mercredi 15 septembre 2021

À en devenir fou

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)



« L’instauration de toute interaction interpersonnelle qui tend à favoriser un conflit affectif chez l’autre — qui tend à faire agir les unes contre elles autres différentes aires de sa personnalité — tend à le rendre fou. » Harold Searles, L’effort pour rendre l’autre fou.


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« À en devenir fous » : c’est bien ce qu’ils visent depuis 18 mois !

Gouvernement comme médias font tout pour engluer toute capacité de réflexion, d’analyse, de compréhension, de tolérance.

Et comme les esprits sont englués, ne pas accepter, ne pas plier devient incompréhensible à la majorité qui croie encore ce gouvernement comme les médias omniprésents, omniscients, péremptoires dans la « scientificité » de leurs propos, la fracture se fait de plus en plus profonde  au sein même de nos familles, amitiés.

Avez-vous remarqué comme les cerveaux englués, lorsqu’on aborde le refus du pass-sanitaire dérivent immédiatement sur le refus vaccinal ?

Peut-être faut-il y voir les tristes lendemains que le pervers au pouvoir nous prépare ?


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Mail ouvert au Conseil Départemental de el’Ordre des Kinésithérapeutes


Chers collègues, 


Ce 14 septembre, je préfère être à ma place qu’à la vôtre.

Je vous imagine recevant moult mails de confrères désespérés, non vaccinés, menacés de mort sociale par la CPAM et son alliée, l’ARS.

Voyez, je suis sympathique avec vous, je ne vous met pas dans le même lot.

Non le vôtre est bien pire puisque vous devrez sous peu radier des collègues qui n’ont rien fait d’autre que leur travail, qui n’ont commis aucune faute professionnelle majeure sinon d’avoir refusé de rentrer dans le jeu pervers d’un gouvernement en perdition.

Le vôtre est bien pire car vous n’avez rien dit, rien fait. Vous n’avez même pas cherché à savoir qui parmi vos collègues pouvait se trouver en difficulté de conscience avec cette épée de Damoclès épouvantable brandie au-dessus de leur tête alors que rien ne justifie une telle pression sur leurs épaules.

Mais voilà, dès le début, vous vous êtes glorifiés d’avoir été en première ligne : était-ce en faisant fermer nos cabinets que nous pouvions l’être, ou en nous envoyant sans matériel faire des visites à domicile au risque de répandre encore un peu plus un virus dont nous ne savions rien à l’époque ?

En première ligne encore en acceptant cette insulte d’un ministre de la santé remettant à plus tard (donc à jamais comme c’est le cas depuis 1990) la revalorisation des honoraires qui permettrait à chaque praticien de jouer pleinement son rôle ?

Il est sans doute louable de votre part de prétendre « défendre l’honneur de la profession », mais il semble que, depuis que vous existez, rien n’ait sensiblement progressé dans un sens positif pour la plupart des kinésithérapeutes qui ne se reconnaissent, ni dans votre Ordre, ni dans les syndicats ayant désertés depuis longtemps leur rôle de défense des professionnels, ni dans les institutions comme l’URPS au point d’ailleurs que, par exemple, lors des dernières élections ordinales vous n’ayez même pas pu avoir les nombre de candidats correspondant aux postes à pourvoir, et que à peine 25% de la profession a jugé bon de participer à cette parodie de démocratie.

Mais c’est vous qui, demain, allez radier ces professionnels, sans états d’âme, en bons soldats d’un pays livré aux plus sombres calculs des affairistes et des oligarques prêts à tout pour sauver leur place sur le navire Terre qu’ils condamnent à mort, sciant la branche sur laquelle ils sont assis.


Je vous imagine donc avec jubilation, noyés sous les mails, les lettres, les réclamations. Mais je suis sur que non, vous n’avouerez jamais à quelle catastrophe vous participerez. Vous vous frotterez les mains à l’idée de récupérer la clientèle de ceux que vous aurez condamnés.


Puis-je vous rappeler quelques articles de votre déontologie que vous feriez bien de relire avant d’appuyer sur le bouton des exclusions ?

Les voici :

- « Le masseur-kinésithérapeute ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. » (Article R. 4321-56)

- « Le masseur-kinésithérapeute s'abstient, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci » ( Article R. 4321-79)

- « La continuité des soins aux patients doit être assurée. » (Article R. 4321-92)

- « Les honoraires du masseur-kinésithérapeute sont déterminés avec tact et mesure » (Article R. 4321-99)

- « Les masseurs-kinésithérapeutes entretiennent entre eux des rapports de bonne confraternité. » (Article R. 4321-99)

Je ne vous ferai pas l’outrage de vous souffler en quoi ces articles vous concernent. Mes 280€ de cotisation annuelle devraient être suffisant pour que vous preniez le temps de réfléchir aux manquements qui sont les vôtres dans l’exercice périlleux que vous allez commettre.


J’en viens au fait, puisque, par une affiche fort insultante et agressive, j’ai appris ce matin qu’il me fallait vous tenir informés de ma situation professionnelle :


1. Depuis le 6 septembre et jusqu’au 19, je suis en arrêt maladie pour burn-out, étant mis dans l’impossibilité, par vos menaces, de recevoir mes patients avec la sérénité nécessaire ;

2. Le 7 septembre, je suis allé faire une sérologie qui s’est avérée négative (je vous le dis alors que le secret médical, s’il existait encore,  devrait m’interdire de vous communiquer ce genre de renseignement) ;

3. J’ai donc jusqu’au 19 septembre pour obéir contre mon gré à votre coercition vaccinale pour la simple raison que je ne peux en aucun cas me trouver sans revenu et mettre à la rue ma famille et mes enfants (mais que vous importent ces détails, puisque vous êtes là pour appliquer la loi sans aucun état d’âme, n’est-ce pas ?)

4. Je suis donc dans l’attente d’un rendez-vous pour me faire injecter la première dose afin de pouvoir reprendre lundi mon travail non sans réfléchir à la suite.

5. Il va de soi, ayant traversé l’existence jusqu’à mes 65 ans, sans problème médical majeur, que si ma santé venait à être remise en cause du fait de votre coercition,  je laisse la consigne à mes enfants de bien vouloir vous tenir, vous, la direction de la CPAM et les donneurs d’ordres de l’ARS dont les noms figurent sur le courrier récemment reçu comme pénalement responsables.


Confraternellement (mais peut-on encore parler de confraternité ?)


Xavier LAINÉ

Kinésithérapeute DE depuis 1981


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Lâche et souillé. Voilà, je me sens lâche et souillé.

