lundi 22 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 13

 




En gris et or se découvre le jour

Que sais-je encore du ciel

Sinon que brume le voile

Comme vont voilées et muettes

Femmes soumises aux sombres

Qui vont de certitudes en servitudes

Satisfaire étranges exigences

Que nul dieu ne proclame


En gris et or se découvre le temps

Que sais-je encore des hommes

Sinon le délabrement du monde

Qui n’a rien de saisonnier

En ce pitoyable acharnement

Bien sur que ce monde a un genre

Celui de la domination sans partage

D’un automne qui n’en finit plus


En gris et or vont mes rêves

Qui se déposent comme limon

Sur les rives d’incertaines utopies

Me voici devant le tableau 

D’apocalyptiques défaites

L’empreinte de mon pas

S’éloigne et s’efface à jamais

Qui demain pour lire encore


En gris et or va ma page

Qui voudrait ouvrir les yeux

Sur un ciel radieux

Sur beautés sublimes


Xavier Lainé


15 novembre 2021


dimanche 21 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 2

 






C'est le jour où un membre du "conseil scientifique" s'exprime et balance tout : "Nous n’avions pas prévu que la quatrième vague se ralentirait aussi vite. Cela s’explique en partie par le très haut niveau de vaccination en France et par la très grande efficacité des vaccins, d’ampleur inattendue. Il y a probablement d’autres facteurs qui nous échappent un peu. Cela ne signifie pas pour autant que la quatrième vague est complètement derrière nous. Avec l’arrivée de l’automne, les comportements changent, on vit en milieu clos, une reprise de la circulation virale est donc possible." 

Donc, comme nous le savions déjà, il n'est pas de science capable de tout prévoir.

Ce qui, bien entendu, permet quand même d'affirmer que c'est grâce à la vaccination que...

Tout en expliquant que quelque chose continue d'échapper à la science (mais ça, nous en étions convaincus depuis longtemps).

Que les milieux clos de la rentrée automnale puis hivernale peuvent entraîner des circulations virales supérieures (donc que confiner les gens aurait pu augmenter la dite circulation).

Donc qu'on peut, dans un docte langage dire tout et son contraire et se dire scientifique...


Xavier Lainé



samedi 20 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 12

 




Dès lors j’irai dans les bois

Mes pieds auront l’ivresse de l’humus 

Ma tête dans les frondaisons

Les branches nues caresseront le ciel


Je serai dans la solitude des arbres

Seul vivant à mille lieux à la ronde

Ma voix se mettra à hurler

Dans le crépuscule rayonnant


Regardez

Regardez-moi


Je n’ai pas d’autre consistance

Que le silence des brumes

La feulement du vent 

Sous la porte des désirs vains


Quelques feuilles d’or

S’accrochent encore 

Elles résistent au vent mauvais


Quelques feuilles d’or

Feront un diadème de saison

Sur ton front endormi


Mes pieds traineront

Dans l’épaisseur des feuilles


Je me confondrais avec la terre

Pour bercer ton sommeil


Xavier Lainé


14 novembre 2021


vendredi 19 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) 1

 




C’est un jour où s’en vont envahir médiathèque ceux qui défendent « l’accès à la culture ».


C’est un jour où ils ne voient pas ce qu’il y a de condescendant dans cette expression « accès à la culture ».


C’est un jour où il est devenu tellement admis qu’il y aurait d’un côté ceux qui ont les codes d’accès et ceux qui en seraient dépourvus.

Une forme de colonialisme des esprits qui conduit à toutes les ségrégations.

Une manière de se concevoir comme dépourvu du mot et de l’esprit tandis que d’autres pourraient venir te dire ce qu’il faut penser, faire, supporter.


C’est un jour de colonisation des esprits par une société du spectacle au bord du gouffre qui finit par accepter le pire au nom du plus pire qui sévit au-delà des frontières.


C’est un jour d’où sont exclus les miséreux de la culture laissés en jachère avec dans la tête l’idée qu’elle ne serait pas pour eux.


C’est un jour de culture triste car amputée de celle qui se tisse dans le quotidien de nos si humaines conditions.


Xavier Lainé


https://www.francemusique.fr/emissions/carnet-de-voyage/ecoutes-partagees-avec-bernard-lortat-jacob-19610

jeudi 18 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 11








(Sur Miserere mei Deus de Allegri)


Parfois la nuit m'égare

Les rêves suivent leurs chemins d'étoile

Si loin des murs et barrières

Déjouant les frontières absurdes

Que les hommes dressent


Alors une voix s'en vient 

Qui se fait légère brume déposée

Sur des rivages inconnus

Où tout savoir se repose

En humilité et infinies grâces


C'est la nuit encore

C'est l'hiver qui fourbit ses armes

Mais c'est un hymne de printemps

Qui sait maintenir la flamme 

Allumée au plus profond


Parfois la nuit m'égare

Alors une voix s'en vient

Allumer les lumières


*


Il me faut traverser cet automne permanent

Celui qui lentement nous initie

Aux froidures et gelées

Où s’arrêtent pensées transies

Puis attendre un printemps des coeurs


Xavier Lainé


12-13 novembre 2021







mercredi 17 novembre 2021

Effeuiller les jours (Ou la vie sous contrainte) Préambule

 





« Si la culture ça consiste à aller au théâtre et à regarder des gens qui font des choses parfaitement ennuyeuses, moi, non, ce n’est pas mon affaire. Je pense que la façon de s’impliquer dans une culture en tant qu’acteur, créateur me paraît une dimension essentielle de la culture et si on perd ça on perd beaucoup.

