samedi 13 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 20

 




« Quand un homme ose prétendre à la mission de diriger ses pareils, il répond du mal comme du bien qui survient sous sa direction. » Joseph Kessel


Je n’ai cessé de l’écrire

Il faut se méfier des digues

Construites sur de mauvaises intentions


On croit s’opposer

En réalité on ouvre la porte

Au pire


Mon pays aujourd’hui

Se réveille devant sa triste réalité

La honte d’être devenu

Le fer de lance de l’esprit corrompu

Du mufle hideux du racisme et de la xénophobie


Je pourrais écrire encore sur la beauté

Ma poésie n’en serait pas moins souillée


Mon pays désormais

Entré dans le jeu pervers 

Qui faisait des racistes l’instrument du pouvoir

Les voit désormais dicter au pouvoir

Les pires lois liberticides


Il faudra bien que l’homme qui préside à cet outrage

Demain rende des comptes sur cet avilissement

On ne trompe pas impunément un peuple

On ne salit pas non plus impunément son histoire



Xavier Lainé

20 décembre 2023


vendredi 12 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 19

 




C’est un peu idiot

Non

De se cramponner aux mots

Comme à bouée

Au milieu des tempêtes

Mots qui demeurent

Au blanc immaculé des pages

Sans destinataires précis

Sinon qu’ils se doivent d’être déposé

Au risque de noyade



*


C’est une marée de fatigue

Qui inonde mes mots

Mes pages 

Mon cerveau

Mes doigts gourds d’avoir trop touché

Peines et douleurs

Mes épaules fourbues d’avoir trop porté

Trop supporté

Trop soutenu


C’est une marée de fatigue

Qu’aucune fête ne saurait atténuer

Je ne plonge pas dans le sommeil avec délice

Je sombre

Et dans ce naufrage

Je ne distingue que bien peu de mains secourables

Mais la faute m’en incombe

À trop avoir appris à ne rien demander

Pour ne pas courir le risque d’être déçu

On s’habitue aussi à ne rien recevoir


Ça n’est qu’au bout du rouleau

Que le vide se fait récif déchirant 


*


On arrive au port du crépuscule

On ne sait pas comment

Les voiles sont en lambeaux

Le mat est brisé

Les ponts grincent 

La coque est éventrée


Mais


Mais on arrive au port

Dans les tripots ça joue aux cartes

Ça boit les alcools forts

Ceux qui font oublier l’existence 

Et la vague qui emporte les amours


Il ne reste pas grand chose de l’être humain

Sur les récifs d’un temps de vengeances

La haine aveugle fait de l’homme une ombre

La bête qui y sommeille est pire que toutes

Pour oublier ses trahisons et sa misère

Elle boit jusqu’à la dernière goutte

L’alcool fort d’une vie ratée

L’ombre gagne

L’hiver frappe à la porte



Xavier Lainé

19 décembre 2023


jeudi 11 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 18

 




« Nous comprenons la biologie en étudiant comment évoluent et vivent les êtres vivants. Nous comprenons la psychologie (un peu, pas beaucoup) en observant comment nous interagissons entre nous, comment nous pensons... Nous comprenons le monde dans son devenir, non dans son être. » Carlo Rovelli, L’ordre du temps


C’est là qu’est l’art

Mesurer ce que je ne sais pas

Pour relativiser ce que je sais


Pour ne pas me noyer

Dans le maelström du monde

Il me faut trouver les pages

M’y cramponner


Ne rien lâcher au nom des apparences

Être « embarqué » dans la vie

En se jouant des récifs

Qui menacent le rafiot


Récifs de certitudes

Récifs des idées toutes faites


*


Je vais comptant chaque heure

Comme si elle devait être la dernière

Tirant sur les sommets de fatigue

Trébuchant sur les rendez-vous manqués

Chaque temps passé m’invite à la circonspection

« Je fais quoi vraiment là »



Xavier Lainé

18 décembre 2023


mercredi 10 janvier 2024

Une aube se lève derrière les barreaux 17

 




« Berlin, 10 mars

La grande manifestation communiste avait été interdite, puis permise, interdite de nouveau, et définitivement autorisée.

Personne ne s'étonnait de ces tâtonnements, de ces fluctuations. Il semble que l'étonnement soit ici une faculté atrophiée, et que rien ne puisse surprendre des gens qui courent les yeux fermés vers ils ne savent quel abîme, quel ciel, et qui vivent en attendant la catastrophe et enivrés de l'attendre. » Joseph Kessel, Les forgerons du malheur


Nous devrions aiguiser notre mémoire

Et en tirer les leçons nécessaires


Bien sûr qu’il faut tirer à boulets rouges

Sur les profiteurs de la vague nauséabonde

Mais


Mais si la vague existe

C’est qu’un fond a été semé

Un fond d’irresponsabilité et de bêtise

Qui arrangeait bien quiconque prétendait au pouvoir


La vague brune ne s’est jamais montrée

À visage découvert

Aux premiers coups de Trafalgar

D’un pays aux abois


La vague brune sait avancer masquée

Surfer sur les vagues du pessimisme

Sur celles du défaitisme et de la dépossession 


Elle ne se montre pas tout de suite au grand jour

Elle avance à pas de velours

Dans les vies quotidiennes brisées

Heurtées de plein fouet

Par le mépris et le cynisme affiché


Elle est là

La vague brune

Dans la bêtise assumée

L’arrogance exprimée

Le mépris des autres

Au nom de la gloire individuelle


Elle est là

Dans l’atonie d’un monde

Qui tolère les génocides

Tant qu’ils ne le frappent pas

Dans l’impuissance des Etats

À faire respecter l’humain


Elle est là

La peste brune

Elle gangrène tout

Elle fait croire que tout peut s’acheter

Que tout peut se vendre

Y compris ton âme


Elle s’achète une vertu 

Dans la marge des vibrants discours

Qui la stigmatisent

Tandis que les indifférents passent

Dans l’affairement de préparatifs festifs


Elle profite de tout

Vogue à l’aise sur les manifestations interdites

Puis autorisées à condition que



Xavier Lainé

17 décembre 2023