Mes quarante années de travail, de prise de conscience, de cheminements escarpés pour demeurer humain dans mes relations, les voilà couvertes de cette boue.

La pluie qui vient ne suffira pas à me nettoyer de ma lâcheté.


Tout concours à me rendre ainsi, pitoyable.

Ma folie à vouloir créer mon lieu de travail, dans ma maison.

Folie d’avoir signé mon enchaînement à des crédits au-dessus de mes forces.

J’ai rêvé, oui, j’ai rêvé d’ouvrir un espace d’humanité.

Je m’entends encore le dire : qu’au moins en un lieu, un autre lieu, puisse demeurer une bulle de cette humanité qui vaut plus que ma propre vie.

Mais voilà qu’ils ont tout sali.

Non, pas ils, j’ai tout sali. Je me suis plié à leur désir, sous leur torture.

J’ai accepté l’inacceptable pour sauver ce qui me reste : qui ne me reste pas, ce qui est encore, il paraît, une famille qui n’aurait pas compris que je m’entête.

Je les vois tellement soulagés de ma lâcheté.

Mais…


De quel droit les aurais-je sacrifiés, laissés se débrouiller dans l’enfer des misères.

Nous ne nous en sortirons pas plus riches pour autant.

J’ai la conviction que nous aurions du passer au-dessus de ces « contraintes » que la société nous colle, que nous acceptons pour des rêves sans fondement.

Je me suis rendu : même pas pour vous, mes patients. Je m’aperçois, après une semaine sans vous que je vis très bien, parmi mes livres, mes rêveries, mes pages noircies de silence parfois pesant.

Je vous suis reconnaissant des messages envoyés qui voulaient me soutenir, ou parfois pensaient m’aider à y voir clair.

On n’y voit jamais assez lorsque les brumes, les pluies et les orages tombent, que les eaux boueuses envahissent les rues : on s’y noie.


La pire des perversités est là, dans cette eau boueuse dont ils ont ouvert les vannes, qui nous met devant nous-mêmes, à nu.

Me voici, bien avant l’aube, dans l’incapacité de trouver le moindre repos.

Ma conscience aurait voulu que je tienne, que je ne faiblisse pas, que je ne fasse pas. Je pourrais d’ailleurs ne pas y aller, à ce rendez-vous vaccinal, ce soir.

Je pourrais ne pas y aller et peut-être serait-ce soulagement de devoir laisser derrière moi cet attachement stupide à une maison, à une famille, à des livres, des monceaux de livres qu’une vie ne suffira pas à lire tous.

Je pourrais tourner le dos à tout ça, reprendre mon sac et partir vers des rives verdoyantes, dans des vallées improbables.

Je pourrais tout laisser derrière moi sans me retourner.

Je serais libre avec ma propre conscience ou du moins m’en persuader.

Mes nuits alors seraient hantées par les visions de naufrages.


Je ne pourrais pas vivre en paix, car quels que soient mes choix, ce serait lâcheté : pour mes patients abandonnés, pour ma famille livrée au pire.

Même dans la vallée la plus reculée et la plus heureuse, me viendraient encore les souvenirs d’une vie passée à me heurter aux récifs acérés d’un monde pour lequel je ne suis pas fait.

Ce soir, j’aurai rendu les armes. 

Certes je continuerai à me battre, jusqu’au bout de mes forces contre ce monde du contrôle et de la domination que tous nous proposent, les uns comme les autres à grand coups de « programmes ».

Si le vivant obéît en partie à des « programmes », il ne cesse de chercher chemins pour s’en libérer.

La Terre nous en apporte la preuve en sa climatique révolte : le vivant est bien plus que nos maigres connaissances.

Quelle prétention de vouloir le guérir de ses plaies s’il ne voit pas qui les ouvre et les ravive !


Je me sens lâche et souillé.


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Lettre ouverte à mes enfants


Maudissez-moi, enfants qui n’avez pas demandé à venir en ce monde.

Maudissez-moi de n’avoir pas su engager les luttes au niveau qui aurait permis de vous sauver.

Croyez-moi : je n’ai pas vécu jusqu’ici pour vivre ce que nous vivons aujourd’hui, 15 septembre 2021, qui nous contraint à la misère ou à la lâcheté.

J’ai juste tenté de préserver la part d’humanité en moi qui n’a jamais cessé de se révolter contre les conditions faites aux femmes, aux hommes, aux enfants.

J’ai cru et je crois encore en la faculté humaine d’apprendre de ses erreurs.

Ou je tente d’y croire. Parfois, dans un léger et éphémère moment des grâce, j’y crois.

C’est pour, aussitôt, et ce depuis en gros cinquante ans, me prendre la gifle magistrale de constater que nous ne sommes pas parvenus au quart du chemin qui nous ferait humains.

Je me cramponne au radeau, je refuse de mordre à mon tour les naufragés quitte à crever de ma belle faim.

Je tente. Je ne sais pas y arriver, enfants. Je ne sais pas.

C’est ma faiblesse et ma force. C’est parce que je ne savais pas que, je crois, jusqu’ici, j’ai toujours pu rebondir.

Mais voilà, aujourd’hui, c’est par lâcheté que je me soumets à la coercition vaccinale. Par lâcheté et pour ne pas vous entrainer dans le naufrage d’une médecine dont j’ai toujours cru qu’elle demeurerait un art plus qu’une science mais qui se trouve livrée aux mains d’experts scientifiques qui ne savent plus rien des vivants que vous êtes, enfants.

Je ne sais ce qu’il adviendra. Il faut que vous sachiez, enfants que les sombres individus qui nous ont mené en ce naufrage ont des noms, qu’ils ont pris la décision de nier toute humanité dans nos métiers de soignants au nom d’un économisme purement administratif qui nous étouffe comme il étouffe la planète.

« J’avoue que j’ai vécu » disait Pablo Neruda. Je vous le dis tout net : j’ai vécu, moi aussi, j’ai mes zones d’ombre, mes échecs plus nombreux que mes heures de gloire, mes impuissances, mes atermoiements, mes erreurs de jugement, mais j’ai vécu en essayant, entre le début et la fin, d’apprendre.

J’ai vécu soixante cinq années : les plages de vrai bonheur furent plutôt rares mais elles demeurent dans ma mémoire comme étoiles entre deux nuées.

Je n’ai quasiment pas eu besoin de recourir à la médecine que je pratique.

Récemment, j’ai encore couru la montagne, dormi sous l’orage à n’en pas entendre les loups qui rodaient autour de notre fragile abri.

