mercredi 27 décembre 2023

Une aube se lève derrière les barreaux 3

 




« Nous, les êtres humains, nous vivons d'émotions et de pensées. Nous les échangeons lorsque nous sommes dans le même lieu et le même temps, en nous parlant, en nous regardant dans les yeux, en effleurant nos peaux. Nous nous nourrissons de ce réseau de rencontres et d'échanges, ou plutôt, nous sommes ce réseau de rencontres et d'échanges. Mais en réalité, nous n'avons pas besoin de nous trouver dans le même temps et le même lieu pour avoir ces échanges. » Carlo Rovelli, L’ordre du temps


Alors l’écriture

L’écriture est ce dernier lieu où

Fermant les yeux

Je peux encore imaginer 

L’autre visage de l’humanité

Celui si rayonnant

Qui ose ouvrir les bras

Pour rassurer

Aimer


Je suis d’un autre temps

Celui d’à côté

Celui qu’on prend

Pas celui qui nous prend

Pour ne plus nous lâcher

Un temps de douce tendresse

Avec l’humus

Les arbres

Les autres vivants

Vibrants dans un univers retrouvé


Je ne suis pas de ce temps compté

Ce temps qui compte et décompte

Celui qui te caractérise dans les cases

Cochées au nom d’un savoir qui morcelle

Je ne sais qu’être vivant

Et attendre le moment

Où dans un élan un peu fou

Nous sortirions de l’impasse

Où nous jettent les adorateurs 

De la sèche comptabilité

L’humain en pertes et profits

Devenu faire valoir des sombres calculs


Je suis d’un autre temps

Qui ne sait faire que pas de côté

Marcher parfois à côté de ses pompes

Les yeux encore vibrants

De douceurs partagées

De pensées échangées

De discussions vives

Qui nous aident à grandir


Mon temps ne tient

Dans aucun cadran de montre

Il est posé là

Sur mon étroit chemin de vie

Où parfois je trébuche

Sur des racines d’ennui

Des pierres de peines


Mon temps tient

Entre deux bras ouverts

Dans les lèvres qui déposent un baiser

Sur les matins froids

Histoire de réchauffer un peu

Les coeurs en souffrance



Xavier Lainé

3 décembre 2023


mardi 26 décembre 2023

Une aube se lève derrière les barreaux 2

 




Voilà que vous me demandez

Dix fois par jour si ça va

Dix fois par jour je vous répond

Que oui

Pour le moment

Ça va

Que les bombes ne nous tombent pas 

Dessus

Nous sommes donc épargnés

Donc ça ne va pas si mal


Voilà que vous me demandez

Dix fois par jour si ça va

Dix fois par jour je vous répond

Que oui

Que ça tient encore

Même si c’est par miracle

Que je ne suis pas contraint de fuir

De prendre le risque de traverser

Mers et montagnes

Que je suis donc

Du côté des vivants

Donc pas si mal que ça


Voilà que vous me demandez

Dix fois par jour

Dix fois je répondrai

Que le pire est ailleurs certes

Mais qu’un jour ça pourrait

Ne plus aller du tout



Xavier Lainé

2 décembre 2023


lundi 25 décembre 2023

Une aube se lève derrière les barreaux 1

 





Le mieux est de se taire

Contempler avec désolation parfois

Les humains qui m’entourent

Se perdant dans les brumes


Le mieux est d’apprendre à me taire

Car d’un mot je ne retournerai jamais

La tournure d’un monde qui apprend

À ses enfants devenus adultes

L’infinie soumission aux dogmes

L’infinie vassalité aux pouvoirs

L’infini aveuglement sous le joug des mensonges


Le mieux est de me rassasier de silence

D’éviter tant que faire se peut la compagnie humaine

Me plonger corps et âme dans le bonheur de lire

Puis de lever les yeux avec pitié

Sur ce monde qui ne sait plus quelle boussole suivre

Qui perd sa qualité de monde vivable

Au gré des soumissions volontaires


Le mieux est d’observer et d’attendre

Observer ceux qui s’amusent des errements du temps

Ceux qui suivent le troupeau sans trop de questions

Ceux qui s’en vont satisfait des miettes

Ceux qui pour trois sous vendraient père et mère

Ceux qui se précipitent aux palais du commerce

Croyant en leurs bonnes affaires

Quand tout n’est que mensonge au nom de triste profit



Xavier Lainé

1er décembre 2023


Filigranes 113

 




Il aurait dû me parvenir en septembre 2023... La Poste n'étant plus ce qu'elle était, mais ce qu'elle est devenue depuis que service public rime avec rentabilité, après bien des détours et une plainte déposée pour détournement de courrier, voilà qu'enfin le numéro 113 de Filigranes est arrivé dans ma boite aux lettres (et, par acquis de conscience, aussi chez mon libraire)...

De numéro en numéro, mes textes y trouvent leur place...

Un petit extrait pour vous mettre en appétit :


« Au fond de la matière pousse une végétation obscure ; dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. Elles ont déjà leurs velours et la formule de leur parfum. » Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, édition le Livre de Poche, 1993

Ma forêt est de papier

Elle frémit de silence entre deux cliquetis des touches

Les mots s’y égrènent en petites gouttes légères

Les troncs de mes arbres sont de livres

Les feuilles en hiver en sont noircies de mots


...


Et, si vous voulez y participer ou vous abonner (ce qui serait une excellente idée et un beau cadeau à faire), c'est ici : Filigranes la revue



dimanche 24 décembre 2023

Si étroit est le chemin 30

 




Parfois le jour est d’âme grise

Un crachin lui sert de larmes


Mais au tréfond du coeur

Le gris du ciel s’accorde

À l’abattement de l’esprit


Raisonnable

Trop raisonnable sans doute

Tu aimerais te couler dans l’air du temps

Comme tant d’autres préparer

Réjouissances sans limite

Pour les fêtes imposées


Or voici qu’on te dit

Comme une banalité qu’à Jerusalem

On tue dans la rue

Qu’à Gaza des enfants libérés

Ont appris la violence

Au fond de leurs geôles

On te dit


Trop raisonnable

Tu ne sais

Te réjouir


Ton âme vogue à la surface du jour

Grise comme le ciel

Avec petit crachin

Qui se pose comme larmes légères



Xavier Lainé

30 novembre 2023