vendredi 8 décembre 2023

Si étroit est le chemin 14

 




Ce serait pourtant simple

Et tellement plus tranquille

Si nous apprenions à vivre en paix

Avec nous-mêmes et nos voisins


C’est une question lancinante

« Pour quelle raison nous autres

Humains

Prenons-nous un malin plaisir

À nous faire du mal

À mener des guerres contre nos semblables

Quand il serait si confortable

De travailler à une paix durable »


Question lancinante

Qui ne trouve pas de réponse

Tant nous sommes prisonniers

De pensées qui nous sont étrangères


Comment expliquer

Cette folie dévastatrice

Ces comportements assassins

Ces privations liées à la misère

Et à l’exploitation

Comment


Vous me direz doux rêveur

Mais je persiste et signe

Il y a une place pour tous et pour chacun

Dans un monde apaisé

Où nous aurons appris

À tirer les leçons de nos errements

Vous me direz ainsi

Parce qu’on vous dit qu’un seul monde

Celui des dominateurs

Serait possible


On ne vous dit jamais

Toute la richesse à nous écouter

À nous regarder sans appétits grossiers

Juste pour apprendre 

Ce que toi ma soeur ou mon frère en humanité

Vous êtes capable de créer

Qui sache nous grandir

Vivants parmi les vivants


Vous me reprocherez mes rêves

Peut-être même de tenter de les réaliser

Contre vents mauvais et marées de misères

Vous me le reprocherez


Peut-être même irez-vous jusqu’au bout

De ce désengagement

Peut-être vous laisserez-vous 

Déposséder même de votre pouvoir de vivre

Sacrifiés sur l’autel illusoire

De profits qui n’apportent rien

Que guerres sans fin


Peut-être même un jour

N’y aura-t-il plus personne

Pour lire dans mes rêves

Qui resteront témoignage inutile

D’un monde autrement plus humain



Xavier Lainé

14 novembre 2023


jeudi 7 décembre 2023

Si étroit est le chemin 13

 




J’attendais autre chose de mon pays

Mais dois-je encore attendre quelque chose

Dès lors que ceux qui prétendent à l’intelligence

Finissent dans l’indigence de la pensée


J’attendais autre chose qui aurait été un exemple

Un visage souriant offert à un monde en flammes

On aurait pu voir dans mon pays toutes les cultures

Toutes les religions et toutes les philosophies

Marcher côté à côte pour appeler à la paix

Contre tous les racismes


C’était trop demander aux partis pris

Aux visions partielles et partiales

Aux visées martiales et commerciales

De leur monde sans avenir


Je me réveille matin

Honteux et meurtri une fois de plus


J’aurais aimé que mon pays montre un autre visage

Que celui imposé par des élites médiatiques

À la vision partisane et bornée de la réalité

J’aurais aimé


Toute ma vie j’ai lutté contre tous les racismes

Antisémitisme compris

Toute ma vie j’ai lutté contre toutes les xénophobies

Aujourd’hui je ne peux plus suivre

Une vision étriquée du monde et de l’humanité



Xavier Lainé

13 novembre 2023


mercredi 6 décembre 2023

Si étroit est le chemin 12

 




« Les cultures de la honte font preuve d'une puissance terrifiante pour écraser l'empathie et transformer les humains en monstres. » Jeremy Rifkin


Alors je ne dirai pas que j’ai honte

Non

Je me dirai « atterré »

C’est bien le terme

« Atterré »

Jeté à terre

Sidéré


Devant la persistance des crimes

Sans distinction ni proportion

(Mais quelle proportion dans la violence

Je vous demande un peu)

On massacre

Ce « on » a visage sombre

Qui s’appuie sur sa religion 

Pour justifier ses crimes


Les boucliers de la réaction se lèvent

Protestant contre un méfait

Pour mieux cacher leur complicité

Dans les crimes accompli 

Sur les ailes d’un « soutien sans condition »


Je n’irai pas manifester

Aux côtés des banalisateurs du mal

Coupables aujourd’hui comme hier

D’un racisme larvé



Xavier Lainé

12 novembre 2023


mardi 5 décembre 2023

Si étroit est le chemin 11

 




« Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants en portent la marque. » Jean Giono, Refus d’obéissance


Et pourtant ça dure

Ça se poursuit

Ça nous colle aux basques

Toujours ça se répète

Bien que nous disions

« Quelle connerie la guerre »


Et pourtant ça dure

Ça se reproduit à l’infini

En longs cortèges de misères

Fleuves de sang et de boue

Cris en écho tout autour de la terre

Bien que nous disions

« Plus jamais ça »


Ça dure

Ça se poursuit

Il s’en trouve toujours

Tenant pouvoir de main ferme

Pour jouer les boute-feux

Répandre toujours les larmes


C’est là

Avec les blessures et les morts

Qui ne peuvent plus rien dire

Sinon nous rappeler

Qu’il serait temps

De nous réveiller

De ne plus laisser notre sort

Entre mains sanglantes

De pouvoirs usurpés


Je suis de la génération

Qui ici du moins

N’aura pas connu

L’espace d’une vie

Les horreurs de la guerre

N’en ayant reçu 

Que les tristes récits

Pourtant me sens meurtri

À chaque corps tombé

Sous les ruines 

À chaque enfant blessé

Comme « dommages collatéraux »

De conflits non souhaités


Ça dure

Ça se reproduit sous nos yeux

Certes pas devant nos portes

Ou sur le toit de nos maisons

Alors certains s’en vont

Avec la certitude que plus jamais

Tandis qu’à chaque humain

Qui décède sous les coups 

Qui disparaît sous les bombes

C’est toute l’humanité qui saigne

Qui chancelle



Xavier Lainé

11 novembre 2023