mercredi 12 mai 2021

Suivre la route

 





« Se comporter en adversaires les uns des autres est contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité et de l’aversion. » Marc-Aurèle


Ma route est sinueuse.

Elle va de ci de là, prend d'étrange boucle, ne sait où elle va.

La tienne s'est arrêtée, net, te conduisant d'ici à là-bas en toute injustice.

Mais quelle justice saurais-je attendre ?


Ce furent pluies diluviennes et sur la route mouillée, j'allais titubant.

Nuées d'orage s'amoncelaient : me voici si petit sous les éclairs !

Ce furent pluie diluviennes dispersées sans que vous ne regardiez le ciel.

En l'aurore délicate quelques moineaux s'égosillent par dessus le grand fracas.

Vous roulez, vaquez en vos agitations sans rien entendre des cris de la terre.


Ma route est sinueuse.

Elle suit les pas méditatifs de mes maîtres en philosophie.

Que dire qui suive leur voie ?

Sinon lire entre les mots la profondeur du silence.


Ma route s'en va, loin des bruits répandus et des folles disputes.

Quoi ? toujours il faudrait être pour ou contre, et toujours s'écharper tandis qu'injustices et crimes suivent leur route bien droite, jusque dans les escarcelles déjà pleines des malades de l'économie.

Tandis qu'ici on s'invective, tout va bien pour eux, merci.

Le meurtre se poursuit tout au long de nos frontières, mais vous vaquez en vos agitations.


Ma route peu à peu s'éloigne.

Mes rêves de justice et de paix, chaque jour sont un peu écornés.

Mais qui suis-je à prétendre que les rêves sont plus importants que petites ou grandes économies.

Je disais : "le néo-libéralisme n'est pas seulement une économie, c'est une conception de l'homme, recroquevillé sur lui même et convaincu de devoir s'en sortir par lui-même et sans souci d'écraser les autres."

Je disais, mais que valent nos paroles prononcées dans un monde sans ?


Ma route va où elle peut.

Elle n'a rien à voir avec.

Ou au contraire à voir avec tout, avec chaque partie, chaque soupir, chaque plainte, chaque douleur ou larme.

Mes mains s'épuisent à montrer où se trouve le ciel, à maintenir vies à la surface respirable.

Je suis là, las parfois.


Xavier Lainé


12 mai 2021


mardi 11 mai 2021

On vit quand ?

 




C'est incroyable toutes ces commémorations !

Il en jaillit tous les jours. On se les dispute.

Chacun y va de son discours, de sa larme à l'oeil,

de sa fanfaronnade, aussi : j'y étais qu'ils disent.

Mais aujourd'hui ?


C'était beau, c'est vrai :

la retraite à soixante ans

(j'en ai soixante cinq,

devrai aller bossant jusqu'à au moins soixante dix)


C'était beau, c'est vrai :

les trente neuf heures

(je ne compte plus les heures 

à toujours lutter contre le rouge de mes comptes)


C'était beau, c'est vrai :

la cinquième semaine de congés payés

(quand j'arrive à m'offrir trois semaines dans l'année

mais sans bouger de la maison, faut pas déconner,

c'est un petit miracle)


C'était beau !

Ça  brillait dans le noir du monde, 

on se serait presque crus arrivés quelque part.


Mais voilà que l'ascenseur social a du se gripper,

ou attraper un virus mortel.

Alors, on commémore. 

On y va de vibrants discours.

Mais on vit quand et comment ?


Xavier Lainé


11 mai 2021


lundi 10 mai 2021

Dans ce monde là

 




Dans ce monde là si tu ne vas pas dans le sens du courant, 

t'es mort.


Pire, tu n'es pas mort, mais tu te fais insulter, mépriser.

"Crétin" qu'on te dit, 

parce que tu restes avec tes doutes

pour te faire inoculer vaccin.


"Crétin" tu étais déjà, 

lorsqu'en ta prime jeunesse tu rêvais d'un monde meilleur

avec, d'accord, parfois, relents assez dogmatiques.

Tu étais jeune n'est-ce pas ?

Alors ça devait te passer. Mais voilà...


Voilà que ça ne passe pas.

Que tu résistes à marcher au pas, 

que tu rechignes à obéir,

que même tu désobéis vraiment.

Alors "crétin" tu es, "crétin" tu demeures.


Dans ce monde là

tu dois aller où des gens que tu n'insultes pas

te disent d'aller sans argument pour te convaincre.

A défaut te voilà stigmatisé.

C'est ainsi depuis toujours, 

mais on te dit que le monde d'après est en marche.


Alors tu t'arrêtes

et tu suis les chemins buissonniers

pour ne pas être happé par le courant nauséabond.


Xavier Lainé


10 mai 2021


dimanche 9 mai 2021

Les pieds dans le plat

 



Le printemps a des allures d'arbre mort.

Je sais, je ne devrais pas.

Je ne devrais pas écrire ce qui fâche.

Je ne devrais pas mettre les pieds dans le plat, 

ni jouer les empêcheurs de tourner en rond

dans le bocal hors sol des dictatures soft.


Le printemps a des allures d'arbre mort,

mort exsangue en Palestine ou en Syrie

mort Ouïgour dans les camps modernes de la mort

mort en Colombie d'avoir trop voulu sourire et puis vivre


Je sais, je ne devrais pas.