J’ai traversé les épreuves de cette pandémie sans que quiconque ne trouve le moyen de me contaminer.

Par lâcheté (mais tenter de vous sauver encore, est-ce lâcheté ?), ce soir j’aurai droit à être injecté, infecté par un produit fabriqué à la va-vite, encore expérimental, mais qu’un gouvernement pervers, épaulé par des administratifs aveugles et des responsables ordinaux bornés, a décidé de me contraindre à accepter.

Je le fais sous la contrainte et pour ne pas vous entrainer dans mon naufrage. Demain, quoi qu’il arrive je ne pourrais plus travailler comme hier. Ils ont cassé profondément ce qui justifiait encore que je me cramponne à leurs règles administratives tout en faisant bonne figure à des patients.

Quelque chose s’est brisé désormais qu’ils ne pourront jamais réparer. Mon divorce d’avec leur monde est consommé : ils sont là pour contraindre les corps, moi, je ne sais que les libérer.

Je ne sais pas : peut-être que tout se passera bien, peut-être pas. Les effets indésirables sont nombreux : syndromes de Guillain-Barré, AVC, thromboses, cardiopathies, etc. Les obscurs scientistes mettront ça dans la balance des « bénéfices et des risques » comme ceux qui profitent de la situation. D’obscurs journalistes sans conscience insisteront sur le petit nombre de personnes concernées pour passer sous silence la réalité : qu’un seul tombe sous le coup de ces essais et c’est encore un de trop.

Notre science doit tout faire pour sauver et non pour rendre malade.

Je suis donc à ce jour indemne de toute pathologie. Si, après injection expérimentale forcée, je devais développer le moindre problème, comme je l’aurai fait pour vous sauver, enfants, je vous charge de la lourde responsabilité de porter plainte et poursuivre jusqu’à leur condamnation un président de la République, un premier ministre, un ministre de la santé, deux responsables de l’Agence Régionale de la Santé PACA, les dirigeants de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie ainsi que les dirigeants nationaux, régionaux et départementaux de l’Ordre des Kinésithérapeutes.

Je fais cette demande publiquement. Je serai sans doute accusé de grossir le trait, de faire dans l’émotionnel, mais j’en connais qui n’oseront pas, et les coupables brigueront d’autres mandats et seront peut-être même encore élus à grand coups de corruptions en tous genres.

Je souhaite que vous n’ayez pas besoin d’en arriver là, c’est bien pourquoi, même vacciné je refuserai d’avoir leur pass-sanitaire, leur QR code, et que, pour moi le combat continue. C’est ce combat que, quoi qu’il arrive, vous devrez poursuivre : celui qui nous construit comme humains, vivants parmi les vivants, rejetant aux oubliettes de notre longue histoire les esprits de compétition et de domination typiques du néolithique dont il serait temps que nous sortions.


Xavier Lainé


15 septembre 2021


mardi 14 septembre 2021

Les portes de l’enfer vous seront ouvertes

 




« Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies. » Georges Orwell


C’était si vibrant appel au secours du syndicat Alizé, syndicat des kinésithérapeutes, à peine sorti de l’oeuf et déjà dans le rang : « Venez nous aider à défendre les kinésithérapeutes dans votre département ! Il nous manque encore quelques kinésithérapeutes pour compléter notre présence en Commission Paritaire Départementale !! »

Avec plus loin leur seul souci : «  La problématique actuelle concernant la demande de remboursement du DIPA qui a surpris la profession ces derniers jours montre l'importance de siéger dans ces commissions pour pouvoir faire remonter les dysfonctionnement observés sur le terrain. »

On croit rêver, à quelques jours de l’application d’une loi qui interdit aux kinésithérapeutes de continuer à exercer s’ils ne sont pas vaccinés !

Alors, je me fend d’un mail resté à ce jour sans réponse, bien évidemment :

« Chers collègues, 

J’espère que votre mail doit être pris comme une plaisanterie !

Dans quatre jours, combien de kinésithérapeutes seront interdits d’exercer pour avoir commis la grave faute professionnelle de n’avoir pas plié à la coercition vaccinale ?

Combien seront radiés définitivement le 15 octobre par un ordre plus prompt à répondre aux désiderata d’un gouvernement catastrophique qu’à défendre la profession qu’il déshonore ?

Et vous faites comme si de rien n’était ? Vous faites comme s’il n’y avait pas de problème en regardant ailleurs ?


Qui donc s’amuse à dénoncer les professionnels non vaccinés au mépris du secret médical ?

Qui transmet les données médicales des praticiens à l’ARS aux fins d’interdiction d’exercer sinon cet employeur déguisé qui ose encore se nommer « Assurance maladie » ?

Ont-ils un instant songé à appliquer les règles de protection des données auxquelles ils sont liés (voir les déclarations de la CNIL), en informant à tout le moins les praticiens concernés avant leur démarche criminelle ?

Les conventions qui nous lient à l’assurance maladie stipulent-elles l’obligation vaccinale ? (Mais peut-être avez-vous négocié une telle vilenie ?)

Combien serons nous, dans quatre jours, à voir nos existences basculer définitivement sans que ni l’ordre, ni vous, syndicats, n’aurez rien dit pour au moins timidement nous défendre ?

J’ai lu attentivement votre document laborieux en faveur de la vaccination : un problème, vous avez omis de lire la décision d’homologation de l’assemblée européenne qui délivre une autorisation provisoire et à ce titre explique que l’obligation vaccinale ne peut être rendue obligatoire.

Vous prétendez défendre qui ?

Voilà que je regrette amèrement vous avoir versé mon obole, vous avoir soutenus pour être représentatifs.

Représentatifs de qui, sinon de vous-mêmes qui trouvez le moyen de vous satisfaire des derniers résultats d’élections professionnelles où seulement un quart de la profession a participé : ça ne vous pose aucune question ?


Et il faudrait encore que nous allions siéger dans des commissions paritaires avec une institution qui ne cesse de nous tirer dans le dos ?

J’aurais plutôt tendance à chercher le moyen de continuer à rendre service à mes patients sans eux, d’inventer les modes de solidarité sans ces administratifs sans esprits qui ne cessent de nous gêner dans notre pratique quotidienne.


Bien sur, j’imagine et espère ne pas être le seul à pousser mon coup de gueule. Je connais pas mal de praticien qui se débrouillent seuls face à cette volonté honteuse de contrôle et de mise à mal de tout le tissus sanitaire du pays.

