lundi 19 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 3

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Les sirènes marocaines ont envahi les rues.

Jeunes et moins jeunes brandissant leur drapeau national, déambulaient tous klaxons hurlants.

Un vent de folie tandis que je m’en allais quérir quelques fleurs.

Le vendeur s’approche, nos yeux se croisent : « Ne dites  rien, nous pensons la même chose ! »


Fonction d’oubli ou d’inconscience ?

Combien de morts sous les pelouses avant que la joie d’une victoire illusoire s’empare des foules ?

Combien de morts par instabilité climatique avant de comprendre la pure folie d’un stade climatisé au beau milieu d’un désert ?


(2 décembre 2022 — 1 — 8h49)


*


Les you-you n’effaceront pas le sang versé sur le sable du désert.


Je répète : —LES YOUYOUS N’EFFACERONT PAS LE SANG VERSE SUR LE SABLE DU DESERT—


(2 décembre 2022 — 2 — 15h45)


*


Quand le temps semble offrir un peu de répit, ce n’est qu’illusion.

Derrière sa latence, il y a toujours foule à qui répondre, prodiguer conseils, faire patienter…

Le temps est un traître qui ne lâche jamais sa proie !


(2 décembre 2022 — 3 — 16h01)


*


Une pause n’en est pas une.

Juste un soupir posé sur la partition d’une longue journée.

La poésie s’en échappe comme volutes de brumes de l’herbe gelée.


Ici on inaugure en bouquet d’artifice les « illuminations ».

On perd le symbole des choses dans une débauche de consommation.

On est sommé de consommer, d’ajouter une planète de plus à notre dépassement.


Je reviens entre deux à Edgar Morin.

Je n’ai pas d’explication à donner mais je puise en sa méthode de quoi réfléchir, quitte à me perdre dans les méandres informationnels du vivant.


Mes mains qui se posent au fil des jours sur tant de vies en souffrance, puisent au creuset du mystère un flot d’interrogations.

Je demeure chaque jour dans cette marée qui monte, puis me laisse sur le sable du crépuscule, épuisé mais si intrigué de ce que j’ai senti que le sommeil d’après en reste électrisé.


C’est peut-être cette mise en abîme devant l’insondable de la vie qui m’empêche de m’écrouler sous le poids des années accumulées.


(2 décembre 2022 - 4 - 19h06)


Xavier Lainé


dimanche 18 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 2

 



Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012


Dans le vif du sujet


Au début était la seconde qui elle-même pouvait encore être divisée.

Puis vinrent les minutes qui signifièrent le commencement des notes prises et couchées sur le papier du temps.

L’heure s’en vint qui s’égrenèrent en semaines plus ou moins maussades.

Le mois s’imposa avec arrogance.

Les mots jonglaient avec la nuit.

La nuit étendait son domaine sur les esprits égarés.

Je demeurait silencieux en mon antre.

Les pages lues suivaient leur chemin au coeur de mes pensées.

Je ne savais vers où diriger mes doigts sur le clavier de mes émotions souveraines.


Ce que je sais c’est que vous étiez là, attentifs à ce que mes lèvres allaient dire, aux mouvements qu’elles allaient vous inspirer, aux historiettes qu’elles allaient inventer pour vous épauler dans votre concentration.

C’est étrange d’avoir des lèvres qui disent et de ne pas supporter de s’entendre parler.

Toujours je descend cette pente : je n’ai rien à vous apprendre que vous ne sachiez déjà et ne détiens au fond de mon esprit aucune vérité établie.

Je ne suis que caisse de résonance d’un savoir qui circule.

Chacun avec sa vie en dépose un fragment qui ne fait pas toujours sens immédiat.


Je vais à l’envers du temps, étonné de la confiance que vous me faites.

Je m’avance vers un crépuscule.

Mes doigts écrivent encore des pages sans prétention.

Je me pose au revers d’un monde que j’exècre.

Je n’ai rien à voir ni à faire parmi les prétentieux qui se filment et profèrent leurs vérités trop souvent infondées.

Au terme de soixante années de vains combats, je ne peux que constater que l’héritage laissé à mes enfants n’a rien de glorieux.

