jeudi 9 septembre 2021

Pensées fragmentaires 4 : de pire en pire

 



JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - Le radeau de la Méduse (Musée du Louvre 1818-19)




Après l’insurrection du 17 juin,

Le secrétaire de l’Union des écrivains

Fit distribuer des tracts dans la Stalinallee.

Le peuple, y lisait-on, a par sa faute

Perdu la confiance du gouvernement

Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts

Qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas

Plus simple alors pour le gouvernement

De dissoudre le peuple

Et d’en élire un autre ?


Bertolt Brecht, La solution



Le pire n’est pas derrière mais devant.

Nous voici en terre d’apartheid où il paraît qu’une majorité de gens se font vacciner mais on peur de la minorité qui ne se soumet pas.

Car ceux qui se font vacciner ne le font que par peur.

Peur du virus, ce qui, à la limite, pourrait encore être acceptable.

Mais surtout peur de l’ostracisme manié comme arme ultime de persuasion.


Le pire n’est pas derrière mais devant.

On pourrait considérer la pression sur le monde des adultes comme normale.

Mais voici que nos enfants y sont soumis.

Il n’y a plus de limites à l’indécence.


Le pire est aussi derrière nous.

Par une sorte de paresse, nous avons laissé les mites ronger les farines de nos pensées.

Mites et charançons que sont les esprits algorithmiques déjà dénoncés.

Mites et charançons d’une médecine réduite à l’application de techniques au nom d’une science invisible.

À mettre la science sur un piédestal, comme un dieu avec ses chapelles, ses adeptes, la réduisent à ce qu’elle ne peut pas être : ce monde bardé de certitudes qui justifie toutes les dérives technologiques.

Ce qu’ils osent appeler science et qui n’est que laborieux échafaudage statistique, Jean-Pierre Luminet le dénonce :

« C’est dans les domaines de la recherche où les enjeux financiers et économiques (par le biais de brevets) sont importants que le trucage est massif : la médecine, la pharmacologie et les sciences du vivant sont au premier rang. »

Il termine son propos ainsi : « Il y a toujours eu des salopards dans la tragique histoire de l’humanité et il y en aura toujours. Cela ne les dédouane pas pour autant. Beaucoup sont actuellement au pouvoir ou en sont l’oreille. »


Les questions posées sont les mêmes que je me pose depuis 40 ans : qu'attendons-nous pour réagir ? Qu'attendons nous pour, par delà les mesures coercitives qui s'accumulent, y voir clair dans le climat liberticide et totalitaire en vigueur depuis 1958 ?

Comment pouvons-nous nous laisser duper au point de ne voir comme étendard de nos libertés que terrasses de cafés, spectacles réduits à divertissements, illusion consumériste ?

Nous y sommes : le pas est franchi et demain ?

Ils ne sont forts que parce que nous sommes faibles.

Or nous ne sommes faibles qu’à attendre des réponses de nos "gourous", qu’à espérer encore quelque chose de l'injustice d'un système.

Il nous faut encore être conduits, "coachés", dirigés.

Ne serait-il pas temps, avant que nous ne soyons plus, de réfléchir à ce que nous voulons construire de vivant pour nos enfants ?

Comme vous, j'ai peur de ce qui va se passer, si demain je suis « interdit d’exercer », mais ma peur va bien au-delà.  

Je le dis à mes enfants : je me suis battu toute ma vie contre un système et je n'ai pas su en venir à bout.

Peut-être est-ce par trop d'humanité, ce qui fait humanité : assumer nos faiblesses et non dominer par la force. 

C'est ce qu'ils font.


Xavier Lainé


Toujours sans date


mercredi 8 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 6

 



Edward Munch - Le cri


C’est devoir de n’en plus laisser un en marge de vie décente,

Prendre par la main les plus fragiles et les emporter de victoire en victoire.

Ouvrir les vannes d’une contestation bien plus profonde 

D’ouvrir celles de la lucidité : si nous allons mal,

Si nous sortons mutilés dans notre avenir au nom d’illusoires sécurités, 

Tandis qu’une poignée se repait aux cordons de leur bourse,

Il est temps de regarder que c’est logique de système dominant,

Où ceux qui possèdent méprisent ceux qui rament à survivre.


Que les riens te saluent, toi le nanti réfugié en souverain mépris.