Cette mise en relation de soi-même en tant que sa potentialité de création, d’invention, d’expression, c’est ça qu’on cherche.

Je refuse cette société du spectacle qui nous est imposée. »

Bernard Lortat-Jacob, anthropomusicologue, interview France-Musique, 7 septembre 2014


« Si l’on tient pour vraisemblable que l’idéologie sort généralement de masque à l’intérêt personnel, on a quelque raison de présumer que les intellectuels, en interprétant l’histoire et en formulant des conceptions politiques, tendent à adopter des positions élitistes, à condamner les mouvements populaires  et la participation  du peuple à la prise de décisions, en insistant a contrario sur la nécessité de s’en remettre à ceux qui possèdent le savoir et la connaissance requis — du moins  à ce qu’ils prétendent — pour gérer la société et maîtriser le changement social. »

Noam Chomsky, Raison & liberté, éditions Agone


« S’informer, (se) former, (se) transformer, voilà ce que l’épistémologie de la démocratie enseigne à la politique. Et c’est ce qu’il y a, derrière le grand continuum du soin : l’attention aux idées, à la connaissance et l’attention aux êtres et au monde.

Se mettre au service des humanités et de la santé, ce n’est pas s’inscrire contre la technique. Au contraire, c’est lui donner sa seule orientation viable, sa finalité. Les humanités sont technophiles par essence ; elles demeurent un grand plaidoyer pour la science, les machines, au sens même où celles-ci ont pour finalité d’émanciper l’homme et de l’aider à poursuivre sa sortie de l’état de minorité. »

Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme, éditions Gallimard


« Le moindre mouvement vers la complexité, une chanson, un poème, le tressaillement d’un peuple, exalte infiniment le tout et fait liaison avec le plus petit détail. La conscience s’élargit. L’imaginaire s’étend. Alors cette conscience du Tout-Monde demande à être déclarée, ou reconnue, en termes de politiques et de poétiques. »

Edouard Glissant & Patrick Chamoiseau, L’intraitable beauté du monde, in Manifestes, éditions La Découverte


Être intellectuel, artiste, écrivain, mais peut-être plus fondamentalement prendre au sérieux son métier, son destin d’« homme », cela signifie s’obliger à l’engagement, voire à la lutte, à la prise de parti. Car la neutralité est un choix : celui de la complicité passive.

Frédéric Gros, Désobéir, éditions Albin Michel


lundi 15 novembre 2021

Santé publique ou système de soin ?

 






Oser penser. Ce risque-là de la pensée construit la connaissance et le soin. Car prendre soin de quelqu’un, c’est prendre le risque de son émancipation, et donc de la séparation d’avec soi-même. C’est précisément l’amener vers son autonomie, lui laissant le privilège de la coupure et pour soi le sentiment d’abandon et d’ingratitude, inévitable.

Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme


C'est bien parce que l'humain se trouve in-calculable, que les normes statistiques qui prévalent comme principe de gouvernement politique se révèlent désastreuses.

Roland Gori, Marie-José Del Volgo, La santé totalitaire


Je pensais trouver dans la médecine et le droit médical des certitudes. Mais j’entrais dans un espace où l’exercice du doute et de la discussion sont fondamentaux. Le lieu de la philosophie par excellence.

La frontière entre les traitements utiles et légitimes et ceux qui ne le sont pas est plus complexe qu’il n’y paraît.

Guillaume Durand, Un philosophe à l’hôpital


L’écart se creuse, absurde, entre la haute qualification médicale, la révolution technique et scientifique, et l’absence de moyens matériels mis à la disposition de celles-ci.

Madeleine Riffaud, Les linges de la nuit


Un jour arriverons-nous à aborder publiquement le sujet brûlant de la santé publique ?


Ce que le virus Covid a mis en évidence (mais que pour un certain nombre de soignants nous redoutions depuis fort longtemps), c’est l’échec de la « meilleure médecine du monde ».

Meilleure peut-être sur le plan des « progrès technologiques », mais sur le plan de la compréhension scientifique des vivants que nous sommes, c’est autre chose.

