samedi 4 décembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 7

 




Pas ton jour, toujours pas.


Sinon celui, ce jour, où froid en dedans, tu ne sais plus que dire, ou écrire.

C'est un jour où tu voudrais que tes mots se cachent dans un trou de souris, pour ne plus rien éclabousser de leur sens.

Lesquels opposer encore à la sensure, à l'impasse ?


Pas ton jour mais celui d'un fort sentiment de souillure, de courber l'échine pour ne sauver que du futile, de l'accessoire.


Alors tes yeux se mettent à sonder la formidable symbiose que tu es, et c'est comme si ton corps se fondait en l'humus d'un temps voué à l'hiver.

C'est là que tu t'en vas guetter des signes de printemps, quand le rouleau des vents mauvais se sera dispersé, que les esprits seront à nouveau en mesure de se penser autrement que soumis.

C'est un jour où le réveil ne veut pas.


C'est un jour mais pas le tien.

Tu vas faire un pas de côté, histoire d'oublier en quelles fanges se perdent tes semblables.


Pas ton jour, certainement pas.


Xavier Lainé



mercredi 1 décembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 17

 




Parfois ne demeurent

Qu’infinis pleurs

Pieds qui errent 

Feuilles chues


Ciel de larmes

Puisque ne savons

Qui sommes 

Ni que faire


Parfois ne demeurent

Que maigres souvenirs

De saisons enfuies

Vers d’étranges frontières


Un grand froid gagne

Au dedans des êtres

Au coeur des choses

Un triste tremblement


Comme toi

Ou toi encore

Je suis

Passant fantomatique


Rien ne me distingue

Sinon tout au fond

Cette tentative d’exister

Au delà des murs posés


Mes pieds dans les ruines


Xavier Lainé


26 novembre 2021 (1)


mardi 30 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 6

 




C'est un jour de colère désormais habituelle.

Colère lorsqu'on me dit qu'il faudrait avancer apaisé.

Apaisé lorsque le monde, à feu et à sang pour les dividendes d'une poignée d'inhumains, bascule toujours plus dans le chaos des systèmes totalitaires ?

Apaisé lorsque des femmes, des enfants, des hommes, fuient sous les bombes made in France ?

Apaisé lorsque ces pauvres hères affublés de l'étiquette "migrants" se noient, meurent sous les mauvais coup de ce pays qu'ils croyaient "terre d'accueil et des droits de l'homme" ?

Apaisé lorsqu'ici même la logique d'apartheid se banalise pour un café en terrasse ou le plaisir bien bourgeois d'une place au théâtre ?


C'est un jour de colère et de révolte.

Colère et révolte que plus rien ne vient apaiser lorsque je vous observe aller comme à votre ordinaire, masqués et soumis, présentant bien docilement votre "droit de passage" obtenu par injection à l'essai, bon petits cobayes d'un monde à l'envers qui ne sait plus rien du vivant, des vivants que nous sommes parmi tous les autres vivants.

Qui des uns ou des autres passera le premier la ligne d'arrivée ?

Pas besoin d'être devin : nous serons bien, pauvres pas encore humains, par nous vouer à notre perte pour quelques menues monnaies avant même que le reste du vivant, dans un soubresaut cataclysmique ne vienne nous inviter à raison.


C'est un jour de raisonnable colère.

Qu'un virus vienne, quoi de plus "naturel" ?

Mais que dans nos impayables prétentions nous allions, fiers de notre progrès sans limite, lui faire la guerre sans même lire le message qu'il nous porte, faut-il en rire ou en pleurer ?

Nous voici, bande d'incapables, soumis ou arrogants, courants de ci de là, après les vaines gloires et les paillettes d'un monde sans âme, prétentieux savants alignant nos mantras de connaissance prétendues définitives, buvant à la bouche des gourous persuadés détenir vérité, mais inaptes à conjoindre la moindre réflexion pour sortir de l'ornière.


Bien sûr, sont toujours décoctions d'automne pour tenter d'apaiser les colères, insipides discours de chefs visant à devenir grands vizirs à la place du grand vizir.

Mais toujours la soumission dans un quotidien malade avance, scandaleusement banalisée en l'absence de pensées critiques et contradictoires.


Et surtout ne m'applaudissez pas, ne m'approuvez pas, réfléchissez et vivez l'esprit et le coeur ouvert.


Xavier Lainé



lundi 29 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 16

 




C’est pur gris qui vient 

À grands coups d’estompes

Voiler luminosité du ciel


Oiseaux frileux lancent

Petits cris sous la génoise


Puis te vient l’envie

De te blottir toi aussi

Pour verser larme

Dont tu n’aurais idée

Si elles seraient

De tristesse ou de bonheur


Juste te blottir

Rencontrer l’âme tendre

Où pousser doux soupirs


C’est un pur gris qui s’en vient

À l’unisson des âmes errantes

Qui marchent en regardant leurs pieds


Ce sont regards hagards 

Posés au-dessus des masques imposés


Un automne des coeurs

Qui emporte le tien 

Jusqu’aux frontières de douleurs

Où s’accrochent les éternelles migrations

Derrière les murs dressés

Tendresse saigne


Xavier Lainé


24 novembre 2021


dimanche 28 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 5

 




C'est un jour de parole difficile, où tu ne sais que répondre lorsqu'il s'agit de valeur de ton acte. Qui donc peut en avoir une idée, sinon celle ou celui qui le reçoit ?


C'est un jour de parole difficile, où tes yeux observent la scène qui se referme sur les agoras défiant le temps.