Que les riens te remercient de leur avoir ouvert les yeux :

Tu es l’essence même du monde qui te protège.

Tu es la révélation d’un immonde qui ne sait qu’indignes violences.


Je lève ma plume aux riens qui se rencontrent et marchent ensemble.

Quelque chose monte qui nous engage dans la parole retrouvée.

Si longtemps avant de nous masquer, ils nous avaient muselés.

Nous étions là, las, isolés les uns des autres, pleurant sur nos rêves déchus.


Nous sommes là et j’entends.

J’entends ces voix d’enfants qui réclament justice et liberté.

Pour eux et leurs parents.

J’entends pleurs de femme qui tente de ne pas trop les montrer.

Au milieu de la foule on peut encore faire semblant.


Je vois les yeux rougis devant tout petit geste d’humanité.

On se prend dans les bras, on s’étreint, on s’enlace.

Ce n’est rien et c’est tout.

C’est juste un moment comme ça parmi la foule qui enfle.

Comme torrent elle monte en puissance.

Ce sont voix et larmes mêlées qui demandent de vivre.


Xavier Lainé


5 septembre 2021 (3)


lundi 6 septembre 2021

Filigranes 107

 




L'aventure de l'écriture est un voyage en terre de fidélité : voici donc un extrait du texte publié en Filigranes 107. Commandez la revue, abonnez-vous pour la soutenir, faites abonner les médiathèques, Filigranes est une belle aventure d'écriture et d'amitié : Filigranes la revue


Archéologie et recyclage (extrait)


...


Que faire de ce qui est déposé ?

Strates après strates, il me faudrait être archéologue.

C’est ça, un archéologue de la langue, des mots, des phrases échouées.

Puis en faire quelque chose.

Un musée peut-être ?


La page est si belle, blanche dans le petit matin blême d’une fin d’année indescriptible.

La page est rebelle, ses fondations sont si profondes qu’elle résiste à tout, même à l’intelligence fatiguée de ne faire qu’être.


...


Xavier Lainé


Plier mais ne pas rompre 5

 



Edward Munch - Le cri



Mes mains s’agitent sur le clavier des mots.

Mes mains quittent celui des douleurs.

Il me faut le temps, celui refusé dans le monde du toujours plus.

Il me faut trouver les mots qui soignent aussi bien que mes mains.

Petits mots hésitants dans un matin d’automne.


Mes mains s’agitent et le jour se fait tendre.

Tant d’amour dans la foule bigarrée qui avance.

Bien sur, je peux me tromper.

Tout n’est pas si clair qu’il n’y paraît.

Ce qui se cache derrière le bouclier de l’apartheid imposé.

Tant de prisons volontaires ouvertes depuis si longtemps.

Chacun cloisonné dans ses certitudes.

Chacun pleurant ses rêves perdus quand il y en avait encore.


Nos rêves depuis si longtemps furent enfermés.

J’ai connu ce temps de toutes utopies.

J’ai connu l’adolescence rebelle qui déterrait les pavés.

J’ai connu l’espoir qui se faisait étendard avant d’être laborieusement déçu.


Je ne crierai jamais assez l’ampleur de nos défaites.

Lorsque le rêve se traine entre gondoles des supercheries consommables.

Si nos rêves se cantonnent à loisir pour oublier le reste, 

Sont-ils encore ?


Je ne crierai jamais assez que nous n’avons plus le droit,

Au nom de notre petit confort de laisser le moindre d’entre nous

Plier sous le joug des amertumes et des faux-pas.

C’est devoir de ne plus en laisser un

Dans la marge du chemin d’humaine condition.

C’est devoir de prendre par la main les enfants brisés.


Xavier Lainé


5 septembre 2021 (2)


dimanche 5 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 4

 



Edward Munch - Le cri



Vous avez peur de ce vertige qui me (qui nous ?) prend :

Nous ne sommes que minuscule point dans un univers qui nous dépasse.

Même pas peur, c’est ce qui vient.

Même pas peur.


Tu t’avances, si fragile, devant le micro des jours d’humanité.

Tu dis ta détresse.

Tu dis et ça fait mal : tant de mâle violence imposée.

Avec la misère en prime déposée comme arme fatale.


Voilà ce qui se cache derrière les actes de ségrégation.

