samedi 13 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 10

 




Jour de feuilles mortes déposées sur le coeur

Soif


Soif infinie d’or et de lumière

Dans la chaleur de l’âtre


Jour de peine bras ouverts

Sur le vide d’un monde

Où l’on ne s’étreint plus


Faim


Faim de doux baisers

Lorsque dehors froid


Froid dehors comme dedans

Devant les places vides


Humains qu’êtes-vous devenus

Sur ces rives automnales

Où se tricotent les pulls de l’hiver


Faim et soif de simplicité

À faire pâlir les duplicités

Hypocrites tendances

Qui ne savent rien 

Rien du quotidien maussade

Où s’en vont tant d’âmes en peine


Où s’en vont tant d’âmes éperdues

Où s’en vont les coeurs parmi les feuilles


Xavier Lainé


7 novembre 2021


lundi 8 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 9

 




Il y a ce piquant 

Suspendu en l’air

Tandis que vont humains

En leurs courses sans fin


Il y a ce mordant

Dans la lumière tendre

Aux soirs de vaine quiétude


Il y a


Des feuilles mortes

Déposées sur le seuil


Des oiseaux ébouriffés

Au fond des nids douillets


Il n’y a plus


D’endroit où déposer

Les larmes du soir

Les chagrins du matin


Il en est qui s’en vont

Tirant sur tes épaules

Couvertures élimées

D’avoir trop vécu

Délaissant l’espérance

Au parti des saisons


C’est toujours l’automne


Xavier Lainé


4 novembre 2021

samedi 6 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 8

 




Nous voici en escale entre deux temps, deux saisons, deux époques.

Si nous prenions le temps de nous rencontrer sur ce quai de nulle part ?

Que l'automne pleure ne change rien à l'affaire : 

Nos pas ont tant à découvrir sous les pavés soumis

Où nos libertés s'étiolent de n'avoir pas été assez arrosées.


D’une plume hésitante 

Je dessine sur le gris du ciel

Un hommage éphémère 

Au poète et chanteur oublié


L’automne nous pleure dessus

Te souviens-tu de ce moment

Où devant l’âtre tu étais nue

Où le feu nous brûlait

En l’aurore de nos espoirs


L’amour nous pleure dessus

Désormais qu’à distance

Nous devons respecter des consignes sans âme


Les feuilles répandues

Pourrissent comme nos libertés

De n’avoir pas été entretenues

Avec l’amour nu

Devant l’âtre de l’avenir


Sous les larmes de saison

Ne restent alors que regrets

De n’avoir pas su maintenir la flamme

De la nue tendresse trop longtemps retenue


Xavier Lainé


30 octobre 2021


vendredi 5 novembre 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 31




Le baiser - Théodore Géricault




Me voici devant ton ultime soupir.

Hurlement de douleur de tes amis, Eugène en tête qui tente de sauver ce qu’il peut de ton oeuvre.

Même pas de tombeau au cimetière du Père Lachaise.

Faudra attendre la mort de ton père.


Juste une inscription et Horace qui lance une souscription.

Il rêve d’un monument à ta gloire.

Gloire passagère tant les temps demeurent agités.

On glisse lentement vers des temps de révolutions.

Les restaurés se disputent le trône.

Le peuple rêve d’être quelque chose.

Les bourgeois cherchent encore leur place, rechignent à s’acoquiner avec la noblesse qui revendique toute la place.

Il faudra attendre encore un peu.

Tu te reposes enfin.


Ton fils veille qui rêve lui aussi d’un monument.

Car il devient ton fils après ton dernier souffle.

Le chagrin d’un père pousse à la reconnaissance d’un petit-fils.

Le chagrin d’un père demeuré vivant tandis que le fils repose, entre deux tombes, non loin d’un mur qui n’est pas encore celui des fédérés.


Il faut attendre que Georges s’en aille, si peu de temps après, pour que tu trouves enfin place à ses côtés.

