jeudi 20 avril 2023

Une ode au retrait 30

 




Pour répondre au silence il n’est que le silence

S’ils ne veulent rien retirer de leur certitudes

Le mieux et de nous retirer de leur immonde


Bien sûr la colère et la révolte

En point d’orgue d’un schisme mondial

Entre ceux qui ne sont rien 

Ceux qui s’estiment gratin

Qui ne sont que lie de toute humanité


Pour répondre au silence il n’est que silence

Pour répondre au mépris sage retrait

Car ils ne sont rien 

Ceux qui s’imaginent tout


(31 mars 2023 — 1 — 4h17)


*


La nuit persiste

Ce serait heure douce

À couler en tendre retraite

Pour y réinventer le monde


La nuit insiste

Les rêves se sont envolés

Par la porte ouverte 

Sur un printemps ardent

Bien trop ardent


Il faut être au chevet des êtres

Pour mieux mesurer la lente érosion

Sous les vents contraires

D’un monde qui ne cesse d’agoniser

D’un monde qui ne cesse d’agonir

Toute trace de vie

Toute envie d’humanité


La nuit envahit tout

Sous les fumées lacrymogènes

Sous les grenades 

La pluie des matraques

Il ne reste que la nuit

Ou le retrait 

Pour trouver respiration


(31 mars 2023 — 2 — 6h09)


*


Avant les mauvaises blagues

Ou après

C’est selon

Car il semble désormais

Que chaque jour est le premier

Que jamais ça ne s’arrête


Avant les mauvaises blagues donc

Observer le jour qui se lève

La rumeur de la rue qui monte

La vie qui s’écoule

Indifférente à tout


(31 mars 2023 — 3 — 7h43)


*


Au seuil du printemps

Nous voici

Nous sommes en train de nous noyer

Nous savons qui nous enfonce

Quelqu’un nous tend une perche 

Mais nous appelons au secours

Celle qui reste sur la rive et contemple la scène

Sans faire un geste

Refusant de saisir la seconde

Nous surnageons jusqu’au bord

Car l’individu en survie 

Déploie une force colossale


Nous voici sur la grève

Nous rentrons au bercail

Le premier

Qui nous tirait vers le fond

Se frotte les mains

De nous voir sains et saufs

Mais

Tout comptes faits

Nous remercions celle

Qui n’ayant rien fait savait

Les bénéfices qu’elle pourrait en tirer


Toute ressemblance avec des personnes ou des faits

N’est que pure coïncidence

Le printemps avance

Le roi est nu

Mais s’accroche à son trône


(31 mars 2023 — 4 — 8h35)


*


Que reste-t-il à la vie

Sinon aimer

Pour le simple bonheur d’aimer

D’avoir les pensées qui vagabondent

Rejoignent avec une infinie tendresse

Le coeur de l’autre

Rompre avec l’inquiétude du silence


Que reste-t-il à la vie

Sinon ces rares instants 

Suspendus à la tendresse

L’attente coeur battant

De ces moments de débordement

Entre des bras amis


Que reste-t-il à la vie

Que ne connaissent pas

Les cyniques et les corrompus

Les assoiffés de domination


Dites-moi

Que nous reste-t-il

Qu’ils ne puissent nous contester

Sinon d’aimer

Dans le silence d’une attente


(31 mars 2023 — 5 — 15h59)


*


Car au fond

De quoi avons nous besoin

Sinon d’amour et de temps pour le vivre


C’est ce qu’ils ne peuvent pas comprendre

Les acharnés du profit

Il leur faut peuple réduit en esclavage

Et se réserver la part belle d’une vie

Gagnée sur les échines fourbues


Le sort des esclaves enchaînés

Il semble bien que ceux-là même

Commencent à en secouer le joug

À y voir clair dans les manipulations

Qui les réduisent toujours plus

À n’être que l’ombre d’eux-mêmes


Alors

Le joug secoué

C’est de vivre et d’aimer

Dont la soif est immense


(31 mars 2023 — 6 — 17h04)


Xavier Lainé


mercredi 19 avril 2023

Une ode au retrait 29

 




Parfois 

Pour ne pas se laisser emprisonner

Dans les réactions à chaud

Il vaut mieux

En ce qui concerne

Les prétendus « humains »

Se cantonner à la fatalité

Ça vous évite la colère

Ou la rancoeur

Ou les cruelles déceptions


Que cette fatalité soit

N’est pas du au hasard

Les prétendus « humains »