Je vous imagine aussi « étudier » les réponses mielleuses à un problème majeur pour le pays : ainsi, je ne vous ai pas entendu élever la moindre protestation contre le pass-sanitaire, qui est une mesure de discrimnation comme jamais un gouvernement depuis Vichy n’avait osé la mettre en place.

Vous faites comme si tout était « normal », vous regardez ailleurs.

La prochaine étape de votre représentativité, ce sera quoi ? De négocier le poids des chaines s’ils rétablissent l’esclavage ?


Je ne renouvellerai donc plus jamais mon adhésion à votre syndicat, ni aux autres d’ailleurs. Nous apprenons à nous organiser, localement, entre praticiens libéraux victimes de vos aveuglements.

Et, bien entendu, je me réserve le droit de rendre public le contenu de ce mail.


Si je suis le seul à vous dire votre fait, c’est que les autres sont trop sidérés par les mesures iniques mises en place pour le faire.

Je n’attends plus rien de votre représentativité.


Confraternellement (mais de quelle confraternité pourrions nous encore parler ?)


Xavier Lainé

Qui fut l’un de vos premiers élus à l’URPS Kiné PACA. »


J’ai ensuite reçu un mail de la FFMKR (Fédération Française des Masseurs-Kinésithérapeutes Rééducateurs) pour qui le seul souci était que les praticiens la rejoignent dans son « combat » pour la « défense » de la profession (sic).

J’aurais aimé leur envoyer copie du mail déjà envoyé à Alizé, mais il était impossible de répondre, donc j’ai abandonné.


Je glisse sur l’horripilant Facebook : j’y vois Caroline Fiat, députée insoumise qui affiche une blague de carabin sur les aide-soignantes, Mélenchon qui martelle la nécessité d’un « état d’urgence social », les communistes qui se félicitent d’avoir réussi la fête de L’Humanité en respectant les règles sanitaires imposées (resic), les sénateurs socialistes prôner au Sénat l’obligation vaccinale pour toute la population, la droite et l’extrême droite se frotter les mains de ce consensus tacite : le pass-sanitaire est rentré dans la norme, les menaces sur la frange irréductibles des soignants raisonnables qui tentent encore de crier leurs droits et libertés sont oubliées, comme sont oubliés les manifestants (bien évidemment présentés comme des salauds d’extrême droite).

Ils viendront tous se lamenter demain d’avoir un second tour de présidentielles entre le gallinacé et la dinde, les marrons s’étant abstenus massivement de voter au premier.

Quant aux médias : rien à dire circulez.


J’ouvre donc mon ordinateur de bon matin (4h30 comme d’habitude : les écrivains sont gens d’avant l’aube).

Mon logiciel de cabinet s’ouvre et que vois-je ? 

Il m’affiche mon interdiction d’exercer à partir du 15 septembre 2021 et la procédure à suivre . Mon propre logiciel publie cette injonction ordinale :

« A compter du 15 septembre, les masseurs-kinésithérapeutes ne peuvent plus exercer leur activité professionnelle s’ils ne sont pas vaccinés ou s’ils ne présentent pas l’un des documents susmentionnés. Ils leur est donc interdit de pratiquer tous les actes professionnels entrant dans leur champ de compétence prévus aux articles R. 4321-1à R. 4321-13 du code de la santé publique.

Les masseurs-kinésithérapeutes non vaccinés ne peuvent plus effectuer des actes conventionnés, non conventionnés, thérapeutiques et non thérapeutiques. Ils ne peuvent plus par ailleurs participer aux actions d’éducation, de prévention, de dépistage, de formation et d’encadrement qui concernent en particulier la formation initiale et continue des masseurs-kinésithérapeutes, la contribution à la formation d’autres professionnels, le développement de la recherche en rapport avec la masso-kinésithérapie et la pratique de la gymnastique hygiénique, d’entretien ou préventive. »

Nous y voilà.


Je reprends le code de déontologie, sur le site de l’Ordre et je lis. Je suis  heureux d’y découvrir que « le masseur-kinésithérapeute ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. » (Article R. 4321-56)

Mais alors que faire si l’ordre lui-même aliène son « indépendance professionnelle » pour se soumettre à un gouvernement qui sacrifie la vie sociale de nombre de ses membres ?

Mais peut-être qu’à poser ces questions serai-je traduit devant le tribunal disciplinaire parce que « le masseur-kinésithérapeute s'abstient, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci » ( Article R. 4321-79) ?

Mais si l’ordre lui-même en se vautrant sans sourciller et sans dire un mot dans l’application stricte de mesures liberticides déconsidère la profession qu’il est sensé défendre ?

Car, au-delà de la sempiternelle querelle autour des vaccins, en acceptant sans un mot l’application du pass-sanitaire et l’obligation vaccinale (illégale selon les textes de l’Assemblée Européenne, résolution 2361 selon laquelle il conviendra de « s’assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement. ») l’Ordre n’offre pas un avis éclairé à ses membres, ne cherche pas à connaître leur avis, applique sans autre forme de procès les textes gouvernementaux sans même un examen approfondi, justifié juridiquement.

Non, l’ordre prend et applique puis banni de ses rangs tout esprit critique (nous sommes bien dans le droit fil de ce, lors de sa création il posait dans le préambule de la première mouture de ce code, se glorifiant que les ordres furent une création de l’Etat français de Vichy).

C’est d’ailleurs ici les triomphe ou la revanche de cet Etat croupion prêt à tous les compromis avec l’occupant (aujourd’hui avec les oligarques du CAC 40).

Je vous passe les détails d’article rendus caducs, de fait : « La continuité des soins aux patients doit être assurée. » (Article R. 4321-92) ; « Les honoraires du masseur-kinésithérapeute sont déterminés avec tact et mesure » (Article R. 4321-99). Le premier ne semble pas poser de problème aux obscurs qui vont appliquer l’interdiction d’exercer : les patients n’auront qu’à chercher ailleurs des praticiens introuvables. Quant au second, belle lurette, à tout juste 20€ brut. La demi-heure de traitement, que « tact et mesure » sont largement oubliés.

Je garde le meilleur pour la fin : « Les masseurs-kinésithérapeutes entretiennent entre eux des rapports de bonne confraternité. » (Article R. 4321-99). 

Je le garde pour la fin et vous laisse juge de ce que l’ordre appelle confraternité lorsqu’il considère tout praticien opposé aux lignes gouvernementales depuis un silence abyssal : pas un mot en deux mois et. Demi de lutte et de manifestation. L’opposant est un phénomène ignoré dans la profession, puisque nous sommes tous « conformes » à ce que l’ordre, main dans la main avec un gouvernement liberticide, décide.