Ce monde ne me ressemble pas.


Alors je me penche sur la terre.

Les herbes sont blanches de givre.

Un rayon de soleil les effleure.

Il en jaillit aussitôt des fumerolles de brume qui se diluent sous mes yeux dans les fragiles teintes de fin d’automne.


Qu’avons-nous fait de nos prétendues intelligences pour accepter la fin de ces magies vitales, en laisser, par quelque immondes désormais inhumains, programmer le grand désordre ?


(1er décembre 2022 — 1 — 6h30)


*


Les pins et le cèdre dans le parc voisin, jouent aux ombres chinoises dans le ciel nuageux.

Mon âme vogue en égale tristesse.

Que devient l’amour dans l’usure du temps ?

Blotti derrière mes mots, je guette, surpris, les bruits étouffés de la vie quotidienne qui reprend en cohortes de bouchons.

Il me faut lever le nez de la page avec regrets, engager la course contre la montre qui fait que vingt quatre heures ne sont jamais suffisantes à éponger ma soif.


(1er décembre 2022 — 2 — 7h40)


*


« P… M’offre deux gâteaux à prendre dans les douze jours, pour mon anniversaire », dit-elle l’oeil rivé de gourmandise sur l’écran de son téléphone.

«  Ha ! Et A… m’offre une tarte à aller chercher aujourd’hui… J’irai dans la matinée ! »

Lui : « Feraient mieux de tout faire payer moins cher tout le temps ! » (Mais sa voix intérieure dit autre chose : « Donc tu vas prendre la voiture, dépenser de l’essence pour aller chercher la tarte gratuite offerte par A… !)


Consumérisme inconscient quand tu nous tient !


(1er décembre 2022 — 3 — 8h39)


*


À pied d’oeuvre.

Attendre que dans un grincement la porte s’ouvre, sur le défilé des douleurs.

Le feu dans l’âtre pour donner un parfum d’humanité à la souffrance des vivants.

Le journée ne fait pas que commencer : elle poursuit sa route.


(1er décembre 2022 — 4 — 9h01)


*


Je lisais dans tes yeux clair toute la profondeur de la douceur féminine.

Ton corps disait autre chose, une autre histoire, toute tissée de douleurs.

Mes mains tentaient de t’offrir un impensable accord.

Je m’étonnais de ne pas voir passer le temps.

Il ne m’est resté que ton regard.

J’aurais voulu ouvrir mes bras où tu aurais pu te déposer, pour un fugitif instant suspendu entre nos deux êtres.


La suite est sans suite.

Étrange jeu de la mémoire qui me joue des tours.

D’un côté la tendre profondeur de tes yeux de cristal.

Puis après, le vide, ou la somptueuse indifférence.


Ainsi va notre humanité qu’il faille se satisfaire d’éphémères instants de grâce pour ne pas chanceler au-dessus du vide.


(1er décembre 2022 — 5 — 14h43)



Xavier Lainé


samedi 17 décembre 2022

Poéthique (une déambulation) 1

 


Photographie : Xavier Lainé - Le poème déchiré - 2012




Préambules du mois d’avant


Comment vas-tu ?

Je vais.

Je ne sais pas trop où, mais je vais.

Je m’émerveille chaque matin de me réveiller vivant.

Je m’étonne chaque soir d’avoir traversé le jour sans m’écrouler.

Je vis.

Voyez-vous ?

Je vis.


(30 novembre 2022 — 1)


*


Comment vivez-vous ?

Mes yeux vous regardent.

Parfois je vous écris.

Je vous dis que j’aime ce que vous faites, ce que vous êtes.

Je le dis sans rien attendre en retour.

Puis retourne au silence que je n’aurais jamais du quitter.

Je retourne à mes pages qui n’attendent rien.

Qui se contentent d’être là, avec ces mots qui me traversent.

Ces mots que je ne peux étouffer sans m’étouffer moi-même.

Ces mots qui ne font pas littérature.

Ces mots dont je ne suis souvent même pas certain d’être l’auteur.


Je retourne à mon silence qui a appris à ne rien attendre.

Je n’ai pas l’ego qui convient.

Je ne sais rien vendre.

Je n’ai rien à vendre.