Ont ceci de particulier

Qu’ils forgent eux-mêmes leur sort

Que pour leur confort

Ils invoquent les divinités

Ne change pas grand chose 

À justement oublier leur devoir

De se parfaire en humanité

Ils se révèlent au bout du compte

De la pire des espèces


Il faut parfois 

Avoir vécu toute une vie

Pour apprendre à ne plus rien attendre

Se contenter d’observer

En quels errements vont

Les obsédés d’eux-mêmes

Au point d’en oublier

Que si l’humanité est encore présente

Ce n’est pas un fait individuel

Mais bien une oeuvre collective

À défaut 

Elle aurait déjà disparue

Portée en pertes et profits

D’une planète 

Qui ne s’en trouverait que mieux


(30 mars 2023 — 1 — 15h31)


*


La rhétorique du fascisme revêt des visages divers

Elle peut parfois se muer en langage sirupeux

Poser sur son visage implacable

Le masque doucereux de la démocratie

Mais sous contrainte et dans « l’ordre »

C’est un discours qui tend à ne rien dire

Qui noie les idées dans un magma de non sens


La rhétorique du fascisme fait son nid

Dans la certitude d’un homme de pouvoir

De détenir à lui seul la vérité absolue

Traitant de « factieux » ou de « terroriste »

Toute idée contraire à son raisonnement abscons


La rhétorique du fascisme s’insinue 

Se faufile entre les mailles du filet

Où se relâchent nos vigilances

Une fois installée elle éclate au grand jour

Sous les lamentations du « on ne savait pas »

Mais elle loge avec délice au nid des discriminations

Elle progresse à grand pas sous le poids des armes

Elle se plaint d’une violence fomentée par elle-même

Quand tu te réveilles

Il est hélas parfois trop tard

Ceux qui pourraient te défendre étant éliminés

Il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer


(30 mars 2023 — 2 — 20h51)


Xavier Lainé


mardi 18 avril 2023

Une ode au retrait 28

 




Il n’est pire violence que l’extension de la misère

De celle-ci découle la rhétorique « sécuritaire »

Celle qui est à la base de tous les totalitarismes

De tous les fascismes


Il n’est pire violence que l’affirmation

D’une vérité tronquée

Pour ne rien dire de cette misère qui nous ronge

Qui pousse les êtres sans réflexion

Au vol et à la violence gratuite


(29 mars 2023 — 1 — 17h08)


*


On s’habitue au silence

À ce sentiment diffus

D’âmes en errance

Qui se croisent

Qui s’étreignent un instant

Puis s’en vont 

Suivant leur chemin d’âmes


(29 mars 2023 — 2 — 21h11)


Xavier Lainé


lundi 17 avril 2023

Une ode au retrait 27

 




Je pourrais vous parler du printemps

Je pourrais m’extasier devant les beautés de la Terre

Je pourrais


Je ne pourrais plus me regarder dans le miroir

Je ne pourrais pas supporter ma poésie

Je ne pourrais pas


Dans le déchainement d’un pays

Dont les « responsables » nient toute démocratie

Je pourrais parler d’autre chose

Compter les pieds de mes vers

Détourner l’attention

Des milliers de morts en mer

Des centaines de blessés

Sous les coups d’une police aux ordres

Des milliers mis en garde à vue

Pour avoir tenté d’exprimer leur opinion

Je ne pourrais pas

Je ne pourrais pas faire un livre

Sans qu’il dénonce 

Sans qu’il se fasse relais

Des cris de suppliciés


Écoutez donc

La monotone plainte qui monte

De partout

Comme d’ici


Bien sur je pourrais

Aller boire un coup en terrasse

Me croire heureux 

De ne pas avoir perdu un oeil

De ne pas avoir la mâchoire en lambeaux

De ne pas sentir mon crâne défoncé

Sous les coups d’un enragé

Nourri de main de ministre

La haine attisée de propos présidentiels


Vous qui sifflez les artistes qui protestent

Vous me direz que ce n’est pas ici poésie

Qui crie avec les humiliés

Ce n’est pas poésie

Qui dresse barricade de mots

Pour rompre avec le silence orchestré

En médias corrompus et serviles


(28 mars 2023 — 1 — 5h03)


*


Quand il n’y a plus que violence au coeur des humains

Ne reste qu’à ouvrir les lieux parenthèses

Les bulles d’humanité

Où déposer nos coeurs toujours assoiffés


(28 mars 2023 — 2 — 13h57)