Ce mythe du progrès qui nous hante (en particulier à gauche, car à droite il est dans leur logique), d’un progrès illimité et qui ferait de nous les démiurges d’un monde d’où l’idée même de la mort serait évacué, est l’héritage du positivisme du XIXème siècle. L’héritage de Claude Bernard et Pasteur, jamais remis en question alors que dans la plupart des domaines scientifiques, il l’est, et depuis fort longtemps : je ne t'infligerai pas la totalité du chapitre de l’ouvrage de Werner Heisenberg (La partie et le tout), intitulé « Positivisme, métaphysique et religion » où dès les années 1920, dans un conférence donnée dans un congrès de philosophie à Copenhague, il explique l’échec du positivisme  au regard de ce que les chercheurs en science physique apportent à la théorie, je cite : «  à savoir les notions de complémentarité, d’interférence des probabilités, de relations d’incertitude, de coupure entre sujet et objet » qui « apparaît aux positivistes comme un complément confus de caractère plus lyrique que scientifique ». Plus loin il ajoute : «  Les positivistes diraient que comprendre signifie pouvoir calculer à l’avance. Si l’on ne peut calculer d’avance que certains phénomènes très particuliers, on n’a compris qu’une petite partie des choses, si l’on peut calculer d’avance de nombreux phénomènes différents, alors on a compris d’avantage ». L’ensemble de ce chapitre est très instructif, il faudrait le citer en entier…


Malgré ces réflexions qu’Heisenberg n’était pas le seul à avancer, toute la médecine contemporaine est restée basée sur une vision positiviste ainsi que toute la recherche médicale conduisant au fiasco du Covid.

On ne peut rien comprendre à la situation si on ne remet pas en cause une vision « calculatrice » des choses.

On ne peut rien comprendre aux modes de diffusion de ce virus, à sa propagation si on n’étudie pas le terrain qui en favorise l’essor.

On ne peut rien comprendre à ce que certains propagandistes libéraux appellent la « surconsommation médicale » si on ne se penche pas sur les modes de vie qui sont à la source d’un certain nombre de nos pathologies (y compris la surconsommation en question).


Le refuge de cette médecine qui ne cherche plus à sortir de ses calculs, ni à comprendre la relation entre les phénomènes, c’est une conception totalitaire de ses pratiques, où le patient est l’objet d’un savoir détenu par le seul soignant (au risque pour celui-ci de finir en burn-out lorsque sa croyance en sa toute puissance se trouve confrontée à l’échec dont la mort est le signe).

Il conviendrait ici de revenir à ce qu’écrivaient Roland Gori et Marie-José Del Volgo dans « La santé totalitaire », en 2009, je me contenterai de vous renvoyer à cette lecture fort éclairante, écrite dix ans avant la zoonose qui nous préoccupe et dont la plupart de nos politiques ont accepté qu’elle soit une « pandémie » sans reconnaître qu’elle est plutôt une « syndémie » qui met en évidence les failles du système capitaliste libéral, dont les soignants, pour la plupart, formatés aux dogmes du progrès positiviste à la sauce libérale, se trouvent à leur corps défendant, les acteurs de premier plan (ceux que les imbéciles applaudissaient depuis leurs balcons, ceux qui allaient, comme de bons petits soldats, éviter que la mort de reprenne pied dans des vies dont elle serait exclue).


Si nous devions réfléchir à ce qu’il conviendrait de faire, c’est à une refondation complète de la notion même de santé publique, de prévention (qui n’a rien à voir avec les dépistages vantés par l’Assurance Maladie - qui n’est plus depuis fort longtemps la sécurité sociale d’Ambroise Croizat, mais un agent au service d’une médecine vouée au commerce des remèdes miracles).

Nous avons tout à remettre en question, jusque bien entendu dans les modalités économiques et sociales de nos pratiques, pour aller, comme nos ordres médicaux et paramédicaux nous y invitent, vers une « pratique selon les données des sciences actuelles »  (qui ne sont plus celles du positivisme encore en vigueur avec une certaine efficacité dans les années 50 du siècle précédent, mais celles des sciences de la complexité et de la systémique qui ont permis une autre compréhension de la planète qui nous supporte (mais jusqu’à quand ?), de la survenue et de l’existence du vivant sur cette planète là, sous cette forme là, mais bizarrement, conceptions scientifiques contemporaines qui ne traversent pas le mur positiviste des formations médicales et paramédicales).


Sans doute l’esprit allemand, sur ces sujets, et contrairement aux gouvernements allemands qui sont les mèmes des nôtres, est plus ouvert à la réflexion (je le pratique dans mes échanges avec mes collègues outre-Rhin, qui réfléchissent depuis fort longtemps aux questions que je soulève plus haut).


Bien évidemment, réfléchir n’exclut pas de repenser les structures sanitaires, mais les meilleures ne seront jamais à la hauteur des enjeux dans le contexte d’instabilité climatique massive qui nous attend si nous n’allons pas plus loin dans notre réflexion.


Xavier Lainé


9 novembre 2021