L’arbre qui cache la forêt.

L’arbre qui cache la forêt des mensonges est des duperies.

L’arbre qui cache la raison d’un virus qui se répand sur ce terreau.

Terreau fertile des violences conjuguées, conjugales.

Violences d’Etat qui allument la mèche d’autres furies.


Voici que mes mots sonnent si creux derrière toi, femme debout.

Femme qui rompt le silence pesant de nos consciences engourdies.

Nous sommes tous rendus malades sous le joug de ce monde.

Nos symptômes s’étalent au grand jour.

La pire pandémie qui soit se traduit en cohortes de misères et de colères.


Tandis qu’ici on se vilipende entre anti et pro.

Tandis qu’on nous interdit liberté de conscience.

La courbe des profits ne cesse de monter.

Tandis que planète se fâche à juste raison, la courbe des dividendes monte.

Tandis qu’ici tu viens avec ta petite voix émue, femme de toutes violences.

Tu viens retourner le couteau dans la plaie des dominations.

Mâles assurances qui devraient se taire par respect.

Un virus vient qui nous montre les failles, ce qui défaille et détruit.


Xavier Lainé


5 septembre 2021 (1)


samedi 4 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 3

 



Edward Munch - Le cri



Sous les plaies du quotidien, 

Sous les lustres artificiels de nos urbanités, 

Sous le vernis d’un monde pris en son propre vertige,

Tant de portes désormais qui se ferment.

Dont la mienne.


Mais elle ne fera que semblant.

Ce sera juste un souffle à reconquérir.

Mes mains s’ennuieraient trop à ne plus déceler vos traces de vies.


Vous me voyez ?

La nuit me laisse à ces vagues.

Elles s’écrasent sur le rivage de ma mémoire.

Parfois, je discerne un savoir illusoire, 

Puis m’écroule devant mon ignorance.


Je ne sais rien de ce monde.

Je ne sais rien de ses illusions, de ses dominations stériles.

Je sens.


Je sens ce vivant qui palpite, qui s’agite.

C’est peut-être ça, notre tort :

Nous sentons le vivant qui palpite, 

Nous posons cataplasmes sur cette palpitation.

Le moindre soupir devient suspect.

Aurions-nous encore le droit d’être vivant parmi les vivants ?


Vous me demandez de me plier à des règles qui corsètent, 

Le moindre frémissement d’espérance devient équivoque à vos yeux.

Vous avez peur de ces riens où vous nous rangez.

Vous avez peur de la vie improbable dans cette marge infime.


Xavier Lainé


4 septembre 2021


vendredi 3 septembre 2021

Plier mais ne pas rompre 2

 



Edward Munch - Le cri




Y aurait-il encore quelque chose à dire ?

Un homme vient qui ne dit rien.

Rien des misères endurées, rien des désespoirs qui coulent sur les joues.

Rien des yeux de chiens battus sous les masques de l’anonymat contraint.


Y aurait-il quelque chose à dire ?

Sinon, atterrés, observer ces gens qui vont comme si de rien n’était.

Ces gens qui plient, ne cessent de plier puis entreront demain.

Demain ils viendront me dire leur douleur.


Moi, je n’aurai pas dormi à l’idée de ne pouvoir répondre.

Au moins répondre présent à défaut de leur ouvrir les yeux.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » disait le poète,

Le poète qui connut la prison pour avoir trop écrit.


Nos prisons sont infiniment plus subtiles.

Elles se déploient à l’intérieur de nous-mêmes.

Car nous avons trop longtemps consenti.

Ça ne nous touchait pas encore, alors nous n’avons rien dit.


C’était pourtant évident : plus nous avions techniques sophistiquées,

Plus gens comme monde allaient toujours plus mal.

Vint ce temps de virus-tue-l’amour, de virus-tue-la liberté.

Nous savions que ça viendrait : c’était une évidence d’échines rompues.


Nous avons continué comme si de rien n’était.

Comme fait l’homme venu parler pour ne rien dire.

Comme font les partisans de l’ordre au milieu du chaos.

Comme ont toujours fait les hommes par aveu de faiblesse.

Nous n’avons pas su voir les failles, les blessures ouvertes.

Nous n’avons pas su dire le malheur prévisible.


Xavier Lainé


3 septembre 2021