dimanche 22 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 24

 




Je me plante au  bord du gouffre et je crie : « complot, complot, complot » ! Mais voilà que l’écho me répond : « compost, compost, compost » !

En voilà une idée qui est belle et bonne. Mais je crains, je crains que si nous jetons leurs cendres au compost, ils arriveraient à contaminer nos légumes qui prendraient un goût de rance et de déjà vu.


Alors, dans le désespoir de voir une loi adoptée qui va encore restreindre le peu de libertés qui nous restent, et tant qu’un drone à ma fenêtre ne vient pas surveiller mes lectures, tôt le matin, bien avant que l'aube n'éclaire ma fenêtre, je lis l'avant dernier opus du regretté Bernard Stiegler (c'est singulier comme il aura été vite oublié, celui-là) : 


"Le dernier stade du nihilisme accompli est celui du dernier homme, dont le problème se concrétisera avec Musil comme question des moyennes et des probabilités, et dont l'actuelle domination computationnelle est la réalisation fonctionnelle à travers le "capitalisme cognitif", dont il n'est possible de produire la nécessité quasi causale qu'à la condition d'en éprouver la toxicité effective et efficiente -- cette efficience étant le credo des disrupteurs en tout genre, le président Macron en tête."


Je ne dis que ça et reviendrai plus tard sur la perversité du personnage. Il s’acharne le bougre. Mais toujours par en-dessous. Au dessus de la surface, il présente visage bon enfant, tournure de premier communiant ou de premier de la classe. Il soigne son apparence. 


Les crimes les plus parfaits sont ceux commis par d’aimables criminels. 

Ce genre d’individu est le résultat de toutes ces années où la gloire allait aux « self-made men ». Rappelez-vous l’intronisation d’un Bernard Tapie, grand fossoyeur de l’économie nationale, mais nommé ministre lorsque François Mitterrand était président de la République. Le même qui, ami avec Papon, instrumentalisa l’affront national pour mieux se débarrasser de sa gauche et cultiver la division de sa droite.

Papon, ça ne vous dit rien ? Allez, un petit effort, Vichy, la collaboration et un secrétaire d’Etat appelé F M. 


A suivre...


Xavier Lainé


18/21 novembre 2020

samedi 21 novembre 2020

Danse manifeste


« Une seule misère suffit à condamner une société.

Il suffit qu'un seul homme soit tenu ou sciemment laissé dans la misère pour que le pacte civique tout entier soit nul.

Aussi longtemps qu'il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez ferme une cité d'injustice et de haine. »

Charles Péguy 


Agir ce n'est pas attendre que tout le monde s'y mette : chaque acte de la vie quotidienne peut-être un grain de sable dans les rouages du monde.

Chaque geste est un pas, une danse commune, un hymne à la beauté du monde, avant qu’ils ne le salissent.

Comment dire les sanglots refoulés à vous voir là, devant ce temple du commerce, debout dans l’adversité ?

J’ai pleuré en dedans, coeur blessé.

Leur essentiel est si laid qu’il est temps de nous réveiller.

Qu’il est temps d’organiser nos refus.

Qu’il est temps de répandre le sel de l’esprit dans les rues glacées de leur hiver.

Un soleil luit dans vos yeux que poème saisit pour ne plus le lâcher.

C’est de beauté et d’espoir dont nous avons besoin, d’art, de culture et de vie, entendez-vous ?

Il est temps, réveillez-vous, réveillons-nous.

Prouvons leur que nous sommes encore vivants et toujours debout quand ils nous voudraient couchés.


Xavier Lainé

21 novembre 2020












































Lettre du bord du gouffre 23

 



L’oeil n’est plus dans la tombe de notre esprit bienveillant.

L’oeil est dehors et scrute chacun de nos faits, de nos gestes, démultiplié en caméras surveillant l’espace public, algorithmes gérant nos propos et appels à l’insoumission sur des réseaux qui n’ont de sociaux qu’un nom inventé et déposé par affairistes sans âme.

Quoi que tu dises et fasses, cet oeil là ne te lâche pas d’une semelle.

Il te suit à la trace en milliers de téléphone portables qui tracent ta route.

Tu ne peux te défaire de leur obsession sécuritaire qui n’a parfois plus rien à voir avec la sécurité.


Car nous y serions, en sécurité, si l’insulte et le mépris était tout autant fustigé que nos appels à la révolte.

