mercredi 2 octobre 2024

À vue d'oiseau 5

 





Je volais donc vers cette ville surgie de nulle part

Avec ses tentacules d’autoroutes et ses rues désertes

Ses chantiers interminables sous un soleil implacable


Mes yeux d’oiseau se posaient devant un premier centre de santé

Passé le chantier d’un hôtel de luxe

Ils étaient attirés par l’enseigne d’un laboratoire

Juste à côté d’une pharmacie et d’un cabinet paramédical


Le passant qui m’avait guidé en ces lieux 

Semblait chercher en vain un lieu où se poser lui aussi

Il fallait chercher pour trouver terrasse à peu près accueillante

Au milieu de places goudronnées et bétonnées


Je l’ai suivi

Il s’est arrêté pensif devant un deuxième cabinet médical

A commandé un café et un pain au chocolat dans l’unique boulangerie

Il s’est assis dans l’ombre caniculaire du béton dominant


Puis est reparti

De mon vol discret je l’ai suivi

Il s’est arrêté devant ce que les humains nomment une sucette de publicité

Y était vantés les mérites d’un laboratoire pharmaceutique


Mon guide avait l’air songeur

Les rares passants indifférents


Sans doute en croyant vivre heureux

Les humains ne le sont-ils pas tant que ça

Pour avoir tant besoin de médecine



Xavier Lainé

5 septembre 2024


mardi 1 octobre 2024

À vue d'oiseau 4

 






À tire d’aile suis allé vers le sud

Survolant ce que vous appelez des autoroutes

Où chacun va seul dans sa boite à roulettes

Pour d’étranges destinées


Me suis posé sur le toit 

Vous ai entendu pester contre le prix 

De votre droit de passage

Étranges manière qui consiste

À râler sans jamais protester 

Ou renverser ce contre quoi vous râlez


Plus loin je vous ai vu hésitants

Devant les noeuds autoroutiers

Ne sachant trop où se trouvait la bonne direction

Pour moi pas de souci

Mes ailes me mènent tout droit

Sans risque de tomber dans un précipice


Sous mes yeux s’étendait un désert

Une garrigue sèche parsemée de pierres


Et là…


Et là sous mes yeux stupéfaits

J’ai vu jaillir une ville ex nihilo

Un lieu étrange où vivent des humains

Je descendais un peu me poser

Entre les branches de quelques micocouliers

Et j’observais



Xavier Lainé

4 septembre 2024


lundi 30 septembre 2024

À vue d'oiseau 3

 





Le beau temps revenu

Me suis posé sur le fil

Histoire de noter d’en haut

Les étranges comportements humains


Je vous entend psalmodier

Rentrée

Rentrée

Rentrée

Alors je m’interroge

Car je ne vous ai guère vu sortir

Sinon comme d’habitude

Pour vous rendre je ne sais où

À bord de vos véhicules 

Sans pitié climatique


Rentrée

= course

= frénésie

= affolement

= …


Alors je vais de fil en fil

Mes ailes me portent 

D’un bout à l’autre de la ville

Parfois je survole

Ces grands espaces affublés 

D’un grand P sur fond bleu

Où il semble que vous devez déposer

Vos carapaces véhiculaires



Xavier Lainé

3 septembre 2024


dimanche 29 septembre 2024

À vue d'oiseau 2

 





Je vous ai vus sous la pluie

Tenter d’arriver au sec 

Dans l’habitacle de votre voiture


D’autres passaient 

Qui m’éclaboussaient jusque dans la fissure où je hérissais mes plumes


Je vous ai suivi de mon vol d’oiseau

J’avais atteint avant vous le lieu de votre visite


Étranges humains qui savent se réunir 

Sous la pluie battante

À l’abri des voutes du culte


Je n’ai pas pu entrer

La porte était trop basse

Mais comme elle était restée ouverte

Je me suis perché sous le porche pour écouter


Voix divines qui montaient au ciel

Chassant les nuées et les brumes


J’ai apprécié la beauté de vos musiques

Bien plus élaborées que nos symphonies à gorges déployées

Hymnes d’amour et de reconnaissance


Entrés par la grande porte

Vous êtes ressortis par la porte de service

Une pluie fine bruinait sur vos épaules

Vous ne m’avez pas regardé



Xavier Lainé

2 septembre 2024


samedi 28 septembre 2024

À vue d'oiseau 1

 




Je me suis blotti dans le creux d’un mur

Pour essuyer mes plumes trempées 

L’orage grondait fort

Et vous les hommes demeuriez derrière vos murs


De foudres en éclair mes yeux s’immisçaient au dehors

Histoire de vous observer encore

Enfin rares étaient ceux qui s’aventuraient

Hors de leur nid douillet


Mais ceux qui sortaient 

Diables qu’ils roulaient vite

Au mépris des eaux impétueuses

Qui envahissaient les rues 


Ils passaient à très grande vitesse

Mes plumes à peine séchées

Un flot violent submergeait le mur

Que je croyais être un refuge


Depuis que je vous observe

J’ai compris que tout havre 

Ne peut être en votre présence que provisoire

Car vous êtes sans doute l’espèce la plus invasive de toutes


Alors je me suis interrogé sur ce fait indéniable

Dès que le temps le permettra j’irai de branche en branche

Observer et noter vos faits et gestes

Afin d’enseigner à mes congénères 

L’art de mieux vous connaître pour nous protéger



Xavier Lainé

1er septembre 2024


vendredi 27 septembre 2024

Résistance(s) 31

 





Tu ouvres ta porte à toutes les révoltes

Des plus secrètes au plus véhémentes

Car à rentrer ses colères le corps finit douloureux

Alors dire crier chanter danser écrire

Semble être issue perche tendue

Quand s’ouvre le gouffre sous nos pieds


Parfois te voilà en conflit

C’est difficile mais salutaire

Il faut en faire l’éloge

Ne pas en rester aux non-dits

Au risque de blesser l’ego


Tu le sais 

C’est un temps de fausse tolérance

Où seuls les dominants s’épanouissent

Tandis que de partout monte le silence

Souffrance muette imposée au nom de vérité


Tu le sais

Il est plus facile d’être convaincu

D’en détenir la clef

Que d’aller au fil des doutes

Peu convaincu d’être sauveur


Tu le sais

Tant pis pour l’âme repartie en errance

Ne tolérant aucune contradiction 

Pliant en ceci sous le joug d’en temps 

Où gloire se fie aux apparences



Xavier Lainé

31 août 2024