Il n’est pas dans mes habitudes de publier en avant-première les arguments qui vont accompagner ma signification à l’ordre de ma non vaccination à ce jour, de mon arrêt maladie jusqu’au 17 septembre pour le burn-out que cette situation Orwellienne ou Kafkaïenne aura provoqué, et donc, puisque je ne peux pas me permettre de finir lundi, lors de ma reprise d’activité sans le moindre revenu mais avec mes dettes sociales (au moins) à honorer, de mon intention d’obéir mais avec l’amer sentiment d’en finir avec une carrière, un métier qui n’aura cessé depuis quarante ans de se défigurer lui-même à travers ses représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes (moins de 30% de la profession participe aux élections ordinales et professionnelles, mais ça « c’est la règle démocratique », qu’ils disent)


Xavier Lainé


14 septembre 2021


lundi 13 septembre 2021

Professions ubérisées, contraintes, vidées d’éthique et d’humanités

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)



« La pensée archipélique convient à l’allure de nos mondes. Elle en emprunte l’ambigu, le fragile, le dérivé. Elle consent à la pratique du détour, qui n’est pas fuite ni renoncement. Elle reconnaît la portée des imaginaires de la Trace, qu’elle ratifie. Est-ce là renoncer à se gouverner ? Non, c’est s’accorder à ce qui du monde s’est diffusé en archipels précisément, ces sortes de diversités dans l’étendue, qui pourtant rallient des rives et marient des horizons. Nous nous apercevons de ce qu’il y avait de continental, d’épais et qui pesait sur nous, dans les somptueuses pensées de système qui jusqu’à ce jour ont régi l’Histoire des humanités, et qui ne sont plus adéquates à nos éclatements, à nos histoires ni à nos moins somptueuses errances. La pensée de l’archipel, des archipels, nous ouvre ces mers. » Edouard Glissant, Traité du Tout-Monde (1997)


« On génère une situation nouvelle à partir ce celle que l’on rend caduque. » Alain Deneault, La médiocratie


« Ceux qui se considèrent comme les seuls êtres doués de conscience au milieu de choses inertes, ne comptent comme vivants qu’eux-même, leurs chats, leurs chiens, leurs géraniums et peut-être le parc où ils vont se promener. » Bruno Latour, Où suis-je ?


À l’heure où de tous côtés me parviennent messages de solidarité, d’amitié, de soutien, sous toutes les formes que la virtualité met à disposition, je lis Bruno Latour, dans « Où atterrir », beau livre de réflexion qui m’aide et me guide, plus que le vaccin que je suis supposé me faire injecter avant le 15 septembre sous peine de…

Car « l’attracteur global », comme il le nomme et qu’on pourrait nommer attracteur gouvernemental ne sait que coercition tant en fait il s’est transformé en « attracteur hors-sol », déconnecté du réel que je nommerai moi aussi « Terrestre » avec un grand T pour en faire le concept vers lequel il faudrait tendre, qui nous ferait nous détouner de l’éternelle querelle entre le « local » et le « global ».

« L’Universel, c’est le local sans les murs » affirmait Miguel Torga, dans un livre éponyme paru en 2010. (La citation complète est : «L'universel, c'est le local moins les murs. C'est l'authentique qui peut être vu sous tous les angles et qui sous tous les angles est convaincant, comme la vérité. »)


Où tout dans leur monde s’exprime en terme de lutte et de tensions, nous voici au seuil d’un monde d’où le terrestre ne peut disparaître. Il s’impose de lui-même à travers les humeurs climatiques qui nous ramènent, en quelque sorte, « les pieds sur terre ».

Il me faut donc établir ce que je ressens de terrestre pour y établir une vie qui serait à ma nouvelle dimension, ni locale, ni globale, ou alors locale et globale à la fois.

Faire l’état des lieux du Terrestre que je suis en lien avec tous les autres qui entrent en galaxie avec ma propre existence, « en archipel » aurait écrit Edouard Glissant.

Ce serait comme établir mes cahiers de doléances, comme ceux qui furent à la base de 1789 et que nous pourrions multiplier à l’infini de nos vies jusqu’ici morcelées, éclatées, dispersées sous le couperet de décisions hors-sol.


Mon cahier de doléance (première partie)


Lettre ouverte à l’ARS (Agence régionale de la santé, renommée hier Agence de réduction des soignants)


J’exerce en libéral depuis 1990, d’abord sur Forcalquier puis sur Manosque.
Depuis 2004, j’ai fait le choix de ne plus recevoir les patients qu’en individuel afin de pouvoir mieux leur enseigner des manières d’être en mouvement moins traumatisantes (j’axe donc mon travail à la fois sur la thérapie par le mouvement et sur la prévention).
Je suis seul dans mon cabinet.
Depuis 18 mois, j’ai mis en place un accompagnement de mes patients pour désamorcer les angoisses liées à la gestion de cette crise.
Au début, l’ordre m’a demandé de fermer mon cabinet et de faire des visites à domicile sans masques, sans gants, sans blouses. Estimant que cet ordre était en contradiction totale avec les règles sanitaires de bases en cas d’épidémie, j’ai fait le choix d’organiser un accompagnement téléphonique et une permanence dans mon cabinet pour les patients qui se sentaient de venir.
J’ai bien sur organisé une désinfection totale de mes instruments de travail et de mes locaux entre chaque rendez-vous (précaution maintenue jusqu’à ce jour).
Bien évidemment, une large part du travail de soutien fourni n’a jamais été rémunérée.
Le nombre de masques fourni était dérisoire et souvent avec une date périmée.
Depuis, je suis resté fixé à un rendez-vous par heure pour me permettre de respecter les conditions sanitaires.
Bien évidemment, mon revenu s’en ressent, mais il semble que ce ne soit pas l’avis de notre ministre de la santé (nos honoraires sont quasiment inchangés depuis 1990).

Non reconnaissance de l’acte individuel donc et pourtant efficacité : je n’ai eu à déplorer aucune contamination au sein de mon cabinet. Très peu de mes patients, en appliquant les consignes que je leur donnais, l’ont été et les contaminés ou malades se sont abstenus de venir à leur rendez-vous. Tous s’en sont sortis (sauf une très récemment) sans hospitalisation.
En menant l’enquête auprès de mes dix patients par jour : personne n’a eu à déplorer le moindre décès lié au Covid.
Que faut-il en penser ?

