mercredi 3 juillet 2024

Un goût amer 8

 





J’écris sous le coup de la nécessité

Pour ne pas rester silencieux devant les tragédies en cours

J’écris


J’écris qu’enfin dans le roulement des tambours

La foule pouvait ressembler à ce qu’elle devrait être

Un peuple

Un peuple dans sa dignité humaine

Clamant l’inacceptable génocide

Cautionné par l’Etat des droits de l’homme

Réduit à celui de la finance


J’écris sous le coup de la nécessité

La tête est douloureuse d’avoir trop supporté

L’errance d’un temps glauque

Où les pleurs d’une mère ayant vécu 

Des temps de nuits et de brouillards

Ne semblent pas suffire à éviter l’outrage

L’insulte d’un triomphe honteux

Forces du passé renaissant de leurs cendres

Sous la couardise de pauvres individus

Assoiffés de pouvoir de gloire et de fortune

Pauvres types parvenus au pouvoir par défaut

Simples usurpateurs à la pensée réduite

À de misérables pourcentages

Tandis que tant pleurent


J’écris sous ce coup là

Celui d’une immense protestation de vivre

En pays souillé faute d’avoir cultivé la mémoire


*


J’écris sous cette influence de mes doigts

Mes doigts qui touchent et se mettent à l’écoute

Sans trop savoir quoi entendre

Quoi attendre


Mes doigts se posent avec délicatesse

Et attendent

Parfois me vient une petite voix en dedans

Qui se demande où se niche le vivant

En chaque peau touchée


Le vivant

Ce serait ce petit frémissement

Ce maigre sourire éphémère

Quelque chose qui ne prend pas le chemin des mots

Qui prend parfois par contre celui des symptômes

Faute de pouvoir être assez vivant

Pour laisser le frisson et la tendresse s’exprimer

Au grand jour et au petit bonheur

De devenir humains à chaque rencontre


Alors mes mains ouvrent cette parenthèse

Où soupirer et aimer trouvent un havre

Un lieu où palpiter ne serait-ce qu’à titre provisoire

Car dehors il faudrait ne jamais y retourner

Pour ne pas reprendre le poids des carapaces

Nécessaires pour ne pas sombrer


Mes doigts dansent sur la peau qui soupire

Sur l’être qui tout à coup s’assoupit

Qui se relève et sourit 

Et se jette dans les bras qui n’attendent que ça

Les peaux alors fondent 

Deviennent océan d’humanité


Mes doigts se font têtes chercheuses

Ils ne savent pas ce qu’ils cherchent

Doutent toujours de ce qu’ils trouvent

C’est si fragile un soupir humain

C’est presque rien qui se dépose

Comme si le monde autour retenait son souffle


Parfois une ébauche d’amour s’élabore

Mes doigts en sentent la palpitation

N’en saisissent rien pour ne rien troubler

De la quiétude enfin acquise

Même à titre provisoire



Xavier Lainé

8 juin 2024



mardi 2 juillet 2024

Un goût amer 7

 





Tu erres

Tu n’as pas envie

Tu te demandes ce que tu fais là

On t’invite

Tu déclines

Tu marches parmi les décombres

Ici c’est un chantier

Ailleurs ce sont ruines


Tu erres

Tu ne sais pas quoi penser

Tant les informations te harcèlent

Que penser sous le feu roulant

D’expressions contradictoires

Qui toutes semblent viser

À te perdre


Tu erres

Tu regardes les mains tendues

Parmi les ruines de ce temps

Dont tu ne pensais pas vivre

La cruelle tragédie


Tu erres

Tu fuies toute relation

De peur de te sentir pesant

À regarder le monde sous cet angle

Dont tu ne peux te détourner

Celui des guerres

Celui des misères

Celui qui n’entends plus

Le chant des oiseaux


*


Parfois c’est comme si le vide s’ouvrait

Où tu n’arrive pas à tomber

Quelques mains mystérieuses

Te tiennent en équilibre

Sur ce bord-ci du monde

Tu n’as devant toi que sentiment de vertige


Parfois c’est comme si devant le vide

À l’écoute des bruits et des stridences

Qui remontent de cette fracture ouverte

Tu ne savais comment encore te protéger

Protéger tes semblables de ce vertige


Parfois tu rêves de bras ouverts

Où déposer ton sommeil

Dans des rêves amoureux infinis


*


Peau à peau

Va le poème

Un pas devant

Un pas en arrière

Qui ne sait plus

Quelle place tenir

Lorsque guerres

Donnent de la voix


Peau à peau

Va le poème

Il attend sagement

Que tu viennes le cueillir

Dans le buisson ardent

Où il bat en silence

Chuchotant aux oreilles

Des mots de printemps

Inaudibles dans le fracas

D’un temps de tempêtes



Xavier Lainé

7 juin 2024



lundi 1 juillet 2024

Un goût amer 6

 





L’insupportable qu’il te faut supporter quand même

Alors tu éteins le poste pour ne pas subir

Les stupides amusements de gens qui vont droit sur le mur

Et chantent encore leurs cantiques au progrès sans limites


Insupportable litanie à l’approche de l’été

Insupportable bonheur qui atteignent les sommets

Dans l’indifférence la plus totale

De la tragédie en cours sous nos yeux


Tu éteins le poste

Tu préfères le silence au bruit des fausses joies

Au tumulte des stupides plaisirs

Qui nient ce que la vie montre de plus cruel


*


J’avoue

J’avoue ne plus pouvoir écrire 

Ce que certains pourraient nommer « poésie »

Qui se vendrait sur un « marché »

Qui pour les besoins de ses lois

Qui ne sont que de commerce

Se met à interdire poésie d’un peuple

En proie à génocide


J’avoue 

J’avoue ne plus pouvoir supporter

Les hypocrisies d’une « culture »

Qui se trouve bâillonnée

Pour les besoins d’un « commerce »

D’où toute parole contraire serait exclue


J’avoue

J’avoue me moquer éperdument

De savoir si ce que j’écris

Relève de la notion bourgeoise de « poésie »

Ce monde devenu proie facile

Sous le joug des ignorances et des censures

Pour la poignée d’individu

Ayant rompu d’avec l’humanité


Je m’en moque

D’être lu et compris

Je me moque que mon nom signifie quelque chose pour quelqu’un

Je refuse que mes mots comme lui 

Soient trainés dans la boue de ce siècle

Capable de vaquer à ses petits soucis quotidiens

Tandis qu’on crève devant sa porte

Capable d’ergoter en longs discours « cultivés »

Tandis que sous ses yeux 

On tue des enfants innocents


J’avoue

J’avoue ne plus supporter cette tragédie

D’entendre vos rires insuffisants à couvrir

Le cri des victimes de tous les crimes

Contre notre humanité non encore acquise



Xavier Lainé

6 juin 2024