mardi 23 juillet 2024

Un goût amer 28

 





Considérons donc que les jeux ne sont pas faits

Qu’ils ne le seront pas 

Que nous ne laisserons pas faire


Éternellement dépossédés

Par des édiles en mal de reconnaissance

Par des personnalités

Qui prétendent penser à votre place

Prenez donc et reprenez le pouvoir

Sur vos vies d’abord

Sur la vie commune du même coup


Les jeux ne sont pas faits

Nous ne pourrons nous soumettre

Au pouvoir abusif d’une politique spectacle

Qui cultive mensonge et contre-vérités

Sous le contrôle d’individus

Qui ne savent de la vie 

Que leur rêve de domination absolue


Nos vies n’appartiennent à personne

Nous sommes tous égaux devant elle

Nous sommes vivants parmi les vivants

Aucun dogme ni aucune contrainte

Ne saurait nous déposséder de ce pouvoir

Pouvoir de décider en toute conscience

De ce qui est bon pour nous

Pour nos enfants pour nos voisins


Nul n’est au-dessus de la mêlée

Nous en sommes tous


*


Pas un jour sans cette nausée

Pas un jour sans voler au secours

De celles et ceux abattus et perplexe

Pas un jour


Certes nous n’imaginions pas 

Qu’au pays des droits de l’homme

Ceux qui en nient l’existence

Deviendraient dominants

Nous n’imaginions pas

Mais il était palpable 

Qu’à jouer avec le feu

Un jour on se brûlerait



Xavier Lainé

28 juin 2024


lundi 22 juillet 2024

Un goût amer 27

 




Tu ne trouves pas les mots

Ceux qui décriraient ce vide

Qui s’ouvre devant toi

Une fois entendu jusqu’à la nausée

La présentation des choses

Par des journalistes au ton péremptoire


Tu ne trouves pas les mots

Tu te contentes de sentir la nausée

Qui te monte à la gorge

Devant ce pays dévasté

Jusque dans l’intimité de sa pensée


Tu ne trouves pas les mots

Ceux qui décriraient ce vague à l’âme

Devant la vie qui suit son cours

Comme si tout était dans l’ordre des choses

Misères et guerres reléguées

En arrière-plan des haines à venir


Tu ne trouves pas les mots

Tu t’arrêtes suspendu au chant des moineaux

Qui s’égosillent devant ta fenêtre

Tandis que l’agitation quotidienne

Suit son cours immuable 

Errant de soumission en compromis


Tu ne trouves pas tes mots

Ceux qui sauraient peut-être donné encore de l’espérance

Si ce mot là savait avoir encore du sens

Une fois les rêves détruits


Aux luttes citoyens



Xavier Lainé

27 juin 2024

dimanche 21 juillet 2024

Un goût amer 26

 





Mais peut-être était-ce présomptueux

De vouloir vivre selon tes rêves

De vouloir les tirer vers le monde réel

Oscillant toute une vie

Entre ce monde là et l’onirique


C’était bien ambitieux

De croire les humains capables 

De penser par eux-mêmes 

Sans gober les sornettes

Des fanatiques du consumérisme


C’était pure folie

De croire tes propos audibles

Dans le raffut que font

Les dominants de toutes espèces


Tu le voyais monter

Ce petit fascisme ordinaire

Qui s’insinue dans le quotidien

Sans jamais montrer son visage

Qui se traduit en indifférences 

En mode de vie où l’individu est roi

Tandis que le commun étouffe


Tu le voyais monter 

Tu en dénonçais l’hypothèse

En rêvant te tromper

Te voilà devant la tragédie


*


Parfois l’attente se fait vaine

Mais comment oser

Oser dire

Oser partager

Oser ouvrir les bras à ce qui vient d’humanité

Frêle instant de douceur

Tandis qu’autour le monde chancelle

Le monde bascule dangereusement


Tu attends les bras ouverts vers l’avenir

Tu restes là

Un instant tu avais cru

Puis non

Le poids revient plus lourd encore d’avoir espéré



Xavier Lainé

26 juin 2024



samedi 20 juillet 2024

Un goût amer 25

 





Il y a chaque matin ce goût amer

D’être parvenu au bout de tant d’années

En pays d’amertume


L’entreprise était ardue

C’était un pari contre notre humanité commune

Mener tout un peuple à l’ignorance

Ignorance de son histoire

Ignorance de sa grandeur

Lorsqu’il était encore capable

D’éclairer le monde de ses lumières


Voici qu’il y sont parvenus

Que désormais les lumières se sont éteintes

Que plus rien ne vient donner signe

D’humaine curiosité au pays des droits humains

On se vautre

On espère en d’hypothétiques sauveurs

On ne réfléchit pas

On croit

Et la croyance rend aveugle

Celui qui se laisse guider comme troupeau

Vers l’abattoir des monstres


Chaque matin ce goût amer

D’avoir passé toute une vie

À dénoncer le gouffre qui s’ouvrait

Sans avoir été entendu ni compris

Désormais incertain devant l’avenir sombre

Que les monstres du fascisme néo-libéral 

Ont ouvert sous nos yeux


*


Tu traverses le jour l’esprit engourdi

Tu aimerais pouvoir vivre léger

Mais tout concourt à cette pesanteur

Qui t’assaille et jamais ne te lâche


Tu espères

Tu t’accroches à tes rêves 

D’amour et d’amitié

De solidarité humaine

Qui jamais ne t’ont fait défaut


La journée passe

Tu t’épuises à vivre quand même

C’est ce « quand même »

Qui se fait boulet aux pieds de tes espérances


Tu restes devant le crépuscule pluvieux

Tes bras en mal d’étreinte et de tendresse

Tu voudrais t’endormir

Oublier un peu la mauvaise tournure du monde

L’oubli qui gagne les esprits

Sans doute en proie à cette même tienne pesanteur


Tu demeures stupéfait

De l’acharnement de quelques illuminés 

Parvenus au pouvoir par défaut

À enfoncer et engoncer nos vies

Dans cette mauvaise torpeur

Cette glu qui nous colle et nous cloue

Au pilori d’une errance ouverte sur le vide



Xavier Lainé

25 juin 2024