Je ne devrais pas vous jeter sous les yeux,

le résultat tangible et visible de nos petites indifférences

de nos soupirs d'impuissance : je ne devrais pas vous fâcher

dans le doux matin d'un printemps d'arbres morts

morts de soif et morts d'avoir voulu vivre.


Je ne devrais pas, dès votre petit déjeuner

gâcher vos tartines et votre beurre

avec la tristesse d'un monde d'où l'humanité s'est enfuie

tandis que vous alliez avec écharpe tricolore

vanter les mérites de vains patriotismes

vaines fiertés mal placées quand,

quelles que soient les guerres et les cultures,

ce sont toujours les mêmes qui souffrent et tombent,

le nez dans le ruisseau, sans que Rousseau n'y puisse rien


Pardonnez-moi de vous faire fuir devant mes âpres mots. 

Mais si vous arrivez encore à dormir 

quand on crève si près de chez vous,

je n'écris pas pour vous.

J’écris pour les âmes sensibles

celles propres à la révolte et à l'insoumission :

pas celle qui trône comme une marque déposée

aux vaines assemblées qui ignorent le peuple.

Celle qui se révolte et se réveille mutilée,

dans les geôles de prétendues démocraties.


Mes mots roulent en cascades 

mes mots se voudraient barricades

mes mots se voudraient remparts

douce protection pour tous les délaissés de l'histoire.


Xavier Lainé


9 mai 2021



samedi 8 mai 2021

Pas confondre

 



Alors comme ça demain tu vas fêter la victoire contre les allemands ?

Bé non, mais la victoire contre le nazisme, oui !

Ha ! Tu dois bien être le seul alors !


Te dirai, amie, que j'espère bien que non.

Que je ne suis pas le seul, à ne pas confondre.

Ils sont forts quand même ces "communicants" !

Nous feraient presque prendre vessies pour lanternes !


8 mai 1945 !

Ce n'est pas une victoire d'un peuple contre un autre !

C'est celle des peuples du monde contre une idéologie.

Un point, c'est tout !


Que les ignorants ou les nostalgiques passent leur chemin !

Le peuple allemand a souffert de cette idéologie : 

allez donc voir du côté du camp des Milles.

Marchez donc sur les pas de ces exilés 

condamnés là-bas, haïs ici.

Et sentez l'air nauséabond

que médias d'hier comme d'aujourd'hui

propagent histoire de semer la confusion.


Ceux qui aujourd'hui triomphent au CAC 40,

ce sont les mêmes qui soutenaient Hitler hier.

Ce sont les nostalgiques d'un ordre nationaliste et raciste.

Ce sont les fauteurs de guerre, les criminels de toujours.


Nos peuples n'ont rien à voir avec leurs idées rances.

Nous avons à travailler ensemble pour que Paix s'en vienne,

chassant les nuées d'orage que les possédants accumulent sur nos têtes.


8 mai 1945

C'est la victoire contre l'idéologie nazie

Faut pas confondre

et maintenir la mémoire vive.


Xavier Lainé


8 mai 2021


vendredi 7 mai 2021

Assis sur un muret

 




Assis sur le muret, j'étalais devant moi :

deux carnets d'écriture,

un carnet de croquis,

le numéro de janvier des "Lettres françaises",

un crayon et un stylo, noir de préférence.


Dans le pré devisaient deux jeunes anglaises.

Sur le même muret un couple parlait fort en espagnol

(mais peut-être est-ce naturel

que je doive tendre l'oreille pour entendre l'anglais

tandis que l'espagnol envahissait tout l'espace)

leur enfant dormait cependant dans sa poussette

devant eux.


Une s'en vient promenant son chien.

Son chien qui s'approche et s'arrête.

Je lis dans son regard :

"Vous êtes écrivain ?"

Le mien lui répond :

"Je ne sais pas !"


Est-ce qu'écrire nous fait écrivain ?

C'est une bien étrange question, 

à l'heure où tout est jugé

sur critère de revenus

donc de rentabilité pour les uns

de ruine pour les autres.


Est-ce qu'écrire me fait écrivain ?

Je ne sais pas.

Je ne saurai jamais.

Quelle importance ?


Xavier Lainé


7 mai 2021


jeudi 6 mai 2021

J'aurais pu

 



J'aurais pu, savez-vous ?

J'aurais pu jouer des coudes pour être au premier rang.

J'ai toujours préféré la place près de la fenêtre,

pour regarder les oiseaux voler au-dessus de la cour, 

le vent caresser les feuilles des platanes,

bousculer les feuilles mortes dans la cour.


J'aurais pu, savez-vous ?

Si j'avais eu l'esprit moins rêveur.

Si je n'avais pas eu cette manie

d'être toujours hors sujet.


Hors, 

je suis hors et en grand éparpillement.

Parfois j'ai bien du mal à me rassembler, 

peut-être aussi à me ressembler.

Alors je me tais, 

je m'en vais errer sur les chemins solitaires de l'aube, 

histoire d'être hors tranquille.


Je n'ai rien à voir ni à faire

avec toute cette agitation.

Si j'ai besoin de lumière, 

ce n'est pas pour briller :

c'est juste pour éclairer la page 

où je lis, surtout, écris, un peu.


J'aurais pu, savez-vous ?

Mais j'pouvais point.


Xavier Lainé


6 mai 2021