dimanche 17 décembre 2023

Si étroit est le chemin 23

 




Parfois tout semble vain

Dans le silence et la solitude

Tu crois percevoir quelque chose

Mais tu crains de te tromper

Alors tu ne dis rien

Tu t’en retournes solitaire

Toujours plus


Parfois tout semble vain

Ce que tu cherches demeure

Non identifié dans la nuit

Qui étend ses ailes sur tes larmes

Elles coulent sur l’abandon

De tes rêves perdus

Sur des rivages incertains


Parfois tout semble vain

Tes yeux s’ouvrent et voient

Dans l’affolement des humains

Toute ta vanité à vouloir

Comprendre et savoir

Tu t’arrêtes désolé et abattu

Devant le spectacle d’un monde

Qui ne cesse de glisser


Parfois tout semble vain

Sacrifié sur l’empire du commerce

Tu vends ton âme avec ton savoir

Dont tu ne cesses de douter

Mais que nenni ils viennent

Ils attendent de toi l’impossible

L’improbable miracle

Accompli à mains usées


Parfois tout te semble vain

Le matin tarde à se lever

Seul devant la page 

Tu tends l’oreille au fracas 

Des voix montent

Qui se rendent au travail

Tu marches dans les rues

Tu arpentes les trottoirs

Parmi les échines brisées

D’avoir tant attendu 

Quelque chose qui ne vient jamais


Parfois tout te semble vain

Tu te poses là avec tes souvenirs

Avec les lèvres évanouies 

D’un bonheur éphémère

Toujours éphémère

Faute de mode d’emploi

Sans doute par ignorance

Tu sens le tragique 

Derrière les rires fuyants

Tu sens la douleur

Derrière les fausses apparences


Parfois tout te semble vain

Tu te jettes sur la page

Comme noyé sur la bouée tendue

Qu’une vague éloigne

Juste avant d’y toucher

Comme on touche au port



Xavier Lainé

23 novembre 2023


samedi 16 décembre 2023

Si étroit est le chemin 22

 




Jusqu’ici j’ignore

Parfois je m’écroule

Je fais très attention

Pour que ça ne se voit pas

Comme beaucoup je fais semblant

Ce n’est que la porte refermée

Seul face à moi-même

En proie à mes doutes

Que mon monde s’écroule

À grand fracas

Laissant mon âme meurtrie


Jusqu’ici j’ignore

J’ignore tout de la vie

N’en saisit que des bribes

Des fragments éparpillés

Comme vestiges archéologiques

Je me perd sur le chemin

Je plonge tout au fond

De rivières qui m’emportent

Dans les rapides du temps

Je demeure hagard


Jusqu’ici j’ignore

Je vois dans vos regards autre chose

Mais j’ignore tout

Je vous jure j’ignore

Je ne suis qu’une apparence

Un masque posé sur un autre

Qui ne sait qui il est vraiment



Xavier Lainé

22 novembre 2023


vendredi 15 décembre 2023

Si étroit est le chemin 21

 




Le silence est d’une infinie tendresse

Les commentaires s’accumulent

On parle


C’est fou comme on parle

Mais que sont les mots

Lorsqu’ils se perdent 


Comme la vie

On ne cesse de la perdre

À trop vouloir la gagner

À faire comme si tout allait bien

Quand chaque jour présente sa facture


Le silence est d’une infinie tendresse

Me voici rêvant 

Sur les épaules de l’aurore

Blotti au creux de son épaule

Si accueillante à mes rêves


Je sais 

Lentement

Inexorablement

On s’y fait

À ces voix blessées

Qui de partout montent

Tandis qu’ici je rêve


Le silence est d’une infinie tendresse

Il donne plus de volume aux voix des sans voix



Xavier Lainé

21 novembre 2023


jeudi 14 décembre 2023

Si étroit est le chemin 20

 





« En cinq minutes inextensibles

Vous décrirez ce qu’est votre appréciation

Comment vous voyez ce monde

Comment vous y vivez »


En cinq minutes inextensibles

Les voici écoulées

Le temps de formuler le sujet


*


Le temps s’écoule

Laisse derrière lui un grand vide

Le temps nous mitraille

Nous laisse sous les ruines

D’une vie folle d’amour

Qui s’éteint et s’étiole

Sous les coups de grisou

Le souffle d’une extinction


Le temps me laisse coi

Le coeur vide et la soif au ventre

Que sont mes amours devenues

Dans le labyrinthe où gronde

Le Minotaure d’un temps perdu


Le temps s’écoule en infinie lassitude

En rêves d’amour brisés

En paix toujours plus compromise



Xavier Lainé

20 novembre 2023


mercredi 13 décembre 2023

Si étroit est le chemin 19

 




J’ai fait une parenthèse

Juste histoire de me mettre à distance

De sentir autrement

Le souffle du monde


J’ai fait une parenthèse

Me suis assis à l’endroit

D’un monde perdu

Où l’humain sait encore

Semer la beauté

Se nourrir de celle

Offerte par son berceau


J’ai fait une parenthèse

Marché dans des rues étranges

Où de non moins étranges humains

Allaient de-ci

Allaient de-là

Dans l’insouciance 

S’agitaient au bocal

Des temples du commerce


J’ai fait une parenthèse

Il n’y était plus question de rien 

Sinon vaquer de vitrines en devantures

Abandonné au mouvement de la foule

Qui allait de-ci de-là

Dans une danse étrange

Étrangère à mon sentiment de vertige


J’ai fait une parenthèse

J’étais là sans y être

J’étais las


*


Triste dépendance aux algorithmes

Les voici qui décident pour toi

De ce qui te plaît

De ce qu’il te faut

Et te voici courant

Vers les rayons où trônent tes désirs


Toute fête a son pendant tragique

Qui se décline en milliers d’aimants

Dans des rayonnages du commerce


Toute fête est d’avance gâchée

Puisque dans ta boite viennent

Les flots de conditionnements

À l’achat de ce qui ne t’es

Jamais indispensable

Sauf à penser selon les algorithmes


*


On aura beau mettre des lumières

En travers des rues

Décorer les sapins

Pour faire comme si

Il en sera tant sur cette Terre

Qui n’auront aucune réjouissances

Que toute fête en sera mise en berne



Xavier Lainé

19 novembre 2023