Juste tenter d’exister, sans rien attendre en retour.


(30 novembre 2022 — 2)

*


Boulangerie, pâtisserie et autres friandises.


Il fait froid dehors et si chaud dedans.

Puis le visage s’éclaire comme un signe de reconnaissance.

Je commande un gâteau pour demain.

Elle énumère toutes les variétés possibles .

Framboise citron, ce sera parfait.

Faut-il y ajouter un signe ?

« Bon anniversaire, oui ! »

Le visage se fait souriant : « Le vôtre ? »

« Bé non, pas le mien », raté.


Comme j’aime ce petit accent venu de l’Est, c’est comme une friandise posée sur le regard du matin.


(30 novembre 2022 — 3)



Xavier Lainé


vendredi 16 décembre 2022

Une infinie nostalgie 30

 




Parfois

La plume trempée

Dans l’encrier des nostalgies

Se produit comme un éblouissement

Alors je cligne un peu des yeux

Je fronce les sourcils

J’abandonne les doigts sur le clavier

Je laisse surgir ce qui veut

Livre ensuite cette avalanche 

À qui veut bien s’en emparer


On me dit ici ou là

Les mots de Kafka


« Ne dites pas que deux heures de vie valent vraiment plus que deux pages d’écriture »


Ça tombe comme ça tombe

Je n’écris pas

Je vogue à la surface d’un océan

Qui puise la force de ses vagues

Dans l’écriture des autres

Dans ce volcan de pensées

Déjà semé par d’autres coeurs

D’autres esprits

Bien plus fertiles que le mien


Je vis

Voyez-vous

Je vis (points de suspension)


Xavier Lainé


30 novembre 2022


jeudi 15 décembre 2022

Une infinie nostalgie 29

 




Ce furent d’abord les fous espoirs

Portés par un temps où tout semblait possible

Fougue de la jeunesse

Naïveté des engagements


On ne voit pas grand chose quand on a vingt ans

On imagine le monde

Et celui-ci devait aller à notre pas


On ne voit pas grand chose

On avance vers l’horizon

Sans savoir que c’est une ligne fictive

On ne voit rien des gouffres amers

Ouverts sous nos pas décidés


Puis le temps change

Les nuées s’accumulent

Où on avançait vers la liberté

Poussant toutes les portes

Détruisant tous les murs

On ne voit rien des issues qui se referment

Par derrière

Car leur monde fonctionne ainsi

Par derrière


Ces leurs qui brandissent des leurres

Histoire de nous faire trébucher

Sur les rochers et les racines

De nos naïves rêveries

Nous retournant ne reste que nostalgie


Xavier Lainé


29 novembre 2022


mercredi 14 décembre 2022

Une infinie nostalgie 28

 




C’est inévitable nostalgie d’attendre

De ne rien voir venir

Puis

Quand ça dure depuis des années

On n’attend plus

On se crée une carapace

Histoire d’oublier la soif et la faim

Parfois la liberté aussi

Sacrifiée pour trois sous

Et un gros lot de fatigue


C’est inévitable nostalgie

Que survie t’inflige

Quand ça dure toute une vie

Une vie à tracer des traits sur le mur

D’une prison invisible

Dont la porte métallique 

Jamais ne s’ouvre

Sur le moindre espace de liberté

Ou si liberté est offerte

C’est toujours à la condition de quelque chose

Toujours avec contre-partie

Toujours avec vente aux enchères

De l’âme perdue


Alors te prends l’idée

De faire sécession

De ne plus jouer le jeu

De prendre les chemins buissonniers

Juste pour retrouver ton âme d’enfant


Xavier Lainé


28 novembre 2022 (2)


mardi 13 décembre 2022

Une infinie nostalgie 27

 




Mais voilà qu’un jour suis resté sec

Qu’un décalage horaire dont je n’ai aucun souvenir

Est entré dans ma vie 

Effaçant de ma chronologie

Une journée entière

Une journée avalée

Par le géant de la nostalgie

Celui qui mange le temps

Le croque à pleines dents

Te laisse sur le bas-côté

Avec un arrière goût de sommeil


Xavier Lainé


28 novembre 2022 (1)