à changer l’eau croupie d’une société plus fermée que bocal à poisson rouge malade.

Je cherchais en vain : j’aurais pu signer un appel à voter, mettre mon nom dans une liste que presque personne n’aurait parcourue. Je n’ai pas voulu.

Alors, ma plume virevoltant sur des pages qui resteront secrètes, elle a fini par se poser ainsi : la poésie, c’est encore ce que je sais faire de mieux. Ça n’est pas très politique, ça voudrait être poétique ; c’est peut-être cette porte qu’il nous faut pousser, celle d’une poétique du Tout Monde si chère à l’ami Edouard Glissant.

C’est celle-là que je voudrais que, pour une fois, mes amis, mes frères et soeurs en territoire infiniment contraint, nous ayons le culot de pousser.

Voici donc pourquoi je voterai pour Jean-Luc Mélenchon, à coup sur et que j’aimerais que vous saisissiez cette perche, car elle est la seule clé, désormais, qui nous ouvrirait la porte d’un autre avenir, où tout sera à construire, à reconstruire, sans fin.

Pour ne pas vous voir rejoindre la longue cohorte des noyés.


Te voici noyé ami

Dans le bouillon infâme d’un monde

Noyé


Vois-tu la perche tendue

Celle qui ne te dis pas 

Qui ne te dis rien

Celle que tous t’invitent 

À négliger


Car

Vois-tu 

Ils te préfèrent noyés

Agonisant sous les mauvais coup

Du moment que leur argent est sauf


Combien de crimes ont-ils

Cachés sous le tapis de leur « bienséance »

De leur « bonne gouvernance »

Combien de noyés

Combien de désespérés

La corde au cou

Sous le joug de leur totalitaire volonté


Et tu négligerais la perche tendue

Tu accepterais d’être le poisson nageant

En l’eau trouble d’un temps aveuglé

Qu’on vaccine sans rien changer

À l’eau croupie qui l’étouffe


Et tu négligerais la perche tendue

Qu’il te faudrait au contraire

Saisir et ne plus lâcher


Nul ne sait

Ni celui qui tend la perche

Ni ceux qui pourraient s’en saisir

De quel monde accouchera celui-ci

Mais

De toute évidence

Il aura la couleur qu’ensemble

Joignant nos diversités d’esprit

Nous saurions lui donner


Si une porte est entrouverte

Entre un dedans irrespirable

Et l’air pur du dehors

Ne la pousserais-tu pas

Ami


Si une brèche

Une seule

Apparaît sur le vernis

De leur monde rance

Ne faudrait-il pas l’écouter

Ne serait-ce que pour aller voir

Derrière

Le monde qui s’ouvre


Ils s’en vont 

Les esclaves de leurs maîtres

Disant que rien n’est possible

Que tout n’est que démagogie

Sauf qu’il ne s’agit pas là

De laisser faire mais d’agir

Pas le choix ami

C’est l’heure


C’est l’heure d’agir 

L’heure de saisir la perche tendue

De pousser la porte entrouverte

D’agrandir la fissure dans le mur des certitudes


Rien n’arrive 

À qui ne fait qu’attendre

Rien jamais ne fut acquis

De liberté et de joie

Sans mettre la main

À la pâte d’une vie à construire

Il est l’heure


Il est l’heure 

Tu le sais

Tu le sens

Ami

Rien ne se fera sans toi


Un tour

Un seul et la petite fenêtre de l’espoir

Pourrait s’ouvrir enfin

Aurais-tu peur


Aurais-tu peur du chantier terrible

Qui nous attend derrière la porte

Derrière le mur

Que je ne pourrais que 

Te comprendre

Mais


Rien n’arrive sur le terreau de la peur

Rien n’arrive à qui ne se saisit pas de la perche

Rien n’arrive à qui n’ose pousser la porte

Rien n’arrive à qui rejette les mains tendues

Sinon la noyade assurée

Sous les sourires goguenards

Des soldats d’un temps révolu


Nous le savons

Nous le sentons

Que leur temps est révolu

Que quelque chose nous attend

Qui changerait l’eau du poisson

Qui en prendrait soin

Avec bienveillance

En place d’appât du gain


Il est l’heure

Ami

De saisir le manche et la cognée

De travailler à abattre ce vieux monde

Croupi dans l’eau infâme

Où tant d’hommes

De femmes et d’enfants

Ont perdu leur précieuse vie


C’est pour eux qu’il nous faut construire

Pousser la porte entrouverte

Changer l’eau du poisson

Le purger des poisons avalés


Ils ne savent rien de la singularité du vivant

Laissons les où ils sont

Nous n’avons rien à attendre d’eux

Sinon qu’ils nous tiendront la tête sous l’eau pourrie

Jusqu’à notre noyade

Sans une larme


Moi je ne cesse d’en avoir 

Des larmes et des soupirs

De vous voir errer

Pauvres âmes en peine

Vous précipitant vers les récifs

Où leurs fausses lumières

Leurs sémaphores de pacotille

Vous attirent


Je ne cesse d’en avoir

Des larmes et des soupirs


M’offrirez-vous

Avant qu’il soit trop tard

De vous voir 

Un sourire aux lèvres

Vous mettre à construire 

L’humanité qui nous manque 


Je vous attends

Je saisis la perche et vous la tends à mon tour

Il est temps

Il est l’heure


Poussez la porte

Poussez la


Xavier Lainé

4 février 2022


vendredi 4 février 2022

SOS





Photographie de Pierre Weber - SOS Urgences Hôpital




Je reviens au poème

Dernier havre de paix avant issue de secours.

Je reviens au poème pour ne plus laisser mes neurones

Partir en vrille dans les profondeurs d’un temps

De naufrage et de perdition.


Il me faut nager.

Atteindre coute que coute le rivage

Avec dans les rêves d’accoster

En un lieu à mille milles de ces terres arides

Où les coeurs vont

Infiniment desséchés.


*


C’était un soir gelé

Avec SOS de bougies devant les portes vitrées


C’était un soir de parole donnée

De mots qui hésitaient

Ne sachant plus vraiment que dire

Devant le foule masquée


C’était un soir de lutte

Mais de quelle lutte encore parler

Puisqu’est admise la santé totalitaire

Celle qui soigne personnes saines

Laisse tomber les malades

Fermant ici services d’urgence

Ailleurs interdisant d’exercice

Ailleurs encore appelant retraités

Pour compenser soignants suspendus


C’était un soir la mort dans l’âme

Un soir à ne pas y croire

Un soir de froid en dedans comme en dehors

De parole n’exprimant rien

Sinon longues litanies de chiffres

Qui faisaient face à d’autres 

En vaines querelles de gestion maladive


C’était un soir de parole donnée

De parole donnée par assurance de conformité


Y voir clair ne t’autorise à rien

Dans l’indigence d’un temps qui ne pense plus


C’était un soir de lutte

Mais sans solidarité

Sans la chaleur fraternelle

Qui donne le goût et la saveur

Aux protestations aiguisées


C’était un soir de rendez-vous manqué

Devant les portes muettes 

D’un hôpital sans âme

D’où l’humain est évacué

Vers la morgue d’un temps d’arrogance


*


J’en reviens au poème

Ultime bouée de sauvetage 

Quand tout se délite et se noie

Quand tout se brise sur des murs d’argent

Quand l’humain part à la dérive



Xavier Lainé


28-29 janvier 2022