Ce n’est pas le cas : sur les réseaux prétendus sociaux, on s’invective à l’envie, aucune bride lâché ne vient troubler les algorithmes de Big Brother. Mais que tu en appelles à l’oeil intérieur d’une conscience ébranlée entre les rayons d’un commerce stupide, te voilà contraint de modérer tes ardeurs.


Big Brother se marre qui ne mesure pas l'effet délétère de sa création, il s'en tord les côtes !

Car, bien évidemment, pour les gogos, les imbéciles, les ignares, partager un documentaire, un texte, un propos, c’est en approuver la totalité !

Big Brother : je rêve qu’il puisse en mourir de rire !


C'est à ça qu'ils travaillent (je dis ils, mais ils ont des noms — Bill Gates, Mark Zuckerberg et consorts — et tirent grand profit de la couardise générée par les disruptifs de leur espèce : à chacun de nos "likes", leur tiroir caisse sonne).

Mais bien sur, dénoncer ce que ce système façonne, c'est ne pas être dans le bon camp !

Bravo, Big Brother et ses copains s'en tordent les côtes !


Surtout, le plus fabuleux, c'est que désormais on ne puisse plus rien publier, écrire, faire, organiser sans en passer par leurs fourches Caudines.

Très drôle... Et triste que si nombreux nous soyons à bouffer à ce râtelier.


A suivre...


Xavier Lainé


17 novembre 2020 

vendredi 20 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 22

 




Fut un temps où on en appelait à la conscience, cet oeil intérieur, cette force qui aidait à marcher sur le fil tendu entre bien et mal, noir et blanc, lumière et ombre.

Fut un temps, où, je me souviens, nous allions ânonnant la petite phrase de morale, dans les petits matins frileux d’automne.


Je ne sais aujourd’hui de quel côté faire pencher le plateau de la balance : cela fut-il salutaire, ou non. Mais peut-être au fond que ça allumait dans les profondeurs cette petite flamme qui faisait hésiter sur le seuil de nos conneries adolescentes.

En ces heures de doux souvenir, j’apprenais « La conscience »  qui se terminait ainsi :


« On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre

Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,

L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn. » (Victor Hugo, La légende des siècles)


C’était l’occasion de développer cet oeil intérieur invitant au temps du discernement : hors de question de franchir la ligne rouge qui nous aurait fait glisser de la réflexion à l’insulte.


Ne croyez pas que je regrette ce temps, j’observe juste qu’aujourd’hui, l’Etat et son système, ayant perdu la confiance en ce regard intérieur propre à chacun, s’en réfère à celui, extérieur, d’un Big Brother bien plus dangereux que la petite phrase de morale des frileux matins d’automne.

Celui-là t’observe, te censure, d’oblige à une « sensure » pire que tout rappel à la morale !

Il veille non pas à la bienséance, ni à la courtoisie : il veille à la conformité et laisse libre court à tous les délires obscènes de la vulgarité, de l’ostracisme, du racisme et ses frères en xénophobie, sexisme et autre homophobie.


Et c’est peut-être un drame que d’être tombé en cette surveillance occulte.


A suivre...


Xavier Lainé


17 novembre 2020 

jeudi 19 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 21

 



Je ne sais pas vous, mais moi, je finis par ne même plus écouter les vains discours de ces sinistres personnages qui prétendent régenter nos vies pour nous éviter de mourir.

D’ailleurs, je ne dois pas être le seul car, visiblement leurs propos sont bien peu relayés.

Jusque là, je postais ma lettre du bord du gouffre seulement pour ceux qui avaient le courage d’aller me lire (deux ou trois au maximum).

Ayant fait le ménage des pseudos amis d’un soit-disant réseau social, je prends la décision de reprendre le partage mais en prenant soin de le précéder d’une didascalie :


« Ils éructent sans préservatif.

Leur discours n'est que mauvais cache sexe pour se défausser de toute responsabilité.

Car ils ne sont pour rien dans la déroute climatique, ils ne sont pour rien si dix millions de gens dans ce pays crèvent de faim.

Ils n'y sont pour rien si des centaines de naufragés, femmes et enfants en tête se noient en croyant rejoindre rives de liberté.

Ils n'y sont pour rien, n'est-ce pas ?

Ils vous cloîtrent et vous séquestrent, mais il faut en passer sous les fourches Caudines des big Brothers qui les soutiennent et passent à la caisse tandis que nos révolutions ne sont qu'écran de fumée.

Il faut des coups de pieds au cul pour que se réveille les consciences ? »


Et là, chose étrange, les visites s’accélèrent, les « likes » aussi.