Les mesures contradictoires prises par l’Etat ont plus fragilisé mes patients dont certains, atteints des maladies importantes, ont vu, momentanément je l’espère, leur état s’aggraver.
J’ai fourni à mes patients les informations éclairées sur le sujet de la vaccination (en insistant sur le fait qu’elle pouvait être importante pour ceux qui avaient des comorbidités). J’ai laissé chacun libre d’agir en son âme et conscience.
Mais je suis bien obligé de constater que les informations émanant du gouvernement ou de la DGS ne m’ont pas permis d’informer mes patients sereinement. J’ai donc du passer des heures à rechercher des sources scientifiques fiables pour les rassurer, leur permettre d’agir avec discernement.
Il est évident que je sors de ces 18 mois dans un état de fatigue extrême, d’autant que mes ressources financières ne m’ont pas permis de prendre des congés.
Lorsque j’ai reçu les consignes de l’ARS, de la CPAM et du CNOMK, j’ai d’abord été incrédule. Mais si c’était une blague, elle avait particulièrement mauvais goût.
Quant au pass-sanitaire, il s’agit pour moi d’une mesure purement discriminatoire inacceptable car elle heurte de plein fouet les convictions déontologiques et éthiques avec lesquelles j’exerce depuis 40 ans.
Je ne suis pas encore vacciné. J’ai fait une prise de sang pour vérifier si, par hasard, je n’aurais pas été contaminé à mon insu : négatif alors que je suis personne à risque et que depuis 18 mois, je n’ai cessé de m’occuper de mes patients ( donc exposé au maximum).
Je ne comprends pas le zèle mis à vouloir m’interdire d’exercer. Serais-je, sans m’en rendre compte, devenu un criminel ? Et l’administration de la santé aurait mis 40 ans pour le découvrir ?
Travailler avec l’épée de Damoclès de cette interdiction d’exercer a eu raison de ma ténacité. J’ai du me mettre en arrêt de travail : je n’arrivais plus à me concentrer pour soigner sereinement.
Ce que je lis de l’efficacité des vaccins et de leurs effets indésirables me laisse perplexe : j’ai pu arriver à 65 ans sans aucun problème médical majeur et j’aimerais pouvoir continuer ainsi. Je ne suis pas sur de mes réactions biologiques au vaccin. Je suis mal d’avoir abandonné mes patients qui ont besoin de mes soins.
Ce sont à peu près dix patients par jour, si je suis interdit d’exercer, qui ne sauront pas où aller puisque le nombre de kinésithérapeutes présents sur le territoire ne permet déjà pas de répondre rapidement aux demandes de rendez-vous.
J’assume certes les larmes de certains que je suis depuis des années, mais elles ne font que me faire plonger un peu plus dans un burn-out que j’avais su jusqu’ici éviter.
Si je suis devant la porte de l’ARS avec nombre de mes collègues, ce n’est pas seulement pour me défendre mais pour défendre ceux qui sont déjà désarmés devant les épreuves de la vie.
Il est donc plus que nécessaire de revoir votre position et d’abroger le pass-sanitaire, et de renoncer à des sanctions disproportionnées contre ceux qui étaient applaudis hier.
C’est une question d’humanité. J’ose espérer que votre administration est encore en mesure d’entendre ce mot.
Xavier Lainé,  Kinésithérapeute DE depuis 1981


Il me fallait écrire ça, ce 8 septembre 2021, pour que ça puisse être déposé sur le bureau d’obscurs administratifs qui n’avaient pas grand chose à en faire, puisque leur esprit algorithmique était bloqué sur une notion de légitimité incontournable à leurs yeux.

« En termes platoniciens, le petit nombre ne peut persuader la multitude de la vérité parce que la vérité ne peut être objet de persuasion, et la persuasion est la seule manière de s’y prendre avec la multitude. » (Hannah Arendt, in La crise de la culture, Folio Essais, 1972).

Peut-être aurions-nous dû inviter nos interlocuteurs à lire : il est tant de saines lectures qui pourraient leur souffler qu’à obéir stoïquement à des lois absurdes, c’est eux-mêmes en tant que Terrestres qu’ils vouent à la catastrophe annoncée.

« À persuader les citoyens de l’existence de l’enfer, on les fera se conduire comme s’ils connaissaient la vérité. » Ainsi écrit Hannah Arendt et c’est ce visage là que nous montrent, derrière les masques de la soumission, ceux qui nous insultent, nous trainent dans la boue de leur pauvre histoire après nous avoir applaudis. Nous, soignants, il va sans dire.


Ainsi va le constat, qui s’apparente assez à un échec, mais qui peut-être porte en lui les ferments d’une victoire plus grande qu’il pourrait y paraître.


Mon cahier de doléance (deuxième partie)


Il est bien loin, le temps où travailler permettait encore de tirer quelque avantage en matière de loisir.

C’est devenu au fil du temps un doux souvenir.

Il ne reste plus rien des belles vacances, des livres achetés sans trop réfléchir, des soirées entre amis bien arrosées (même pas besoin du pass-sanitaire puisque la font de nos revenus avait déjà un effet dissuasif).

Sans doute est-ce érosion liée au changement climatique, mais l’espace de nos libertés professionnelles s’est singulièrement rétréci en vingt ans.

Il nous est demandé, à honoraires quasiment inchangés depuis 1990, de remplir de plus en plus de critères de « bonnes pratiques ».

Non que cette question soit à éluder, mais il se trouve que la volonté d’un contrôle accru de nos modes d’exercice se traduit dans les faits exactement par l’inverse de l’intention affichée.

L’Assurance Maladie joue de plus en plus le rôle d’un employeur déguisé en nous imposant des règles toujours plus étroites, ne laissant que très peu de marge à nos recherches.

Le patient a été depuis longtemps évacué, ou, s’il existe encore, c’est comme un objet de curiosité dont les constantes doivent être mesurées, les données établies selon des questionnaires dont les cases signent son état.

Bien évidemment, la règle étant le paiement à l’acte, voici le soignant prétendu libéral, ubérisé avant l’heure, gérant seul du fond de son cabinet la flèche descendante de son chiffre d’affaire.

Ha! Le chiffre d’affaire !

J’ai connu un vieux médecin qui me racontait avoir été invité à une soirée avec ses jeunes collègues et qui en était revenu fort déçu : « De mon temps », me disait-il, « lorsque nous nous retrouvions entre collègues nous parlions des difficultés rencontrées avec tel ou tel patient ! Là, je n’ai entendu parler que chiffre d’affaire ! »

Je peux témoigner, après avoir été élu neuf ans à l’Union Régionale des Professions de Santé des Kinésithérapeutes, de cette préoccupation constante dans la bouche de mes collègues.