Le liesse vient couvrir les mots sous les yeux amusés d'un élu qui n'en demandait pas tant.

Mais on te dit que non, que rien n'est volontaire dans ce chevauchement.

La liesse, pourquoi pas ?

La bravade d'un café pris en terrasse qui ne demande rien d'autre que la valeur d'un café (mais combien ça vaut, vraiment un café sous l'épée de Damoclès d'un interdit ?), pourquoi pas ?

L'indifférence notoire des consuméristes du samedi, pourquoi pas ?


C'est un jour où, tandis que la liesse accompagne les mariés, tu ressens ton divorce consommé d'avec un monde qui plie sous la perversité : on ne t'interdit pas, on fait en sorte que...

On ne t'oblige pas, on fait en sorte que...


C'est un jour où tu voudrais que tous les vernis de façade, les apparences trompeuses, s'écroulent.

Un jour où tu voudrais savoir confondre les hypocrisies qui mènent à accepter de vivre sans visage, éternellement cachés sous un masque de honte bue, avalée, digérée.

Un jour où ton allergie à la perversité d'une langue travestie sous la sensure (merci, Bernard Noël) explose sous un soleil d'automne.


C'est un jour de feuillets vains emportés dans la nuit d'un temps qui tolère l'obscur en prenant l'artifice des sunlights pour la lumière solaire des esprits libérés.

Un jour où la liberté s'assoit où nul n'a dressé son couvert (merci René Char), tant le mot n'est plus qu'ombre de lui-même.


C'est un jour qui ressemble tant à la nuit que tu te demandes si un jour la pensée serait en mesure de se réveiller, de s'étirer, puis d'aller mettre un grand coup de pied dans la fourmilières des conformités.


Xavier Lainé

samedi 27 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 15

 




Mais bien sûr que tu te penches

Sur la beauté des saisons qui passent


Tu écoutes la sève

Qui lentement descend vers les racines

Et ce ronflement de la terre

Où peu à peu toute vie

Entre en la léthargie des hivers


Tu sais derrière les branches nues

Lire la lente gestation 

Qui vient en petits boutons verts

Annoncer le printemps


Bien sûr que tu te penches

Sur la beauté que les hommes 

Savent faire jaillir

Lorsqu’ils entrent en communion

Avec les forces d’une nature

Dont ils sont les rejetons impétueux


Tu les vois

En cet automne où déjà

L’hiver pointe son nez 

Tu n’arrives pas à les imaginer

Les hommes

Incapables de fomenter quelque printemps

Sous la carapace  qu’ils se fabriquent

Pour accuser les coups bas

Que seuls inhumains savent infliger

À qui se lève tôt et entreprends de lutter


Xavier Lainé


22 novembre 2021


vendredi 26 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 4

 




C'est le jour où tu regardes effaré des chiffres qui en disent long sur l'achat de ton silence : à quoi ça rime de faire ton travail à 20€ la demi-heure remboursés à 60% par l'"Assurance maladie" quand tu pourrais curer le nez de tes patients toutes les dix minutes pour 25€ sans prise en charge ?


C'est le jour où tu as prétendu aux fausses amitiés en réseau et où tu t'en voulais, pliant sous l'avalanche des messages de soutien, sans savoir comment y répondre.


C'est un jour bien ordinaire où tu vis mal de ne pouvoir trouver le temps d'écrire, passant ton temps précieux à aiguiser tes défenses en tous genres.


Vont ainsi les jours "soignants" que tout le monde croit qu'il suffit d'ouvrir ta porte et d'appliquer tes techniques de sorciers pour réparer les dommages collatéraux d'un monde malade.

Mais toi, c'est chaque jour la même chose, tu ne sais pas, tu ne sais rien, tu te demandes ce que tu pourrais bien faire pour réparer le vivant en chacun, tellement maltraité que plus rien ne va.


C'est le jour où tu vois bien l'incompréhension de ton discours qui dit que nous ne sommes pas qu'os, muscles, neurones et qu'il ne suffit pas de molécules pour éradiquer les maux qui nous taraudent.

C'est chaque jour ainsi puisque depuis si longtemps nous avons désappris à faire confiance au vivant.


C'est le jour où tu poses commentaire en ce sens sous interview d'un "président de conseil scientifique", puis tu le retires sous l'avalanche des incompréhensions comme autant de plaies ouvertes que la langue ne cesse de creuser quand les mots ne disent plus, ne parlent plus, ou se perdent en glissements sémantiques infinis.


C'est le jour, et puis la nuit, où tu te dis que la tendresse des racines bercerait mieux ton sommeil que le faux confort d'une maison.

Où tu voudrais ne plus te réveiller... ou te réveiller mais dans la grande liesse libératrice de tous ces jougs qui s'accumulent depuis tant d'années de domination de ton genre sur tout ce qui respire et s'émeut.


C'est le jour où tu lis ce que des femmes sont en train d'accomplir, sous la pression des guerres, sur un territoire fracassé par les hommes et leur penchant guerrier dominant.

Et tu te dis que, si tu savais ne pas être un boulet masculin de plus aux pieds de leur rêve, tu irais bien les accompagner dans leur lutte.


C'est un jour comme ça, d'aube délicate posée sur un ciel timide.

Tu n'en es qu'à l'automne de l'âge, et tu voudrais voir tes rêves adolescents, qui ne t'ont jamais quittés, eux, prendre leur envol et se déposer là dans la beauté d'un jour paré de feuillages d'or et de lumière.


Xavier Lainé