Avez-vous vraiment lu ?

La suite me prouve que pas forcément.

On ne lit pas en ces lieux, on survole, on zappe, puis on cogne, on insulte parfois sans prendre de gants, sans savoir, sans chercher à comprendre.

L’ubris libérée de tout contrôle, sinon celui de l’oeil qui dans la tombe observe toujours Caïn (merde, deux fois que j’y reviens, faudra que je reprenne Hugo pour vous donner le texte entier).


A suivre...


Xavier Lainé


15 novembre 2020


mercredi 18 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 20

 





Alors je vais sortir les mots aiguillons qui briseront la glace qui enserre nos pensées !

Je vais en mettre, moi, des mots qui seront comme des coups de pieds au cul pour nous réveiller.

Non, mais c’est quoi, ces manières de vivre soumis aux caprices d’un sale gosse mal éduqué.

Un sale gosse de la haute qui pète plus haut que son cul, nous le laisserions nous marcher dessus ?


C’est fou comme on est vite affublé d’étiquettes.

Hier j’étais islamo-gauchiste, puis le lendemain complotiste, me voilà atteint de frustration !

Chouette non ?


Ha!, C’est vrai, je n’ai pas le bagage universitaire, je n’ai pas le langage élaboré ni la méthodologie.

Simplement, dans un contexte qui devrait nous inviter à mettre toutes nos contributions pour tenter d’avancer ensemble en respectant notre diversité, je ne comprends pas cet art de stigmatiser, d’invectiver, qui plus est sur un réseau prétendu « social », dont tout le monde sait en quelle surveillance il nous maintient.


Pardon donc de déranger les intellectuels bon teint.

Pardon de m’immiscer dans vos débats entre gens qui se comprennent.

Pardon de croire encore qu’il puisse y avoir débat, échange, partage et non leçons à recevoir.


Savez-vous ? J’aurais pu faire comme d’autres, profiter de ma situation politique, il y a quelques années pour m’imposer.

Je n’avais pas cette idée.

J’étais convaincu au contraire que la politique était beaucoup trop noble pour que je m’en serve de piédestal.

Il en est de même pour les idées. Je n’ai rien à imposer, juste des réflexions à proposer. Mais en ce monde d’ego boursouflé, c’est vaine tentative.


A suivre...


Xavier Lainé


14 novembre 2020

mardi 17 novembre 2020

Lettre du bord du gouffre 19

 





J’écris toujours d'un ailleurs où le soleil se lève, refusant de croire que la nuit serait notre ultime horizon.

Refusant que penser ne serait que le tribu d’une poignée qui le feraient à ma place.

Penser, vous savez ? Faire usage immodéré de cette masse gélatineuse qui, à force de lire, de chercher à comprendre, découvre qu’elle ne sait pas grand chose, sinon la nécessité impérieuse de ne rien prendre pour argent comptant.


Regardez : que, soignant je dise la médecine vendant son âme à Big Pharma, et voici qu’on me cloue au pilori !

Or qu’ont-ils fait de nous, médecins, infirmiers, kinésithérapeutes et autres sinon, les promoteurs d’une bio-machinerie ne dépendant que de molécules, de techniques capables de tout guérir y compris du terme ultime de la mort.

Voyez donc : en quoi les peurs orchestrées au sujet de ce terme peuvent prendre leur source dans ce déni ?

J’en connais qui la répandent cette peur au nom d’une thérapie démiurge, capable d’éradiquer un virus dont toute science digne de ce nom dit qu’un seul le fut jamais dans l’histoire de l’humanité et encore sans certitude absolue de le voir ressurgir du néant où il sommeille (la variole).

Que diront-ils face à ceux qui dorment quelque part dans le permafrost et qui ne demandent qu’à se réveiller sous l’empire du réchauffement climatique ?

Serais-je taxé ici aussi de complotiste à écrire ce que des documentaires scientifiques établissent comme une évidence ?

Quelle médecine valable ?

Celle qui se contente d’attendre que futures pandémies se répandent comme trainées de poudre, rêvant de vaccins improbables concoctés à la va-vite au fond des laboratoires des sociétés pharmaceutiques ?

Ou celle qui cherche à anticiper, à prévenir les risques, soignant l’homme en prenant soin de son environnement économique, social, psychologique comme le préconise la charte de l’OMS pourtant ratifiée ?


A suivre...


Xavier Lainé


14 novembre 2020