Le patient est devenu une abstraction, sa vie, l’occasion parfois de sinistres railleries.

Prisonniers de cette dégradation volontaire, devons-nous poursuivre ou changer ?

Puisque le changement ne viendra plus d’une institution vidée de sa substance, faut-il rester sous ce joug ou inventer des formes de pratiques et d’exercice qui permettent de nous en libérer ?

Il est devenu impossible de répondre à l’attente des patients avec la liberté thérapeutique nécessaire.

Il faut répondre aux canons de la « Haute Autorité de la Santé » qui va, par le biais de l’Assurance Maladie, nous imposer ses propres critères techniques, ainsi que le nombre de séance selon les pathologies, examinées comme des hypothèses théoriques, coupées de la vie des patients.

Nous voici écrasé sous le rouleau compresseur de la « norme ».

Alors je reviens à cet ouvrage, lu il y a quelques années, dans les premières années de ce siècle, alors qu’avec « L’appel des appels » nous espérions encore faire bouger les lignes, influencer l’évolution de nos métiers pour qu’ils reviennent vers une plus grande prise en compte des données humaines.

Dans « La santé totalitaire, essai sur la médicalisation de l’existence » Roland Gori est Marie-José Del Volgo, en 2009, disent ceci qui me semble trouver son aboutissement dans l’irrationalité de la situation présente, avec ses coercitions vaccinales plus ou moins bien fondées, son « pass-sanitaire » totalitairement liberticide et discriminatoire (mais cependant visiblement accepté comme un pis-aller par l’immense majorité copieusement maltraitée après dix-huit mois d’une gestion de crise sanitaire relevant d’une véritable torture psychologique des masses) :

« Le déficit éthique qui tend à faire passer la connaissance techno-scientifique du vivant humain sous les fourches Caudines d’une pure logique rationnelle appartient à la condition de l’homme moderne. » (page 30)

Puis un peu plus loin : « Si l’éthique médicale apparaît aujourd’hui comme une spécialité quasi professionnelle, si on se réfère aux bio-éthiciens de l’équipe de soins pour légitimer un certain nombre de décisions médicales, c’est justement parce que l’éthique se trouve en voie de disparition au sein même de l’art médical. Ce déficit éthique constitue également un déficit symbolique, du point de vue de la valeur et du sens que prennent la maladie et le soin tant au plan collectif qu’au niveau singulier. » (pages 30-31)

Et puis enfin : « Nous avons oublié, au dire même de Canguilhem, ce principe épistémologique qui reconnaît qu’un fait expérimental n’a aucun sens biologique en lui-même. Cette perte du sens de la vie au sein de la médecine scientifique et de la gestion moderne du vivant appartient à la condition de l’homme moderne. » (page 31)


Nous y voici. La boucle semble bouclée. Les tenants d’une médecine à prétention « scientifique  dure », sont au pouvoir. Ils entendent surveiller chaque heure de nos existences, suspecter chacun d’entre nous d’être potentiellement en souffrance (et moyennant leur contrôle continu de nos constantes et notre confinement au nom de possibles contagions, nous devenons tous des êtres en souffrance), et prescrire d’autorité les potions et vaccins capables, non de nous rétablir dans notre intégrité, mais au contraire de nous rendre dépendants (au risque de devoir ouvrir partout des « centres d’addictologie, histoire de lever juste un peu le couvercle pour ceux qui seront les plus atteints). 

En prétendant passer à « l’homme augmenté » d’une technologie devenue folle, nous voici au contraire devant l’homme réduit à devenir l’objet de la « start-up nation » dirigée par des post-humains détachés depuis fort longtemps de la vraie vie.

Au-delà des questions liées au « pass-sanitaire » et à la gestion catastrophique de cette « crise », puisque, ceux qui nous dirigent ont fait secession d’avec le genre humain commun, ne convient-il pas à notre tour, de quitter les rives obligées d’un système qui ne sait de la vie que la contrainte pour inventer le monde qui serait le notre, vivants parmi les vivants, le monde des Terrestres appelé de ses voeux, par exemple, par Bruno Latour ?


Xavier Lainé


8-11 septembre 2021


Bibliographie


- Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, éditions La Découverte, 2017 — Où suis-je ? Éditions Les empêcheurs de penser en rond, 2021

- Article sur Miguel Torga de 1995 dans Libération : https://www.liberation.fr/livres/1995/01/19/miguel-torga-en-terre_117773/

- Miguel Torga, L’universel, c’est le local, moins les murs, William Blake & Co, 1 Janvier 1986 (ouvrage hélas absent de ma bibliothèque et aujourd’hui indisponible)

- Roland Gori, Marie-José Del Volgo, La santé totalitaire, Essai sur la médicalisation de l’existence, éditions Flammarion Champs essais, 2009

- Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, 1972

- Edouard Glissant, http://www.edouardglissant.fr/oeuvre.html

- Alain Deneault, La médiocratie, éditions Lux, 2016

samedi 11 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 8

 



Edward Munch - Le cri



C’est un grand vide, savez-vous, un trou immense.

M’y voici plongé avec tant d’autres qui ne s’y attendaient pas.

Nous voilà au bord de ce précipice.

Il n’est pire ignominie que violence d’Etat.


Mains coupées, yeux éborgnés, vies brisées.

Y aura-t-il journée célébrant les sacrifices consentis, 

Procès condamnant les responsables du crime ?


Nous sommes de ce temps étrange

Sentiments à géométrie variable

Compassion unilatérale 

Oubli symptomatique.

Temps étrange.


Cent cinquante ans après, 

On peine encore à parler des vingt mille morts

Sous les balles versaillaises.

Les français ne parlaient pas alors aux français

Ils leur tiraient dessus sans pitié.


Bonne bourgeoisie se tait sur ses propres crimes

Mais condamne avec fermeté les petits délits

Les maigres faux-pas des révoltés.

C’est un grand vide.


C’est si pesant silence qui pèse sur le matin,

Lorsque nul ne défend ta cause

Niant ton existence même.

Souverain mépris du conforme pour l’insoumission.

Conforme qui ne crache pas sur les fruits de la révolte.


Xavier Lainé


8 septembre 2021


vendredi 10 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 7

 



Edward Munch - Le cri


Me voici les paupières alourdies aux heures de fermeture.

D’aussi loin que portent mes pensées, ne m’étais jamais autorisé,

N’avais jamais osé laisser porte close à l’heure des fatigues.


Je tiens à le remercier ce mignon petit virus,

Il m’aura aidé à imaginer le meilleur loin des chiffres d’affaire.