Xavier Lainé


dimanche 16 avril 2023

Une ode au retrait 26

 




« Permettre au poison de la domination — et à une sensibilité dominatrice — de persister, c’est ignorer les racines les plus profondes de nos problèmes écologiques et sociaux, qui sont aussi anciennes que notre civilisation elle-même⁠1. »



L’humain en sa pire engeance

Ne voit rien de la beauté du monde

Ni de celle des êtres

L’humain en sa pire engeance

Cherche à tirer profit de tout

Sans souci des destructions 

Sans souci des souffrances

Sans souci 


L’humain en sa pire engeance

N’entend ni ne voit rien

Il va de son pas sénatorial

Bardé de ses certitudes

Sur de son fait et de son pouvoir

Satisfait de sa richesse

Bâtie sur un mensonge


(26 mars 2023 — 1 — 9h52)


*


Poétiquement au moins

Poétiquement tirer les leçons

Observer du retrait

Le mouvement 

Gens qui se croisent

Qui se rencontrent

S’embrassent ou pas

Parfois s’embrasent

Dans un tendre élan


Poétiquement au moins

Ne rien dominer

Éradiquer les contraintes

Laisser les rêves

Dériver au fil des mots

Construire un monde

Si différent de celui-ci


(26 mars 2023 — 2 — 16h40)


*


Finir le jour en une poétique du retrait

Observer le monde qui ne nous appartient pas

Les humains dépossédés de tout pouvoir

S’agiter en tous sens dans une quête 

Informulable et informulée


Suivre la ligne de fracture

Qui va du monde au citoyen

Protégée par les barbelés

De l’incompréhension


(26 mars 2023 — 3 — 21h31)


Xavier Lainé



1 Murray Bookchin, La révolution à venir, éditions Agone, 2022

samedi 15 avril 2023

Une ode au retrait 25

 




Traversée du désert

À pied tant qu’à faire

Et sans la moindre boisson

Telle est la sentence

En pays sans cocagne


Traversée du désert

Une fois épuisé l’individu

Asséché les communs

Ne reste que les os

Sur le bord du chemin


Pierre et sable

Faim et soif

C’est la condamnation

Lorsque tu demeures 

Dans l’attente

D’un grand soir


Il vient parfois

Il s’invite

Le chaudron maintenu

Trop longtemps sur le feu

Couvercle refermé

L’explosion en est inévitable


Traversée du désert

Soif et faim pour tout horizon

Sans même l’espérance

D’un terme ante-mortem

Le chaudron des colères

La mèche allumée

Explose


(25 mars 2023 — 1 — 9h24)


Xavier Lainé


vendredi 14 avril 2023

Une ode au retrait 24

 




Chacun derrière sa paroi de verre

Les mondes parallèles se côtoient

Mais ne se croisent jamais

Parfois les artisans minoritaires

D’un monde réservé à l’auto-proclamée élite

Se terrent derrière miroir sans teint

Ils peuvent voir sans être vus

Ainsi les millions de riens 

De l’autre côté de cette frontière invisible

Ne savent rien de ce qui se trame

De l’autre côté du miroir


Malheur à qui s’aventure

À tenter de franchir la frontière invisible

Des mondes qui se séparent

Sous la force tectonique des fortunes

Qu’un seul tente de franchir

La paroi brillante et aveuglante

Le voici voué aux gémonies

Car nul dans le monde 

Où errent les riens ne doit savoir

Le train et la folie des auto-proclamés


Nous vivons entre ces frontières 

Qui ne font que nous renvoyer 

Nos propres images 

Brillantes et policées

Elles nous séparent bien mieux

Que tous les barbelés 

Qui marquent les frontières physiques

De « nations » n’existant

Que pour les riens qui les entretiennent

Les autres

De l’autre côté du miroir

Ont fait sécession depuis longtemps

Se sont affranchis des barrières de pays

Des limites intolérables à leurs yeux

Pourtant imposées de l’autre côté

Du miroir sans teint

Qui les isole


Ceux-là voient

Ils voient les cadavres sur les plages

Les morts de faim et de soif

Qui crient leur souffrance

Le son ne leur parvient jamais

Le miroir en étouffe la rumeur

Ils sont d’un autre monde

Qui n’a rien de commun

Avec le nôtre

Celui qui voit la vie

Devenir

Sous le joug des « premiers »

Une corvée à traverser

Jusqu’à 


(24 mars 2023 — 1 — 8h31)


Xavier Lainé