Horace dresse un monument, bientôt retiré, puis Georges-Hyppolyte le sien sur le même modèle.

Nous demeurons sur le radeau terre, tandis que le tien trône au musée.

Nous sommes ces êtres déchirés par la tempête. Nous sommes les enfants de ces ruptures jamais consommées. Ton oeuvre anticipe nos angoisses.


Xavier Lainé


31 juillet 2021


jeudi 4 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 7

 




Puis vient le temps de première flambée

Premiers frimas 

Timides lumières 


Temps à se blottir

Temps à ne plus sortir


Puis vient le temps de premières flammes

Dans l’âtre des matins frileux


Temps à ignorer

L’autre temps

L’autre monde

Celui qui va trop vite

Sans rien voir

Sans rien savoir

Du vertige et de la chute


Puis vient ce temps d’automne avancé

Où se préparent en secret

Les tanières d’hivernage

Où se calfeutrent les amours refroidies


Temps à attendre

Temps à réapprendre

Patience


Temps où se préparent

D’autres saisons 

Dans l’explosion des feuillages d’or

Et de lumière


Xavier Lainé


28 octobre 2021


mercredi 3 novembre 2021

Peindre dans l’air du temps (trilogie) Tome 1 - Théodore entre deux temps 30

 



Le baiser - Théodore Géricault



C’est un cheval qui aura eu ta peau.

Ou plus exactement qui aura révélé le mal qui te rongeait de l’intérieur.

Comment ne pas se ronger dans autant de précarité, d’incertitudes, de désarrois.

Jeune on y croit, en l’humanité : « on croit en l’homme, cette ordure » !

On y croit et puis lentement, le doute s’installe, distillé par les abus de pouvoir, les contraintes lisibles dans les corps courbés des femmes et hommes du peuple.

Aurais-tu été blessé devant cette inhumanité de ton temps.


C’est un cheval qui eu ta peau.

Mais le mal couvait qui rongeait déjà tes os, humiliait ta chair.

Bien sur les amis : Horace, Eugène, ceux qui t’admirent regardent atterrés le glissement de ton être de vie à trépas.

C’est la chute.

La chute d’une histoire qui laissera un fils orphelin pour de bon.

L’échec qui pointe partout en système qui ne sait que corrompre.

L’artiste y laisse sa peau, à moins d’accepter des compromis indignes.

On ne meurt pas vieux lorsqu’on rêve.

On s’échoue sur les récifs du monde.

On ne sait que s’affaisser lorsque tout contribue à la honte d’être encore humain ou de tenter de l’être.


Un cheval qui se cabre, et c’est la chute, le naufrage d’une vie déjà meurtrie d’avoir été.

La tuberculose était là qui rongeait déjà tes vertèbres.

Il ne restera que souffrance jusqu’à ton dernier souffle.

C’est Eugène qui recueille ton dernier souffle poétique.

C’est lui qui considère déjà ton oeuvre pour exemplaire et qui tiendra le flambeau.


Xavier Lainé


30 juillet 2021


mardi 2 novembre 2021

C’est toujours l’automne quelque part 6

 




Tes pieds dans les feuilles

Et dessous les pavés 

Et dessous encore les plages de l’espérance


Ta tête dans les brumes

Qui tente de voir encore

Des feuillages l’or

Irisés au couchant


De tes mains dans la terre

Tu respire l’odeur d’humus

Tu t’allonges


Un matelas d’automne

Accueille toutes tes soifs

Toutes tes faims

La tête perchée

Au sommet de tes rêves

Tu attends


Qu’une main se pose

Déclinant soupirs de saison

Jusqu’au plus profond

D’un temps qui ne sait plus


Puisqu’en ville c’est l’hiver

Inscrit en QR codes

Aux revers de ta veste

Tu vas au sommet des collines

Cueillir les fruits

D’une liberté sauvage


Xavier Lainé


26 octobre 2021