Il m’aura aidé à découvrir le malaise profond

Celui de soigner envers et contre tout

D’encaisser les bravos à l’heure de l’apéro,

Juste avant que la nuit se fasse sur sommeil chimique.


Me voici les paupières alourdies aux heures de fermeture.

D’aussi loin que portent mes pensées, ne m’étais jamais autorisé,

N’avais jamais osé laisser porte close à l’heure des fatigues.


Je tiens à remercier les sinistres qui se penchent

Sur la santé du monde non pour la panser

Mais pour en exclure ceux qui pensent.

Grâce à vous nous savons vers où orienter 

Notre savoir manifeste, celui que vous méprisez

Depuis si longtemps que nous n’avons plus mémoire

D’en avoir vécu avec joie le plaisir de vie épanouie.


Me voici les paupières alourdies aux heures de fermeture.

D’aussi loin que portent mes pensées, ne m’étais jamais autorisé,

N’avais jamais osé laisser porte close à l’heure des fatigues.


Grâce, grâce à cette engeance qui ne sait rien de la vie,

Qui malmène et souille tout ce qui vibre encore

Et s’émeut sous le soleil d’unique terre.

Grâce, grâce à ces veules corrompus qui tuent plus qu’ils ne soignent.


Xavier Lainé


6 septembre 2021


jeudi 9 septembre 2021

Pensées fragmentaires 4 : de pire en pire

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)




Après l’insurrection du 17 juin,

Le secrétaire de l’Union des écrivains

Fit distribuer des tracts dans la Stalinallee.

Le peuple, y lisait-on, a par sa faute

Perdu la confiance du gouvernement

Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts

Qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas

Plus simple alors pour le gouvernement

De dissoudre le peuple

Et d’en élire un autre ?


Bertolt Brecht, La solution



Le pire n’est pas derrière mais devant.

Nous voici en terre d’apartheid où il paraît qu’une majorité de gens se font vacciner mais on peur de la minorité qui ne se soumet pas.

Car ceux qui se font vacciner ne le font que par peur.

Peur du virus, ce qui, à la limite, pourrait encore être acceptable.

Mais surtout peur de l’ostracisme manié comme arme ultime de persuasion.


Le pire n’est pas derrière mais devant.

On pourrait considérer la pression sur le monde des adultes comme normale.

Mais voici que nos enfants y sont soumis.

Il n’y a plus de limites à l’indécence.


Le pire est aussi derrière nous.

Par une sorte de paresse, nous avons laissé les mites ronger les farines de nos pensées.

Mites et charançons que sont les esprits algorithmiques déjà dénoncés.

Mites et charançons d’une médecine réduite à l’application de techniques au nom d’une science invisible.

À mettre la science sur un piédestal, comme un dieu avec ses chapelles, ses adeptes, la réduisent à ce qu’elle ne peut pas être : ce monde bardé de certitudes qui justifie toutes les dérives technologiques.

Ce qu’ils osent appeler science et qui n’est que laborieux échafaudage statistique, Jean-Pierre Luminet le dénonce :

« C’est dans les domaines de la recherche où les enjeux financiers et économiques (par le biais de brevets) sont importants que le trucage est massif : la médecine, la pharmacologie et les sciences du vivant sont au premier rang. »

Il termine son propos ainsi : « Il y a toujours eu des salopards dans la tragique histoire de l’humanité et il y en aura toujours. Cela ne les dédouane pas pour autant. Beaucoup sont actuellement au pouvoir ou en sont l’oreille. »


Les questions posées sont les mêmes que je me pose depuis 40 ans : qu'attendons-nous pour réagir ? Qu'attendons nous pour, par delà les mesures coercitives qui s'accumulent, y voir clair dans le climat liberticide et totalitaire en vigueur depuis 1958 ?

Comment pouvons-nous nous laisser duper au point de ne voir comme étendard de nos libertés que terrasses de cafés, spectacles réduits à divertissements, illusion consumériste ?

Nous y sommes : le pas est franchi et demain ?

Ils ne sont forts que parce que nous sommes faibles.

Or nous ne sommes faibles qu’à attendre des réponses de nos "gourous", qu’à espérer encore quelque chose de l'injustice d'un système.

Il nous faut encore être conduits, "coachés", dirigés.

Ne serait-il pas temps, avant que nous ne soyons plus, de réfléchir à ce que nous voulons construire de vivant pour nos enfants ?

Comme vous, j'ai peur de ce qui va se passer, si demain je suis « interdit d’exercer », mais ma peur va bien au-delà.  

Je le dis à mes enfants : je me suis battu toute ma vie contre un système et je n'ai pas su en venir à bout.

Peut-être est-ce par trop d'humanité, ce qui fait humanité : assumer nos faiblesses et non dominer par la force. 

C'est ce qu'ils font.


Xavier Lainé


Toujours sans date


mercredi 8 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 6

 



Edward Munch - Le cri


C’est devoir de n’en plus laisser un en marge de vie décente,

Prendre par la main les plus fragiles et les emporter de victoire en victoire.

Ouvrir les vannes d’une contestation bien plus profonde 

D’ouvrir celles de la lucidité : si nous allons mal,

Si nous sortons mutilés dans notre avenir au nom d’illusoires sécurités, 

Tandis qu’une poignée se repait aux cordons de leur bourse,

Il est temps de regarder que c’est logique de système dominant,

Où ceux qui possèdent méprisent ceux qui rament à survivre.


Que les riens te saluent, toi le nanti réfugié en souverain mépris.

Que les riens te remercient de leur avoir ouvert les yeux :

Tu es l’essence même du monde qui te protège.

Tu es la révélation d’un immonde qui ne sait qu’indignes violences.


Je lève ma plume aux riens qui se rencontrent et marchent ensemble.

Quelque chose monte qui nous engage dans la parole retrouvée.

Si longtemps avant de nous masquer, ils nous avaient muselés.

Nous étions là, las, isolés les uns des autres, pleurant sur nos rêves déchus.


Nous sommes là et j’entends.

J’entends ces voix d’enfants qui réclament justice et liberté.

Pour eux et leurs parents.

J’entends pleurs de femme qui tente de ne pas trop les montrer.

Au milieu de la foule on peut encore faire semblant.


Je vois les yeux rougis devant tout petit geste d’humanité.

On se prend dans les bras, on s’étreint, on s’enlace.

Ce n’est rien et c’est tout.

C’est juste un moment comme ça parmi la foule qui enfle.

Comme torrent elle monte en puissance.

Ce sont voix et larmes mêlées qui demandent de vivre.


Xavier Lainé


5 septembre 2021 (3)